‹ Commodien, Arnobe, Lactance et autres fragments inéditsChapitre 32 sur 52 · LE RATIONALISME ET LA LIBERTÉ ABSOLUE DE PENSER · texte numérisé non relu

LE RATIONALISME ET LA LIBERTÉ ABSOLUE DE PENSER

Tout motif suffisant d'admettre une vérité est une limite pour la liberté de penser. — Du moins, la raison aurait-elle le droit de repousser comme insuffisant n'importe quel motif? — Non ; car la nature lui impose des règles, qu'elle ne saurait transgresser sans cesser d'être raisonnable. De l'évidence des premiers principes. — Le bon sens indique que, dans certaines matières, l'affirmation du genre humain doit l'emporter sur l'affirmation d'un penseur individuel. — Les faits de la révélation, dès qu'ils sont historiquement prouvés, marquent une barrière que la raison n'est pas libre de franchir. ~ Supériorité de l'enseignement religieux sur l'enseignement humain- — L^homme s'honore en respectant les limites que lui posent Dieu, Thumanité et la nature.

Messieurs,

Il nous reste à examiner les deux dernières prétentions du rationalisme: la liberté illimitée de penser «t Tindépendance absolue de la philosophie. Nous n*aurons pas de peine à nous convaincre que cette double thèse est aussi peu fondée que celle de la souveraineté absolue de la raison.

La pensée est un acte quelconque de l'intelligence humaine; c^est le terme générique qui sert à désigner toute opération intellectuelle, idée, jugement ou raisonnement. Mais nous avons vu que Ton ne saurait formuler aucune idée, sans juger si elle est réelle ou arbitraire ; d'autre part, le raisonnement n'est qu'un jugement redoublé ; par conséquent, la pensée de

rhommo so présente toujours, d'une manière ou de l'autre, sous l'aspect d'un jugement. Au fond, penser, c'est prononcer un jugement. De plus, comme tout jugement se réduit à affirmer ou à nier, il s'ensuit que la pensée revêt nécessairement la forme d'une afCrmation ou d'une négation ; dès lors, penser revient à afGrmer ou à nier. Si donc on soutient la liberté illimitée de penser^ il faut admettre la liberté illimitée d'affirmer ou de nier. Je crois avoir posé nettement la question : essayons maintenant de la résoudre.

Ma thèse. Messieurs, est qu'il ne saurait y avoir liberté illimitée d'affirmer ou de nier, car ce serait la destruction radicale de toute vérité et de toute raison.

Pour affirmer ou pour nier raisonnablement, que faut-il? Vous ne l'ignorez pas ; il faut un motif sufBsant. Jusque-là, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on vous présente un motif suffisant d'affirmer ou de nier, vous êtes libre, vous vous réservez, vous n'avez rien qui vous oblige à émettre un avis. Sitôt que le motif suffisant apparaît à vos yeux, vous cessez d'être libre, et vous avez le devoir devons prononcer dans le sens du motif qui suffit à déterminer votre affirmation ou votre négation. Ces principes sont incontestables. Donc, il est faux de prétendre que votre liberté soit sans bornes : elle est limitée par la présence des motifs suffisants, que vous avez d'affirmer ou de nier, et dans le sens desquels la nature lui fait un devoir de diriger sod exercice. Quoi de plus clair. Messieurs, et de plus rationnel? Car enfin, si vous avez un motif suffisant d'affirmer l'existence de la ville de Rome, pensez-vous que, devant la nature et le bon sens, vous êtes libre de la nier? Si un pareil motif se présente en faveur du fait de la révélation, serez- vous reçu à le rejeter? Eh non î

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