ÉCOLE 6N0STIQUE DE SYRIE
Simon, du bourg de Gitton; c'est pourquoi le sectaire se considérait comme la grande puissance de Dieu. Mais que devenait VEnnoia ? YEnnoia^ pour la rédemption de laquelle l'Être suprême avait paru sous la forme de Simon de Samarie? UEnnoia était allée se loger dans une femme de Tyr, nommée Hélène ; c'était cette esclave de Tyr que Simon avait rachetée, et qu'il considérait comme la première pensée de Dieu. Voilà donc la grande puissance de Dieu et la première pensée de Dieu, incarnées dans Simon le mage et dans Hélène de Tyr. Et remarquez que ces idées ne nous sont pas présentées comme de simples allégories ; car les écrits des Pères de l'Église ne nous permettent pas de douter, que le patriarche des gnostiques n'ait pris pour des réalités les rêves de son cerveau malade. Les disciples de Simon appelèrent Ennoia le Saint-Esprit; et, par un rapprochement qui s'explique dans celte étrange fusion entre la Grèce etrOrient, ils la nommèrent plus tard Minerve. On conçoit que la morale de ces fanatiques ne devait pas être très pure ; aussi Eusèbe a-t-il soin de nous dire que l'on ne peut imaginer aucun acte si criminel, qu'il ne soit dépassé par la secte des simoniens. Au temps d'irénée, ils professaient qu'il n'y a ni moralité, ni immoralité dans les actes extérieurs. Ce n'est pas des saint- simoniens que je parle. Messieurs, mais des simoniens ; j'aurais pour les premiers des paroles plus sévères encore. Saint-Simon ne s'est pas contenté d'exclure l'idée de moralité des actes extérieurs; il la repousse de tous les actes de l'homme : « Tout est bien en soi, au point de vue de l'infini ; tout est bien, dit-il, tout est bon, car tout est un. » {Exposition de la doctrine saint-simoniennej 2^ année). Je passe à Ménandre.
Système de Ménandre. — Ménandre différait, sur plu-» sieurs points, de Simon le Mage dont il était le disciple
principal. 11 se disait envoyé par la grande puissance de Dieu. Il ne paraît pas avoir établi de nouvelles théories, mais il se distinguait éminemment de son maître, pour ce qui concerne Tefficacité de leur commune doctrine ; car Simon prétendait que la gnose seule, librement acceptée, affranchit du pouvoir des anges qui gouvernent le monde; tandis que Ménandre exigeait, de plus, une espèce de baptême qu'il conférait en son propre nom; et telle était la vertu de ce rit d'initiation, qu'elle assurait l'inimortalilé du corps. Cette doctrine, outre le caractère évident de fausseté que lui imprime le démenti de Texpérience, est encore en contradiction manifeste avec les idées de l'école, au sujet du corps humain. Si les philosophes de Palestine trouvaient que VEnnoia habite dans le corps comme dans une prison, c'était une raison pour Ten délivrer au plus tôt, au lieu de l'y retenir à jamais. Cette idée de Ménandre sur le baptême nous semble la seule partie originale de son système; encore n'est-ce qu'une imitation grossière du baptême chrétien. J'ai voulu vous résumer l'enseignement de l'école gnostique de Palestine, tel qu'il ressort de l'analyse que les Saints Pères nous ont faite des systèmes de Simon le Mage et de Ménandre. La conclusion générale que nous devons tirer, c'est que les théories de ces deux hommes présentent une confusion étrange des idées chaldéennes et persanes avec les données de la religion mosaïque et de la religion chrétienne. Nous verrons, par Tétude des doctrines de Saturnin et de Bardesanes, que les opinions de Simon et de Ménandre ont exercé une action prépondérante sur l'école de Syrie.
Si l'école de Palestine a surtout puisé ses idées dans la Samarie, devenue le réceptacle des doctrines chaldéennes et persanes par le fait de la translation de tribus assyriennes et mèdes au milieu de cette province, il est