‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 305 sur 384 · PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE

qu'il en résulte d'abord aucun accident; mais plus tard le bâton est retrouvé dans un abcès.

A la suite de l'ingestion stomacale, le Phosphore détermine des phénomènes généraux inexplicables par le seul mécanisme de l'action topique, et qui supposent nécessairement l'absorption préalable. Sous quelle forme le Phosphore introduit à l'état métalloïdique passe-t-il dans la circulation? A cet égard, les avis sont très partagés.

J'admets avec Orfila, Réveil, Bamberger, Eulenberg, que le Phosphore peut être absorbé en nature, et de plus je pense qu'il pénètre dans le réseau capillaire à la faveur de la dilTusion de ses vapeurs dans les liquides qui n'en sont pas de vrais dissolvants, et surtout à l'aide de sa dissolution dans les matières albuminoïdes du mucus gastro-intestinal ou des corps gras alimentaires. Mialhe avait cru d'abord que le Phosphore préalablement oxydé se combinait avec les alcalis du suc intestinal. Cependant, malgré les expériences confirmatives de Vogt et Bamberger, qui ont réalisé cette dissolution dans les liquides alcalins et ont fait dialyser le Phosphore à travers la séreuse péricardique, le chimiste français admet maintenant que les corps gras en sont les principaux véhicules. Il est en effet reconnu par les observateurs que l'huile est le meilleur dissolvant du Phosphore, dont l'absorption dans les premières voies est d'autant plus prompte et plus complète que celles-ci renferment plus de matières grasses alimentaires.

Mais tout le Phosphore introduit dans le tube digestif ne passe pas inaltéré : il en est une proportion plus ou moins considérable qui s'oxj^de, passe à l'état d'acides hypophosphoreux et phosphoreux, ou d'acide phosphorique, et serait absorbée directement sous cette forme d'après Bellini, Frerichs, Wôhler, Munck, Leyden ; tandis qu'une autre, transformée en acide phosphoreux et en hydrogène phosphoré, aux dépens des éléments de l'eau, passerait alors dans la circulation selon Lordos, Streichard et Lécorché. Ce serait même à ces deux ordres de composés qu'il faudrait exclusivement rapporter les effets toxiques d'après quelques auteurs; mais cette opinion est mal fondée, et j'ai lieu de croire que le Phosphore libre n'est pas moins actif que l'une quelconque de ses combinaisons. L'expérience qui consiste à mettre du Phosphore en nature dans du sang non oxygéné, et dans laquelle on note l'absence de toute altération microscopique ou spectroscopique des globules rouges, ne prouve pas l'innocuité du métalloïde Elle établit seulement que ce corps simple se diffuse moins aisément dans la masse liquide que ne fait le gaz hydrogène phosphoré, par exemple et qu 11 ne détermine pas une altération structurale apparente des hématies. Déjà Personne avait noté que le Phosphore dissous dans 1 ac.de phosphoreux, se répandant plus aisément dans la circulation devenait extrêmement vénéneux. ^"iduun,

un^ntPrm.'H-^'*'''''^^ r T'''''' l'hydrogène phosphoré que comme un mtermédiaire pour aboutir à l'oxydation du Phosphore, qui est la condition léthale par excellence. D'un autre côté, le proLpho pl uie d'hydrogène est considéré comme inoffensif par Nysten, Lewin, Munk et Leyden

870 PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE, et si le perphosphure seul est toxique, il est bien permis de mettre les accidents sur le compte des molécules de Phosphore^qui sont pour amsi dire en liberté dans ce composé spontanément innammable. Toutefois Lécorché soutient que l'hydrogène protophosphoré est l'agent réellement toxique. La question reste donc indécise, et je ne prévois pas qu'elle puisse être tranchée de sitôt dans le sens de cet observateur distingué ; car, s'il est vrai qu'à la suite d'un empoisonnement le sang renferme du protophosphure d'hydrogène, il est plus certain encore qu'il est chargé de vapeurs de Phosphore ou bien de perphosphure d'hydrogène, lesquelles s'exhalent avec l'haleine et forment des lueurs visibles dans l'obscurité. D'autre part, Dvbkowsky a démontré que le Phosphore restait libre dans le foie dix heures encore après la mort et qu'on le retrouvait aussi en nature dans les tissus, etc., preuve qu'il doit agir en tant que Phosphore. Hermann n a-til pas d'ailleurs démontré que celui-ci introduit dans le sang donne heu à toute la symptomatologie de l'empoisonnement Phosphoré ?

Une certaine part dans les symptômes toxiques doit être faite cependant aux oxacides du Phosphore qui prennent naissance dans le canal alimentaire ou, consécutivement à l'absorption, dans le sang lui-même. Les phénomènes dus à l'acide phosphorique (voy. ce mot) sont nécessairement très différents de ceux qu'engendrent le Phosphore libre ou les hydrogènes phosphorés, seulement il est bien difficile de discerner les effets de chacun de ces corp chimiques dans le groupe compliqué de symptômes qui caractérise l'empoisonnement phosphoré. Néanmoins Lécorché croit pouvoir adm ttre trois formes distinctes de ce que j'appelle ^e phosphons.^e aigu : intoxication par l'hydrogène phosphoré ; 2« intoxication par 1 acide phosphorique 3» forme mixte Mais, en fait, ces distinctions expriment moins 'des dU;;r;nces essentielles dans les modes opératoires du poison^^^^^^^^^^ ne témoignent d'une rapidité d'action plus ou moms grande, selon le cas QuoTqu'il en soit, voici les phénomènes diffusés auxquels donnent heu l'absorption du Phosphore et sa translation dans toute l'économie par le

"rirdtTfl ible de 1 à 10 milligrammes au plus, le Phosphore détermine le premier jour ou les jours suivants, des symptômes d'excitation n rveuse et d'éréthisme vasculale. Le pouls devient plus développé P - fr quent il y a de l'expansion périphérique, la température du corps s élè^e la peau devient sudorale malgré l'augmentation de la diurèse aqueuse, la face se LTes ionne ( Ashburton Thompson), les capillaires périphériques se d.laent l'appét t augmente. En même\emps l'activité mentale et le pouvoir mu 'cilaire s'accroissent, le tour d'esprit devient gai, il y a une sensation Th et tre marqué, et la sensibilité tactile s'exalte. L'hyperesthésie peut même dev ni^teUe chez le lapin, que l'animal mord l'opérateur (Dujardin- ^eaumetz) I se manifeste aussi des effets aphrodisiaques non seulement iez Thomme (rares, d'après A. Thompson) et les mammifères, mais encore

'^^^^^::es ne sont pas toujours exemptes d'inconvénients pour

PHOSPHORE BLÀNC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. 871 les organes digestifs. On observe parfois dès le début, plus souvent au bout de quelques jours, des signes d'intolérance gastro-inteslinale : digestion pénible, flatulence, éructations de gaz alliacés, tension du ventre ; phénomènes auxquels se joignent plus tard des douleurs, de véritables coliques, des selles liquides, l'anorexie, le teint jaunâtre du visage, l'état saburral de la langue, des nausées et des vomissements et, selon A. Voisin, une légère gingivite avec déchaussement surtout des incisives.

Ces troubles fonctionnels s'expliquent peut-être en partie par une faible irritation topique due aux composés oxygénés du Phosphore qui prennent naissance dans les premières voies ; mais je crois pouvoir les attribuer particulièrement à l'action cohibante du Phosphore, eu égard à la digestion gastrique. Mes expériences démontrent, en effet, qu'une minime proportion de Phosphore exhalée par de la poudre de phosphure de zinc empêche tout à fait l'action de la pepsine ou du suc gastrique sur un cube de viande qui reste plongé dans la liqueur digestive.

Les petites doses longtemps continuées, mais assez faibles pour être bien tolérées, produisent sur le système osseux des effets extrêmement curieux, parfaitement étudiés par Wegner. C'est ainsi que le cartilage des os longs disparaît déplus en plus pendant le traitement, pour faire place à du tissu osseux compact, solide ; le canal médullaire aussi s'efface peu à peu et finalement se comble, de sorte que l'os absolument dur et compact, est sans canal central. Chez l'homme, Wegner a retrouvé ces mêmes effets de l'usage du Phosphore. Le médicament stimule en somme les organes de formation osseuse : cartilage d'ossification et périoste.

La répétition des doses thérapeutiques amène parfois des inconvénients sérieux ou même de véritables accidents toxiques : gastralgie, coliques violentes, diarrhée intense, mictions douloureuses, répétées, fièvre. C'est le résultat d'une accumulation d'action. Mais on peut observer aussi une accumulation de doses, ainsi que je l'ai vu. dans un cas d'anaphrodisie traitée pendant vingt jours par le phosphure de zinc, sans aucun effet physiologique ni thérapeutique, et dans lequel les pilules de Vigier ayant été supprimées, il se manifesta tout à coup une chaleur insolite, de l'excitation circulatoire, de la diaphorèse : symptômes fébriles qui ne durèrent pas moins de neuf jours. Le phosphure de zinc était sans doute demeuré en grande partie inaltéré dans les premières voies jusqu'au jour où il s'était produit des conditions favorables à sa décomposition, et où des acides, peut-être ceux du csecum, avaient subitement dégagé de fortes proportions de Phosphore libre.

Des doses plus fortes ou massives (10 à 18 centigrammes sont suffisants, d'après Christison) produisent des effets diffusés tout autres, et qui tantôt se manifestent immédiatement ou très peu de temps après l'ingestion de la substance vénéneuse, tantôt se font attendre plusieurs heures et môme plus d'un jour. J'ai vu la péiiode d'incubation durer trente-six heures.

Les formes symptomatiques dans l'empoisonnement aigu varient suivant les doses et les conditions individuelles. Tardieu en distingue trois : la

Page 1