XV1J
Le Chili offre donc aujourd’hui un débouché considérable à nos charbons ; aussi, ai-je vivement engagé plusieurs propriétaires de mines en Belgique à organiser une navigation directe et suivie, pour cet article, avec les points où il sert à alimenter les bateaux à vapeur et la fonte des métaux. D’après les indications que je leur ai fournies, des chargements entiers pourront s’expédier régulièrement tous les mois avec certitude de placement dès leur arrivée.
Des chargements de retour en minerais de cuivre et d’argent pourront aussi être assurés à nos navires, dès que l’on s’occupera sérieusement de la création, en Belgique, d’un établissement qui exploiterait sur une grande échelle la fonte de ces métaux, à l’instar de ceux qui existent en Angleterre et aux Etats-Unis. De la création de cette industrie nouvelle résulteront pour nous trois grands avantages. En premier lieu, nous ne serons plus, comme maintenant, obligés d’acheter annuellement, en Angleterre et ailleurs, pour plusieurs millions de cuivres dont la consommation se fait en Belgique; ensuite, nos ouvriers et nos charbons trouveront un nouvel et excellent emploi ; et puis, comme conséquence de ce qui précède, notre pays deviendra un marché important pour le cuivre et l’argent. Déjà, en 1841, j’avais exprimé ma manière de voir à ce sujet dans un long mémoire; mais aucune suite ne fut donnée à mes observations. Cependant, par mes rapports établis depuis mon retour avec plusieurs industriels, je crois enfin être parvenu à faire comprendre l’état réel des choses, et j’ai tout lieu d’espérer que le moment n’est pas loin où ce projet, mis à exécution, donnera un grand développement à notre navigation et à notre commerce.
Un vice-consulat belge, dontM. Robert Lambert est le titulaire, a été établi depuis quelques mois à Coquimbo. Notre vice-consul possède, avec son père, de vastes établissements pour la fonte des cuivres ; on y consomme mensuellement jusqu a mille tonneaux de charbons. Nos industriels et nos armateurs pourront donc, dès ce moment, se mettre en rapport direct avec la maison Lambert, tant pour ce qui concerne l’exportation de nos charbons, que pour l’importation en Belgique du cuivre fondu et des minerais de cuivre.
INTRODUCTION
XVÜj
Le port de Huasco, dans la province d’Atacama (Chili), est assez important pour la consommation des produits d’Europe. Nos charbons y trouveront un placement certain, et nos navires y prendront en retour du cuivre et de l’argent.
Depuis quelques mois, un vice-consulat belge a été établi dans cette localité; M. Charles Lambert, frère du vice-consul à Coquimbo, en est le titulaire.
Le port de Copiapo, dans la province d’Atacama (Chili), n’est pas sans importance pour la consommation des produits européens. De même qu’à Huasco, nos charbons y trouveront un placement certain, et nos navires pourront y obtenir, en retour, du cuivre et de l’argent. Le guano , qui s’exporte du Chili et qui se trouve à peu de distance de Copiapo, dans le désert d’Atacama, pourra aussi servir comme chargement de retour à ceux de nos navires qui se rendront dans le port de Copiapo.
On s’occupe sérieusement à Copiapo de la construction d’un chemin de fer, qui aura plusieurs lieues de longueur et qui mettra les mines en communication directe avec la mer. D’après mes indications, les intéressés dans cette affaire sont aujourd’hui informés et convaincus que c’est en Belgique qu’ils trouveront avec le plus d’avantages tous les éléments nécessaires à la construction de leur voie ferrée, et j’ai tout lieu d’espérer que la Belgique fournira les ingénieurs et le matériel nécessaires à cet effet.
A ce sujet, je ne crois pas hors de propos de faire remarquer que, peu de temps avant de m’éloigner du Chili, le gouvernement chilien m’avait proposé de faire en Belgique des ouvertures pour la construction du chemin de fer de Valparaiso à Santiago. La précipitation de mon départ ne m’ayant pas permis de réunir tous les documents et renseignements nécessaires, cette affaire, qui me semble être avantageuse en tous points, pourrait être reprise par l’entremise de notre consul à Valparaiso.
Un consulat belge a été établi à Copiapo depuis quelques mois; M. Charles Darlu en est le titulaire. Propriétaire de mines d’argent et ingénieur très-distingué, notre consul est en position d’être très-utile à notre pays aussitôt qu’on mettra la main à
INTRODUCTION
l’œuvre pour la construction du chemin de fer de Copiapo. II s’empressera aussi d’aider de ses conseils les Belges qui se rendront au Chili dans le but d’y exploiter les mines.
Le port de Cobija, le seul que la Bolivie possède dans l’Océan Pacifique, et dont la quatrième partie de cet ouvrage traite tout spécialement, est un des points importants de la côte, vu que tout ce qui s’importe en Bolivie et tout ce qui en sort, doit passer par ce port et par celui d’Arica (Pérou). Ce dernier, plus rapproché que Cobija d’une partie de la Bolivie, reçoit en transit, eu égard à sa position géographique, la moitié environ des marchandises destinées pour la Bolivie, ainsi qu’une grande partie des produits qui s exportent de ce pays.
Depuis quelques mois, un vice-consulat belge a été établi à Cobija; le titulaire en est M. Lucien Durandeau, chef d'une des bonnes maisons de consignation dans ce pays. Le commerce belge y trouvera toutes les garanties, plus une entente parfaite, acquise par une longue expérience, des opérations à faire en Bolivie.
Le port dlquique (Pérou) est peu important jusqu’à ce jour pour le placement des produits européens; mais nos navires y trouveront des chargements de retour en salpêtre, produit qui s’expédie de ce point en quantités considérables pour l’Europe.
Le port d’Arica, du département de Moquegua (Pérou), sur lequel je me suis étendu suffisamment dans la deuxième et la quatrième partie de cet ouvrage, est un des points importants de la côte pour le placement des produits d’Europe. Nos navires y trouveront, comme chargement de retour, de l’or, de l’argent, du cuivre, de Pétain, de la laine, des cuirs, du quinquina, etc.
Depuis quelques mois seulement, un consulat belge est établi à Tacna, du département de Moquegua, dont Arica est le port; M. Charles Herzog en est le titulaire. Notre consul est le chef, depuis vingt ans, d’une des premières maisons de consignation; le commerce belge y rencontrera toutes les garanties désirables et une connaissance approfondie des besoins et des ressources du pays.
Le port d’Islay, du département d’Aréquipa (Pérou), est aussi
INTRODUCTION
un des points importants de la côte pour l’importation des produits européens. Des cargaisons complètes s’expédient directement d'Europe vers ce port, pour la consommation des départements d’Aréquipa, de Puno, etc. Les navires belges y trouveront donc sans peine le placement de nos produits ; ils prendront en retour de l’argent, des laines, des cuirs, du quinquina, etc.
Le port de Pisco, près d’ica, département de Lima (Pérou), est assez important pour l’importation des produits d’Europe. Nos navires y trouveront, comme chargements de retour, du guano, du coton, des laines, des sucres, du cuivre, des vins, des eaux-de-vie, etc. C’est à une petite distance de ce port que sont situées les îles de Chineha, où se trouve le guano.
Le port de Callao, du département de Lima (Pérou), est un des plus importants de la côte pour l’importation des produits européens. Dans la première et dans la deuxième partie de cet ouvrage, on verra que ce port forme entrepôt, pour la consommation du P»érou et des républiques voisines ; c’est donc principalement vers ce port que se dirigeront nos navires, pour importer de nos produits au Pérou. Le Callao n’offre guère, comme retour, que de l’argent monnayé et en barres; aussi les navires, après avoir déchargé au Callao, doivent-ils, pour former leur charge, ment de retour, se rendre, soit aux îles Chineha pour prendre du guano, soit dans les ports du nord ou du sud pour y charger d’autres produits.
Nous possédons à Lima un consulat belge, dont le titulaire est M. Adolphe Lacharrière, chef, depuis nombre d’années, d’une des plus respectables maisons de consignation. La grande expérience qu’il a acquise dans tes affaires, et la loyauté qui le distingue , présentent toutes les garanties que notre commerce peut désirer.
Le port de Lambayeque , du département de la Liber tad (Pérou), est assez important pour la consommation des produits d’Europe. Nos navires y trouveront , comme chargement de retour, du sucre, du riz, de la cochenille, du tabac, du savon, de l’argent en lingots, etc.
Le port de Payta, de la province littorale de Piura, du dépar-
INTRODUCTION
xxj
tement de la Libertad (Pérou), a déjà assez d’importance pour l’importation des produits d’Europe. Nos navires y trouveront, comme chargement de retour, du coton, des ouvrages en paille, de l’argent, etc.
Nous possédons depuis plusieurs années, à Payta, un viceconsulat belge, dont M. Denis Boulanger est le titulaire. Notre vice-consul est, depuis nombre d’années, le chef de la principale maison de commerce de Payta, et a de grands intérêts dans les plantations de coton et d’autres industries de la province de Piura. Le commerce belge trouvera chez lui une connaissance parfaite des ressources et des besoins du pays, ainsi qu’une loyauté à toute épreuve.
Le port de Guayaquil (Equateur) est un des points importants de la côte pour l’importation des produits d’Europe, ainsi qu’on pourra le voir en consultant la statistique commerciale des diverses républiques, qui forme la première partie de l’ouvrage. Nos navires y trouveront, pour former leur chargement de retour, des bois de construction et d ebénisterie de différentes espèces, et qui résistent, pendant plus de cent ans, soit à l’action de l’air, soit à celle de l’eau; c’est ainsi que la qualité de bois, dite Matarasnas, a la propriété de se pétrifier sous terre. Les autres produits servant à l’exportation, sont : le cacao, les tabacs, le coton, les ouvrages en paille, la vanille, l’asphalte, etc.
Depuis quelques mois, un consulat belge, dont M. Jose-Maria Caamafio est le titulaire, a été créé à Guayaquil. Notre consul est le chef d’une des maisons de commerce les plus respectables de ce port, et les industriels belges pourront s’adresser à lui, en toute confiance, pour les échanges à faire entre les deux pays.
Le port de Buenaventura, dans la province de Choco, département de Popayan (Nouvelle-Grenade), n’offre jusqu’à présent que fort peu d’importance pour l’importation des produits européens. Aussitôt que la route, qui doit mettre ce port en communication avec la capitale de la république (Bogota de Santa-Fé, située au centre du pays), sera achevée, ce point de la côte pourra aussi être visité par nos navires, qui y trouveront des retours en cacao, tabacs et autres produits de la Nouvelle-Grenade.
INTRODUCTION
XX ij
Le port de Panama, dont il est fait mention dans la première partie de cet ouvrage, est destiné à reprendre son ancienne importance. Depuis rétablissement des bateaux à vapeur dans la Mer Pacifique, touchant à Panama, ce dernier port a déjà repris de la vie, et il s’animera bien davantage aussitôt qu’il y aura une route ordinaire pour le passage de l’Isthme, vu qu’alors plusieurs marchandises légères seront expédiées de préférence par cette voie, pour les diverses républiques de la côte occidentale. D’après les dernières nouvelles, le gouvernement grenadin allait mettre la main à l’œuvre pour faciliter le passage de l’Isthme. Le nouveau service de navigation à vapeur des Etats-Unis, qui est en activité depuis quelques mois , afin de mettre les Montagnes Rocheuses, tout le pays baigné par le fleuve Colombia et les ports de la Californie (nouveaux territoires des États-Unis) en communication régulière avec Panama, viendra encore augmenter l’importance de ce dernier port. Ce nouveau moyen de transport accéléré et la colonisation des États-Unis, qui marche déjà rapidement sur les côtes de la mer Pacifique, dans les pays récemment conquis, influeront aussi puissamment à donner un nouvel essor au commerce de Panama et à celui de tous les ports de la côte occidentale de l’Amérique du sud.
Maintenant que j’ai indiqué tous les ports de quelque importance sur la côte occidentale, avec lesquels la Belgique peut entretenir des relations suivies, je crois de mon devoir de faire connaître mon opinion sur ce qui reste à faire pour donner des garanties à notre commerce en Amérique et y assurer son avenir. Je veux parler d’une bonne et complète organisation des divers consulats non-rétribués établis et à établir sur la côte occidentale de l’Amérique du sud, que l’on placerait sous les ordres immédiats d’un chef de la légation du Roi au Pérou, afin d’en tirer tout le parti possible dans l’intérêt du pays.
Depuis mon retour, la légation belge au Pérou et au Chili a été supprimée; néanmoins, je n’hésite pas à déclarer que l’importance future de nos relations avec cette partie de l’Amérique et la continuation de celles qui existent sont attachées en grande partie à la conservation de ce poste. Mes intérêts personnels ayant été
INTRODUCTION