DE L'ÉGLISE
Résume succinct de tous les cours précédents; idée générale de l'école païenne d'Alexandrie. — Peut-il y avoir des écoles au sein du christianisme, et dans quel sens? - La méthode de Jésus-Christ et des apôtres comparée aux procédés scientifiques de la Théologie. — Origine de l'apologétique chrétienne. — Deux courants très marqués dans rËglise : parmi les Pères et les Docteurs, les uns ont un caractère plus traditionnel, les autres recherchent plus volontiers la spéculation philosophique. — Les écoles chrétiennes d'Alexandrie et de Césarée, en face des écoles d'Antioche et d'Édesse.
Le syncrétisme alexandrin nous est connu. Nous avons cherché à déterminer ses antécédents historiques, à préciser les divers éléments qui ont concouru à sa formation et les points de doctrine qui le distinguent. Nous l'avons suivi, dans sa marche ascendante et progressive, depuis Ammonius jusqu'à Plotin dont le génie ardent et téméraire s'est élevé aune série de spéculations qui étonnent par leur hardiesse, autant qu'elles attristent par leur peu de solidité. Aristotc et Platon, l'Orient et la Grèce, ont également apporté leur tributàce vaste amas
(i) La treizième leçon, qui traitait de Jamblique, de Porphyre et de Proclus, fait défaut dans les manuscrits de Mgr Freppel.
(Note de l'éditeur.)
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de doctrines, qui, pour la dernière fois au sein du monde païen, devait opposer à la vérité catholique une résistance inutile. Jetons un coup d'œil en arrière, et mesurons du regard Tespace que nous avons par* couru.
L'histoire nous a donné la raison de la concentration des lumières à Alexandrie, au deuxième siècle avant Tère chrétienne. La conquête de l'Asie par les Macédoniens devait naturellement unir l'Orient et l'Occident, et la fondation d'Alexandrie sur les conGns des deux mondes était propre à attirer dans cette ville la science de l'un et l'autre, de manière à en faire Tentrcpôt général de la civilisation pendant une assez longue période. Tel est précisément le caractère de fusion et de mélange que nous avons remarqué dans l'éclectisme alexandrin : on y voit paraître et briller à la fois les doctrines helléniques et les rêveries de la Chaldée. Nous avons étudié à part chacun de ces deux éléments intégrants de Técole d'Alexandrie; et, pour l'élément occidental ou grec, il nous a été facile de constater rinfluence d'Aristote et de Platon, dont nous avons analysé à ce sujet les théories philosophiques. Passant alors à la partie orientale ou asiatique du syncrétisme alexandrin, nous avons signalé, comme antécédents historiques et comme affinités dogmatiques, le Philonisme, la Cabale et le Gnosticisme, dont nous avons successivement considéré les points communs et les différences essentielles. Partout s'est offert à nos yeux un vaste panthéisme plus ou moins déguisé, mais dont l'idée fondamentale se retrouve dans le juif Philon aussi bien que dansRabbi Akhib a, dans l'école de Syrie ou de Palestine, comme dans celle de l'Egypte ou de r Asie-Mineure. Aussi, avons-nous tiré delà cette conclusion générale, que le mouvement philosophique de Tancien monde, parti de Tlnde et de la Grèce, est
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venu, par deux directions différentes, aboutira un système de doctrines panthéistiques, dontle siège fut la ville d'Alexandrie, et que nous nommons Ëcole d'Alexandrie. Les doctrines de cette école, nous les avons examinées dans ses fondateurs, Potamon,AmmoniusSaccas et leurs disciples, mais surtout dans Plotin dontle génie organisateur détermina les bases et la construction tout entière d'un si curieux édiGce. A partir de ce philosophe, l'école devient plus particulièrement agressive et éristique. Dans Plotin nous n^avons guère surpris de plan d'attaque contre le christianisme : il en va tout autrement de Jamblique, de Porphyre et de Proclus, qui luttent corps à corps avec la foi catholique, pourTempêcher de prendre pied sur le terrain de la science. Ceci, Messieurs, nous mène directement à l'école chrétienne d'Alexandrie , dont il nous faut étudier l'origine et la méthode, avant de la voir aux prises avec Pécole païenne de la même ville.
On se demandera tout d'abord, comment il a pu y avoir une école chrétienne d'Alexandrie, ou, pour poser la question d'une manière plus générale, comment il peut y avoir des écoles au sein du christianisme, qui, formant un ensemble complet et harmonique, ne saurait se scinder, ne souffre aucun partage ni aucune division ; or, l'essence d'une école, c'est de s'attacher à une fraction de la doctrine, pour l'envisager exclusivement. Ici, il importe de bien distinguer. S'agit-il de points doctrinaux à rejeter ou à admettre, nul doute que là-dessus, au sein du christianisme catholique, il ne puisse y avoir de divergences, ni par conséquent d'écoles. Il n'en est pas de même, quand il s'agit de la méthode à suivre pour exposer et défendre les enseignements de l'Église.
Il est évident qu'il règne beaucoup de liberté dans l'exposition et dans la défense de la reUgion chrétienne; et c'est sur ce terrain largement ouvert qu'il peut se for*
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mer des écoles, c'est-à-dire, des réunions d'écrivains qui partagent les mêmes manières de voir au sujet de la démonstration ou de l'apologie des dogmes catholiques^ Une école de philosophes ou de théologiens chrétiens est donc possible dans ce sens-là ; j ^ajouterai qu'il y en a toujours eu, et je n'hésite pas à penser qu'il y en aura toujours.
On peut encore concevoir une autre manière de former école en théologie ou en philosophie chrétienne; c'est de s'attacher à certaines doctrines ou opinions libres, sur lesquelles l'interprète infaillible de la vérité révélée ne s'est point prononcé. Mais le nom s'applique surtout à ces associations d'écrivains, qui adoptent une méthode spéciale dans l'exposition ou dans la défense de la vérité révélée.
Ainsi, Messieurs, il est clair qu'au dix-neuvième siècle une école d'apologistes chrétiens se distingue par sa tendance caractéristique à présenter le christianisme comme souverainement rationnel ; au dix-septièmesiècle, la grande école de Bossuet préférait la voie de la démonstration historique ; de son côté, l'école scolastique avait ses méthodes propres, une exposition, une apologie systématiques. Et même, dans les premiers siècles de l'Église^ il existe, entre les Pères occidentaux et les Pères grecs, de notables différences. L'école orientale est plus spéculative et plus hardie dans l'interprétation do l'Écriture; l'école occidentale suit davantage les voies de la tradition, du sens pratique et positif. Et, dans l'Église d'Orient, pour en venir au sujet qui nous occupe, n'y a-t-il pas eu plusieurs écoles éminemment remarquables, parmi lesquelles se trouve en premier lieu celle dont nous allons nous entretenir?
Il ne faut pas se méprendre sur le caractère de renseignement du Christ et des apôtres. Vous aurez beau par-
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courir les Évangiles et les Épitres, vous ne trouverez nulle part d'exposition savante, de démonstration ou de défense systématique de la religion chrétienne. Jésus- Christ et SCS disciples communiquent la doctrine sans recherche et sans apprêts ; et même dans l'Évangile de saint Jean et les Épitres de saint Paul, qui forment à peu près la partie la plus profonde, la plus métaphysique, si je puis m'exprimer ainsi, du code de nos saints Livres, on ne rencontre pas l'ensemble des vérités révélées harmoniquement ordonnées suivant un procédé scientilique. Certes, il y a bien là tous les principes et tous les cléments de la science théologique, mais épars et répandus dans le tissu d'une narration ou d'une exhortation simple et familière. Cela était naturel. Le Christ et les apôtres enseignaient avec autorité, et confirmaient leurs doctrines par des miracles et des prophéties. Le caractère essentiel au christianisme, d'être un fait témoigné^ tm grand témoignage^ est mis davantage en relief dans l'enseignement de l'Église primitive. Cependant, la vérité chrétienne ainsi jetée dans le monde devait être recueillie, classée, ordonnée et réduite en système scientifique. Mais la religion, comme système scientifique, ne contient pas plus de vérités que le symbole simple et nu: le fond est le même de part et d'autre, la forme seule est différente. La foi du charbonnier n'a pas moins d'extension que celle du théologien ; seulement ce dernier comprend la vérité sous l'enveloppe de la science ; il l'envisage comme un système de connaissances, oii tout s'enchaîne et se déduit avec une méthode rigoureuse.
Or, Messieurs, cette tendance inévitable à présenter, sous sa forme scientifique, la doctrine transmise par le témoignage, ne se montre que vers le milieu du deuxième siècle de Tère chrétienne. La position de