‹ Commodien, Arnobe, Lactance et autres fragments inéditsChapitre 35 sur 52 · LK RATIONALISME ET LA LIBERTÉ DE PENSER · texte numérisé non relu

LK RATIONALISME ET LA LIBERTÉ DE PENSER

Je suppose» car je veux bien me tenir un instant dans la région des hypothèses, que Dieu ait fait connaître à la terre, par l'entremise d'un ou de plusieurs envoyés, une certaine doctrine pour laquelle il exigerait la croyance de tout le genre humain. Cette semence divine, il l'aurait confiée à quelques hommes, en leur donnant mission de la répandre avec le privilège de la garder pure et intacte. J'ai supposé, dis-je^ ce double fait d'une doctrine révélée positivement par Dieu, cl, grâce à un secours surnaturel, demeurée inaltérable au sein de l'humanité ; et, maintenant, je demande à tout penseur de bonne foi, à quiconque n'a pas perdu le dernier grain de bon sens : étes-vous reçu à faire prévaloir votre parole humaine contre la parole divine î pouvez-vous, sans une sorte de folie transcendantale, opposer votre spéculation privée à la pensée de Dieu, manifestée par un organe infaillible? Et lorsque, dans le cours de vos négations ou de vos affirmations solitaires, vous vous trouverez en face d'une affirmation ou d'une négation divine, ne screz-vous pas forcé de reculer respectueusement et de vous incliner devant elle ? Agir autrement, serait le comble de la déraison.

Eh bien I Messieurs, c'est là que nous en sommes avec le rationalisme. Il s'agit de savoir si l'hypothèse que je viens d*émettre est une réalité; si la religion chrétienne, que j'ai supposée révélée, Test véritablement ; si les preuves, qui établissent le fait de la révélation, sont solides et irréfragables; si le témoignage apostolique se fonde sur des arguments tels, qu'il offre à lafoi les plus hautes garanties morales. Voilà toute la question, à l'examen de laquelle personne n'a le droit de se soustraire : elle vaut la peine qu'on l'étudié ; elle s'impose à la conscience avec une impérieuse autorité. Tout dépend de Torigine du christianisme ; car s'il est ce qu'affirme

l'Église, il forme de ses dogmes et de ses mystères ime barrière inflexible que le libre penseur ne pourra dépasser, sans forcer du même coup la raison et le bon sens.

Mais, voici Tobjection : les vérités de la raison ont, avec celles de la foi, une source commune; les unes comme les autres viennent de Dieu ; cessez, par conséquent, de prétendre que celles-ci limitent celles-là.

Les vérités de la raison, non moins que les vérités de la foi, dites-vous, sont de source divine; et, par conséquent, les unes valent bien les autres. Entendonsnous. Voulez- vous dire que les propositions de chaque raison particulière ont Dieu pour origine? Ce serait une étrange absurdité. Comment la raison de Bossuet niant et celle de Spinoza affirmant l'unité de substance formuleraient-elles des vérités également divines? Or, c'est là précisément la grande différence entre la raison d'un individu et la raison chrétienne. La première ne parle que par la bouche d'un seul homme, d'un seul philosophe ; c'est donc la raison de chaque libre penseur, en particulier, qu'il s'agit de mettre en parallèle avec la raison divine parlant par l'Église ; car, remarquez-le bien, il ne saurait être ici question de la raison humaine à l'état abstrait ou absolu ; nous n'avons pas affaire à cette abstraction vague et insaisissable, mais à chaque raison individuelle ; et c^est la liberté de penser de chaque raison individuelle que nous voulons limiter par l'enseignement religieux. Sans doute, quand il est prouvé que la raison particulière émet une vérité, il faut convenir que cette vérité doit avoir en Dieu sa source première; mais de quelles garanties cette pauvre raison appuie-t-elle la vérité qu'elle énonce? D'une pari, je suis en présence d'une affirmation sujette à Terreur; tandis que, de l'autre côté, je trouve devant moi un enseignement infaillible par privilège divin, et infini-

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