‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 307 sur 384 · PHOSPHORE ROUGE, PHOSPHORE AMORPHE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE ROUGE, PHOSPHORE AMORPHE

Angl. : Red allotropie phosphorus. — Ail. : Phosphorus amorphus.

Il s'agit dans l'espèce d'un état allotropique du phosphore blanc, lequel après avoir été chauffé pendant plusieurs jours à une température voisine de son point d'ébullition, se transforme en une substance douée de propriétés tout à fait particulières.

Le Phosphore rouge est, en effet, en fragments rougeâtres, durs, cassants, pulvérisables, d'où son nom de phosphore métallique, ou bien le plus souvent, en poudre violacée, sans odeur, non lumineux dans l'obscurité, s'enflammant à une température élevée (âBO-), insoluble dans tous les dissolvants neutres et jusque dans le sulfure de carbone. Chauffé au dessus de 260» il distille et régénère le phosphore blanc. En sorte que le Phosphore rouge est très maniable et d'une grande innocuité grâce à son insolubilité Toutefois si l'on doit le recommander tout spécialement pou les usages industriels (fabrication des allumettes) ou domestiques i 'fa craindre qu'il reste inerte dans nos formules médicales. D'ailleurs 1 n'a jusqu ICI donné aucune preuve certaine de sa valeur thérapeutique bien qu U ne soit pas tout à fait dépourvu d'action pharmacodynamique

PHOSPHURE DE ZINC, Phosphorelum zincicum Angl : Phosphide ofzinc. - AU. : Zincum pkosphoratum. Le Phospkure de une (Ph, Zn3) est en cristaux prismatiques droits ou en masse à cassure grenue, à éclat métallique, solubîe dans l'acide cht rhy-

II a été bien préparé par Pierre Vigier et proposé par lui pour les usa^^es thérapeutiques. Ce composé contient 25 pour 100 de phosphore San n Itat de combinaison inslab e et oue Ifis mnin^n^o x - "'^"'^ ^lai

la liberté. J'ai démontré, en effet ^,7. p? rendent à

dément une odeur de phoXe au c nH ^"h'

puospnore au contact du suc gastrique, du mucus

884 PICROTOXINE.

buccal ou intestinal, c'est-fi-dire lorsqu'il est mis en présence des principes organiques qu'il rencontre dans les premières voies. Aussi le Phosphore de Zinc n'a-t-il pas d'autre action que celle du phosphore en nature, seulement il a l'avantage d'être moins irritant pour le tube digestif et de ne dégager le phosphore qu'en petite quantité à la fois.

Ce nouveau médicament a reçu toutes les applications des autres préparations phosphorées. Noël Guéneau de Mussy, Isambert, Féréol l'ont trouvé utile contre le tremblement mercuriel.

On l'a encore étudié dans l'alcoolisme chronique {Napoleone d'Ancona), dans la parésie musculaire, la dépression intellectuelle (Magnus Huss), la chlorose (A. Vigier, Curie), l'anémie résultant d'hémorrhagies utérines, les névralgies par débilité (A. Thompson), etc. Et les succès obtenus dans tous ces cas encouragent de nouvelles tentatives.

Plusieurs praticiens, parmi lesquels Dujardin-Beaumetz se place au premier rang, se louent extrêmement de l'emploi du Phosphore de Zinc dans certaines paralysies et surtout dans l'ataxie locomotrice progressive. Pour ma part, je n'ai observé que des insuccès.

La dose de Phosphore de Zinc est de 1 à 5 centigrammes par jour en plusieurs prises, sous forme pilulaire.

PICROTOXIIVE, Picrotoxina.

Angl. : Picrotoxine. — AU. : Picrotoxinum, Picrotoxin, Kokkelskornbitter.

La Picrotoxine, (C*» Hi» 0«), principe neutre extrait de la coque du Levant (voy. p. 97), cristallise en petits prismes incolores, sans odeur et d'une amertume caractéristique. Elle est soluble dans 150 parties d'eau froide, 25 parties d'eau bouillante, 10 parties d'alcool à 90" froid, 2 parties 1/2 d'éther ; mais ne se dissout pas dans les huiles fixes ou volatiles.

Action physiologique. — La Picrotoxine, comme j'ai eu l'occasion de le dire déjà, est un poison convulsivant d'une grande énergie. A dose suffisante elle produit de véritables accès d'épilepsie chez les animaux, très complets, avec cri initial, stupeur, perte d'urine (Chirone et Testa), morsure de la langue, écume à la bouche; et, de plus, les lésions anatomo-pathologiquesne diffèrent pas alors de celles qu'on observe après la mort causée par une attaque d'épilepsie vraie (Crichton-Browne). Parfois les convulsions toniques sont véritablement celles d'un tétanos et se manifestent surtout par de l'opisthotonos. Cayrade a encore signalé l'inquiétude, l'agitation des animaux, l'incoordination motrice, le tournoiement, le recul, une salivation abondante, les vomissements, etc.

Ordinairement les animaux tombent dans la stupeur et meurent dans un état comateux après que les contractions cardiaques et les mouvements respiratoires sont devenus irréguliers et lents, et que la température s est abaissée. A l'autopsie, on trouve le cœur droit dilaté, gorgé de sang, tandis que les cavités gauches sont presque vides et rétractées.

Les petites doses sont beaucoup plus inoffensives. Elles ralentissent le pouls, élèvent légèrement la température, resserrent la pupille, excitent

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les sécrétions de l'urine et de la salive, stimulent les contractions de l'intestin et rendent la sensibilité un peu obtuse.

Diverses théories ont été proposées récemment pour interpréter le mode d'action de la Picrotoxine. Crichton-Browne suppose qu'elle agit sur le cerveau d'abord, contrairement à l'opinion émise autrefois par W. Bonnefin qui localisait l'action de la Picrotoxine exclusivement sur la moelle, et puis elle atteindrait consécutivement ce centre. 11 attribue les convulsions épileptiformes à la stimulation du cerveau, pour cette raison qu'elles sont excitées par les mouvements volontaires plutôt que par les mouvements provoqués. Au contraire Ghirone et Testa déclarent que les convulsions sont indépendantes d'une excitation des centres psycho-moteurs, car elles s'accentuent après léur ablation, et ils admettent qu'elles résultent d'une action bulbaire d'abord, spinale ensuite de la Picrotoxine; c'était à peu près la manière de voir de Cayrade qui a, l'un des premiers, il y a près de vingt ans, étudié avec soin l'empoisonnement par ce principe. La première cause les crises épileptiformes, la seconde les convulsions tétaniques.

Planât, nous le savons, a proposé aussi cette même théorie, qui nous paraît vraisemblable. Enfin Amagat croit à une excitation de tout l'encéphale et de la moelle, et il a démontré qu'il existe un antagonisme très marqué, et sûr dans un cas d'empoisonnement, entre la Picrotoxine et le chloral hydraté.

Usages et modes d'administration. — La Picrotoxine est rarement prescrite. Planât l'a particulièrement conseillée contre l'épilepsie en raison de ses propriétés sédatives vasculaites et de sa localisation d'action sur le bulbe ; il dit s'en être bien trouvé ; de plus il la recommande dans le traitement de la chorée et de l'éclampsie infantile. D'autre part Henry et Murrell l'ont vue supprimer les sueurs des phtisiques. Tel est l'état de nos connaissances sur les appUcations de ce redoutable poison, l'un de nos agents convulsivants les plus violents. On l'administre ordinairement en granule (Duquesnel), d'un \/A ou d'un 1/2 milligramme, à la dose de quelques milligrammes par jour, contre les névroses, plus rarement en injection hypodermique d'un milligramme.

PIERRE A CAUTÈRE. — Voy. PoTASSE caustique a la CHAUX.

PILOCARPIIVE, Pilocarpina.

Angl. : Pilocarpine. — AU. : Pilocarpin.

La Pilocarpine (G^^ h'6 q*) est un alcaloïde extrait du Pilocarpus pinnatus ou jaborandi (voy. ce mot, p. 199) par Ernest Hardy, en 1875. Elle représente une sorte de sirop incolore, soluble dans l'eau, et surtout dans l'alcool, la benzme et le chloroforme. Elle forme des sels cristallisables, le chlorhydrate et l'azotate (voy. ces mots) surtout usités; le phosp/ialc, soluble dnns l'eau, l'alcool froid et surtout bouillant, insoluble dans l'éther, e chloroforme, la benzine et le sulfure de carbone ; Vacétate, soluble dans 1 eau, l'alcool, le chloroforme, la benzine et l'éther, insoluble dans l'eau,

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l'alcooletle chloroforme, insoluble dans le sulfure de carbone(W. Gerrard).

Action pnysiOLOGiQUE. — Les effets généraux de la Pilocarpine sur l'organisme animal ne diffèrent pas de ceux du jaborandi (Voy. ce mot), à cela près qu'ils sont plus rapidement obtenus que ces derniers. A petite dose les phénomènes les plus saillants chez l'homme sont toujours, au bout de quelques instants, une minute parfois quand il s'agit d'une injection hypodermique, la poussée congestive à la face avec sentiment de chaleur, puis le besoin incessant de cracher, la production de sueur à la tête et peu à peu sur tout le corps. Pendant ce temps le pouls s'accélère, les battements du cœur deviennent plus forts, mais la température n'a que des variations insignifiantes. Au bout d'un temps variable entre 1 heure ou 1 heure 1/2 l'action hypercrinique s'est très ralentie ou bien a cessé et les sujets ne conservent plus qu'un peu de fatigue, de l'abattement et de la somnolence.

Quand la dose est forte, chez l'homme, quand la Pilocarpine est mal supportée, le faciès s'altère, il y a du malaise général, du refroidissement, des nausées, des vomissements, en même temps que les efïets de salivation et de sudation; le pouls est petit, sans force, irrégulier, la pupille est énergiquement contractée et les sujets ont à chaque instant des lipothymies (Del Toro). On a vu la respiration se troubler, le cœur ralentir ses battements, la température tomber à 36° et la mort survenir dans le collapsus, après quelques accidents gastro-intestinaux violents : vomissements et diarrhée. Denucé compare même cette intoxication grave aux accidents causés par le choléra.

Il est vrai de dire qu'il s'agissait ici de malades atteints d'affections graves du cœur ou autres (Massart).

L'importance des doses se manifeste encore sur les réactions physiologiques. C'est ainsi qu'on peut assez souvent déterminer à volonté la sudation (doses de 1 à 10 milligrammes), la salivation (10 à 20 milligrammes) ou bien les deux actions hypercriniques simultanées (à partir de 20 milligrammes), avec nausées et vomissements (Demètre-Kercea).

A cette symptomatologie du pilocarpinisme je puis ajouter encore d'autres effets qui frappent moins l'observateur mais sont cependant très dignes d'être notés, ce sont la sécrétion exagérée des larmes, du mucus bronchique ou buccal, de l'urine et sans doute des glandes propres ou des glandes annexes du tube digestif.

Chez les animaux, outre les accidents que je viens d'énumérer, on s est assuré qu'à petites doses la Pilocarpine abaisse la pression sanguine et ralentit le cœur passagèrement; tandis que ces troubles sont rendus permanents par des doses fortes. C'est pourquoi Erich Harnach et Hans Meyer admettent que cet alcaloïde excite tout d'abord les rameaux terminaux du pneumogastrique et plus tard paralyse ce nerf d'une façon progressive.

L'un des effets les plus remarquables de la Pilocarpine est sans contredit celui qu'elle exerce localement sur l'œil. Quelques gouttes d'une solution à 1 ou 2 0/0 instillées entre les paupières, produisent rapidement

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une atrésie assez forte de la pupille et du spasme de l'accommodation. Mais on a observé parfois de la mydriase, et le résultat ne parait plus contradictoire si l'on admet avec E. Harnach et Hans Meyer que la Pilocarpine est associée dans le jaborandi à un autre alcaloïde, la jaborine, qui agit comme l'atropine.

La science n'est pas encore absolument fixée sur l'interprétation à donner des effets de la Pilocarpine. On suppose que son action hypercrinique résulte d'une stimulation des nerfs plutôt que d'une excitation du parenchyme glandulaire lui-même. Yulpian a soutenu cette théorie avec sa grande autorité, à propos des actions diaphorétique et sialagogue. Toutefois il ne serait pas impossible qu'elle stimulât à la fois l'activité des nerfs de sécrétion et les cellules glandulaires, car Rossbach et Von Anrep ont démontré qu'après la section du sciatique et sa dégénérescence consécutive la Pilocarpine pouvait encore provoquer la sudation sur le membre opéré.

Vraisemblablement encore cet alcaloïde trouble les fonctions du bulbe et de la moelle, comme semblent l'indiquer la dyspnée, les secousses convulsives, l'incoordination motrice, les attaques épileptiformes observées par Harnach et Meyer chez les animaux soumis à l'influence de doses toxiques.

Substances synergiques et auxiliaires. Antagonistes. — Ce sontles mêmes que pour le jaborandi (Voy. ce mot). Je rappelle qu'en ce qui touche les effets généraux il faut rechercher les synergiques et les auxiliaires dans la grande classe des hypercriniques : sudorifiques, sialagogues, diurétiques, et les agents favorisant les sécrétions intestinales ou celles des glandes annexes del'intestin. Toutefois en dehors du mercure, del'ésérine, de la nicotine, de la caféine et analogues : lobélie, cocaïne, etc., qui s'en rapprochent un peu, je ne connais aucun médicament pouvant être comparé à la Pilocarpine.

Comme agent myosique, elle a pour synergique l'ésérine surtout.

Et parmi ses antagonistes il faut citer particulièrement l'atropine, qui arrête net tous ses effets hypercriniques et avec une puissance contre laquelle ne pourrait pas lutter le principe du jaborandi, puisque 6 milligrammes de l'alcaloïde de la belladone paralysent les effets de 2 centigrammes de Pilocarpine (Strauss). La même action d'antagonisme se retrouve à propos des effets particuliers des deux alcaloïdes sur les yeux, avec la même supériorité d'énergie du côté du principe de la belladone. Les analogues de l'atropine : duboisine, homatropine, daturine, hyoscyamine, jaborine, etc., sont évidemment des antagonistes de la Pilocarpine tout aussi actifs que leur congénère, et S. Ringer et Murrell ajoutent à cette énumération la muscarine.

'Usages. — La Pilocarpine, agent puissant en môme temps que relativement inoffensif, d'une administration sûre et facile, devait être essayée dans une foule de cas morbides.

Comme médicament diaphorétique elle a été conseillée dans les maladies afrigore: affections catarrhales des voies respiratoires, coryza, angine

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simple, bronchite, et jusque dans la pneumonie. C'est là une de ses meilleures applications, car elle joint alors à ses vertus stimulantes la propriété de déterminer une action sécrétoire excessive, propre à conjurer l'inllaramation ou à l'amoindrir. On a pu même, dans la bronchite et la bronchopneumonie, l'utiliser comme expectorant. Le rhumatisme articulaire aigu a quelquefois cédé devant la puissance diaphorétique de la Pilocarpine, de même que le refroidissement profond, la congélation (Méplain).

On a encore pensé que la Pilocarpine pouvait faire éliminer par la peau ou d'autres émonctoires des principes toxiques ou morbifiques fet guérir par exemple l'empoisonnement par le plomb, le mercure (Tederschmidt et Bardenherrer, Weinberg), fait réel, ou la rage (Dartigue, Denis-Dumont, etc.), ce qui est absolument contredit par les belles expériences de Nocard sur les chiens et les observations citées par Dujardin-Beaumetz chez l'homme; les crises rabiques ne sont même pas atténuées.

Plus sûrement ce médicament agit contre les accidents urémiques ou éclamptiques (Bœgehold, Hamilton, Semmola, Fehling, Augier, Bidder, Mook, Leven, Prochownick, J. Murphy), sans que nous puissions cependant assurer ici son efficacité pas plus "que sa nocuité (Schuelein, Saenger, etc.) ou son innocuité en pareils cas ; contre la fièvre typhoïde dans ses premiers stades (Richard Ryder, Leyden) ; contre la syphilis (Lewin), dans le traitement de laquelle cet alcaloïde égalerait le mercure ; contre la fièvre intermittente et ses accès, oti se manifeste à la fois sa propriété abortive de l'accès (Picot, Gaspar Griswald, Rokitansky, etc.) et curative de la maladie. Mais il est d'autres applications. C'est encore dans un but de révulsion, et pour suppléer à l'action compromise du rein qu'on a prescrit la Pilocarpine dans les néphrites. Quoiqu'il en soit de la théorie à invoquer, elle a réussi dans la néphrite aiguë desquamative (Mac Call Anderson, Leyden) et même dans quelques cas de maladie de Bright (Francos, etc.), de néphrite scarlatineuse (Semmola, Weiss) et d'albuminurie de la grossesse (Lenglet).

En raison de sa puissante action sialagogue et hypercrinique à la surface delà muqueuse des voies aériennes, la Pilocarpine a été administrée comme expectorant dans les bronchites, les laryngites, et comme agent propre à détacher les fausses membranes dans la diphtérie de la gorge ou du larynx et à les expulser. Cette dernière application est discutable. Sans doute il est possible que les fausses membranes du croup ou de l'angme couenneuse soient entraînées mécaniquement pendant l'action de la Pilocarpine, mais c'est le seul résultat un peu avantageux auquel puisse donner lieu ce médicament. Je le considère comme absolument infidèle ou insuffisant dans la diphtérie, malgré les observations très favorables de Guttmann, Lax, Giulio, Lepidi-Chioti, Demme, Williams, Lemoyne, Masini, Guaita, Dehio, LerebouUet, Frydensberg, Greza, Faludi, Tayac, etc., etc. Je suis d'ailleurs appuyé dans cette manière de voir par les faits négatifs nombreux cités sous les noms de Laskewitsch, Neumeister, Alfoldi, Weise, Archarabault et Pousson, etc., et de plusieurs autres médecms français.

PILOCARPINE.

A titre d'agent de spoliation (on a vu des pertes de poids de 2 à 4 kilogrammes, immédiates), grâce à ses propriétés sialagogues, sudorifiques et diurétiques, la Pilocarpine a réussi contre certaines hydropisies : celle de la plèvre tout particulièrement quand elle est subaiguë (Landrieux), aigu(î même(Tauleigne) ou à sa période de résorption (L. Dupré); celle du tissu cellulaire sous-cutané ou anasarque, à la condition qu'elle ne résulte pas d'une maladie cardiaque avancée. Par un mécanisme analogue elle peut combattre la polyurie, simple ou azoturique, et jusqu'à la polyurie diabétique (Huchard, Druel et Wannebroucq, Ducroux) ; les sueurs nocturnes (Murrell), les transpirations fétides des pieds (Armaingaud) et la sialorrhée de la grossesse (Ed. Labbée).

On l'a vue encore résoudre une inflammation mammaire (Stebmann), une parotidite (Testa), guérir le hoquet rebelle (Ortille Ruhdorfer), l'anurie (Prentiss), calmer les douleurs de l'ataxie (0. Jennings) ou d'une névralgie, 'produire des effets sesthésiogènes (Lannois), ramener la moiteur dans la bouche des fébricitants desséchée par la fièvre (Druel), etc. . Son action sur le tégument externe, dont elle modifie les sécrétions, pouvait faire présager que la Pilocarpine aiderait à la curation des dermatoses. Sous son influence en effet, la peau devient souple, onctueuse (action sur les glandes sébacées), les poils poussent plus vigoureusement. Aussi bien modifle-t-elle favorablement les affections squameuses et l'eczéma, sans toutefois les guérir; mais elle réussit mieux contre le prurigo (0. Simon), le prurit des vieillards, le prurit vulvaire, l'urticaire chronique et l'alopécie pityriasique (Pick, André, de Pleurus, Georg Schmitz).

La Pilocarpine, extraite d'une Rutacée, a été considérée comme douée d'une action excitante sur la contractilité utérine et proposée pour provoquer l'accouchement prématuré (Massmann, Ludwig Kleinwàchter), proposition que ne justifient pas les observations de Marti Autet, Welponer, Parisi, Hyvernaux, Saenger, Bergesio Cuzzi, Kromer, etc. Toutefois si elle n'est réellement pas abortive, elle jouit assurément de vertus ocytociques, grâce auxquelles on lui a vu faciliter l'accouchement normal (Massmann Schauta, Saenger, Brennecke) en renforçant les contractions utérines, ce qui ferait de ce médicament un succédané de l'ergot.

Les applications de la Pilocarpine en oculistique ont un certain intérêt, bien que sa valeur ait été ici exagérée. On peut la comparer à l'ésérine dont elle reproduit les effets locaux sur l'œil. Elle rétrécit la pupille, diminue ou calme la photophobie, les douleurs périorbitaires, et réduit la tension intra-oculaire. C'est pourquoi on l'a conseillée contre les maladies de la cornée: éruptions phlycténulaires et herpétiques, kératocone, opacités, ulcères ; contre le glaucome, l'iritis, les corps flottants de l'humeur vitrée, etc ; et, à litre d'agent modificateur de l'accommodation et de myosique, contre la paralysie de l'accommodation consécutive aux pyrexies ; contre la mydriase (W. Williams, G. V. Béranger, Galezowski, Alexandroff, J. M. Duclos, etc., Abadie, deWecker).

Elle a encore une action curative dans le décollement de la rétine

(Dianoux, Josse) et l'héméralopie (Mecklenburg). Mais son emploi a paru inutile dans la kératite superficielle difl'use, l'aquo-capsulite (Chalot), l'atrophie de la papille (Fieuzal), la choroïdite, la rétinile, et les accidents qui suivent l'extraction de la cataracte (Eustache).

Modes d'administration et doses, — La Pilocarpine n'est jamais prescrite; on a recours à ses sels, principalement aux chlorhydrate et nitrate (Voy. ces mots), administrés le plus souvent en injection sous-cutanée, mais qu'on peut aussi faire prendre exceptionnellement par la bouche ou en lavement, car ce mode d'emploi rend son action plus lente et moins efficace. La potion trop vantée de Guttmann, contre la diphtérie, se compose de Chlorhydrate de pilocarpine, 2—4 centigrammes; pepsine, 6—8 centigrammes ; acide chlorhydrique, 2 gouttes ; eau distillée, 80 grammes. Cette préparation s'administre également bien en lavement.

PLOMB, Plumbum.

Angl. : Lead. — AU. : Blei.

Le Plomb, rare à l'état natif, se rencontre plus souvent uni au soufre ou sous forme d'oxysels.

Ce métal, peu oxydable, est inattaquable par l'eau distillée, mais non par cette même eau chargée d'air atmosphérique et d'acide carbonique ou bien quand on la fait circuler à travers un serpentin de plomb (Is. Pierre).

Il est même à remarquer que l'eau pure et aérée, telle que celle de la pluie, dissout plus de Plomb que celle qui est chargée de sels neutres, notamment de carbonates et de sulfates. Le pouvoir dissolvant des pluies d'orage s'explique parla présence de l'acide nitrique.

Action physiologique. — Les effets altérants du Plomb ont déjà été mentionnés ou énumérés antérieurement (Voy. Acétate, p. 429, et Carbonate de Plomb, p. 600).

Voici la description sommaire des effets locaux et généraux des préparations dont le Plomb est la base.

Tous les sels plombiques sont toxiques, les uns rapidement par des doses massives, les autres lentement par des doses minimes et longtemps répétées. Ces mêmes composés ont généralement une saveur douceâtre et sucrée, qui n'exclut pas la stypticité dont jouissent particulièrement ceux qui sont solubles ou dissous.

L'acétate de plomb, par exemple, mérite le titre de sucre de Saturne, et n'en exerce pas moins une astriction forte sur les tissus, en même temps qu'il coagule l'albumine.

A ces effets astringents et coagulants se borne l'action immédiate, topique ou diffusée, des préparations saturnines. Seulement elle s'accompagne de symptômes d'irritation gastrique (Voy. Acétate de Plomb) lorsque la dose est excessive ; il s'y joint aussi quelquefois des troubles graves des grandes fonctions : anxiété, crampes, engourdissements, symptômes cholériformes, prostration, paralysie et coma. La mort peut être la conséquence de l'in-

gestion d'une énorme quantité, 30 à 60 grammes, par exemple, de sucre de Saturne.

Pour produire ces phénomènes, l'acétate de plomb intervient plutôt en qualité d'agent de coagulation et de poison irritant qu'à titre de préparation saturnine. L'action du Plomb se manifeste, au contraire, dans toute sa pureté, lorsque ce sel ou tout autre composé plombique se trouve introduit à petites doses répétées dans le tube digestif et de là dans la circulation sanguine. En pareil cas, les premiers symptômes observés sont la diminution de l'appétit et des forces, la pâleur des téguments et la constipation. Puis viennent ordinairement des douleurs périarticulaires ou mélalgiques, et bientôt des coliques sèches, que généralement la pression soulage et qui sont quelquefois accompagnées de myodynie des parois charnues du ventre (Briquet). En même temps le foie se rétracte (Potain), et l'on voit se produire, par ischémie et torpeur hépatique, une teinte jaune des sclérotiques et de la peau, coïncidant avec des urines plus ou moins fortement colorées (ictère hémaphéique). On observe aussi le liséré bleuâtre des gencives à la sertissure des dents, et parfois des taches ardoisées noirâtres sûr la face muqueuse des lèvres et des joues au contact des dents, taches dues à une sorte de tatouage, et comparables pour l'aspect aux macules pigmentaires des chiens de chasse ou des sujets afl'ectés de négrinisme (maladie bronzée d'Addison). A ces phénomènes se joint l'analgésie cutanée de la face dorsale des avant-bras et de la partie externe du mollet, où elle est cependant moins prononcée, coïncidant avec l'anémie tégumentaire et l'obtusion du sens thermeslhésique. Dans cette période l'albuminurie est l'exception; mais plus tard, quand la cachexie est avancée, il existe de la superalbuminose sanguine, et les reins laissent passer de l'albumine en proportion faible ou moyenne.

Si le sujet reste exposé longtemps à l'action toxique, il survient une paralysie des extenseurs communs des doigts avec conservation des mouvements des extenseurs propres et des radiaux. Plus rarement le même phénomène se produit aux extrémités inférieures. Quelquefois la paralysie affecte la forme hémiplégique ou même généralisée, et peut atteindre plus fortement les muscles rapprochés du tronc, tels que les deltoïdes. Au début, l'irritabilité hallérienne persiste dans les muscles paralysés (Gubler), mais elle ne tarde pas à s'éteindre dès que la nutrition s'altère et que l'amyotrophie succède.

La mort survient quelquefois comme dernier terme de la cachexie saturnine, mais elle termine plus rapidement la scène quand les accidents toxiques prennent la forme encéphalopathique, déhrante ou convulsive. L'éclampsie saturnine était à peu près invariablement fatale, avant que j'eusse eu l'idée de la combattre par le bromure de potassium à hautes doses. A l'autopsie, on voit dans le cœcum et une partie du gros intestin une coloration noirâtre constituée par du sulfure de plomb (Quevenne et Gubler), aussi bien que celle du liséré gingival et du tatouage des joues. Le métal se retrouve d'ailleurs dans les principaux viscères, notamment

dans le cerveau, où les symptômes convulsifs l'ont fait rechercher davantage. De plus, l'analogie indique (Voy. Acide arsénieux) que le Plomb, comme l'arsenic, doit exister dans la trame de tous les tissus, y compris les épithéliums, les cheveux et les poils. Les urines en entraînent pendant la vie de minimes quantités qu'il est possible, mais difficile de saisir par l'analyse chimique.

A petites doses, les effets du Plomb sont nuls dans l'organisme humain. Tous nous en ingérons undemi-milligramme par jour sans en être éprouvés, car ce métal est en somme partout dans nos aliments et dans l'eau que nous buvons. L'origine de ce Plomb se trouve le plus ordinairement dans rétamage des casseroles, les conduites d'eau, dans les boîtes de conserves alimentaires, etc. (Arm. Gautier).

Il est aisé de se rendre compte du mode d'action des préparations saturnins momentanément employées à doses moyennes ou foi tes : à la rigueur, tous les phénomènes s'expliqueraient par leurs effets astringents, coagulants et irritants. La théorie du saturnisme chronique est autrement obscure et embarrassante. Toutefois il est permis d'invoquer comme syndrome essentiel auquel les autres sont subordonnés : la diminution de l'hématocausie et de l'éréthisme des capillaires sanguins avec ralentissement consécutif de la formation des globules et altération de la composition chimique et de la structure des tissus. Dans cette manière de voir, l'ictère hémaphéique par insuffisance hépatique dépendrait du spasme vasculaire ; il en serait de même de l'anesthésie périphérique. Toutefois ce dernier symptôme, ainsi que les paralysies, ledélire et les convulsions, reconnaîtraitplutôtpourcause efficiente l'altération trophique du système nerveux due à la présence du métal dans la structure organique, et cette altération donnerait naissance à des troubles fonctionnels variés, les uns favorisés par l'anémie constitutionnelle ou locale, les autres directement provoqués par des raptus congestifs plus ou moins violents. Dans le premier cas se trouvent la plupart des céphalalgies chez les saturnins, avec les vertiges et la titubation qui les compliquent. Ces accidents se dissipent par l'opium et les stimulants de la circulation sanguine. Dans la seconde catégorie se placent les encéphalopathies graves, notamment celles de formes convulsives, lesquelles sont justiciables du sulfate de quinine et du bromure de potassium.

Substances SYNERGIQUES, auxiliaires. — Le thallium a un poids atomique voisin de celui du Plomb, c'est pourquoi (Rabuteau) il agit comme lui. Les qualités stypliques des sels de Plomb se retrouvent dans plusieurs composés minéraux et dans un grand nombre de plantes. Les acidulés agissent aussi d'une manière analogue.

Comme altérant, le Plomb se rapproche de l'arsenic et de l'antimoine plus que toute autre substance. Le froid modéré et soutenu est un adjuvant pour la production de l'analgésie, de la rétraction des capillaires et des phénomènes de sédation; enfin les causes débilitantes diverses favorisent l'hypoglobulie et la cachexie.

Substances antagonistes. — Antidotes, coxtre-poisons. — Les toniques

POTASSE CAUSTIQUE A LA CHAUX, HYDRATE DE POTASSE IMPUR, ETC. 893 et les Stimulants, et, sous d'autres rapports, les émollients et lesanodyns, contrarient l'action du Plomb et de ses combinaisons salines. Contre les symptômes douloureux et convulsifs du saturnisme chronique je recommande l'opium et les excitants diffusibles, qui ne doivent être abandonnés que lorsqu'il existe des signes de phlegmasie secondaire ou bien de la stUj, peur. L'iodure de potassium n'est pas un antidote dynamique, mais simplement un moyen de favoriser la dénutrition et d'éliminer plus rapidement les tissus, ainsi que les produits imprégnés de la matière toxique, comme l'ont démontré les recherches de Gabriel Pouchet. Semmola favorise cette élimination par les bains électriques.

Les substances incompatibles sont celles qui sont indiquées à propos de l'acétate de plomb (voy. ce mot) ; ajoutons que les contre-poisons sont l'hydrogène sulfuré et les sulfhydrates alcalins, l'acide sulfurique et les sulfates solubles, notamment l'alun.

Usages. — Le Plomb métallique en lames ou en feuilles plus ou moins étendues a été recommandé par Avicenne, Amado de Portugal et Ambroise Paré pour s'opposer à l'écoulement involontaire du liquide séminal ; par Reveillé-Parise, Van Blaeven et Burggraeve (de Gand), pour le pansement des plaies et des ulcères. Plus récemment, on s'en est servi contre l'onyxis. Les chirurgiens utilisent rarement les fils de Plomb pour sutures, et les dentistes emploient des feuilles minces de ce métal pour oblitérer les cavités des dents cariées.

Les composés de Plomb ont reçu en médecine des applications plus nombreuses et plus importantes. Ils ont été employés comme astringents, pour favoriser les résorptions, calmer la phlogose, réduire les flux et arrêter les hémorrhagies; comme sédatifs, pour combattre les fièvres, enrayer les phlegmasies qui président au développement des produits nouveaux dans le cours des états diathésiques ; enfin pour dissiper les névralgies, probablement congestives ou hypersthéniques (voy. Carbonate, AcÉTATii et lODURE DE Plomb).

POTASSE CAUSTIQUE, OXYDE DE POTASSIU3I HYDRATÉ, HY- DRATE DE POTASSE, hydras potassions.

Angl. : Potash, Kali. — Ail. : Kali hydricum, Hydras Kali, Kalium- Qxydhydrat.

Le Codex distingue avec raison les deux variétés suivantes.

POTASSE CAUSTIQUE A LA CHAUX, HYDRATE DE POTASSE IM PUR, PIERRE A CAUTÈRE.

Angl. : Potassa with lime. — Ail. : Kalium causticum fusion in baccilis.

La Potasse à la chaux est essentiellement impure et n'a pas d'usages médicaux, si ce n'est qu'elle sert de caustique et s'emploie quelquefois pour établir des cautères. Elle est en morceaux plats, irréguliers, ou bien en cylindres comme la pierre infernale. On lui préfère le caustique de Vienne, dans la composition duquel elle entre, plus commode à manier, fusant

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