‹ Commodien, Arnobe, Lactance et autres fragments inéditsChapitre 20 sur 52 · ÉCOLE ONOSTIQUE DE SYRIE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ONOSTIQUE DE SYRIE

la création de Thomme, mais aux Élohim, Cependant c'eslJéhovah Élohim, ou le Dieu des Éiohim, qui anima ce ver rampant, en lui envoyant un rayon de vie divine. Et le rayon divin émané de Dieu sur Thomme, dit Saturnin, retournera un jour dans le sein de Dieu. Le principe du mal, que Saturnin appelait Satan, se sert de créatures humaines comme d'instruments et d'organes ; non pas que Satan ait créé ces hommes méchants, mais il les a trouvés tout faits . Voilà encore un point sur lequel le philosophe ne s'explique pas suffisamment. Il dit néanmoins que, par suite des séductions des démons, les destinées du genre humain furent fortement compromises, et que le Père inconnu envoya aux hommes sa puissance suprême pour les sauver. Ce sauveur c'est le Christ, être sans corps matériel, sans forme réelle. La doctrine de Jésus-Christ doit remplacer le judaïsme, qui, selon Texpression de Saturnin, était inspiré par les anges ou par leur chef, le Dieu des Juifs, et quelquefois par Satan lui-même. Saturnin tire, comme conséquence morale de ce principe, le devoir qu'ont les hommes, doués du rayon de la lumière divine, de ne point se marier^ parce que le mariage a été institué par le Dieu des Juifs. On voit que son mysticisme était antijudaïque. Ce principe des abstinences passa dans Técole des Marcionites, des Encratites et des Manichéens. Le système de Saturnin, qui se borne à développer celui -de Simon et de Ménandre, n'est pas proprement ce que l'école de Syrie a produit de plus caractéristique ; aussi l'influence des doctrines phéniciennes y est-elle peu sensible. Il en va autrement de Bardesanes, Tun des hommes les plus célèbres des premiers siècles de l'ère chrétienne.

Système de Bardesanes. — Adversaire décidé du gnosticisme, Bardesanes le combattit d'abord avec outrance, puis insensiblement il s'y laissa gagner ; tant ces spécu-

lations avaient d'attrait pour les faux mystiques des premiers siècles du christianisme! Géographe, astronome et poète, Bardesanes, soit par lui*mèmc, soit par son fils Marmonius, répandit bientôt autour de lui le poison de Terreur. Déposées dans des hymnes que le peuple chantait à Téglise, ses idées s'invétérèrent ; et il fallut tout le génie poétique d'Ephrem le Syrien, pour contrebalancer l'effet que produisaient les chants religieux de Bardesanes. C'est surtout par les cinquante-six hymnes d'Ephrem, que nous connaissons aujourd'hui les opinions de ce dangereux sectaire. Bardesanes pose un principe intellectuel et un principe matériel : le Père inconnu vivant dans le sein de la Lumière, et la matière éternelle, informe et ténébreuse, siège de Satan. Ainsi Bardesanes, comme Saturnin, diffère essentiellement de la Cabale et de Zoroastre, en ce que, selon lui, Satan n'est pas une émanation éternelle ou temporaire de Dieu, mais un être dégradé par suite de sa chute. Le Dieu éternel se déploya en plusieurs êtres de même nature que lui, appelés Éons; et le premier être qu'il produisit, fut sa compagne <n5CuY®^, qui devint la mère de Christos, Fils du Dieu vivant. Cette compagne n'est autre que la pensée, que Dieu a conçue, de se révéler par un être qui fût son image ou son fils. Dans la série des émanations successives, le Saint-Esprit succède au Christos ou au Fils, comme sa sœur et son épouse ; puis vient une troisième émanation par couples, les types de la terre et de l'eau; une quatrième, les types du feu et de l'air; enfifl Bardesanes admettait au total sept émanations f^ couples ou syzygiesy qui formaient, avec le Père inconnu, Vogdoade gnostique ou le Plérdme. Le Fils et l'Esprit ont fait le monde à l'aide des Éons, types des quatre éléments ; et après avoir produit le monde, ils préposèrent à son gouvernement les esprits

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sidéraux résidant dans les sept planètes et dans les douze signes du zodiaque. La théorie de Bardesanes est éminemment poétique, témoin ses spéculations sur la compagne du Chris tos ou la Sophia-Achamoth. Cette femme était loin d'être aussi parfaite que son frère ou sa mère; s'étunt séparée du Plérôme pour diriger la création, elle gémit sur son isolement; mais son époux, le Christos, qu'elle avait quitté, vint à son secours. Elle vit dans cette émanation la parfaite image de la lumière divine, et s'unit de nouveau à celui dont elle avait été la compagne primitive. Qui ne retrouverait, dans cette allégorie, la mission du Christ représentée sous l'image d'un hymen? Philosophiquement, voici comment Bardesanes exposait la mission du Christ. Plusieurs Éons étaient déjà venus apporter des lois aux hommes, quand enfin parut le Christ, qui naquit d'une vierge; mais doué d'un corps céleste dont il n'était point redevable à sa mère, il ne put souffrir la mort qu'en apparence. C'est le docétisme clairement formulé.

Caractère de lécole de Syrie, — L'anlijudaisme forme le caractère religieux de Técole de Syrie, et le dualisme son caractère philosophique. On remarque en elle peu d'éléments grecs, sauf peut-être la psychologie où Saturnin et Bardesanes distinguent soigneusement, après Philon, le voOç de la +wx^. Ce qu'il y a de vraiment original, et ce que l'on ne trouve en germe que dans Sanchoniaton, c'est la doctrine de l'émanation par couples ou syzygies. Le docétisme pour le Christ, et la conception du Saint-Esprit comme femme, sont également deux points singuliers. En résumé, le système de Bardesanes est un des plus curieux spécimens des inventions gnostiques.

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