‹ Commotions et émotions de guerreChapitre 19 sur 50 · L’ÉMOTIONNÉ A L’HOPITAL · texte numérisé non relu

L’ÉMOTIONNÉ A L’HOPITAL

paraissent aujourd’hui presque habitués. D’autre part, il était bien rare qu’on ne trouvât, dans les antécédents personnels ou héréditaires des sujets atteints de troubles postémotionnels persévérants, quelques signes d’émotivite antérieure ou de déséquilibre psychique léger ; à’ défaut, on se contentait même de quelque émotion antérieure réputée excessive, signe par conséquent d’émotivité anormale.

La guerre, « expérimentation psychologique incomparable », semble avoir montré l’importance réelle et consi- —iiérable delà prédisposition, puisque, au milieu d’une abondance d’émotions violentes jusqu’ici insoupçonnée, un nombre relativement faible de sujets semblent gravement et longuement touchés dans leur équilibre nerveux et mental. Mais, en même temps, on a reconnu de plus en plus que, si, pour déterminer des troubles serieux, une émotion modérée suffit chez un grand prédisposé, en revanche une émotion très violente peut très bien se contenter ’ d’une prédisposition très faible ; elle se suffit presque a elle-même, pourrait-on dire, et c’est dans ces cas surtout qu’il faut bien chercher dans les antécédents pour trouver quelques signes d’émotivité anormale, juste à la frontière imprécise d’une disposition normale ! Ce rôle inversement , proportionnel de l’émotion, cause occasionnelle, et^ de j l’émotivité constitutionnelle, cause prédisposante, a été re- ' connu par tous les auteurs [Dupré (69), Devaux et Logre (56), Chavigny (40), etc...] ; et, en fait, il est certain que, en pratique de guerre, les prédispositions congénitales, si reelles • qu’elles soient, entrent pour bien peu dans le tableau clinique au regard de l’importance morbide considérable de^ l’émotion-choc.

Mais il est d’autres prédispositions qui ont, en pratique de guerre, une importance inaccoutumée, et celles-ci sont créées par les émotions elles-mêmes ; la multiplicité et la répétition des émotions, agissant sur un terrain déprime par toute une série de causes de surmenage physique et psychique, sont l’origine d’une « constitution émotive acquise » ; et celle-ci à son tour, par une sorte de cercle vmieux, i a pour conséquence l’exaspération des émotions ultérieures.

« Le choc moral, disent Séglas et Barat (2f7), a non seulement permis la manifestation de tendances préexistantes, il

a lui-même contribué à créer des prédispositions tnorbides. Par là ces malades se rapprochent des « cérébraux » de Lasègue qui, ayant été une fois victimes d’un accident cérébral, ont définitivement perdu leur « virginité cérébrale » et conserveront après leur guérison une susceptibilité pathologique, une vulnérabilité cérébrale, qui les expose à des accidents ultérieurs sous les plus légères influences. » A l’accoutumance aux émotions, qui est heureusement la règle, s'oppose donc une certaine « anaphylaxie » aux émotions ; mais, dans la genèse de celle-ci, il faut bien lé dire, on est obligé de retrouver un certain degré de prédisposition plus ou moins constitutionnelle.

Ainsi se trouvent produites, sur des terrains un peu différents, les manifestations de syndromes que l’on peut appeler la « névrose émotive » et la « neurasthénie émotive ». C’est très souvent à la suite d’émotions multiples, d’importance variable et de nature souvent dissemblable, que l’on voit se développer ces troubles, qui ne sont pas des maladies mentales proprement dites, mais des états physiques et mentaux, des « façons d’être » des émotionnés : nous allons les décrire et en donner des exemples.

1“ Névrose émotive.

C’est Babinski qui a proposé de désigner sous ce nom un certain nombre de faits, lesquels, jusqu’ici englobés sous la dénomination vague et imprécise de « névroses traumatiques », ne relèvent pourtant ni d’un traumatisme physique ni du pithiatisme. C’est avec pleine raison que Meige a délimité cette « névrosé émotive » à « l’ensemble des accidents qui peuvent être considérés comme une prolongation ou une amplification inusitée des phénomènes physiologiques qui accompagnent communément l’émotion ». Dupré (70, 71) a justement insisté sur l’importance de la « psychonévrose émotion ».

Le tableau de l’émotion prolongée et exagérée s’observe couramment en pathologie de guerre : bien des auteurs ont déjà signalé des faits isolés d’un syndrome qui, bien qu’encore peu connu, est en réalité presque banal.

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(1)« Je voudrais bien savoir, disait le maréchal Ney. quel est le jeanfoutre qui n’a jamais,eu peur! »

tive et irrésistible, invincible ; les soldats ne peuvent donner qu’uiie explication invariable : « C’est plus fort que moi. » Et ce qui montre bien son caractère vraiment pathologique, c’est qu’elle est jusqu’à un certain point indépend,aute de la crainte de la mort ; certains phobiques se sauvent aux premiers coups de canon, alors qu’ils sont en sécurité relative dans un abri et qu’ils savent parfaitement devoir rencontrer les obus sur le chemin de la fuite ; d’autres s’enfuient à plusieurs reprises, alors qu’ils ont été déjà condamnés et qu'ils sont persuadés qu'ils finiront par être fusillés (1) ; bien plus, certains phobiques se suicident par crainte des obus et des conséquences disciplinaires qu’ils pourront leur valoir !

D’autre part, ce n’est pas toujours l’obus en lui-même que ces émotifs redoutent le plus, c’en est souvent le bruit; ils acquièrent une véritable phobie du bruit, et c’est parfois parce que le canon est une arme essentiellement bruyante qu’ils ont, par-dessus tout, la « phobie du canon ». Mais ils craignent autant l’obus qui part que l’obus qui arrive, ils fuient dès qu’ils entendent ou qu’ils voient tirer un coup de canon. Certains enfin ont peur de tout, non seulement peur des obus et des balles, peur du canon et du bruit, mais peur du feu, peur du microbe, peur des animaux, peur de l’humidité et peur de la sécheresse, peur de l’air et peur du manque d’air, peur de la folie enfin ! Ces pantophobes sont évidemment de grands prédisposés, et il est certain que la cause occasionnelle, l’émotion-choc, a joué ici un rôle plus restreint par rapport à la cause prédisposante, la constitution émotive, que dans les cas précédents.

Nous avons dit que le courage consiste surtout à vaincre la peur, sentiment légitime, naturel et jusqu’à un certain point utile, par un effort de volonté qui subordonne l’instinct de conservation individuelle à un intérêt plus haut, extérieur à l’individu. Aussi il est évident que l’émotivité anxieuse, avec ou sans la série des phobies, est surtout et avant tout une maladie de la volonté : les émotifs, comme

(1) Des cas de ce genre ont été cités par Pactet et Bonhomme {100}, par Laignel-Lavastine {111), etc.; nous en avons observé aussi plusieurs exemples.

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dit ius temcnt Pierre Janet {103), son t avant tout des abouliques. Abouliques dans leur affectivité, ils le sont aussi dans leurs paroles et dans leurs actes: tristes, déprinaés, peu causeurs, ils vivent volontiers à l’écart, ils se cachent, remuent peu et ont l’air de chercher à ce qu’on parle peu d’eux.

D’ailleurs ils sont loin d’être inintelligents ; on a pu prétendre, d’une façon à peine paradoxale, que la peur est jusau’à un certain point proportionnée à l’intelligence ; « plus on sait, plus on comprend, et plus on doit connaître la peur, car plus on est averti, plus on connaît de raisons d éprouver la crainte. Pour n’avoir aucune peur, il faudrait n’avoir aucune intelligence, aucune expérience, aucune connaissance.» Certes, il serait plus paradoxal d’appliquer cette théorie a la peur excessive, à la peur morbide. Mais il est certain pourtant que. si l’hyperémotivité est bien un mode de déséquilibré de la volonté, il n’est assurément pas en rapport avec un déséquilibre intellectuel. Assurément il y a de grands émotifs qui sont des débiles et des dégénérés, mais ce n est pas la règle, et Régis a pu soutenir que, « d une façon generale, les névropathes et les délirants les plus émotifs sont aussi les moins dégénérés, sinon les plus intelligents »

En fait la névrose émotive paraît se rencontrer, sinon avec prédilection, du moins d’une façon relativement frequente chez les officiers.

On comprend que dans certains de ces cas, chez des gens d’une culture intellectuelle supérieure, chez des officiers notamment, cette « poltronnerie pathologique » puisse constituer une véritable obsession. Le malade, car c en est tnen un, a honte de son anxiété, il a peur d'avoir peur et craint surtout qu’on ne s’en aperçoive et qu’on ne lui en fasse ■ïrief, il craint que son anxiété ne le déshonore, il craint surtout qu’elle ne le pousse à la fugue; et, pris entre le doub e désir bien légitime, mais opposé, de cacher sa tare morale et de dénoncer son inhrmité pour se prémunir contre ses conséquences, il en parle au médecin,il en parle à ses camarades/il en parle à ses chefs. Rarement compris par le commandement, qui ne conçoit guère de milieu, comme le dit Laignel-LavastineCflf), entre le conseil de guerre et 1 asile d’aliénés, pratiquement indisponible, considéré comme plus nuisible qu’utile et « embusqué » d’office, mais ayant

conservé souvent la pleine conscience des sentiments rnoraux les plus élevés et la pleine notion de sa propre infériorité, il souffre de se sentir méprisé ou de croire qu’il l’est, et souvent de se mépriser lui-même. C’est dans des cas de ce genre notamment que le suicide n’est pas très exceptionnel (1 ) ! ., ,

Les émotifs anxieux, concentrés dans leur anxiété, sont naturellement imttentijs, « étourdis » au sens vulgaire du terme ; ils ouMient ce qu’ils font, ils oublient les commissions dont on les a chargés, ils oublient ce qu’ils viennent de lire, ils oublient l’atout quand ils jouent aux cartes, ils oublient le trottoir quand ils descendent sur la chaussée, etc. Il est évident que ces oublis sont dus aux troubles de l’attention et n’ont qu’un rapport relatif avec les véritables troubles de la mémoire auxquels on a.voulu les assimiler.

Au point de vue physique, toute une série de troubles se joignent à l’anxiété, « émotion caractérisée par un état de douleur morale et d’incertitude », suivant la définition de Devaux et Logre; ces troubles physiques ne sont que la prolongation et souvent l’exaltation de ceux qui accompagnent l’émotion elle-même; indépendants de la volonté, ils distinguent nettement la névrose émotive des manifestations de l’hystérie ou de la simulation. Ces troubles.

(1) Cet état d’hyperémotivité s’observe avec ses trois degrés : inquiétude, anxiété, angoisse, non seulement à la suite des grandes émotions du champ de bataille, mais aussi assez souvent chez des soldats qui, sans choc émotif, mais certainement plus prédisposés, n’ont jamais eu que les émotions banales, mais presque continues, de la vie de tranchée ; Mallet en a rapporté d’intéressants exemples (164).

Enfin c’est exactement le même état que, sous le nom d’angoisse de guerre, M. Rénon (204) a décrit chez les civils, « soit chez des personnes ayant aux armées un être qu’elles aiment, soitchez des sujets dont la situation matérielle et morale a été bouleversée par la guerre, chez les réfugiés, chez les narticuUers dont les affaires sont plus ou moins compromises, soit cheÆes gens qui ne sont lésés ni dans leurs affections ni dans leurs intérêts, mais qui, très patriotes, ont pris à grand cœur toutes les destinées du pays qu’ils redoutent de voir sombrer dans la tourmente générale... L’angoisse de guerre évolue surtout sur le terrain névropathique et arthritique...; son évolution est en rapport direct avec la situation militaire et diplomatique ; elle s’aggrave au moment des grandes actions militaires. » Sa symptomatologie comporte tous les troubles mentaux et physiques de la névrose émotive.

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toujours paroxystiques, peuvent aller ou non jusqu’à la sensation de constriction physique qui constitue 1 angoisse La tachycardie est un des éléments physiques essentiels et les plus constants du tableau clinique ; c’est un des meilleurs signes diagnostiques. Le pouls bat entre 90 et 110 fois par minute, souvent 120, exceptionnellement jusqu a 140, et cela pendant des mois. En général le malade n a conscience^ de cette accélération ; parfois il sent battre son cœur, au moins par moments, il a des palpitations, voire même des sensations passagères, mais fort pénibles, d essoufflement ou d’étouffement.

A l'auscultation, le cœur est souvent erethique, la pointe est abaissée et, au-dessus d’elle, on perçoit un soufflée extracardiaque méso-systolique. Le pouls est parfois arythmique, en tcmt cas très instable, très accéléré ou ralenti au cours d^n même examen, à l’occasion du moindre mouvement, indépendamment de toute émotion (1).

Les autres troubles physiques ont bien moins de valeur.

m C'est sans doute chez ces tachycardiques arythmiques, pitffois considérés comme des mvocarditiques, d’autres fois comme de simples névropathes, que Jean Lépine (121) aurait constaté une

logfque du cœur qui, à l’occasion de travaux de force, pourrait mener

connaît d’ailleurs l’influence des émotions dans leur gençse^ Ce

l’arrière) ont été remarquées par nombre d auteurs et ctudices ‘lances d rufers temps, notammentpar Gallavardin (ÎV.aroses ^2

Pt tout récemment par Aubertin {Tachycardies de guerre) (3), ce dernier futeur noteTu’elles ne sont pas en rapport avec’ les commoUons,A s.ir l’Importance causale dos émotions, surtout par suite du fait qu’elles ne semblent pas aggravées par de nouvelles émotions inter-

'TpSart de cos auteurs constatent que la tachycardie est générale.

ment accompagnée d’hypertension artérielle, d ailleurs

constante. Les commotionnés Sont, au contraire, en réglé gcnei ale, des

hypotendus.

car ils sont moins constants, moins permanents’, certains moins forcément involontaires. Ils sont tous rarement associés, c’est la réunion de quelques-uns d’entre eux qui prend une valeur diagnostique : nous ne les groupons artificiellement ci-dessous que pour la commodité dé la description.

La respiration est accélérée, mais superficielle, avec une inspiration pénible et convulsive.

Des modifications vaso-motrices rapides donnent au faciès un aspect alternativement pâle et vultueux ; les bouffées de chaleur à. la tête sont fréquentes ; la transpiration se fait par crises, subite et profuse ; les mains et les pieds sont froids. Au lever, le dos garde souvent l’empreinte du lit sous forme d’un large placard rouge ; au coucher, les chevilles sont souvent violacées et parfois un peu œdématiées, sans qu’il y ait d’ajbuminurie. Le dermographisme est fréquent; presque aussi souvent que la taie rouge, on voit se dessiner sous le tracé du doigt la large et persistante raie blanche si fréquente dans tous les états d’asthénie, sans pourtant que les capsules surrénales semblent particulièrement touchées.

Les douleurs et les troubles divers de la sensibilité subjective et objective sont monnaie courante. Les céphalées sont fréquentes, sous forme d’une pesanteur permanente et diffuse avec paroxysmes aigus et passagers, sans localisation précise. Des douleurs vagues et disséminées, sanS' aucun rapport avec une distribution nerveuse ou vasculaire quelconque, parcourent les menibres et le tronc. Le malade sursaute au moindre contact de la peau ; elle est, pour ainsi dire, éréthique, mais sans qu’il y ait pourtant une hyperesthésie tactile ou douloureuse véritable ; les nerfs, selon l’expression vulgaire, sont « à fleur de peau )k Les organes des sens sont également hypersensibles, mais tout particulièrement le sens de l’audition ; le sujet a tendance à s’isoler et à rechercher les endroits sombres, mais surtout il a l’horreur du hruit, les moindres grincements lui sont parfois pénibles, et les chocs violents provoquent une douleur véritable et deviennent insupportables.

Le tremblement est banal, régulier ou irrégulier, le plus souvent discontinu, au moins la nuit, parfois extrêmement

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tenace (1) ; les vertiges sont fréquents, sous forme d’étourdissements plutôt que de Yertiges vrais ; l'insomnie est habituelle, et le sommeil est interrompu par des cauchemars à thème guerrier. Les troubles digestifs ne sont pas rares sous forme d’anorexie, de pesanteur d’estomac, de ballonnement, d’aigreurs et de brûlures après les repas, de crises diarrhéiques en flux brusque, passager et récidivant.

Les réflexes tendineux sont communément excessifs dans leur rapidité et leur amplitude, mais non constamment.

Les émotifs anxieux sont des fatigués, des déprimés, des asthéniques, des indécis et des impuissants ; tout effort leur est pénible et souvent presque douloureux.

Enfin la tendance aux spasmes, qui est un des caractères de la constitution émotive [Dupré (69)], peut s’exaspérer par moments et donner naissance à la sensation de constriction physique qui constitue l’angoisse (2).

(!) La tachycardie, le tremblement, les troubles vaso-moteurs font parUe du syndrome habituel de la névrose émotive ; ces manifestations sont assurément suffisantes à nombre d’auteurs pour en faire des exemples de « syndromes de Basedow frustes », syndromes dont on a tant abusé dans ces dernières années. Mais à ces troubies se joignent dans certains cas soit de l’exophtalmie, soit du goitre, soit les deux à la fois, et l’on a alors au complet la tétrade symptomaticpue de la maladie de Basedow. ,

Laignel-Lavastine {HO), du Roselle et Oberthür [219), Berard (22), Babonneix et Célos (12), Merklen (180), Léniez, etc., ont rapporté des cas de goitre exophtalmique survenu chez des combattants. Nous on avons observé nous-mêmes, mais peu fréquemment. En revanche, certains médecins de i’intérieur en auraient vu so.uvent; la différence tient peut-être à ce que les symplômes ne se développent que progressivement et le diagnostic n’est fait qu’cà l’intérieur. Pourtant du Roselle ef Oberthür en auraient vu un cas se développer au complet en quelques heures, mais il s’agit certainement là d’un fait exceptionnel.

L’intensité des. émotions ne paraît pas être nécessaire au développement de ce syndrome ; la plupart des malades signalés n’avaient pas éprouvé d’émotion extraordinairement violente, et le P' Pierre Marie, qui a vu un bon nombre de goitres chez les soldats, nous a fait la remarque qu'ils n’avaient pas eu, en général, leur point de départ dans un choc émotif très vif. , , . .

Quoi qu’il en soft, la recrudescence actuelle du goitre exophtalmique masculin, et spécialement du goitre militaire, est une intéressante contribution à l’étude de la pathogénie émotive de cette maladie.

(2) Devaux et L«gro distinguent avee raison, suivant le siège variable de cette eonstriction : l'angoisse respiratoire (impression de ballonne-

Toutes les localisations très variées de la constriction angoissante s’observent dans la névrose émotive ; on les constate surtout au moment où l’émotif ne peut plus échapper à l’objet de son anxiété, c’est-à-dire presque toujours au moment des bombardements. Parfois, pourtant, c’est sans raison apparente que l’on observe le retour de véritables crises de terreur panique ; souvent elles surviennent la nuit, après un premier assoupissement entrecoupé de cauchemars. L’angoisse physique est parfois si prédominante quelle semble diriger toutes les sensations et toutes les manifestations psychiques de l’émotivité ; et certains malades n’ont peut-être pas tout à fait tort quand ils affirment que c'est seulement parce que leur gorge se serre qu’ils ont peur ou « semblent » avoir peur, exactement comme d’autres sujets ne semblent gais ou tristes que parce qu’ils

rient ou pleurent.

ftN Justifiées ou non en apparence, ces crises angoissantes <^euvent s’accompagner d’accidents lipothymiques, de syn- ^^^pes véritables, avec faciès blême, petitesse et meme arrêt pouls, refroidissement des extrémités, manifestations peuvent profondément impressionner l’entourage et le ^^édecin lui-même, bien que celui-ci ne trouve-pas de signe ^de lésion organique du cœur. Devaux et Logre (56), Charon et Halberstadt (36) ont observé des accidents syncopaux de ce genre, des « ictus émotifs ». Nous en avons constaté nous-même toute une série chez un officier, violemment émotionné peu de temps auparavant par une explosion d’obus toute proche, et nous avons été seulement fixé sur la nature exacte des accidents quand nous avons remarqué que ces crises, survenues d’abord tout à fait à l’iinproviste, se sont ensuite répétées presque chaque fois qu’un avion ennemi était signalé au voisinage de notre ambulance. Il va sans dire que ces crises n’ont rien de commun avec 1 hys-

ment, gorge serrée, étranglée ; voix cassée, aphonie ; étouffement, asphyxie imminente, suffocation ; étau thoracique, barre épigastrique) ; — l'angoisse digestive (impossibilité de déglutir ; pesanteur et écrasement stomacal, crampes ; coliques, ténesme) ; — l'angoisse cardiaque (griffe cardiaque, cœur serré, palpitations) ; — l'angoisse céphalique (constriction des tempes, vide dans la tète, masque facial tragique et concentré, creux, grimaçant et convulsif).

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térie excepté, comme le remarque Devaux, quand le sujet les exploite et les embellit par quelque mise en scene supnlémentaire plus ou moins inconsciente.

VoS « eMmple. deux obsetx.tions reeumees de cette névrose émotive :

I Émotions répétées. Phobie de l'obus. Impulsion à fuir; obsession de la fugue. Tachycardie.

Vrincois 21 ans.cultivateur, fantassin, se trouvait en juin 1916

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sans savoir ou il va, meme s n se me

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complètement, il desertera, il« ne , absolument

il n’a pas demandé à être évacué, c’est son absolumen^

différente de son allure anterieure, qui a celui-ci a

a fait un rapport au commandant de la conapagnie , fait examinefle soldat par le médecin neurologiste competent, qui, apres une yi ^ mise en observation, l’a proposé pour la reforme.

Le pouls est à 92 lors d’un premier examen, a 112 lors d

examen suivant ; il est bien frappé ; il s’est maintenu en permanence à ces chiffres élevés pendant plus d’un mois d'observation. Le cœur est éréthique ; pas d’arythmie, pas de modification des bruits.

Respiration calme, à 18. Pas de troubles digestifs, pas de diarrhée. Pas de sueurs excessives, pas de troubles vaso-moteurs, pas de bouffées de chaleur ; cependant le malade dort mal et attribue ses insomnies à des impressions de chaleur excessive et pénible. Céphalées avec sensations vertigineuses survenant de temps en temps et durant un quart d’heure environ. Pas de troubles objectifs de l’équilibre. Audition et vision bonnes. Tressail- , lements du corps entier, instabilité motrice! Pupilles assez largement dilatées, un peu inégales, réagissant modérément à la lumière. Réflexes des membres supérieurs vifs (les réflexes rotuliens sont très faibles et les achilléens abolis, par le fait sans doute d’une ancienne paralysie infantile légère).

11.— Commotion; guérison. Émotivité anxieuse, angoisse syncopale, cauchemars. Phobie de l’obus, phobie du bruit. Obsession de la fugue. Tachycardie.

Gallien, 26 ans, cultivateur, artilleur, se trouvait le 13 août 1917 derrière une pièce de 75 qui éclata ; il fut violemment projeté à droite et perdit connaissance immédiatement. Il revint à lui en arrivant à l’ambulance, trois heures après. Ni hémoptysie, ni otorfagie, ni épistaxis. Violente céphalée, bourdonnement d’oreilles continu, lassitude intense.

Le lendemain, hébétude, fatigue générale. Pupilles en légère mydriase, égales, réagissant lentement. Ouïe très diminuée des deux côtés (entend la montre à 1 ou 2 centim.). Pouls à 72, régulier et bien frappé. Réflexes tendineux tous très vifs, plantaires en flexion. Pas de troubles moteurs, sensitifs, sphinctériens. Sorti au bout de 10 jours, paraissant en bon état, quoique encore un peu fatigué ; envoi en permission de convalescence.

En rentrant de permission, ce soldat est envoyé dès le lendemain en position de batterie et soumis aussitôt à un bombardement. Lui qui, auparavant, n’était pas craintif et s’était toujours très bien comporté, se met immédiatement à trembler, à éprouver des sensations de défailiance allant jusqu’à la syncope et à avoir, dès qu’il sommeille, des cauchemars terrifiants avec visions de combat. Incapable de faire son service, il nous est envoyé de nouveau le 12 octobre.

11 est pâle, le pouls est à 90, instable. Son état général est bon. Il a la phobie non seulement des obus, mais du bruit. Il

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