RAISON
En quoi consiste le rationalisme proprement dit f «^ Soutenir que rhomme a inveoté le langage, et môme qu*il aurait pu découvrir par ses seules forces tout l'ensemble des vérités naturelles, ce n'est pas être rationaliste, dans le sens strict du mot. — L'essence du rationalisme est la négation implicite ou explicite de l'ordre surnaturel. -^ Comment établir l'existence de l'ordre surnaturel? — De la prétendue souveraineté de la raison, en face des vérités naturelles et des dogmes de la révélation. — Son droit se borne à ne rien accepter sans motif suffisant, et & exiger la preuve historique du fait de la révélation.
Messieurs,
La doctrine véritable de la raison, de ses forces et de ses limites, de ses droits et de ses devoirs, rencontre en face d'elle des adversaires dangereux par le nombre et par le talent. Exagérant à l'excès la puissance do l'esprit humain, ils ont à cœur de reculer ses limites au delà du point marqué par la nature, et de rétrécir le cercle de ses devoirs en même temps qu'ils élargissent la sphère de ses droits. C'est l'école rationaliste, dont le formulaire se résume dans cette triple affirmation : Souveraineté absolue de la raison, liberté illimitée de penser, indépendance pleine et entière de la philosophie.
D'abord, Messieurs, efforçons-nous d'acquérir du rationalisme une idée claire et distincte ; car il importe
extrêmement de ne pas confondre, sous ce nom générique» toutes les doctrines qui reconnaissent à la raison quelque puissance et quelque droit. Le rationalisme consiste-t-il à prétendre que l'homme aurait pu arriver à la parole, inventer le langage, sans l'aide d*aucun auxiliaire, d'aucun secours surnaturel, sans la révélation par exemple? La thèse de l'invention du langage, au moyen des seules forces humaines^ me paraît insoutenable, mais ne constitue nullement Terreur dont je veux vous entretenir. Je pense, pour ma part, qu'une si merveilleuse découverte n'est point le fait de l'homme, et qu'elle dépassait sa portée. Je ne crois pas non plus que Dieu ait révélé la parole au premier homme, après l'avoir créé; ce qui estTavis de M. de Bonald. Embrassant une opinion mitoyenne, je me permets de rejeter à la fois l'invention de la parole comme impossible, et la révélation de la parole comme n'étant pas prouvée ; et j'estime que l'homme a dû être créé parlant, de même qu'il a été créé pensant, raisonnant, agissant. C'est uo don qui, comme tant d'autres, lui a été fait avec la vie. Je préfère cette opinion, parce qu'elle me semble plus simple, plus naturelle, plus conforme à l'idée que nous nous faisons de l'homme primitif, créé dans un état parfait et à l'âge de la pleine maturité. On a moins de peine à concevoir Adam sortant des mains de Dieu avec Tusage de la parole, qu'à le supposer quasi-muet pendant un certain temps, jusqu'à l'heure féconde où le Créateur lui mit sur les lèvres les signes de la pensée. Mais cette digression menace de m'entrainer en dehors de ma thèse : je voulais simplement constater qu'on peut nier la révélation de la parole et affirmer l'invention du langage, sans encourir le reproche de rationalisme.
Je vais plus loin. Messieurs ; car, dans une matière