‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 306 sur 384 · PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE

forme commune, la forme nerveuse et la forme lente ; mais on observe les combinaisons les plus diverses des phénomènes morbides. Supposons d'abord un empoisonnement opéré dans les conditions ordinaires, par une dose massive, c'est-à-dire par la pâte phosphorée de deux ou trois paquets d'allumettes chimiques, délayée dans de l'infusion de café. Habituellement la scène s'ouvre par des douleurs épigastriques, du ballonnement, des vomissements répétés, puis des selles diarrhéiques alimentaires, muqueuses et bilieuses. Ensuite il survient du melœna, de la diarrhée dysentériforme, accompagnée de tranchées, de dysurie et de ténesme vésical. Les fèces présentent quelquefois de petites masses nombreuses, formées de cristaux fusiformes d'acides gras, solubles dans l'éther (Gubler),

Au début, le pouls monte à 120 et au delà, la température s'élève à 38" ou 39° ; mais cette sorte de fièvre peut s'éteindre au milieu des accidents gastro-intestinaux. D'ailleurs des doses moins fortes, mais répétées journel* lement, sans agir en qualité de poison corrosif, peuvent amener directement l'abaissement absolu de la témpérature, qu'on a vu descendre de 3° à 5° et au-dessous chez des animaux en expérience.

Les fonctions du système nerveux sont profondément troublées. Il se manifeste d'abord de l'excitation, caractérisée par de Thyperesthésie, rarement dupriapisme, souvent del'agi talion, du délire avec loquacité, hallucinations, violences ; des contractions flbrillaires, des soubresauts de tendons, des crampes et des contractures, des convulsions générales. Ensuite vient la période de collapsus : abattement extrême, anesthésie (Leudet, Lebert, Gubler); abolition du sens musculaire (Guillabert) ; paralysie (Magnus-Huss, Galavardin), portant particulièrement sur les extenseurs (Gubler), et, si le cas doit être fatal, refroidissement, dilatation pupillaire, strabisme, résolution musculaire et coma.

Quand le sujet doit survivre, du moins momentanément, les désordres nerveux sont plus modérés, et l'on voit survenir un apaisement de tous les symptômes au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures. Mais cette accalmie est trompeuse, car dès le troisième, le quatrième jour ou plus tard encore, parfois dès le second, il se manifeste une douleur au niveau de l'hypochondre droit, généralement suivie, le lendemain, d'ictère quelquefois hémaphéique, comme le dit Lécnrché; plus souvent, je crois, biliphéique au début avec complication d'hémaphéisme. En môme temps les urines deviennent albumineuses par néphrite d'abord, ensuite par dyscrasie et cachexie. Il survient des hémorrhagies multiples, cutanées et muqueuses, superficielles et profondes, soit parce que le sang est devenu très aplastique, soit plutôt parce que les tissus dégénérés sont très friables et disposés au ramolli>sement, comme l'indique l'état foi^ueux et saignant des gencives. Quand les choses en sont arrivées à ce point, la mort est inévitable et survient au milieu de symptômes adynamiques et typhoïdes. Mais quelquefois, j'en ai vu un exemple, les sujets guérissent même après un ictère toxique bien caractérisé et des accidents généraux graves.

Vanatomie pathologique révèle les lésions suivantes : déjà du vivant du

PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. 873 sujet on constaterait (Lécorché) une altération des hématies, dont le principal caractère serait fourni par l'analyse spectrale : la raie de l'hémoglobine est réduite, tandis qu'après l'action de l'oxygène de l'air les deux raies de l'hémoglobine reparaissent. Cependant la réalité de la combinaison du Phosphore avec la matière colorante des globules n'est pas encore démontrée.

A l'autopsie on trouve des hypérémies considérables de tous les viscères. Le sang est noir, poisseux, mais les globules conservent (Lebert) leur aspect normal et donnent, comme à l'ordinaire, des cristaux d'hémoglobine ou d'hémato-cristalline, laquelle serait seulement modifiée moléculairement, comme il vient d'être dit.

En outre, le sang et les organes solides renferment des proportions exagérées de produits de dénutrition : urée, acide urique, créatine, inosite, leucine, taurine, hypoxanthine. Enfin on observe une métamorphose graisseuse de la plupart des organes. Les muscles striés, ceux du cœur principalement, les tuniques des vaisseaux capillaires, sont surchargés de granulations graisseuses. Les reins, le cœur, les vaisseaux, môme les petits capillaires (Wegner) et le foie, sont envahis par une stéatose générale ou partielle plus ou moins avancée. Suivant A. Weyl, cette stéatose dérive d'une infiltration graisseuse des cellules seulement, car le tissu interstitiel n'est pas altéré, au moins dans l'empoisonnement aigu. Ces cellules se chargeraient de graisse par transformation de leurs éléments normaux et par dépôt. Pour Gornil et Brault il s'agirait simplement d'une nécrobiose graisseuse d'emblée, sans inflammation, commençant six ou sept heures après l'ingestion du poison pour s'achever au bout de quatre à sept jours,

La moelle épinière subit, elle aussi, des altérations anatomiques. Quand les doses de Phosphore sont élevées, les cellules de la substance grise se gonflent et se creusent de vacuoles ; il se fait, comme l'on dit, de la myélite centrale, et la substance blanche reste inaltérée. A doses moins fortes les lésions portent à la fois sur la substance blanche et sur la substance grise : la myélite est difi"use. D'ailleurs on observe alors dans tout le système nerveux des dépôts de pigment noir. En somme, le Phosphore est un agent propre à déterminer la myélite, ce qui peut avoir son intérêt expérimental.

A ces altérations il faut ajouter des infiltrations œdémateuses, des extravasations sanguines multiples, sans parler des lésions inflammatoires du tube digestif dues à l'action topique du poison ou plutôt de ses dérivés.

L'action pathogénique du Phosphore s'ofl're à nous avec des traits particuliers chez les sujets exposés à une lente intoxication par des vapeurs de ce métalloïde. Les mouleurs de Phosphore et les ouvriers des fabriques d'allumettes chimiques se plaignent d'anorexie, de dyspepsie, de douleurs abdominales avec diarrhée, de céphalalgie et d'étouflements, de bronchite avec toux quinteuse. Leur sang est appauvri, leur teint blême ; ils ont une propension marquée vers la tuberculose interne et externe. De plus on observe chez eux un symptôme spécial, la nécrose des mâchoires, précédée de gingivite et d'ostéo-péiiostite des maxillaires. Ce travail morbide est favorisé par l'absence ou la destruction partielle des dents, laissant des

874 PHOSPHORE BLANC, PnOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE.

cavités où se rassemble la substance nocive et au fond desquelles l'os est parfois presque dénudé (Laillei"). Nous avons pourtant observé un cas de nécrose pitospliorée de toute la mâchoire inférieure où les dents étaient absolument intactes (Gubler, Lailler). Il n'est pas facile d'expliquer cette altération singulière. Si l'acide phosphorique en était l'agent, les dents seraient ramollies et translucides, comme chez les fabricants de soude artificielle. Il me paraît plus probable maintenant què c'est le Phosphore en nature qui pénètre dans les tissus mous et jusqu'au périoste pour y arrêter le mouvement nutritif, comme dans les expériences de Ranvier. Quant à l'état cachectique, il est peut-être en partie le résultat de l'introduction dans le sang de masses excessives du métalloïde ou de ses composés, mais il dérive certainement aussi des souffrances des sujets, de la suppuration épuisante, de la déglutition incessante du pus, de la difficulté de l'alimentation et de la misère antérieure.

Tel est le tableau abrégé mais fidèle des différentes formes du phosphorisme aigu ou chronique. Est-il possible d'y lire distinctement le mode d'action primitif, essentiel du Phosphore et d'établir l'enchaînement sériai et la subordination physiologique des nombreux phénomènes observés? On peut le tenter sans avoir la prétention de lever tous les doutes et de dissiper toutes les obscurités.

Les effets topiques, directs, sur le tube digestif, consistant en phénomènes d'irritation et de phlogose, ne peuvent être mis sur le compte du Phosphore en nature, qui n'est point irritant, et doivent être attribués exclusivement à l'acide phosphoreux et à l'acide phosphorique produits à ses dépens. Il n'en est pas de même des effets topiques indirects et secondaires, lesquels sont en partie explicables par l'action du métalloïde, qui commence par arrêter le mouvement nutritif dans la muqueuse gastro-intestinale, à la manière des poisons escharifiants sans être caustiques, et qui donne naissance ultérieurement à la formation d'une eschare suivie d'inflammation éliminatrice et d'ulcération.

Ces diverses lésions éveillent à leur tour, par action réflexe ou par sympathie, des troubles généraux de l'économie dont l'ensemble se retrouve à la suite de tous les poisons corrosifs.

L'interprétation des phénomènes diffusés, après absorption, soulève plus de difficultés. D'abord les accidents sont mis tantôt à la charge du Phosphore libre, tantôt à celle de l'acide phosphorique ou de l'hydrogène phosphoré. Mais je ferai remarquer que l'acide phosphorique n'est jamais formé en quantités assez massives pour occasionner des désordres généraux graves ou mortels et qu'à petites doses il produirait des effets tout différents de ceux qu'on observe après l'ingestion du Phosphore. D'un autre côté, je rappellerai que l'action des phosphures d'hydrogène ne s'éloigne pas sensiblement de celle du métalloïde, puisque ce dernier s'en dégage avec une extrême facilité.

La question se réduit par conséquent à chercher comment se comporte le Phosphore en nature.

PHOSPHORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. 875 Les travaux les plus récents s'accordent à nous montrer ce corps simple, avide d'oxygène, comme capable de s'oxyder aux dépens de 1 oxygène du sang, et réduisent l'empoisonnement phosphorique à une espèce d asphyxie. Malgré les autorités derrière lesquelles elle s'abrite (Réveil, Eulenberg, Lécorché etc.), j'ai combattu dans mon cours de thérapeutique (1870) celte opinion, qui ne me paraît pas pouvoir résister à une discussion approfondie. Comment accorder l'idée de privation d'oxygène avec les phénomènes d excitation générale qui suivent l'administration des doses thérapeutiques? Et si les doses toxiques tuent par anoxémie, et conséquemment par arrêt du mouvement nutritif, comment se fait-il que l'économie soit partout surchargée des produits de la désassimilation organique? D'ailleurs l'un des points fondamentaux sur lesquels s'appuie la doctrine de l'anoxémie est loin d'être solidement établi. Au lieu du sang noir de l'asphyxie, on a trouvé parfois du sang rutilant (Curie, Vigier). Mais admettons un instant l'hypothèse préférée des palhologistes, et voyons à quels résultats elle peut nous conduire.

Voici à cet égard un calcul dont les chiffres fondamentaux sont empruntés à Dusart et Parrot. Pour se brûler, 15 milligrammes de Phosphore absorbent seulement 18 milligrammes d'oxygène, soit 12''^ Or, chaque inspiration introduisant environ 23 à 30 centimètres cubes d'air, c'est-à-dire 3 à 6" d'oxygène, on voit que deux bonnes inspirations fournissent à l'accroissement de dépense nécessité par la combustion du Phosphore et qu'il sufrait de porter de 18 à 20 le nombre des respirations dans chaque minute pour annihiler les effets fâcheux d'une dose de 13 milligrammes de Phosphore à chaque instant renouvelée, ce qui dépasse toute réalité.

A mon avis, les choses se passeraient tout autrement et les symptômes d'excitation reconnaîtraient pour cause un phénomène moléculaire, négligé jusqu'ici dans l'interprétation du phosphorisme aigu : c'est le pouvait' ozonifiant du Phosphore qui brûle, A la vérité, par cette combustion, une minime quantité d'oxygène est détournée delà fonction respiratoire; mais la partie restante, c'est-à-dire la presque totalité, acquiert à chaque instant un accroissement énorme de puissance comburante, condition prochaine de l'excitation générale de l'économie. Non seulement l'hématocausie en devient plus intense, mais la dénutrition, y compris celle des globules sanguins, s'en trouve singulièrement accélérée ; l'anémie succède à cette activité désordonnée, et les déchets organiques, dédoublés en matières grasses (d'où la stéatose) et divers autres composés, encombrent les tissus, réduisent les organes à l'impuissance, entravent les grandes fonctions et rendent la vie impossible.

L'action énergique de l'ozone serait encore secondée par le fait de la condensation de l'oxygène préexistant, qui devient 0'', condensation d'où résulterait une diminution de pression des gaz intérieurs, et conséquemment l'introduction, à chaque inspiration, d'une quantité d'oxygène supérieure à la moyenne normale.

Le défaut de combustibilité et l'absence d'ozonification consécutive expli-

H7C PHOSPHORE BLANC, PnOSPHORE NORMAL, PIlOSPnORE ORDINAIRE, queraient dans mon hypothèse l'innocuité du Phosphore amorphe, qui partagerait d'ailleurs avec le Phosphore ordinaire la propriété à.'aUérer l'organisme en pénétrant avec lenteur dans la trame organique. Le plasma et les éléments histologiques modifiés dans leur composition chimique, hyperphosphorés si je puis ainsi dire, acquerraient une nouvelle manière d'agir, comme cela se voit à la suite de l'intoxication lente par l'arsenic ou par les émanations saturnines, avec cette différence que, loin de modérer ou de stupéfier, le Phosphore accumulé en excès dans les tissus qui en renferment normalement, tels que les fibres et les cellules nerveuses, leur communique au contraire une activité exagérée ou même désordonnée.

L'étude de la sécrétion urinaire, si elle était faite avec rigueur, servirait à la vérification des théories émises sur l'action pathogénique du Phosphore. Malheureusement la plus grande incertitude règne encore sur ce point. Ainsi, tandis que la plupart des chimistes reconnaissent un accroissement plus ou moins considérable des phosphates, E. Derlon, se fondant sur des analyses exécutées par lui-même, dans plusieurs cas où le Phosphore fut administré à doses thérapeutiques, soutient que le chiffre des phosphates variable d'un sujet à un autre, reste à peu près constant chez chacun d'eux pendant la durée du traitement. L'augmentation paraît cependant démontrée par les recherches de Gazeneuve, non seulement pour l'acide phosphorique, mais encore pour l'acide sulfurique. Quant à l'urée, s'il était certain qu'elle ne fût pas en excès dans les cas de stimulation phosphorique, cela signifierait que la désassimilation amène alors de telles masses de substances azotées dans le sang, que, malgré sa puissance comburante, l'oxygène dynamisé ne parvient à les brûler qu'incomplètement. Toujours est-il qu'on a trouvé l'urée tantôt augmentée, tantôt diminuée lors du phosphori&me aigu, ce qui peut signifier qu'elle s'élimine en quantités variables avec la période de l'empoisonnement. En effet, d'après Thibaut, elle diminue d'abord, augmente ensuite, pour diminuer de nouveau jusqu'à la mort. Quand elle n'est pas rejetée avec l'urine, elle s'accumule dans le sang.

A l'aide des considérations précédentes, il devient plus facile de se rendre compte des /bnnes diverses que revêt le phosphorisme. Quand le Phosphore est introduit en petite quantité, il ne détermine pas autre chose qu'une stimulation générale plus complète que celle du café, plus vive que celle de l'opium.

S'il est ingéré à doses massives, deux cas peuvent se présenter : ou bien les conditions sont favorables à la prolongation de son séjour dans les organes digestifs et à son oxydation, comme cela se présente au moment de la digestion, et alors les acides phosphoreux et phosphorique formés agissent en qualité de poison corrosif, en même temps que le Phosphore libre ou engagé dans une combinaison instable pénètre dans la circulation et va porter au loin ses effets propres. Ou bien, chez le sujet à jeun, l'absorption s'exerce tout d'abord sur le métalloïde ainsi que sur l'hydrogène phosphoré, et l'on assiste d'emblée aux désordres redoutables des grandes fonctions de circulation, d'hématose et d'innervation, sans le fracas préalable des acci-

PHOSPHORE BUNC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. 877 dénis gastro-intestinaux. Cette dernière forme, pour ainsi dire foudroyante, est de beaucoup la plus rare ; la précédente est celle qui s'observe le plus ordinairement dans le phosphorisme aigu, toxique. La forme commune varie d'ailleurs en intensité et en durée : il en existe une variété lente qui établit le passage à la forme chronique. Celle-ci est due à la pénétration et à l'intégration du Phosphore dans les tissus auxquels il imprime une modalité spéciale ; elle peut en conséquence s'appeler constitutionnelle.

Dans la marche du phosphorisme toxique, il faut distinguer plusieurs périodes : 1° d'incubation, variable de quelques minutes à 36 heures ; 2" d'accidents topiques, avec ou sans retentissement marqué sur le reste de l'économie; 3° de phénomènes diffusés après absorption et circulation, lesquels peuvent d'ailleurs survenir d'emblée; 4» de courte accalmie, bientôt suivie 5° de désordres viscéraux graves ou mortels.

Dans le phosphorisme thérapeutique on doit s'efforcer d'éviter l'irritation des voies digestives et d'obtenir seulement les effets diffusés. Nous avons expliqué plus haut l'intolérance stomacale, signalé les phénomènes d'accumulation d'action et d'accumulation de doses; il est superflu d'y revenir.

Substances synergiques et auxiliaires. — Des expériences multipliées tendent à faire considérer l'acide phosphorique comme le succédané du Phosphoi-e libre. D'ailleurs, aucun produit de la matière médicale n'agit exactement à la manière du Phosphore ; celui qui s'en rapproche le plus est le soufre. Mais, sans parler de la cantharide, il a pour analogues les stimulants diffusibles, l'oxygène et les nervins ou dynamophores, tels que le thé, le café, la coca, le haschisch, surtout l'ozone.

En outre, les préparations pharmaceutiques de Phosphore ont des adjuvants ou des succédanés dans les aliments phosphorés, tels que la chair et surtout la laitance des poissons, la cervelle des mammifères, etc.

Substances antagonistes. — Contre-poisons. — L'arsenic, qui s'en rapproche beaucoup au point de vue chimique, semble être l'antagoniste du Phosphore, comme le bromure de potassium l'est par rapport à l'iodure alcalin. 11 en est un peu de même des tempérants et des toniques vasomoteurs, ainsi que des nauséants et des vomitifs. Les gaz provenant de la combustion du charbon, l'hydrogène sulfuré, les aneslhésiques, les cyaniqiies, le sulfure de carbone, etc., sont des antagonistes dynamiques du Phosphore.

Les contre-poisons chimiques des préparations phosphorées sont maintenant assez nombreux et passablement efficaces. Pour neutraliser les acides dérivés par oxydation du Phosphore, on peut se servir de l'eau de chaux que j'ai conseillée, ou bien de l'hydrate de magnésie (BruUé, Poggiale, C. Paul, J. Fort). A l'aide du charbon que j'ai le premier recommandé (1" édition), il est possible d'absorber non seulement les vapeurs de Phosphore dégagées dans le canal alimentaire, mais encore le métalloïde en suspension dans les liquides aqueux. Les expériences ultérieures d'Eulenberg et Vôhl sur les animaux ont établi ces résultais et confirmé mes prévisions.

878 PIIOSPHORIi BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE,

Purjesz insiste de son côté sur la valeur du sulfate de'cuivre, qui aurait le double avantage d'empêcher l'absorption du poison et d'agir comme émétique pour le faire évacuer de l'estomac. Il le préférerait môme à l'essence de térébenthine, le contre-poison par excellence du Phosphore. KUe était employée de longue date dans une fabrique de StaCford (Angleterre) pour préserver les ouvriers pendant- le trempage des allumettes chimiques. Mais la première expérience clinique, d'ailleurs couronnée de succès, a été faite par leD'' Andant, de Dax (1868j. D'autres faits favorables ont été observés par le même médecin, ainsi que par le D"' Sorbets, Hicguet, Laboulbène, etc.), et à l'étranger par Kohier. De son côté. Personne a fait sur des chiens des expériences intéressantes, qui mettent hors de doute l'efficacité de ce moyen. Mais si tous les observateurs s'accordent pour proclamer les vertus de l'essence de térébenthine, et nous pourrions dire sans doute de toutes les essences hydro-carbonées qui, comme celles de bergamote, de citron, de lavande, de copahu, de menthe, de macis, de moutarde, de romarin et de thym, empêchent la phosphorescence du métalloïde, on est loin de s'entendre sur le mode opératoire de cette sorte de contre-poison chimique. Personne attribue à l'essence de térébenthine le pouvoir de s'opposer à l'oxydation du Phosphore avec lequel elle pénètre dans la circulation et qu'elle empêche de produire l'asphyxie en s'emparant de l'oxygène du sang. On a vu plus haut ce que nous pensons de cette théorie du phosphorisme toxique, mise également en doute par Curie et Vigier, qui, se prévalant | de leurs résultats négatifs, ont nié la preuve expérimentale et la théorie des ! premiers observateurs. Il me paraît cependant difficile de contester les bons effets de l'essence de térébenthine dans l'intoxication phosphorique. Seulement on peut se demander, avec un expérimentateur allemand, si l'innocuité du Phosphore n'est pas obtenue au moyen d'une combustion rapide, effectuée par l'ozone en dissolution dans l'essence hydrocarbonée, ou plutôt si, conformément aux vues exposées plus haut, l'essence de térébenthine, en incarcérant les molécules de Phosphore et s'opposant à leur | combustion, ne supprimerait pas du même coup cette production d'ozone, cause d'usure rapide des globules sanguins et de tous les tissus organiques, à laquelle je rattache l'excitation physiologique des petites doses de Phosphore, aussi bien que les graves conséquences des quantités massives. Pour Jules Lefort, l'essence de térébenthine forme avec le Phosphore deux composés fort peu toxiques : les acides hypoplwsphoreux mono et ditérébenthiques.

Tandis que Thiernesse admet que l'action curative de l'essence de térébenthine doit être rapportée à son oxygène. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en effet, ce gaz est un puissant antidote du Phosphore, car injecté dans les veines d'animaux empoisonnés par cet agent, il en a guéri 19 sur 22 (Crocq et Casse).

Maintenant, faut-il, avec Rommelaere, faire une distinction entre l'es- j sence rectifiée et l'essence brute, et admettre que celle-ci est la seule réellement eflicace ? Jules Lefort répond que les deux sortes se valent.

PHOSPHORE BLANC, PHOSPHOUE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. &7'J Usages. - Le Phosphore est un stimulant diffusible d'une extrême énergie, et dont l'usage est périlleux. Le praticien ne doit par conséquent 1 administrer qu'avec la plus grande réserve, et il aura à se tenir en garde contre un emploi intempestif ou irrationnel. Aussi voulons-nous tout d'abord en poser les contre-indications.

Parmi les applications qu'il faut réprouver, nous signalerons les affections caractérisées par l'excitation nerveuse, circulatoire ou trophique : ainsi les convulsions toniques et cloniques, les contractures, les névroses d'origine hypersthénique, la périencéphalite diffuse avec paralysie générale, les phlegmasies de toutes formes et de tous sièges, les fièvres de toute nature, les exanthèmes fébriles, etc.

Les indications, déduites de nos connaissances sur l'action physiologique du médicament, peuvent se résumer en ces termes : La puissance stimulante du Phosphore n'interviendra avec avantage que dans les maladies exemptes d'inflammation, de fièvre et môme de toute excitation nerveuse; elle est spécialement réclamée par les états morbides où prédominent la sédation circulatoire locale et générale, l'abaissement de la calorification, l'épuisement des forces ou l'asthénie locale avec paralysie du sentiment et du mouvement.

Tels sont les états cachectiques consécutifs aux maladies longues et épuisantes, aux fièvres palustres, les convalescences difficiles, le tabès dorsalis, les paralysies anciennes d'origine cérébrale, médullaire et périphérique quand il n'existe plus aucun signe d'irritation : hémiplégies, paraplégies, amauroses et autres paralysies partielles.

On s'est servi quelquefois du Phosphore pour rappeler les éruptions lentes à paraître ou rétrocédées ; mais c'est surtout contre l'impuissance virile qu'il a été préconisé, bien qu'il ait bien souvent trompé l'attente du médecin et les espérances des malades, ou qu'il n'ait donné que des succès éphémères. Mon illustre maître Lallemand (de Montpellier), dont l'aulorité était si grande dans la question du tabès, n'avait aucune foi dans ce moyen, et les faits que j'ai vus de mon côté ne sont pas de nature à modifier l'opinion qu'il m'a transmise sur ce point.

Actuellement le cercle de la médication phosphorée s'est notablement restreint et ne renferme plus guère que les paralysies ou les affections analogues.

Le D' Delpech, qui nous a si bien fait connaître l'intoxication par le sulfure de carbone, se loue beaucoup de l'emploi du Phosphore pour dissiper les paralysies et l'impuissance qui caractérisent cet empoisonnement. Le Phosphore a pu également rendre quelques services dans les paraplégies dites rhumatismales, hystériques, en un mot sans lésions organiques et même dans celles qui, bien que symptomatiques, sont incomplètes et dépendent d'une lésion superficielle, ainsi que dans les hémiplégies de cause cérébrale, après extinction de tout phénomène irritatif et cicatrisation du foyer. Cet agent serait peut-être mieux indiqué encore dans le cours des paralysies asthéniques diffuses, consécutives à la diphtérie ou à

880 l'HOSPHOBE BLANC, PHOSPlIOUli: NORMAL, PIIOSPIIOHE OHDINAIRE.

d'autres maladies aiguës intenses. Toutefois E.Lemaire ne lui attribue aucune efficacité en pareils cas. On l'a trouvé utile contre le tremblement mercuriel (N. Guéneau de Mussy, Isambert, Féréol); il passe pour l'être dans la paralysie agitante (Hammond) et dans les diverses formes de la sclérose médullaire alTectant les cordons antéro-latéraux, mais surtout dans la sclérose des cordons postérieurs, dont l'expression symptomatique se résume dans la dénomination d'ataxie locomotrice qui lui été imposée par Duchenne (de Boulogne), à la condition que l'affection soit récente, et encore ne peut-on compter sur une guérison.

Dujardin-Beaumetz, dont le zèle ardent pour la thérapeutique ne se dément pas, a été, il y a quelques années, le principal promoteur du traitement des tabescents et des paralytiques parles préparations phosphorées. Son exemple a été suivi par un grand nombre de praticiens, et de nombreux succès semblent avoir couronné leurs efforts. Mais les revers sont encore plus nombreux, et quand le résultat s'est montré favorable, combien de fois n'a-t-on pas été le jouet de coïncidences fortuites, d'illusions et d'erreurs de toutes sortes? On oublie trop la marche naturelle des maladies, leurs oscillations, leurs reculs, leurs guérisons spontanées.

La marche de l'ataxie locomotrice, en particulier, est naturellement rémittente, ce qui explique les succès momentanés de toutes les médications, sans compter l'influence du changement de milieu et de régime, sans parler de cette complicité du malade, qui se persuade qu'il va guérir, et qui n'enregistre que les symptômes favorables. Pour moi, quoique j'aie toujours administré le médicament avec Vexpression d'une conviction réfléchie, il ne m'a pas été donné d'assister à un seul cas vraiment satisfaisant pour le thérapeutiste. Quelques-uns des faits négatifs observés à l'hôpital Ëeaujon et recueillis par le D"" Landrieux ont été reproduits dans les thèses des D" Serée et Reulos (Paris, 1869). Ils ne sont guère encourageants, et je demeure convaincu qu'il ne faut pas attendre grand secours du Phosphore dans la plupart des affections contre lesquelles on l'a préconisé.

En revanche, les névralgies et parmi elles l'une des plus graves, le tic douloureux de la face, ont été traitées souvent avec un succès complet et inespéré par ce médicament (Ahsburton Thompson, Edwyn Sladeking, Broadbent, Nathaniel Emersen).

Mais on comptera moins sur son efficacité dans les grandes névroses : hystérie, épilepsie, chorée, hypochondrie, mélancolie, malgré quelques observations favorables deBroadbent, A. Thompson, Dickinson, S. W. D. Williams etc. ; pas plus que dans la leucémie (Wilson Fox) et le goitre (Bradley, Leech).

Tandis que les observations de Wegner font supposer qu'il réussirait facilement dans l'ostéomalacie, et celles de Kassowilz dans le rachitisme.

Le Phosphore ordinaire est, en résumé, un agent de stimulation rapide, violent, mais fugace, bon pour activer momentanément la combustion respiratoire, ranimer les fonctions languissantes, réveiller les organes

PnOSPIIOKE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE. 881

moteurs et les sens engourdis. Mais, comme il amène ce résultat en poussant à la dépense et non en apportant de la force, en excitant et non en fortifiant, il appauvrit ;>u lieu d'enrichir. En définitive, le Phosphore ordinaire peut être employé pour galvaniser instantanément un organisme torpide; on ne doit pas compter sur lui pour restaurer et consolider une constitution délabrée, ni même un système nerveux épuisé par une affection chronique.

Qu'on s'en serve pour stimuler au sortir d'un empoisonnement par le sulfure de carbone, l'hydrogène sulfuré, les gaz irrespirables ou pour fouetter l'hématose dans les anoxémies du croup, de l'asthme, des obstacles mécaniques au libre jeu de la respiration ; qu'on lui demande d'exciter les forces radicales quand les fonctions sont enchaînées par une cause morbide, comme le choléra, ou bien encore quand l'asthénie résulte d'un état morbide accidentel: hémorrhagie, douleur physique, émotion morale, accès d'hystérie, maladie aiguë : voilà, selon moi, les seules indications précises et conformes à la logique des faits.

Au contraire, dans les maladies chroniques organiques, le Phosphore ordinaire, auxiliaire d'un jour, devient bientôt un embarras et un ennemi. En pareille circonstance on pourrait tenter de recourir au Phosphore amoi-phe, à cette modification allotropique du Phosphore qui, dénuée de toute action excitante ou irritante, jouit, dit-on, cependant de la propriété de s'intégrer dans les éléments, fibres ou cellules, du système nerveux, d'en élever la puissance fonctionnelle et de produire une véritable hyperesthésie en rapport avec cet accroissement d'activité et peut-être avec une nutrition plus régulière et plus complète, ce qui reste à vérifier. Les paralysies anciennes et les ataxies me paraîtraient plutôt justiciables du Phosphore amorphe, agissant en qualité de médicament constitutionnel, altérant ou métatrophique. '

Les usages externes du Phosphore sont peu nombreux et d'une utilité contestable. On l'a employé comme modificateur local des dermatoses squameuses invétérées, comme parasiticide contre l'acarus de la gale comme caustique pour remplacer les autres moxas. '

Récemment il a été vanté par Tavignot pour restituer au cristallin opacifié sa transparence normale. Mais les faits négatifs de Gosselin et de Maisonneuve ne permettent pas de croire au succès.

^ PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES. - DoSES. - MODES D'eMPLOI - H ne

S agit ici m de l'acide phosphorique ni des sels à acides dérivés du Phosphore y compris les hypophosphites, attendu que ces composés, dans lesquels le métalloïde est énergiquement retenu, ne peuvent donner tou au p us que les effets altérants. Pour obtenir les phénomènes d'excita t on mtiale, ou bien à un haut degré ceux de stimulation consécutive, il faut ecounr soit au Phosphore libre, soit aux combinaisons instable de ce ZlxZt": P^-P^-^« ou les phosphures

882 PnOSPnORE BLANC, PHOSPHORE NORMAL, PHOSPHORE ORDINAIRE, sent s'administre en pilules de 1 milligramme au nombre de deux à dix i'our. Il y en a plusieurs formules, dont la meilleure est celle de Trousseau oû le Phosphore est simplement incorporé dans de la mie de pain. Néanmoins cette préparation est encore infidèle, puisque le Phosphore s'oxyde à l'air et à la lumière. Il en est de même pour les pilules dans lesauelles le sulfure de carbone intervient comme dissolvant (Mandl, Mialhe et Gobley), sans avoir d'ailleurs l'inconvénient de contrarier notablement l'action du Phosphore. Les pilules de Wegner composées de Phosphore, "sirop simple, réglisse, gommes arabique et adragante, et dosées à 1 milligramme, me paraissent aussi facilement altérables.

Les solutions sont généralement préférables. Nous n'en exceptons pas celle qui est faite à l'aide du sulfure de carbone, malgré l'antagonisme des deux substances, parce que la proportion de la substance antagoniste est peu considérable vu l'intensité de son pouvoir dissolvant. C'est, en effet, la solution la plus chargée, chaque goutte contenant 3 milligr. du métalloïde. On peut l'administrer diluée dans de l'huile ou incorporée à de la magnésie. , , , ^ X J

La Teinture éthérée de -phosphore, on Ether phosphore, est composée de 4 grammes de Phosphore pour 200 grammes d'élher sulfurique. On en prend dix gouttes et au delà dans une potion. C'est une préparation dangereuse et infidèle. Pii„j^

Les solutions dans le chloroforme sont à peu près abandonnées. Celle de Duiardin-Beaumetz, qui est au millième, introduit une trop grande quantité de chloroforme, puisque chaque milligramme de Phosphore ne comnorte pas moins de 1 gramme ou trente gouttes de véhicule. A la vérité, les cansules ne contiennent chacune que 10 centigrammes de la solution ; mais cela n'atténue pas l'inconvénient signalé, car il en faudrait prendre plusieurs à la fois si l'on voulait obtenir des effets physiologiques marqués

Les solutions huileuses sont les meilleures de toutes, parce que le véhicule est inerte fixe et conservateur. Il est pourtant nécessaire de prendre quelque pr cautions pour leur assurer toutes les qualités désirables et ma^r. ?a détermination pondérale exacte des deux composants (Phosphoie 2 grammes, huiles d'amandes douces, 100 grammes), la préparation de l'ancien Codex est éminemment variable et conséquemment dangereuse.

La solution huileuse de Phosphore préparée par Méhu est très perfectionnée et mérite la préférence. L'huile est surchauffée à 230o, pour la déshydrater e a décolorer ; le phosphore n'y est ajouté que lorsqu'elle est re roidie. La lsolut?on faite, on l'additionne d'un vingtième d'éther, pour l'usage inf ne ou d'essence de térébenthine, pour l'usage externe, afin d'empêcher h^snhorescence. Sa formule est : Phosphore. 1 gramme pour huile SGoCmmeH^^^^^^^ milligrammes de prmcipe

''t'.'ZT!êMéhu contiennent chacune 1 milligramme de Phosphore.

fiA dpux à huit ou môme dix par jour. ""l^Thompson propose .a solution <,uo voici : Phosphore. 0».,«6; alcool

PllOSPHURE DE ZINC. 883

absolu, 10 grammes; glycérine, 24 grammes; esprit-de-vin, 4 grammes ; essence de menthe poivrée, 2«\^0. La dose est de 2 grammes toutes les 4 heures.

Glower a eu l'idée d'ajouter du Phosphore à l'huile de foie de morue; cette association n'est appelée à rendre le double service qu'on en espère que si la proportion du stimulant est assez faible pour que le malade prenne les fortes doses d'huile habituellement nécessaires.sans qu'il en puisse résulter le moindre inconvénient. L'/imle phosphorée de l'ancienne pharmacopée prussienne, formée de 60 centigrammes de Phosphore dans 30 grammes d'huile d'amandes douces, est moins rarement prescrite que la précédente, à la dose de S à 10 gouttes. On s'en sert aussi pour l'usage externe à la place de la Pommade phosphorée, qui n'en diffère que par la présence de l'axonge au lieu d'huile.

Le collyre de Tavignot ne renferme pas moins de SO centigrammes de Phosphore en dissolution dans ISO grammes d'huile d'amandes douces.

Page 1