‹ Commerce de la côte occidentale de l'Amérique du SudChapitre 4 sur 477 · X.XÜj · texte numérisé non relu

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gravement compromis par suite d un exil de neuf années en Amérique, j’ai, plusieurs fois, exprimé le désir de ne plus être chargé d’une mission dans l’autre hémisphère. Or, en exprimant mon opinion sincère sur la nécessité de conserver un des postes les plus importants pour notre commerce et notre industrie, je ne suis guidé par aucun autre intérêt que celui du pays. Nonseulement le maintien de ce poste est indispensable pour défendre nos intérêts et suivre nos réclamations près des diverses républiques, mais il l est encore pour tenir le gouvernement du Roi constamment au fait des changements fréquents qui ont lieu dans la politique, l’administration et les lois de douane des Etats de l’Amérique du sud. Le Pérou étant le point central et le plus important de toutes les républiques de la côte occidentale, il semble indispensable que le chef de la légation réside à Lima. Depuis l’existence des bateaux à vapeur dans la Mer Pacifique, c’est au Pérou où arrive d’abord la correspondance d’Europe, pour être ensuite expédiée vers les autres points de la côte. Afin d’assurer la régularité du service, le gouvernement du Roi ne devrait correspondre qu’avec la légation, à Lima, qui transmettrait à tous les consulats sous ses ordres, les avis et documents nécessaires. A leur tour, les divers consuls feraient régulièrement parvenir au chef de la légation à Lima, tous les documents et renseignements voulus, et ce dernier, après en avoir pris connaissance, en formerait un résumé ou rapport général qu’il adresserait au gouvernement du Roi. De cette manière, on éviterait une longue et dispendieuse correspondance, tant au département des affaires étrangères qu’aux consuls. Remarquons aussi que, par sa présence sur les lieux, la connaissance des événements récents dans les diverses républiques et par sa correspondance suivie

avec les gouvernements des divers Etats, le chef de la légation sera mis à même de guider les consuls, de stimuler leur zèle et d’aplanir les difficultés. Or, c’est là ce que ne pourra jamais faire le département des affaires étrangères, à une distance de 4,000 lieues, tandis qu’au contraire, par les bateaux à vapeur, le chef de la légation pourra toujours se transporter sans retard sur tous les points de la côte, selon que l’exigeraient les circonstances.

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Dans l’intérêt du service, il devrait même inspecter tous les deux ans, au moins, les divers consulats, et séjourner quelque temps dans la capitale de l’une ou l’autre république où sa présence serait le plus nécessaire.

Ne perdons pas de vue également que les autorités locales refusent souvent, en Amérique, de faire droit aux réclamations des consuls, et que le chef de la légation, étant accrédité près des diverses républiques, pourra, en des cas pareils, s’adresser aux divers gouvernements, et obtenir ce que les consuls ne sont pas en position de demander, vu que les gouvernements ne veulent reconnaître que les réclamations des agents diplomatiques. Je vais plus loin. Je dirai qu’après une expérience de plusieurs années, j’ai été à même de me convaincre que les consuls négociants dans l’Amérique du sud ne peuvent rendre des services au pays qu’à certaines conditions et dans des limites trop restreintes. En effet, les négociants qui s’établissent en Amérique n’ayant naturellement d’autre pensée que celle de faire fortune le plus promptement possible, dans le but de retourner en Europe pour en jouir, sont extraordinairement parcimonieux de leur temps, dont, il est vrai, la valeur équivaut à celle de l’or.

On concevra facilement que, n’étant pas rétribués par le gouvernement, les consuls négociants n’iront pas négliger les affaires de leur maison de commerce pour s’occuper, comme consuls, de préparer et d’enregistrer les nombreuses pièces qui doivent être délivrées lors de l’arrivée et du départ d’un navire. Ils chargeront donc de ce soin un des employés de leur maison de commerce, qui devra être indemnisé du temps employé aux fonctions consulaires. Or, les employés étant largement rétribués en Amérique, en raison de la cherté de la vie, je sais, par expérience, que les frais de copie faits par les consuls ne peuvent pas être couverts par 1 indemnité qu’ils sont autorisés à porter en compte, d après le tarif actuel. En raison de ce qui précède, le gouvernement devrait donc, dans tous les cas, s’occuper, sans retard, d’arrêter un nouveau tarif pour les chancelleries consulaires en Amérique.

S il était question d examiner lequel des deux systèmes,

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celui des consulats rétribués ou celui des consuls-négociants non-rétribués, serait le plus favorable pour la Belgique, je pourrais m’étendre longuement sur les avantages du premier; mais, comme cet examen me conduirait trop loin, je me bornerai à indiquer un des graves inconvénients que présente le système que nous suivons actuellement. Lorsque nos consuls non-rétribués ont à défendre les intérêts belges près des autorités locales ou visà-vis d’autres personnes, leur qualité de négociants les met souvent dans une position fausse et difficile, et il n’est pas rare que leur intérêt personnel se trouve en opposition avec les devoirs attachés à leurs fonctions.

La présence en Amérique d'un chef de légation, dont le seul mobile ne peut être que l’intérêt du commerce belge en général, et à l’autorité duquel les parties lésées pourraient avoir recours, serait un moyen efficace d’obvier aux graves inconvénients que je viens de signaler. Je crois encore devoir ajouter que, par une organisation différente et plus complète des consulats non-rétribués, on pourrait beaucoup faciliter les travaux des consuls et obtenir d’eux plus de renseignements, dans l’intérêt de notre commerce.

On a vu, ci-dessus, que nos exportations pour la cote occidentale, dont la valeur, en 1841, n’était que de 255,000 fr., ont pris, tous les ans, plus d importance; j’ai dit quelles s’élèveront cette année à 5 millions de francs environ, et je puis ajouter, avec la plus grande assurance, que si nos armateurs, nos fabricants, nos sociétés, nos banques et tous ceux enfin qui sont en position de donner de l'impulsion à nos relations, eussent fait, dans l’intérêt du pays et dans le leur, ce qu’on était en droit d’attendre d’eux, le chiffre de nos exportations vers cette partie du monde s’élèverait au double aujourd’hui. Quoique d’autres, et notamment les Allemands, après les Anglais, les Français et les Américains du nord, se soient déjà en partie emparés du terrain que nous aurions dû occuper depuis longtemps en Amérique, nous ne devons pas perdre un seul instant de vue que la côte occidentale de l’Amérique du sud offre un marché de 120 millions de francs à l’industrie européenne.

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La position calme et exceptionnelle, dans laquelle nous nous trouvons au milieu de l’Europe agitée, vient heureusement nous présenter une occasion des pl us favorables pour donner un grand et prompt développement à nos relations transatlantiques, et si nous ne manquons pas de la saisir, l’exportation de nos produits vers l’Amérique du sud s’élèvera, en peu d’années, à iO millions de francs au moins. En retour, les produits américains que nous importerons en Belgique pourront atteindre, en peu de temps, à un chiffre semblable, et ce roulement d’affaires de 20 millions de francs, distribués entre nos diverses industries, contribuera puissamment à assurer le bien-être du pays. Les Anglais, qui sont nos maîtres dans tout ce qui a rapport au commerce et à l’industrie, avaient compris, longtemps avant l’indépendance de l’Amérique espagnole, combien ce pays, par son émancipation, deviendrait un immense débouché pour l’exportation de leurs produits. En sacrifiant plusieurs millions pour provoquer et soutenir cette indépendance, ils savaient que le placement de ce capital donnerait plus tard de gros intérêts. Avant la pacification complète des diverses républiques, des agents diplomatiques et consulaires anglais se trouvaient déjà sur les lieux pour s’emparer du terrain, et c’est par ces moyens qu’ils sont en possession aujourd’hui des deux tiers du commerce de ce pays.

L’Angleterre dépense annuellement, dans l’intérêt de son commerce, plus de 4 millions de francs pour entretenir des agents diplomatiques et consulaires, ainsi que sa marine de guerre dans l’Amérique du sud. La France dépense annuellement plus de 2 millions de francs dans le même but. Ces dépenses paraîtront énormes; et pourtant, elles ne représentent qu’un demi pour cent environ sur les §00 millions d’affaires que l’Angleterre fait avec l’Amérique du sud, et un pour cent environ sur le chiffre des opérations que fait la France avec ce même pays ! Les Etats-Unis, la Prusse, 1 Italie, la Hollande, le Brésil, Borne, le Danemark, Hambourg, Brême et les îles Sandwich, ont également des agents diplomatiques et consulaires dans les diverses républiques espagnoles. La Belgique n’étant pas en position d’entretenir des agents diplomatiques dans toutes les républiques, il est indispensable

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cependant, tant pour conserver les relations existantes que pour en créer de nouvelles, qu’elle maintienne au moins un agent diplomatique, résidant à Lima, pour les Etats de la côte occidentale, le Chili, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur et la Californie, ainsi que je l’ai déjà indiqué, et un autre, résidant à Caracas ou à Mexico, pour les états de Venezuela, de la Nouvelle-Grenade, de l’Amérique centrale et du Mexique, dont les principales affaires se font par les ports situés dans l’Atlantique. Ceux qui, par un séjour de plusieurs années en Amérique, ont pu étudier les institutions, les mœurs, les besoins et les richesses des diverses républiques, ainsi que l’avenir qui leur est réservé, comprendront facilement l’urgente nécessité pour la Belgique d’y être dignement et convenablement représentée sans aucun retard. La gestion d’une légation dans l’Amérique du sud étant bien plus difficile et plus laborieuse que dans d’autres pays, et le titulaire d un poste dans cette partie du monde assumant sur lui une plus grande responsabilité qu’en Europe, il faudrait nécessairement choisir pour des fonctions aussi importantes des hommes expérimentés, zélés, actifs, intelligents et conciliants. Aux conditions qui précèdent, et seulement en les observant, nous aurons la certitude de voir nos relations avec l’Amérique prendre un immense et rapide développement.

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