‹ Commodien, Arnobe, Lactance et autres fragments inéditsChapitre 29 sur 52 · LA SOUVERAINETÉ ABSOLUE DE LA RAISON · texte numérisé non relu

LA SOUVERAINETÉ ABSOLUE DE LA RAISON

aussi grave, il convient d'élargir^ autant que possible, la sphère de notre liberté. On n*est pas non plus ratio^ naliste, quand on soutient que l'homme» avec la parole et la raison, aurait pu arriver, sans le secours de la révélation, à un certain ensemble de vérités religieuses et morales sur Dieu, sur le bien, sur sa destinée, etc. Voilà une thèse que nul ne vous empêchera de débattre librement; et quiconque se décidera pour l'affirmative, ne sera jamais taxé de rationalisme. Ce n*est pas tout. Soutenez même, si vous le voulez, que, sans la révélation, rhomme doué de ses facultés ordinaires aurait pu parvenir à toutes les connaissances dont il a besoin pour atteindre sa fin naturelle ; que, par conséquent, il aurait eu, au fond de sa conscience, assez de lumières pour découvrir toute la religion et toute la loi naturelles^ vous ne serez pas rationaliste dans le sens réprouvé par le dogme catholique. Assurément, une telle assertion contredirait l'expérience de tous les siècles, et les données les plus certaines de l'histoire ; car si vous observez tant soit peu la nature humaine, vous constaterez que ses recherches, isolées de la révélation, même sur les points essentiels, aboutissent à l'erreur. Mais, encore une fois, cette fausse opinion ne constitue pas le rationalisme, dans le sens propre et rigoureux du mot ; et, aussi longtemps qu*on se borne à prétendre que la raison se suffit à elle-même, pour toutes les connaissances relatives à sa fin naturelle^ on reste en dehors de cette école spéciale dont nous étudions les doctrines. Qu'est-ce, en effet, que la fin naturelle de l'homme? C'est le développement complet de ses facultés naturelles, ayant pour terme une félicité proportionnée à de pareils moyens. Si donc il vous plait d'affirmer que l'homme, sans le secours d'en haut, est capable d'atteindre le parfait développement dé ces

simples facultés et le bonheur qui leur correspond, certes, je le répète, vous avancez une proposition fausse, démentie par la voix de la conscience et le témoignage de l'histoire, mais vous ne serez pas rangé au nombre des rationalistes, tels que l'Église les comprend et les condamne.

Voyons maintenant. Messieurs, ce qu'est au fond le rationalisme, en quoi consiste son essence. Il est renfermé tout entier dans cette proposition fondamentale : «c La raison seule, à l'exclusion de tout autre moyen, suffit pour assigner à l'homme sa fin. » Or, comme la raison naturelle ne saurait assigner à l'homme une fin surnaturelle, puisqu'il n'y aurait aucune proportion entre la fin et les moyens, il s'ensuit que le rationalisme nie implicitement ou explicitement la révélation, et, par voie de conséquence, tout l'ordre surnaturel. Et c'est précisément cette négation qui forme son essence et son caractère distinctif.

Ainsi toute la controverse, entre les rationalistes et nous, se réduit à ce point unique, qui est l'existence de l'ordre surnaturel en général, et, en particulier, d'une révélation surnaturelle faite par Dieu à l'homme, pour permettre aux enfants d'Adam d'arriver à une fin surnaturelle correspondante à ces moyens supérieurs. Car si nous démontrons qu'un tel ordre existe, il devient évident que la seule raison ne pourra suffire à nous acheminer vers nos destinées dernières.

Or, comment prouver l'existence d'un ordre surnaturel ? Tout d'abord, il est clair que, dans l'état présent de nos facultés, cet ordre, si de fait il existe, ne saurait tomber immédiatement sous nos sens ; car il n'y a pas la moindre proportion entre notre sens naturel et la perception immédiate d'une chose surnaturelle. Mais si Tordre surnaturel ne peut être saisi directement et en

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