‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 278 sur 384 · ÉTHER OFFICINAL, ÉTHER PUR · texte numérisé non relu

ÉTHER OFFICINAL, ÉTHER PUR

Angl. : Sulfuric Ether. — Ail. : Schwefellàlher, Naftha vitrioli.

VÉt/ier officinal, C^^'O^, est un liquide d'une extrême ûuidité, excessivement volatil, d'une odeur suave particulière, très pénétrante et très forte, d'un goût chaud et piquant. Il est éminemment inflammable, et sa vapeur répandue dans l'air atmosphérique constitue un mélange détonant. Exposé à l'air et à la lumière, l'Éther se transforme partiellement en eau et en acide acétique. Sa densité est de 0,720 à + 15°, et il boutà34°,5.

L'Éther est soluble dans 9 parties d'eau et dans l'alcool en toutes proportions Il dissout le brome et l'iode, un peu le soufre et le phosphore, très bien les huiles volatiles, assez bien la plupart des substances grasses et résineuses, quelques alcaloïdes végétaux, l'urée, le caoutchouc et le fulmicoton Mélangé en très forte proportion avec le sangqm vient d'être extrait de la veine, et agissant en vertu de ses propriétés purement chimiques il lui donne une couleur foncée avec la consistance de la gelée de groseille.

Action physiologique. - Les effets locaux de l'Ether, comme ceux de l'alcool, varient suivant les conditions anatomiques de la région et la durée

ïur une^muqueuse ou sur la peau excoriée, il donne lieu à une sensation de chaleur ou de cuisson suivie d'une obtusion ou d'une suppression de la sensibilit locale. Simpson et Nunneley ont obtenu l'anesthésie de la partie immergée, chez les animaux inférieurs pour qui 1^ P«;'^;;\;" organe de respiration. Les nerfs périphériques dénudés et ^is en con ac avec l'agent anesthésique perdent leur sensibihté ^ans e pomt touché et au-dessus (Flourens, Serres, Longet). Sur la peau revêtue de sa couche protectrice, l'Éther ne donne directement et par lui-même qu une modification insignifiante de la sensibilité ; s'il est confiné, il prodmt «ne légère chaleur, mais ordinairement il ne donne lieu qu'à une impression de Iro d en rapport avec un abaissement réel et plus ou moms considérable ne la température produit par sa volatilisation. En activant l'évaporation a 1 aide d'un'courant d'air poussé par un éventail, un soufflet, ou l'aPP^^^^^^^^^^ rard et en prolongeant suffisamment le contaci, on fait f > ^^^J^^;^^ peau (Follin et Leconte), et descendre progressivemen f " Pf la rég on depuis 37», ce qui est la normale, jusqu'à 15», 10», 0 et plus bas

ncor li en résulte alors une véritable congélation, parfois suivie d uneescTa a z étendue (Lawson, de Middlesex). Avant môme d atteindre e deg é de la gélivure, les parties soumises à la réfrigération par 1 bther per-

ÉTHER OFFICINAL, ÉTRER PUR. 753

dent leur sensibilité aussi bien qu'à la suite de l'action du froid tellurique et atmosphérique ou d'un mélange réfrigérant. L'anesthésie locale obtenue de la sorte peut être absolue.

Quelques gouttes d'Éther introduites dans les voies digestives occasionnent sur leur passage, avec des modifications spéciales du goût et de l'odorat, une forte impression de chaleur bientôt suivie, par propagation centripète et par action réflexe, d'un sentiment de roboration et d'excitation cérébrale aussi prompt à se dissiper qu'à naître. Avec des doses fortes (Trousseau en a avalé 6 grammes d'un coup), les effets locaux s'exagèrent énormément, et l'on voit survenir, après une légère excitation sensorielle et quelques phénomènes d'ébriété fugace, des symptômes de torpeur mieux caractérisés et plus durables du côté de l'intelligenceet delà motricité. Tout cela s'évanouit au bout d'une heure et fait place (Trousseau et Pidoux) à un grand bien-être, à une réfocillation fort salutaire et à un appétit extraordinaire. La circulation centrale, la caloricité et la sécrétion urinaire ne paraissent pas notablement influencées (Schwilgué, Trousseau et Pidoux). Le faible étourdissement déterminé parl'Éther ingéré dans l'estomac se transforme en stupéfaction nerveuse, profonde, lorsque cette substance volatile pénètre dans la circulation par les voies respiratoires.

Topiquement, la vapeur d'Éther produit sur la muqueuse bucco-pharyngienne, ainsi que sur celle des canaux aériens et sur les vésicules pulmonaires, des phénomènes d'excitation consistant en picotements, chaleur, angoisse et toux, lesquels provoquent de l'agitation et des efforts désordonnés pour éloigner l'appareil et se soustraire à l'influence de l'agent thérapeutique. Bientôt ces phénomènes d'excitation font place à des symptômes d'engourdissement et d'anesthésie véritable dans les mêmes régions : la tolérance s'établit, les inspirations deviennent plus faciles et de plus en plus profondes. Alors une douce chaleur se répand dans tout le corps et coïncide avec des frissonnements nerveux, et des fourmillements et une légère exaltation de la sensibilité. Puis il arrive de ces deux choses l'une : ou bien une sorte de bien-être succède à l'état précédent de malaise et d'anxiété la figure prend un air étonné ou béat; ou bien une vive excitation s'empare' du sujet, qui délire, profère des paroles incohérentes et se débat violemment pour échapper aux mains qui l'étreignent.

Cependant la respi^ration introduisant toujours de nouvelles quantités d Ether, la pensée s éteint et ses manifestations se taisent; les traits du visage s affaissent et la physionomie exprime l'hébétude ou l'ivresse; la vue s obscurcit, les pupilles se dilatent ; les yeux, convulsés en haut, se cachent sous es paupières tombantes les muscles volontaires sont dans un comple relâchement. A un degré plus avancé, le collapsus atteint les muscles de la vie organique; la respiration est lente, profonde et stertoreuse e pouls, ordinairement accéléré au déhnf min^.u a . tcnuieuse , le il P<»f nopr^icu,,! 1' u T ' ^® ^'^'entit à son tour, cependant

a il' Fn 1 , ' °" '^^^"•■^ ^^P'^« q"<^ dure l'opé-

a Ule s^" n P^^"°"^ènes se manifestent, la sensibilité

tactile s émousse et finit par se perdre à ce point qu'on peut tirer, pincer,

GuDLEn et LABnÉp 3« édition. -o

7o4. ÉTOER OFFICINAL, ÉTIIER PUR.

piquer et couper ou brûler la peau, ainsi que les tissus sous-jacents, sans exciter la moindre douleur chez le sujet, qui paraît plongé dans un sommeil comateux.

Six ou huit minutes d'aspiration suffisent ordinairement à produire ce résultat. Vient-on à suspendre les inhalations éthérées, les symptômes restent un moment stationnaires, puis le réveil a lieu par degrés, et le patient, parcourant en sens inverse les phases de l'intoxication, retombe dans un délire souvent gai, quelquefois mélancohque, accompagné ou non de mouvements désordonnés. Au bout d'un temps variable de cinq à six minutes à un quart d'heure, les sujets ont repris l'usage de leurs sens et de leur intelligence, et semblent revenus à l'état normal.

Telle est la marche et telles sont les apparences habituelles de VÉthérisme aigu, dans lequel il faut par conséquent distinguer plusieurs phases : 1" la période infiniment courte de \di stimulation topique des voies respiratoires, suivie de la sédation des mêmes organes ; 2» celle de ^excitation générale consécutive à l'absorption ; 3» la période de stupéfaction de l'ensemble des propriétés sensitives et motrices appartenant à la vie de relation ; 4" enfin celle de torpeur des fonctions de la vie végétative, avec abaissement de la caloriflcation et de l'hématose, extinction des mouvements respiratoires et paralysie du cœur. En négligeant la première, qui est sans importance, on aurait les trois périodes suivantes : ébriété, stupeur, collapsus. Bouisson confond en une seule les trois premières phases et n'en reconnaît que deux en tout, tandis que Snow en admet cinq. Jobert (de Lamballe) etBlandin divisent l'éthérisme (et non l'éthérisation, qui est le procédé thérapeutique) en trois périodes seulement : 1° période d'exaltation de la sensibilité et des phénomènes psychologiques qui en dépendent; 2» affaiblissement de la faculté de sentir; 3° abolition du mouvement. Ces deux dernières correspondant à notre seconde division, caractérisée par le mot stupeur.

Au point de vue phvsiologique pur, Longet partage l'éthérisme en quatre périodes, selon qu'il atteint les lobes cérébraux et le cervelet, la protubérance annulaire, la moelle épinière, ou le bulbe rachidien. A la lésion du cerveau et du cervelet se rattachent les troubles de l'intelligence et ceux de l'équilibre du mouvement; à celle de la protubérance annulaire, la perte du sentiment et du mouvement volontaire; à celle du cordon rachidien, les mouvements réûexes; enfin la lésion de la moelle allongée exphquela cessation des mouvements respiratoires et l'extinction de la vie (Serres, Flourens, Longet). Toutefois les modifications des expansions périphériques du système nerveux et peut-être des muscles eux-mêmes contribuent sans doute aux manifestations symptomatiques. Il en doit être de même des lésions du sang, car de telles lésions existent nécessairement à la suite de l'éthérisation.

On n'est cependant pas d'accord sur leur nature. Tantôt le sang artériel a été trouvé noirâtre et comme veineux (Amussat, Flourens); tantôt au contraire il a conservé sa couleur normale, et le sang veineux lui-môme est devenu d'un rouge plus vif et plus clair (Renault). Voici comment j'expUquais

ÉTHER OFFICINAL, ÉTIIER PUR. 755

cette différence dans la première édition de ce livre. Ces deux aspects exprimant deux altérations différentes peuvent, je crois, se montrer tour à tour, suivant les conditions diverses de l'opération : le premier caractérise l'asphyxie proprement dite ou la privation d'oxygène et doit apparaître lorsque les sujets ont inhalé de la vapeur d'Éther presque exempte d'air atmosphérique, ou que les mouvements respiratoires ont été dès l'ahord fortement entravés, en même temps que la circulation centrale; le second indique l'absence de l'acide carbonique et se montre dans les cas d'inhalation mixte, quand le mécanisme de la respiration demeurant intact, l'Éther a pu chasser tout le gaz carbonique résultant de lacombustion respiratoire. Il est démontré en effet que la proportion d'acide carbonique exhalé par la surface pulmonaire pendant l'éthérisation peut s'élever du simple au double, et presque au triple, par rapport à l'état normal (Ville et Blandin) ; ce que Bouisson attribue avec d'autant plus de vraisemblance à un déplacement de gaz carbonique par les courants de vapeur d'Éther, que la quantité d'acide carbonique exhalé ne tarde pas à diminuer quand l'éthérisation se prolonge dix à douze minutes, si bien que les gaz expirés finissent par ne plus en offrir que des traces. L'expérience a pleinement confirmé ces vues.

Agité avec l'Éther (Vittich) ou avec le chloroforme (Bôttcher) en petite proportion le sang devient rouge-cerise clair, et transparent. Les globules sanguins se déforment, leurs enveloppes se raccornissent, suivant l'expression de Samson, et finissent par disparaître, dissous dans le plasma. Par le repos, l'Éther se rassemble à la surface où il laisse après son évaporation un cremor incolore formé de matières grasses et de substances analogues.

Chez les sujets éthérisés,le sang exhale une odeur d'Éthertrès prononcée, qui se retrouve probablement dans les différents tissus, et notamment dans les centres nerveux. Le lait s'en imprègne et les enfants refusent quelquefois le sein (Bouisson).

L'obstacle apporté à l'hématose par la présence d'une grande quantité d'Éther dans la circulation, et dont on a la preuve dans l'état du sang, se révèle également par l'abaissement de la température, qui tombe de 2°,^ à 3" après une éthérisation de trente à quarante-cinq minutes (A. Duméril et Demarquay). Seulement ces expérimentateurs ont remarqué que la réfrigération n'est pas immédiate et que le minimum thermique ne s'observe guère qu une heure après l'éthérisation.

En dehors des symptômes normaux exposés ci-dessus, l'éthérisation présente des accidents et des complications qu'il importe de connaître. Des vomissements surviennent dans un grand nombre de cas. de môme que dans 1 intoxication alcoo ique. Quelquefois les inhalations d'Éther donnent lieu à une excitation cérébrale d'une violence inquiétante, ou bien à des convulsions fortes et prolongées, ou encore à une anoxémie, à une stupeur profonde à une dépression des actes organiques qui mettent la vie en danger.

narT -^'h T I^^^'«"^ent elle ardve

de i l ^Pl^y^ie. parce que les opérateurs ont généralement le soin

de laisser un libre accès à l'air atmosphérique, ou bien de ne pas prolonger

756 ÉTllER OFFICINAL, ÉTllER PUR.

outre mesure les inhalations. Presque toujours la vie s'éteint dans un état svncopal, par une sorte de sidération anesthésique résultant de l'envahissement du bulbe, et de ce point central appelé nœud vital, par les effets stupéfiants de l'agent anesthésique. Le mot sidération appliqué à cet ordre de faits ne saurait tenir lieu d'une explication, il exprime simplement l'instantanéité du résultat funeste, et ne veut pas dire autre chose que syncope, c'est-à-dire cessation d'action des nerfs respiratoires et cardiaques issus de la moelle allongée. Ce qui fait la différence, eu égard à la syncope vulgaire par anesthésie ou par raptus congestif, ce qui augmente le péril dans l'éthérisme et rend le retour à la vie presque impossible, c'est la lésion durable du tissu nerveux et la permanence de l'agent toxique dans l'économie. Néanmoins la science n'avait en 1868 enregistré encore qu'une soixantaine de cas de mort avec l'Éther : l'un est cité par Jobert (de Lamballe) ; un autre par Nunn, et le rapport de Gayet h la Société médicale de Lyon en mentionne sept, observés dans cette ville . On en compte davantage mamlenant. En pareille occurrence, l'autopsie ne révèle pour ainsi dire aucune lésion caractéristique, si ce n'est l'état du sang qui a été trouvé noir jusque dans le système artériel, ou parfois vermeil dans le système veineux.

Gomme accidents secondaires ou tardifs à la suite des inhalations éthérées, on signalela bronchite, la pneumonie, lacongestion et l'inflammation du cerveau. La mort peut en être la conséquence.

Substances synergiques auxiliaires. - En qualité d'excitant et d antispasmodique, l'Éther sulfurique a pour congénères l'alcool et la nombreuse catégorie des stimulants diffusibles, ainsi que celle des antispasmodiques timulants ou proprement dits. Il sert lui-même d'auxiliaire à un grand nombre de substances médicamenteuses appartenant à ces deux groupes, et oarmi lesquelles il suffit de citer le musc et le castoréum. Comme réfrigé- Lnt i se'place à côté des substances très volatiles. En qualité d'hypocinétiqu; il offre des analogies avec l'ésérine, la cicutine. Les synergiques de 'É^h r, au point de vue de l'action anesthésiante, sont : le Çh -o orme l'amylène, l'éther chlorhydrique et le chlorure d'éthyle b.chloré, les éthers iodhydrique, bromhydrique, acétique, formique, cyanhydrique, e formométhvlal, les éthers nitreux et nitrique, l'hydrure d amyle, la 1queur des Hollandais ou chlorure de gaz oléfiant, l'éthylène perch ore l'aldéhyde, le bisulfure de carbone, la benzine, l'acide carbomque, 1 oxjde de carboné le protoxyde d'azote, l'acétone, l'esprit de bois o- ^ thvliaue le kérosolène, enfin les hydrogènes carbonés, et fP^cialenient le ,/z d'é ia rage. La fumée provenant de la combustion de la poussière de fycope^on giganteum, la vesse-loup gigantesque, doit P-bablemen son action à la présence de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique et de di-

''1 ^a^:^: dS^St^^-. il serait facile d'ajouter encore plusieurs cotbTnahons chimiques capables de produire l'anesthésie (Voy. Cklo-

'■°MaSà parties remèdes pharmaceutiques ou médicaments proprement

ÉTIIER OFFICINAL, ÉTIIER PUR. 7b7 dits, il existe un assez grand nombre de moyens de procurer l'insensibilité. L'un des plus importants pour la pratique et qui est aussi devenu l'un des plus curieux pour le théoricien depuis la découverte de l'anesthésie des animaux ;\ sang froid par l'action d'une température de 37° à 38° centigrades (Cl. Bernard), c'est l'application du froid réalisé parla glace ou par la vaporisation rapide d'un corps éminemment volatil qui soustrait instantanément à la région une énorme quantité de calorique. Le grand Larrey, opérant sur le champ de bataille d"Eylau, avait été frappé de l'insensibilité des blessés transis de froid. Une remarque analogue avait été faite par J. Hunter, et plus tard par Arnott et Velpeau.

Un autre procédé très anciennement usité et qui commence à reprendre faveur, c'est la suppression du sang dans la partie qu'il s'agit d'anesthésier. Les Assyriens, au rapport d'Aristote, pratiquaient déjàdans cebutla ligature des vaisseaux du cou. Fleming a noté sur lui-même et sur d'autres l'engourdissement causé par la compression des carotides, et j'ai pu moi-même me procurer quelques instants de soulagement dans le cours de cruelles migraines en me soumettant à la même pratique. D'un autre côté, la compression à l'aide de la ligature ou du tourniquet a été érigée en méthode par quelques chirurgiens (James Moore, B. Bell, Liégard), et depuis quelque temps on préconise l'ischémie artificielle comme moyen d'amener l'insensibilité.

Les influences morales elles-mêmes déterminent parfois un degré assez élevé d'anesthésie pour permettre au chirurgien de pratiquer des opérations non douloureuses : sommeil magnétique (J. Cloquet).

C'est encore le même phénomène qui se produit dans ce qu'on appelle l'hypnotisme ou plus spécialement le Braidisme, du nom de l'inventeur du procédé, qui consiste à endormir les sujets (presque toujours de jeunes femmes) en les forçant à regarder en haut un objet brillant (Broca, FoUin, Guérineau, Verneuil, etc.).

Substances antagonistes et incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de l'Éther sont, d'une part, ceux des stimulants diCfusibles, en général, c'est-à-dire les acidulés, les rafraîchissants, les astringents, la quinine et les toniques vaso-moteurs; d'autre part, ce sont vraisemblablement les alcaloïdes des Strychnées, qui stimulent la sensibilité en même temps que l'appareil locomoteur; la picrotoxine, qui s'en approche ; l'ammoniaque et ses combinaisons avec les acides chlorhydrique, acétique et carbonique, dont l'elficacité contre l'ivresse alcoolique est bien établie; enfin les courants gazeux, non pas de gaz inertes, tels que l'azote et l'hydrogène, capable seulement de chasser du sang et des tissus l'excès de vapeur d'élher, mais ceux des gaz vivifiants : air atmosphérique, oxygène pur. Quant à l'antagonisme signalé par M. Fallu entre l'Éther et le chloroforme, il n'est que partiel et porte uniquement sur la différence des effets de stimulation plus forts et plus prolongés pour le premier que pour le second, et se traduisant en partie par l'accélération du pouls, bien marquée à la suite de l'administration de l'Éther.

758 ÉTIIER OFFICINAL, ÉTIIER PUR.

Usages. A l'extérieur, l'Élher sulfurique s'emploie comme réfrigérant

et comme moyen de déterminer, soit un certain degré d'anémie locale et d'anesthésie dans les phlegmasies de l'encéphale, la céphalée congeslive, la migraine, l'inflammation érythémateuse ou érysipélateuse de la peau, phlegmoneuse (sous forme d'Élher camphré, dit Cavazzani), la brûlure au premier ou au second degré, les hémorrhagies nasales (Gintrac), ou celles qui ont lieu par les piqûres de sangsues (Boisseuil) ; soit la contraction des organes musculeux situés profondément, par exemple, dans les engouements ou les étranglements herniaires. Chavernac cite huit cas favorables et reconnaît à VÉther l'avantage de rendre le taxis plus facile en supprimant la douleur et en condensant les gaz par la réfrigération. Cette pratique a été adoptée par Flavio Alessandri dans la hernie étranglée, avec cette modification qu'il fait encore inhaler un peu d'Éther et en administre quelques gouttes en lavement.

Au même titre on a dirigé des douches d'Éther pulvérisé sur un anévrysme du creux poplité, dont la guérison a pu être obtenue de la sorte (Tymer) et sur la colonne vertébrale ou ailleurs chez les sujets affectés de tétanos, de chorée ou de névroses diverses. Da Silva Amado a, le premier, conseillé les aspersions d'Éther sur la partie blessée pour arrêter les convulsions tétaniques, et Paterson a été témoin d'un succès obtenu par ce moyen dans le service de Barbosa. Perroud a fait cesser la chorée chez une jeune flUe par des douches pulvérisées sur la colonne vertébrale. Un cas heureux a été également observé chez un garçon dans le service de Meynet (Magade). Enfin G. Lubelski emploie le même procédé avec avantage non seulement dans la chorée, mais encore contre le priapisme, la fureur utérine et l'onanisme; contre les vomissements incoercibles delà grossesse. Il conseille de ne pas aller au delà de la pâleur des tissus. De semblables pulvérisations d'Ether ont été même conseillées par Bufalini contre les angines inflammatoires ou diphtéritiques, au grand soulagement des malades. On l'introduit aussi comme stupéfiant dans les cavités tapissées par une muqueuse : la bouche et les alvéoles dentaires, le conduit auditif externe, pour calmer des douleurs névralgiques. D'ailleurs, il est rationnellement indiqué dans les aflections douloureuses et spasmodiques qui ne s'accompagnent d'aucun signe d'éréthisme vasculaire. On lui a cru une efficacité réelle contre la surdité et, qui plus est, contre la surdi-mutité. Mais si l'Élher injecté dans le conduit auditif guérit la surdité, ce ne peut être qu'en qualité d'antispasmodique et de stupéfiant, ou bien de stimulant, à moins qu'il n'agisse comme dissolvant du cérumen. En conséquence, il ne saurait être utile que dans les paracousies nerveuses, ou bien dans celles qui déjDcndent de l'oblitération de l'oreille externe, mais nullement dans les cas oii l'impossibilité d'entendre provient d'une lésion de la caisse du tympan ou de l'ori-ille interne. Enfin Vidal et Lermoyer l'injectent au centre d'une loupe pour produire une inflammation suppurative propre à amener sa dispa-

"intérieur, on le prescrit comme excitant local dans la défaillance, la

ÉTIIER OFFICINAL, ÉTHER PUR. 759 syncope, la congestion cérébrale ; comme anodijn contre la gastralgie et particulièrement contre la crampe d'estomac, la colique Qatulente, le mal de mer, l'hépatalgie simple ou compliquée de calculs biliaires. En pareille circonstance, il offre sur les opiacés l'avantage de pouvoir être administré au moment des repas ou pendant le travail de la digestion. Par sa présence dans le tube digestif, il contribue aussi à faire périr les belminthes; à ce litre, il fait quelquefois partie d'une mixture ténifuge.

En qualité de stimulant diffusible Qi à." antispasmodique, VtûiQV &%i]0\xvuellement usité chez les sujets nerveux qui souffrent de perversion asthénique des actes sensoriaux et moteurs : ainsi chez les hystériques des deux sexes ; chez les malades affectés d'aslhme nerveux, de dyspnée symptomatique d'une lésion apportant un obstacle mécanique au jeu de la respiration. L'ébriété éthérique convient encore à ceux qui sont tombés dans l'adynamie et la torpeur. Trousseau et Pidoux se louent de l'usage de l'Éther pour exciter la réaction dans la période algide du choléra épidémique ; ils pensent que ce médicament peut rendre d'immenses services dans les cas de métastase goutteuse en conjurant la syncope ou l'apoplexie et faisant cesser le délire ou d'atroces cardialgies. Ces propriétés si merveilleusement stimulantes de l'Éther sont aujourd'hui démontrées aux yeux de tous depuis qu'on l'administre en injection sous-cutanée. Non. seulement on provoque ainsi la réaction (Dupuy) dans la période algide du choléra, dans le stade de froid des fièvres intermittentes, mais encore on combat le collapsus des hémorrhagies (Verneuil, Zénaïde Ocounkoff) presque aussi sûrement que par la transfusion. Et puis, on relève l'organisme défaillant chez les sujets affectés de variole (Du Gastel, Traill, Dreyfus-Brissac), ou de pneumonie adynamique(Barth), sanscompter qu'onfavoriseleurguérison ; enfin, l'injection d'Élher ranime les blessés plongés dans le coma par une commotion cérébrale (Ortille). Sans doute, c'est aller trop loin que de la comparer à la transfusion comme remède de l'anémie aiguë consécutive aux hémorrhagies, mais nous la recommandons comme la première ressource à mettre à profit après une perte de sang grave. Voici maintenant d'autres applications d'une importance moins grande. Pinel recommande l'Éther dans l'aménorrhée due au spasme utérin, chez les filles nerveuses, et Tissot contre les pollutions nocturnes provoquées par les égarements de l'imagination.

Par ses effets directs sur la muqueuse gastrique et par la stimulation fugace qu'il détermine dans tout le système, l'Éther, comme l'alcool, mais moins bien que ce dernier, peut servir à prévenir ou à dissiper les phénomènes du stade de froid des fièvres intermittentes (Desbois, de Rochefort, Challeton); son association au quinquina est particulièrement favorable dans les fièvres pernicieuses algides (Trousseau et Pidoux). Quant à l'utilité de l'Éther tant vantée par Durande, Sœmmering et Richter dans le traitement de l'affection calculeuse du foie, il faut sans doute la restreindre à l'action anti-spasmodique et stupéfiante que le remède exerce sur l'appareil biliaire, mécaniquement irrité, car il serait par trop naïf de compter encore

760 ÉTHER OI-'FICINAL, ÉTIIER PUR.

sur le pouvoir qu'aurait l'Éther de dissoudre les calculs de choleslérine dans l'intérieur de la vésicule ou des conduits biliaires.

Enfin, comme aneslhésique et stupéfiant, l'Éther convient dans certaines formes de délire caractérisées par l'excitation intellectuelle, les actes désordonnés et la disposition au meurtre ou au suicide. En amenant le calme de l'esprit^ le repos du corps, un sommeil paisible, il écarte momentanément tout danger pour le sujet et pour son entourage. Son action est également favorable dans les névralgies abirritatives, le tic douloureux, la toux spasmodique de la coqueluche, ainsi que dans les contractures, le tétanos, et, s'il fallait en croire quelques observateurs crédules, dans l'bydrophobie elle-même.

L'Éther a été (30 septembre 1846) le premier agent employé dans le but d'obtenir l'anesthésie chirurgicale par le dentiste américain Morton, à l'instigation de Jackson, qui en avait antérieurement reconnu les remarquables propriétés, depuis longtemps découvertes par Orflla et constatées ultérieurement par Brodie, Giacomini et quelques autres expérimentateurs. Un assez grand nombre de chirurgiens lui sont restés fidèles, surtout en Amérique, où son innocuité relative par rapport au chloroforme est généralement admise ; tandis qu'en France et en Angleterre, on continue d'administrer presque exclusivement le chloroforme (voy. ce mot), bien qu'une réaction s'ébauche aujourd'hui, favorable à l'éthérisation. Si je ne puis admettre que le chirurgien est responsable (Schifl') d'une mort par l'Éther, je ne fais aucune difficulté pour reconnaître qu'il est moins dangereux que son rival, sauf peut-être chez l'enfant qui supporte mal l'action irritante de cet aneslhésique en inhalations.

Modes d'administration et doses. — L'Éther sulfurique s'emploie à l'extérieur et à l'intérieur de diverses manières : en applications topiques, affusions, injections, en potions, en capsules et en inhalations.

Pour obtenir la réfrigération, on le verse sur la surface à modifier, et l'on active l'évaporation en soufflant à l'aide de la bouche, d'un soulflet de foyer ou d'un appareil spécial. Mieux vaut cependant se servir du pulvérisateur de Richardson, aujourd'hui dans toutes les mains. Pour calmer une douleur de dent ou d'oreille, on en imbibe une boulette d'ouate qu'on porte sur la gencive douloureuse ou dans l'intérieur du conduit auditif, selon le cas; ou bien l'on a recours à l'appareil de Richardson.

Pour exciter d'abord et calmer plus tard la muqueuse gastrique, on avale cinq à six gouttes d'Éther imprégnant un morceau de sucre, ou mêlées, soit avec un peu d'eau sucrée, soit avec une infusion aromatique. Les Anglais en prennent, bien davantage, puisque la dose ordinaire est d une cuillerée à thé pouvant se répéter plusieurs fois à de courts intervalles. Ce mode d'ingestion est désagréable, à cause de l'extrême volatilité de l'Ether sulfurique qui se répand dans la bouche, les fosses nasales et le pharynx. Pour obvier à cet inconvénient, les médecins des Étals-Unis d'Amérique ont eu l'idée de rendre l'Éther parfaitement miscible aux liquides aqueux à l'aide du blanc de baleine, dont ils ajoutent 12 centigrammes environ à

ÉÏHER OFFICINAL, ÉTHER PUR. 761

A grammes du principe volatil, ce qui a l'avantage de rendre en môme temps ce dernier plus fixe.

Mais Clertan a réalisé un véritable progrès en incarcérant l'Etlier sulfurique dans des capsules ou perles, dont chacune renferme environ quatre ou cinq gouttes de liquide. Ces perles ingérées avec un peu d'eau fraîche, ne crèvent que dans l'estomac, épargnant ainsi le goût et l'odorat des malades.

Le Sirop d'Éther (Boullay) est une excellente préparation dans laquelle le sirop (16 grammes) est sursaturé d'Éther (4 grammes). Il se donne comme antispasmodique. On l'administre en potion à la dose de 10 à 20 grammes. Celui du Codex ne renferme plus que 20 grammes d'Éther pour 1000 : formule très rationnelle.

La Potion antispasmodique du Codex, ayant pour véhicule les eaux distillées de tilleul et de fleur d'oranger, contient, avec 30 grammes de sirop de fleur d'oranger, 4 grammes de liqueur d'HofTmann. On y ajoute souvent 0,80 de laudanum (Sydenh.).

"L'Eau éthéi'ée (eau distillée, 8 parties ; Éther sulfurique, 1 partie) se prend à la dose de 20 à 500 grammes par jour. On associe quelquefois l'Éther et l'alcool comme dans la Liqueur d'Hoffmann : Éther sulfurique à 56", alcool à 90°, ââ 100 parties. Cette mixture se prend à la dose de 10 gouttes à 5 grammes.

U Éther ozonisé est une dissolution d'eau oxygénée ou peroxyde d'hydrogène dans l'Éther sulfurique, que Richardson conseille de répandre dans les salles de malades pour les assainir. Malheureusement cette préparation instable doit être gardée à l'abri de la lumière.

Les inhalations d'Éther, seules usitées d'abord dans la pratique de l'anes- Ihésie chirurgicale, furent abandonnées plus tard pour celles de chloroforme par l'immense majorité des praticiens, à cause de leur action plus lente, de la durée plus longue et de l'intensité plus grande des phénomènes d'excitation, enfin de la nécessité d'appareils spéciaux et compliqués pour amener la perte de la sensibilité. Naguère l'École de Lyon était à peu près la seule qui maintînt sa prédilection pour l'éthérisation proprement dite, en se fondant sur la possibilité d'obtenir l'anesthésie aussi complètement et aussi sûrement que par le chloroforme et sur la complète innocuité de l'Éther. Dans ces derniers temps elle a dû cependant reconnaître que plusieurs cas de mort devaient être mis à la charge de l'Éther • mais on s'efforce de démontrer que les méfaits du chloroforme sont incomparablement plus nombreux, et cela seul justifie la répugnance qu'il inspire à quelques personnes, tandis que la plupart des médecins lui accordent au contraire une préférence méritée pour sa rapidité et la simplicité de ses procédés a inhalation (voy. Chloroforme).

Pour donner l'anesthésie, l'Éther sulfurique doit être employé pur et marquer sinon 65", du moins 60" ou 62", comme celui que donne le proc dé Regnauld et Adrian En outre, il exige l'emploi d'un appareil plus ou moins compliqué, analogue d'aspect et de construction avec ces pipes monumentales de 1 Orient appelées nargkilehs. Il se compose d'un réser-

voir, d'un luyau très long et d'une embouchure. Le réservoir contenant de l'Étlier s'ouvre à l'extérieur par un orifice qui permet l'entrée de l'air, en sorte que la bouche, appliquée sur le pavillon comprimé par lequel se termine le tube, aspire un mélange de vapeur d'Éther et d'oxygène capable d'entretenir l'hématose. Une soupape ajoutée dans l'intérieur du tuyau d'aspiration empêche les gaz expirés de s'introduire dans le réservoir.

Nous devons dire cependant que dans ces dernières années les procédés d'éthérisation se sont beaucoup simplifiés. On anesthésie avec l'Ether, à Boston, au moyen d'une large éponge conique et creuse, sur laquelle on verse l'anesthésique. En Angleterre, on emploie une serviette roulée en cornet au fond duquel on met un morceau d'éponge préalablement trempée dans l'eau tiède, puis imbibée d'Éther. Dans d'autres cas on se sert d'un cône de carton recouvert d'un tissu imperméable, au sommet duquel on a également mis une éponge. Cet appareil est considéré, à juste titre, comme très défectueux, parce qu'il empêche le mélange de l'air à la vapeur d'Éther. Toutefois il répondrait mieux que d'autres aux conditions exigées par les praticiens qui, comme John Cooper, veulent éviter la période d'excitation au moyen d'inhalations forcées et par des doses massives d'emblée, ou qui, à l'exemple de Morgan et de JelTries, n'hésitent pas à administrer la vapeur d'Éther pure, exempte de tout mélange d'air atmosphérique, de manière à enlever l'anesthésie pour ainsi dire de haute lutte, sans se soucier de l'asphyxie concomitante. Lawson Tait propose l'Éther anhydre employé bouillant, administré à l'aide d'un appareil spécial, afin d'éviter l'action nocive des vapeurs d'Éther ordinaire sur les bronches.

De son côté, enfin, Richardson recommande sous le nom à'F ther-Méthylene le mélange d'Éther et de bichlorure de méthylène comme très puissant.

La quantité d'Éther employée pour obtenir l'anesthésie chirurgicale est en moyenne de 20 à 30 grammes ; elle s'élève quelquefois à 50 grammes et 90 grammes. En moyenne, la durée de l'opération est de cinq à dix mmutes.

En pharmacie l'Éther sert à préparerle Collodion, dont voici la nouvelle formule : fulmicoton, 5 grammes; Éther officinal, 75 grammes; alcool à 9o°, 20 grammes. Ajoutant huile de ricin, 7 grammes, on a le Collodion elasUque.

Page 1