CANNELLE DE CEYLAN
tube digestif, ainsi que l'excitation de l'appareil circulatoire. Des doses plus fortes exagèrent ces effets topiques et sympathiques ; puis, une fois l'absorption effectuée, il en résulte un mouvement fébrile artificiel et des phénomènes spéciaux du côté des organes sécrétoires. L'action excitante atteint même, selon quelques observateurs, les fibres motrices de l'utérus. Ce dernier effet est imputable aussi bien au tannin qu'à l'essence.
Usages. La Cannelle est un condiment apprécié et un tonique stimulant assez souvent employé. On l'associe aux amers pour en corriger le goût, aux préparations de fer pour les rendre mieux tolérables, et aux purgatifs pour modérer les coliques. Comme tonique excitant, on l'a prescrite dans les cas de faiblesse et d'atonie, quelle que soit la nature étiologique du mal. Elle entre, par exemple, dans la potion cordiale, administrée à la fin de toute pyrexie ou phlegmasie qui épuise les forces; dans les états iidynamiques et dans la période ultime des maladies funestes. On la donne aussi comme carminative, toni-stomachique, et antispasmodique. Enfin on la conseille pour arrêter la métrorrhagie et diminuer l'abondance des règles. A l'extérieur, on emploie parfois sa poudre pour hâter la cicatrisation des plaies blafardes et atoniques, fortifier les gencives molles et saignantes.
Modes d'administration et doses. - La dose de poudre est de 60 centigrammes à d gramme et jusqu'à 2 grammes. Les diverses préparations de l'écorce se donnent en proportions équivalentes.
Vessencede Cannelle, principalement formée par l'hydrure de cinnamyle, se donne à la dose de deux ou trois gouttes sur un morceau de sucre, ou mieux sous forme à'oléosaccharure .• 1 à 2 grammes. Vhuile volatile de racine de Cannellier de Ceylan est moins délicate et s'emploie de même.
V essence des feuilles se dislingue par la présence d'un peu d'acide ben- /oïque et sert aux mêmes usages que l'essence de girofle.
L'eaù de Cannelle se donne à la dose de 30 à 60 grammes. On met 4 à 8 grammes de teinture dans une potion, ou bien dans 16 à 32 grammes de
sirop. , , i j X
La Cannelle entre dans une foule de liqueurs de table et de préparations stomachiques, stimulantes : VÉUxir de Gams,la Liqueur de Madame Amphoux, VHippocras, la Poudre aromatique composée, la Confection aromatique, ïFau de Mélisse composée, le Sirop antiscorbutique, la Tkeriaque, le Mithridate, le Laudanum liquide de Sydenham, etc. , • »
Elle sert enfin à la préparation de l'eau de Botot et d'une foule d opiats dentifrices, unie à d'autres substances astringentes.
Synergiques. — On peut citer la Cannelle giroflée desMoluques ou écorce deCulilawan,Cinna7nom«m C«/itot;an, Bl.- Lauracées ; la Cannelle Giroflée du Brésil, écorce du Dicypellium caryophyllalum, L. — Lauracées ; les fleurs de Cannelier, Cinnamomum Cassia, Fr. Nées, - Lauracées ia cannelle du Cassia lignea, qui figuraient dans le précédent Codex et ne diffèrent guère de la Cannelle de Ceylan, quant à leurs vertus thérapeutiques.
CANTHâRIDE. 61
CANNELLE GIROFLÉE DES MOLUQUES ou ÉCORCE DE CULI- LAWAN, Cinnamomum Cidilaivan, Blume. — Lauracées, Angl. : Indian Clove bark. — Ail. : I\elkenrmde.
L'écorce du Cannellier Culilaivan sent le girofle, et 3ert aux Javanais comme masticatoire et parfum. C'est d'ailleurs un médicament en tout comparable à la Cannelle de Ceylan, et, comme celle-ci, fort employé, dans ses lieux de production à titre de tonique stimulant, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, contre la paralysie, le rhumatisme, etc.
L'essence de Culilawan est inusitée en Europe.
CiVNTIIARIDE, Cantharis vesicatoria, Geoff. ; Meloe vesicatorius, L. — Insectes-Coléoptères.
Angl. : Cantharides, Blister Beetle, or Spanis Fly. — AU. : Blasen-Kàfer, Spanische Fliege.
Cet élégant Coléoptère, de la famille des Trachélides, vit sur les arbres de la famille des Jasminées, et particulièrement sur le Frêne.
Composition. — L'analyse de Robiquet donne les résultats suivants : cantharidine ; huile grasse verte, soluble dans l'alcool ; matière grasse insoluble ; substance jaune visqueuse, soluble dans l'eau et l'alcool ; matière noire soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool ; matière jaune soluble dans l'éther et l'alcool ; acides acétique et urique librès ; phosphates de chaux et de magnésie.
Lsi cantharidine, C^WO*, rangée parmi les substances neutres, est cristalline, de couleur blanche, insoluble dans l'eau — si ce n'est à la faveur des autres principes constituants de la Cantharide, principalement de sa matière jaune, — soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles. Ses principaux dissolvants sont l'acétone et le chloroforme. Elle se dissout dans la soude, de même que dans les acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique bouillants. Un acide énergique la précipite de la première dissolution; l'eau suffit pour la séparer des suivantes. La Cantharidine ne commence à se sublimer qu'à 120 degrés et ne se volatilise rapidement qu'à 205 degrés. Aussi les effets attribués à sa vapeur dans des conditions de température ordinaire doivent-ils être rapportés, soit à des émanations pulvérulentes, soit à une huile volatile odorante qui donne aux Gantbarides leur fragrance désagréable et sur l'existence de laquelle Orfila insiste avec raison. En fixant deux équivalents d'eau, la Cantharidine peut jouer le rôle d'acide et former des cantharidates de soude, de potasse, d'ammoniaque, de zmc, de magnésium, etc., qui reproduisent ses propriétés vésicantes.
Action puysiologique. - Les Cantharides exhalent une odeur piquante, létide, nauséabonde. Leur saveur est peu marquée, car la sensation d'âcreté et de causticité qu elles déterminent plus tard paraît due à l'inflammation violente qu elles excitent sur la langue comme sur tout autre point des téguments. Cette sensation n'est pas plus une afl-aire de goût que l'impression de 1 ammoniaque sur les narines n'est un phénomène d'olfaction.
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Appliquée sur la peau, la poudre de Canlharides produit au bout d'une heure une sensation de chaleur qui devient bientôt cuisante, douloureuse, et s'accompagne de rougeur et de tuméfaction légère. Il s'ensuit une véritable phlegmasie du derme avec exhalation séreuse ou séro-fibrineuse sous forme de vésicules d'abord isolées, qui deviennent conûuentes, et donnent lieu, ou bien à un certain nombre de bulles et ampoules, ou bien à une seule grosse phlyctène qui occupe toute la surface avec laquelle la Cantharide se trouvait en contact. Cet effet n'est complet qu'au bout de huit, douze, seize ou vingt-quatre heures, selon la ténuité de l'épiderme et la vitalité des téguments. Il peut employer quelques heures seulement à se produire, comme il peut faire absolument défaut malgré l'excellente qualité et l'application parfaite du remède. Car la Cantharide n'exerce pas sur la peau une action chimique, fatale, à la manière de l'acide sulfurique ou de la potasse caustique : elle provoque, irrite les tissus vivants qui répondent plus ou moins à son action phlogistique, et quelquefois demeurent inertes malgré un contact prolongé de deux ou trois jours. Mais ce dernier cas, que j'ai bien observé, est excessivement rare.
Dans le premier moment, l'action topique de la Cantharide peut être aidée par les acides de la sueur qui dissolvent le principe actif de l'insecte.
Sur les muqueuses, l'action topique est infiniment plus rapide. En un quart d'heure, la cantharidine fait lever une ampoule à l'intérieur des lèvres ; en vingt minutes elle a détruit l'épiderme et développé une exsudation'pseudo-membraneuse (Bretonneau), et, un peu plus tard, elle produit une inflammation violente avec mortification.
Tant que dure, sur le tégument externe, la violente phlegmasie déterminée par le contact de la poudre irritante, l'absorption ne s'exerce pas ; mais dès que l'exsudation s'arrête par le fait de l'apaisement du travail inflammatoire en rapport avec l'éloignement du corps irritant, désormais séparé de la superficie du derme par une épaisseur plus ou moins grande de sérosité plastique, alors l'absorption redevient possible. Et comme elle s'exerce sur un liquide albumineux et alcalin nécessairement chargé de cantharidine, celle-ci commence à s'introduire dans la circulation et produit bientôt les effets qui lui sont propres. Au premier degré, on note l'accroissement de la diurèse et coïucidemment, par action réflexe (Gubler), l'excitation tonique du grand sympathique, d'où l'augmentation de la tension vasculaire, et le ralentissement du pouls. Avec une action plus forte, le pouls devient fréquent et plein, la respiration accélérée, la peau chaude et sudorale. L'urine diminue de quantité, et les mictions sont plus fréauentes, accompagnées de douleurs au passage. Ces phénomènes peuvent être très accusés à la suite de la vésication, mais ils se montrent dans toute leur puissance lorsque la Cantharide est ingérée dans les premières voies. Voici alors ce qu'on observe :
Dans l'estomac, la Cantharide excite de la chaleur ou de la brûlure, de vives douleurs gastralgiques, des nausées et des vomissements Néanmoins une partie du principe actif est absorbée, et va produire la fièvre artifi-
CANTHAHIDE. «3
cielle signalée tout à l'heure, avec une intensité plus grande et une soif ardente. Bientôt se montrent des ardeurs d'urine, des douleurs atroces dans les lombes et le bas-ventre, un priapisme des plus pénibles. Le malade pisse, au milieu de cruelles souffrances, de l'albumine, de la fibrine., du sang, avec une urine rare et concentrée. Il éprouve une violente constriction de la gorge, de la difficulté d'avaler, de l'hydrophobie, du ptyalisme, de la dysenterie, une sensibilité exquise du ventre, comme dans le pêritonisme. Si le sujet résiste, on voit une période de sédation et d'asthénie succéder à celte effervescence morbide ; le pouls se ralentit et se déprime, la température s'abaisse, et les forces sont dans la résolution. Mais si la dose est trop forte, il survient du délire, des convulsions, le tétanos, l'insensibilité, le coma et quelquefois la mort. A l'autopsie, on trouve une inflammation violente, plastique et ulcéreuse du canal digestif et de l'appareil urinaire, principalement de la vessie.
Les lésions fonctionnelles et anatomiques observées du côté des reins et des voies urinaires indiquent suffisamment que c'est par là que se fait l'élimination delà cantharidine et des autres principes actifs absorbables. En présence de ces profonds désordres, on admire la tolérance relative du système vasculaire pour la cantharidine, mais l'étonnement cessera si l'on considère que l'albumine dissimule un grand nombre d'agents nuisibles ou toxiques, lesquels ne recouvrent leur pouvoir de nuire que lorsqu'ils reprennent leur liberté dans les sécrétions non albumineuses.
La cystite cantharidienne (Morel-Lavallée) ou mieux le cantharidisme réno-vésical tel que Bouillaud l'a décrit, n'est pas une complication à beaucoup près aussi fréquente qu'on le suppose généralement, à la suite des applications vésicantes. Mes relevés statistiques prouvent que cet accident n'existe à un degré quelconque que dans uii dixième des cas tout au plus, et que, sous une forme intense il ne se montre pas plus d'une fois §ur vingt applications de grands vésicatoires.
A mon avis, les graves symptômes observés dans les intoxications du côté du système nerveux ne sont pas uniquement le résultat de l'action directe du poison. sur l'encéphale et la moelle; ils sont quelquefois les effets sympathiques ou réflexes de la violente irritation des organes digestifs et urinaires.
La cantharidine est accusée, à bon droit, d'être l'agent essentiel de tous ces désordres. Cependant la substance volatile odorante, considérée par Beaupoi et Orfîla comme le principe vraiment toxique de la cantharide, possède réellement des propriétés irritantes semblables à celles de la cantharidine
On cite des cas nombreux d'individus qui, pour être restés endormis à ?r ^^"tharides, ont inhalé par les poumons des
quantités suffisantes de l'huile volatile pour qu'il en résultât, non seulement des ophtalmies, des éternûments et des saignements de nez, mais encore des vertiges, la dysurie, l'hématurie et la fièvre (Amoreux, Lyinnet,
Les voies élimination de la cantharidine sont surtout les reins, qui s'en-