Les émotionnés
L’émotionné, à son arrivée à l’ambulance, n’est généralement ni un inerte ni un agité; c’est un égaré, un ahuri, et, presque toujours, un fatigué.
Souvent, à première vue, il a l’air aussi ou plus déprimé que le commotionné vrai. 11 somnole en permanence, on est obligé de le mener à son lit et de le coucher.' Si on l’interroge, il ne répond pas. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est que de la pseudo-inertie, que de la pseudo-obnubilation. Qu’on trouble sa somnolence en le secouant ou en criant à ses oreilles, il geint, s’agite, puis regarde l’interlocuteur avec un air effaré, les yeux grands ouverts, hagards, comme en proie à une vive anxiété et à une vision d’horreur.
D’ailleurs, si somnolent qu’il ait l’air, il dort peu ou pas, et, au cours de ses insomnies nocturnes, il rêve, généralement tout haut, et ses cauchemars sont dirigés par une vision, toujours la même à quelques variantes près : celle de l’accident qui l’a fait évacuer (éclatement d’obus, de pièce ou de mine,
(1) Nous avons su depuis que, après 20 jours de convalescence, il avait dù rentrer dans un centre de neuro-psychiâtrie, étant encore incapable de faire un service un peu actif.
et émotions