‹ Commotions et émotions de guerreChapitre 15 sur 50 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

Fades d’éniotionné type. — Le sujet vteu/ il’elre leveille', son aspect égaré, ses yeu.T. grands ouverts et hagards, air d'aniviété peint sur son visage contrastent avec l'aspect iner^t déprimé, les yeux atones et im-clos, iair de somno enc ciaiite des commotionnés.

[Colledicn Horiz

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L’ÉMOTIONNÉ A L’AMBULANCE

ensevelissement sous une tranchée ou sous un abri, etc.)- L’état est, du reste, exactement le même quand^ l’explosion n’a eu lieu qu’à une certaine distance, quand il s est agi d un assaut ou d’un bombardement, vbire d’une scène de carnage sans explosion du tout, scène à laquelle le soldat n’a assiste qu’en simple spectateur sans avoir pu être aucunement commotionné. Ce qui prime tout dans l’aspect physique comme dans l’état mental, dans les préoccupations de la ’veüle ou du sommeil, c’est toujours l’anxiété dominée et présidée par l’accident émotionnant.

Hors ce qui concerne l’accident lui-meme, quelle que soit la question que l’on pose à ces sujets, la réponse quand ils veulent bien répondre, est à peu près invariable •. « Je ne sais pas. » Ils ne savent ni le jour ni l’endroit ou s est produite rémotion-choc, ni ce qui s’est passé depuis, ni souvent ce qui s’est passé avant : aies en croire, ils auraient perdu toute mémoire.

Presque tous déclarent pourtant qu’ils ont eu une « commotion », qu’il est tombé un obus ou, qu’il y a eu une explosion. Il y a en effet un souvenir qui surnage, c est celui ue l’accident lui-même. Ce souvenir, qui hante leurs jours et leurs nuits, il n’est pas difficile d’en saisir la nature au vol de quelques bribes de phrases. Si l’on amène la conversation sur le sujet, le malade est souvent comme brusquement « déclanché », et le récit qu’il fait est animé et image à un point qui paraît anormal et qui surprend chez un sujet en apparence atone et somnolent quelques secondes auparavant.

Partant de cet accident émotionnant, unique pensee claire, unique préoccupation nette qui accapare 1 esprit e ces so dats, on peut généralement leur en faire préciser le moment exact et le lieu. La réponse ne vient pas toujours d emblee, ils ne savent pas toujours quelle en était la date, ni quelle était la proximité de telle ou telle ville; mais, si Ion a la patience d’insister, on verra qu’ils savent s il faisait clair ou sombre, si c’était à la tombée de la nuit ou au point du jour, s’ils occupaient une tranchée de première «u une

tranchée de soutien et quel était le nom de cette tranchée (on sait que les tranchées ont souvent leur nom maïqué comme les rues d’une ville). En somme, on s aperçoit qu ils ne sont pas désorientés dans le temps et dans l espace.

Poussant plus loin l’interrogatoire, au lieu de se contenter de la réponse ordinaire qu’ils ont « perdu connaissance », qu’on leur demande où ils sont revenus à eux : presque toujours c'est au poste de secours, parfois seulement à l'arrivée à l’ambulance. Mais comment sont-ils parvenus jusqu’au poste de secours ? Ils y sont arrivés parce qu’ils l’avaient vu en montant en ligne, ils savaient oii il était, ils l'ont gagné tout droit, ou, s’ils étaient hors de la tranchée, en rampant d’abord jusqu’à la tranchée. Par un interrogatoire progressif et adroit, on s’aperçoit ainsi que, s’ils ont été parfois renversés et momentanément ahuris par le coup, presque toujours ils n’ont à aucun moment perdu connaissance, et ce n’est pas sans raisonner qu’ils ont su se tirer d’affaire 1 Et, pour peu que le médecin connaisse les lieux, qu’il soit au ‘courant des tranchées à parcourir, des abris qu’elles contiennent, des ravins à traverser, etc..., pour peu qu’il ait la patience de prendre, pour ainsi dire, le soldat par la main et de le conduire en pensée du lieu de l’explosion au poste de secours et de celui-ci à l’ambulance, presque toujours on s’apercevra que ce sujet a parfaitement conservé la totalité ou la presque totalité de ses souvenirs postérieurs àV accident.

Pour ce qui concerne les souvenirs antérieurs, qui font beancoup moins défaut, on les réveille de même façon, et généralement plus facilement, en remontant de l’accident, centre des souvenirs du sujet pour ainsi dire, vers la précédente montée en ligne, vers la période de. repos préalable, etc...

Bientôt on s’aperçoit ainsi qu’un sujet, qui paraissait n’avoir conservé aucun souvenir postérieur à son accident et avoir perdu parfois tous les souvenirs d’un plus ou moins grand nombre de jours antérieurs, n’en a en réalité perdu aucun : ce grand amnésique h'a pas d’amnésie du tout ! Si nous insistons sur ce fait, qui n’est pas du tout classique, c’est parce que nous l’avons maintes fois constaté et parce qu’il détruit, à notre sens, une erreur couramment commise, erreur qu’il n’est pas possible de ne pas commettre quand on observe les malades tardivement, après leur évacuation à l’intérieur notamment.

Dans la reviviscence des souvenirs obtenus par un interrogatoire prolongé et bien conduit, il ne peut s’agir d’une

VÉMOTIONNÉ A VAMBULANCE rééducation; il est certain que

n’étaient pas des souvenirs perdus ; ils existaient dans mémoire, mais ils étaient estompés.

place effacée, c’est qu’ils étaient domines par nn ^emr, ?rès absorbant, très accaparant, très vivace, celui-la . le souvenir de l’accident lui-même et de l’émotion-choc qui en fut

'•SSS"?:c.io„.pré,e„..„UO„s —

moraux de l’anxiété et souvent tous les signes physiques de

InLdn sans écouter; ils ont en la sensation yisuelle et auditive ils en ont eu à peine l'interprétation qui constitue la perception. C’est cette interprétation que, passée la période acUvedel’émotion, en sécurité relative,on peut faire naitreen rénovant de“ souv;nirs visuels ou auditifs. Et c estpourquo ?n sTperçoit qu’un sujet qui, en toute bonne fœ, paraxs-t

être un amnésique n’est, en fait, pas amnésique du tout . L’attention, a-t-on dit justement est la mère de toutes les farultés- on ne conçoit, en effet, ni mémoire, niydeation, ni iugement ni raisonnement sans attention. Or c est, a notre avfs, essentiellement l’attention qui fait défaut émotionné; tout le champ de l’attention est occupe par le souvenir obsédant de l’accident lui-meme; cest le défaut d’attention qui provoque non seulement la pseudo-amnesie,

marslfpseurdépresLn,lapseudo-obnnbilation,la^

■' désorientation. G^t une sorte de ^éducation de attention nue l’on pratique par un interrogatoire détaillé et précis du suief et^c’est^de cette façon que reviennent les souvenirs Lsté^ si l’on peut dire, à l’état d ébauche, presque sous

si superllciellement eslompés,

pas longs à disparaître, pareils aux .souvenirs imprécis

rêves. Si l’on interroge un tel sujet quelques semaines ou quelques mois plus tard, après son évacuation à l’intérieur, si surtout on lui pose des questions vagues, générales, mal limitées quant aux faits et aux lieux, non seulement c’est en toute bonne foi qu’il affirmera ne se souvenir de rien, mais c’est en toute bonne foi aussi qu’il sera réellement incapable ' de se souvenir à nouveau.

En somme, alors que chez le commotionné et le contusionné manquaient absolument les souvenirs de l’accident lui-même et d’une période consécutive plus ou moins longue, beaucoup plus rarement d’une période préalable, chez l’émotionné c’est précisément le souvenir de l'accident qui domine et qui accapare toute l'attention. Par suite de ce défaut d’attention vis-à-vis de tout ce qui n’est pas l’émotion-choc elle-même, tous les souvenirs d’une période postérieure à l’accident, et rarement d’une période antérieure, peuvent être estompés, mais ils existent et peuvent être rappelés par un interrogatoire approprié; ce n’est que plus tard que ces souvenirs, déjà estompés, s'effacent progressivement.

... L’inertie, qui marque la commotion, n’existe pas au même degré chez l’émotionné, ni dans le domaine mental, ni dans le domaine physique. La motilité et la sensibilité sont conservées, les réflexes sont généralement normaux, les pupilles sont aussi souvent étroites que larges, le pouls est encore instable, mais plus fréquemment rapide que lent.

Le sujet a l’aspect d’un fatigué; il est souvent pâle, anorexique, rapidement amaigri, somnolent le jour et ne dormantpaslanuit. lia fréquemmentdescauchemars, il tremble, il souffre delà tête et craint le bruit, il pleure spasmodiquement au souvenir de son émotion même et peut-être du danger qu’il a couru, il parle en achoppant, en scandant ou en bégayant, il présente enfin très souvent l’une quelconque des nombreuses manifestations hystériques qui ont été si souvent décrites avant la guerre et depuis lors et que nous rappellerons plus loin.

Voici, par exemple, en raccourci, l’observation et l’interrogatoire d’un gros émotionné :

Émilien, 20 ans, comptable, entre le 21 octobre avec le dia-

L'émotionné a l’ambulance ‘9

„nostic de « commotion cérébrale ». H n’a aucune trace de blessure Il est déprimé, répond à peine aux questions, ’

besoin d’être soutenu par les infirmiers et couche. Dans son liM

gissant bien. Pouls à 54, puis à 80.

La nuit, agitation continuelle 10 heures du

soï SaÏTans’ui'tmnchée à peine creusée, protégée par un petit parapet de 75 centimètres ornbLementpa^oh^^^^^^

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^li'errogatoire. - <■ Qu’est-ce qui est arrivé après l’explosion ? Je ne sais pas, j’avais perdu connaissance.

Mais comment êtes-vous allé jusqu au G. «• D-•

Je me suis traîné dans la boue jusqu a la tranchée.

— Pourquoi?

Z Vo^s tfavfezdoL^parperduconnaissance immédiatement?

Z Si^vous^étiez au G. B. D. assis et non sur un brancard, vous avez donc marché jusque-là ?

Z G. B. D. et non au poste de secours

%rrce“%^tÏÏfl loin du boyau où je me trouvais; j-aZai^ vu le G. -B. D. en montant en ligne, il était beaucoup plus

^ N’avez-vous pas rencontré un officier ?

— Non.

~ Rappelez-vous bien, dans le boyau.

Ah! oui. Je courais, il était devant moi, j’ai crie . « Je suis

’^'Ü-^Alors c’était tout de suite après l’explosion; -us n’aviez donc pas perdu connaissance, puisque vous couriez

— Non, en effet; mais c’était tout comme! Je suis resté -un moment par terre, abruti, ne voyant et n’entendant plus rien. Puis j’ai entendu des éclatements, je me suis traîné à plat ventre jusque dans la tranchée, puis dans le hoyau, et j’ai couru, je ne savais plus ce que je faisais.

— Comment avez-vous pu retrouver votre chemin ? Y avait-il d’autres soldats avec vous ?

— Non, j’étais seul; je connaissais le chemin pour l’avoir fait plusieurs fois de jour. Je n’ai rencontré personne qu’un officier, je ne faisais du reste attention à rien, j’étais fou. n

Par l’exemple de cet interrogatoire, on voit comment on peut petit à petit régénérer, si l’on peut dire, la totalité des souvenirs d’un soldat qui, en toute bonne foi, croit les avoir perdus, croit même avoir perdu connaissance et n’avoir pas (( vécu » cette partie de son existence.

Le plus souvent les troubles émotionnels simples ne sont pas graves, et les soldats sortent de l’ambulance après peu de jours avec un congé de 10 jours, congé réglementaire qui est plutôt un repos qu’une convalescence. Sur un soldat sain et bien équilibré, il semble, comme le disent justement Devaux etLogre(56),que la résistance moraleest au-dessus de toutes les émotions de guerre. Mais les prédispositions morbides, les constitutions émotives sont loin d’être exceptionnelles; et, chez ces sujets plus ou moins prédisposés, une violente émotion du champ de bataille est susceptible de laisser des séquelles.

Les émotions de guerre étant excessivement fréquentes, infiniment plus fréquentes que les commotions vraies, il n’est pas étonnant que, quoique rares d’une façon relative, ces conséquences et ces séquelles d’émotions soient, d’une façon absolue, aussi nombreuses que variées : nous les étudierons dans les chapitres suivants.

le commotionné, le contusionné, L’émotionné

A L’HOPITAL, A L’INTÉRIEUR Leur état mental et physique.

(^Conséquences et séquelles.)

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