L'ÉMOTIONNÉ A L’HOPITAL
heures qui ont suivi sa commotion par eclateinent de canon, ii donne très bien tous les renseignements sur le fonctionnement de sa batterie, il sait très bien ce qu’il fait et pourquoi il le fait.
La névrose émotive est toujours une affection de longue durée, elle dure des mois et des années. Elle est souvent immuable dans sa forme et dans ses manifestations chez des débiles, réduite alors, par exemple, à l’état d’une phobie unique; elle peut prendre chez l’intellectuel, et surtout chez l’intellectuel prédisposé comme le sujet de notre dernière observation, toutes les variétés de formes des obsessions, des impulsions, des phobies, des illusions pseudo-hallucinatoires, qui frôlent la maladie mentale caractérisée : l’in-', tellect interprète, multiplie et amplifie les données brutales 1 des sens, et crée sur ces données une sorte de véritable delire ] polymorphe.
La multiplicité des émotions est un des éléments les plus puissants dans la genèse de la névrose ; comme par une sorte d’anaphylaxie émotive, elles agissent moins par leur intensité que parleur répétition ; après un certain temps, les émotions les plus modérées, qui auraient auparavant passe inaperçues, ont plus d’action nocive que n’en avaient antérieurement les gros chocs émotifs.
La durée et l’intensité de la névrose autant que sa genese sont fonction de l’exposition plus ou moins répétée aux émotions. Or la vie du front n’est qu’une série d’émotions,
petites ou grandes. C’est dire qu’elle ne sauraitconvemr a ces
émotifs, et que le moyen le plus rapide d’obtenir une gue- , rison, qui peut être complète et permettre à nouveau leur utilisation, est de les retirer momentanémenÇ mais assez longuement, du front et de leur procurer la vie la plus calme possible.
2“ Neurasthénie émotive.
La neurasthénie est essentiellement un « syndrome de fatigue » excessive et prolongée, de surmenage physique et psychique.
L’émotion étant une des causes les plus importantes de surmenage physique et mental, il était à supposer a priori que la guerre, suite ininterrompue de fatigues et d’émotions pour tous les soldats du front et pour un grand nombre d’individus, militaires et civils, de l’intérieur, allait . ..être l’occasion d’une énorme floraison de neurasthénies. Or on constate qu’il n’en est rien.
Les médecins de l’intérieur habitués aux faux gastropathes, aux faux cardiaques, aux faux urinaires sont unanimes à constater qu’ils ont vu disparaître comme par enchanternent les malades « à petits papiers », à « régimes », à « palpitations » (1) et « à chaise longue ». Les médecins de l’armée constatent que, si la dépression neurasthénique les oblige à évacuer comme momentanément inaptes un , certain nombre de soldats et d’officiers, du moins elle n’est pas une forme ordinaire des troubles de guerre et elle n’est pas plus fréquente que dans la vie civile. Il semble même ; qu’elle soit moins fréquente que dans la vie courante, si l’on donne au terme de neurasthénie la même valeur limitée que lui accorde la pathologie du temps de paix, et si l’on n’y adjoint pas à tort toute une série d’accidents psychopa-.ihiques, obsessions, phobies, crises d’anxiété, états confus, mélancoliques ou hypocondriaques, manifestations vésaniques, etc., qui n’en font pas partie intégrante (2).
La rareté relative de la neurasthénie dans la période actuelle paraît au moins prouver que ni les fatigues ni les émotions, isolées ou associées, 'intenses ou prolongées, ne la déterminent seules. Le fait est remarquable, car il est opposé à bien des théories. II semble tenir à deux causes :
1“ l’importance nécessaire de l’état constitutionnel, héréditaire ou acquis ; 2“ l’influence favorable de l’occupation.
-41) C’est bien plus dans le cadre de la neurasthénie que de la névrose émotive, cardiaque, tachycardique, etc., qu’il faut, croyons-nous, ranger ces cas de pseudo-cardiopatlies à tendance mélancolique, dont parle Martinet [173), sur lesquels la guerre a exercé une action favorable et qui « ne sentent plus leur cœur ».
(2| Déjà avant la guerre, H. Melge(f7C) exprimait le regret de voir si souvent à tort incorporer parmi les symptômes fondamentaux de la neurasthénie toute une série d'éléments psychopathiques qui semblent compliquer à plaisir un tableau très simple.
L'ÉMOTIONNÉ A L'HOPITXL
de l’activité utilement déployée, de la vie en commun, qui, par l’excitation qu’elles déterminent, contre-balancent jusqu’à un certain point les effets déprimants de la fatigue et de l’émotion. Un homme au milieu des soucis et des responsabilités d’un commandement militaire, une femme dans un « rôle » actif d’infirmière n’ont pas le temps de trop penser à eux ; or la neurasthénie est surtout la maladie des gens qui pensent trop à eux-mêmes et, pourrait-on dire, de ceux qui, jusqu’à un certain point, y ont toujours trop pensé. ,i
Il ne faudrait pourtant pas en exagérer la rare te ; peu fréquente certainement, la neurasthénie émotive n’est pas exceptionnelle.
Comme la neurasthénie de la vie civde, elle n est pas consécutive, en général, à une émotion violente et brutale, elle succède surtout à toute la série de petites^ fatigues^ et de : petites émotions continues, mieux encore à la série des préoccupations et des anxiétés relatives qui constituent la vie du front (1).
Gilles (79) a tracé un tableau assez exact, oripnal et vivant, de cette vie de la guerre de tranchées : c’est, en première ligne, la veillée constante, toujours aux aguets, le sifflement des balles et l’éclatement des obus, la lutte sourde et aveugle des grenades et des mines ; c’est ensuite,
« au repos », c’est-à-dire à quelques kilomètres en arrière, dans tous les secteurs réputés u calmes », toute une série de « petites misères » qui ne sont guère moins troublantes que les dangers plus évidents de l’extrême avant, mais dont la continuité est certes bien plus déprimante. C’est alors le défaut d’abri contre les obus et contre les bombes d’avions, la sensation et «l’inertie du risque invisible», constant, impossible à prévoir ou à éviter, les corvées pénibles ou répugnantes, le manque de confort et d’aise, l’humidité, la boue glaciale, l’insomnie par le fait des parasites et des rongeurs, la promiscuité, l’affectivité à demi satisfaite et la sensualité inassouvie, les incompatibilités d’humeur, de caractère et
(1) La neurasthénie est, dit Déjerine, la « maladie de la préoccupation émotive ». « Un choc émotionnel brutal provoque moins souvent la neurasthénie, remarque -Meige, que des tracas incessants ou les cornplications Interminables d'une existence difficile. »
de niveau social, les conflits de prérogatives et de grade, la monotonie de la vie, l’inaction et le désœuvrement relatifs et forcés, etc...
Comme si tous ces ennuis et ces agacements, ces préoccupations et ces émotions de la vie militaire ne suffisaient pas, c’est presque toujours chez des sujets qui traînaient en même temps quelque gros souci ou quelque chagrin de leur vie personnelle, familiale, affective, que nous avons vu se développer la neurasthénie au front. Tel qui a admirable-ment résisté à toutes les fatigues et à toutes les émotions de la vie militaire « flanchera », comme si le,ressort trop tendu éclatait brusquement, à l’occasion d’une contrariété personnelle : il semble que, malgré toutes les transes continues de certaines situations de guerre, les émotions et préoccupations « civiles » gardent souvent un rôle prépondérant. Ainsi noirs avons vu la neurasthénie se développer chez un suj'et dont le père, qui s’était montré un héros et était un juste objet de fierté, avait été écrasé dans un banal accident de rue ; un autre avait eu sa famille surprise par la guerre en pays ennemi et internée dans un camp de concentration, où l’un de ses proches était mort.
Chez des sujets ainsi préparés tant par une « constitution » plus ou moins prédisposée que par les multiples émotions et fatigues répétées, une émotion-choc pourra faire figure de cause occasionnelle et déclancher les troubles : ce ne sera pourtant que la goutte d’eau qui fera déborder le vase; On comprend qu’une émotion vive ne soit pas nécessaire et que très souvent, contrairement à ce que nous avons dit pour la névrose émotive, elle fasse défaut : le sujet devient neurasthénique progressivement et en apparence « sans cause ».
Comme dans la vie civile aussi, la neurasthénie est essentiellement une maladie des intellectuels, des classes élevées ; . dans l’armée on l’observe presque exclusivement soit chez les officiers, soit chez les sous-officiers ou soldats ayant un rang social un peu supérieur.
D’ailleurs le neurasthénique militaire n’est trop souvent qu’un « civil » dépaysé dans la vie militaire et insuffisamment « déraciné » par suite de son tempérament et de ses habitudes : ce que nous avons dit du rôle de l’état constitutionnel antérieur et de l’influence favorable du changement
L'émotionné a l’hopital iot
de vie explique que la neurasthénie se produise surtout chez ceux qui ont le moins changé d’occupations, chez les officiers des bureaux ou chez les automobilistes par exemple.
La neurasthénie du guerrier n’est guère différente de la neurasthénie du civil ; de même quelle femprunte à la vie de •iuerre une partie seulement de ses mobiles, ainsi que nous venons de le dire, de même la vie militaire n’imprime a sa symptomatologie qu’une teinte légère et accessoire.
Ge qui domine toujours dans la neurasthénie, cest la sensation d’asthénie plutôt que l’asthénie réelle, c’est la sensation d’incapacité d’agir et de penser, qui n est parfois qu’une illusion, car, en cas de nécessité, le neurasthénique prouve qu’il est susceptible tout comme un autre d’un effort de vigueur ou de raisonnement ; mais il est incapable de maintenir cet effort, de persévérer dans l’activité physique ou mentale' (1); éreinté avant, il est exténué après.
Mais, à l’inverse du mélancolique, il a conservé^ le désir de la vie active, et c’est le déséquilibre entre ses goûts et ses moyens qui donne au neurasthénique son caractère essentiel : il est nosophobe et hypocondriaque.
Atteint de malaises cénesthésiques, d’une sensation imprécise de fonctionnement à la fois pénible et insuffisant de tous ses organes aussi bien que de tous ses muscles, il a de la céphalée, des vertiges, de la rachialgie, des douleurs et des hyperesthésies aussi mal localisées que disséminées, de l’anorexie et des digestions pesantes, de l’essoufflement et des palpitations, de l’impuissance génitale, de l’msomnie, et par-dessus tout une impression de lassitude insurmontable et permanente. , ,
Toutes ces sensations vagues, dans l’impossibilité ou il est de leur donner par la pensée leur valeur véritable, il les exagère ; « la conscience du pathologique s’exalte », la crainte de ne pouvoir guérir domine l’existence, et le neurasthénique hypocondriaque, incapable d’un effort soutenu de pensée ou de volonté où sa propre santé ne soit pas en jeu,
(1) Les ergogrammes pris par G. Ballet et Philippe (16) montrent le neurasthénique susceptible du même effort que le,sujet normal, mais, une fois épuisé, incapable de « se refaire » dans le même temps.
n’est plus obsédé que de lui-même. Dans la crainte de ne pas guérir ou de devenir fou, il se tue parfois.
Très différent du commotionné, il reste capable d’action, de loquacité même exubérante et de vivacité intellectuelle, tant qu’il s’agit de son sujet favori, sa propre santé. Très différent de Témotif, il n’a d’anxiété que de lui-même, de ses organes, de son cerveau et de sa moelle, de son cœur et de son estomac; il est à l’émotif ce que, dans un ordre d’idées tout dissemblable, le mélancolique est au persécuté: c’est en lui-même que gît la cause de tout le mal qui peut lui survenir, alors que l’émotif anxieux n’a à redouter que des dangers d’origine extérieure à lui-même.
On comprend qu’un tel neurasthénique s’épuise au point de vue physique, de sorte que, à un moment donné, les troubles de la nutrition, l’amaigrissement, l’hypotonie généralisée ne manquent presque jamais. On peut se demander s’ils ont été le point de départ ou l’aboutissant de l’état dépressif intellectuel et moral; et, en fait, on ne sait plus bientôt ce qui, du physique ou du mental, tient la première place, l’un et l’autre, par une sorte de cercle vicieux, se complétant et s’aggravant mutuellement.
Dans ce tableau clinique ainsi ébauché, il n’y a rien de spécial à la neurasthénie émotive militaire, en dehors des circonstances étiologiques. La « teinte militaire » y fait pourtant rarement tout à fait défeut: si le sujet redoute tous les effets de sa maladie, c’est' parce qu’il craint de ne plus pouvoir remplir sa mission ; s’il a peur de devenir fou, c’est surtout parce qu’il ne sera plus capable de conserver son commandement et sera muté d’office ; il sait bien qu’il est incurable, et une mort glorieuse sur le champ de bataille serait une délivrance. En attendant, il demande avec insistance à être évacué le plus tôt possible, parce qu’il « se sent trop faible » pour persister à entendre le bruit, à coucher sur la paille ou à vivre dans des conditions d’hygiène et de régime déplorables, et parce que l’évacuation à l’intérieur « est le seul remède possible ».
C’est aussi par la question d’évacuation, qui se pose toujours, quoique pas toujours avec une égale urgence, que la neurasthénie émotive a un caractère de maladie de guerre ; et, en fait, les malades n’ont pas tout à fait tort quand ils
IJÉMOTIOmÉ A VliOPITAL 109
une neurasthénie traitée par le calrne et .
vie ayant une évolution rapide et
ment des récidives qui sont presque la ^eg ’ ^
Sénie traitée « par le mépris » ayant toute chance de se
,„^leSU“c.tiond.lanévros.émo.ive.plus.o^^^^^^^^^^
nLrasthénie, qui comporfe des réactions anxieuses de caiac ïrë âMez spill eide nature surlonl tïpocOPdn.Jue sensibilise l’anxiété constitutionnelle et la prédisposition ShsSons ; elle favorise l’émotivUé; et tout originairement débile ou secondairement <iebibte dans Tpsistance offre un terrain propice au développement constitution émotive» [Dupré(69)]. ^-sila-vroest-elle assez fréquemment, à l’occasion ai^rtou de quelque émotion forte intercurrente, une comphcatio seconde période de la neurasthénie a"ao‘Y; > « états se prolongent ou s’aggravent 1 un 1 autre (d )•
Voici à titre d’exemple, un cas complexe et prolonge de neurasthénie et de névrose émotive :
tivilé anxieuse avec angoisses récidivantes et obsédantes a casion des bombardements.
Hilaire omcier, se trouvait en septembre 1915 dans un boyau Il cran » ; pour leur donner 1 exemple du san -fioid,
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rictés de troubles; c’est, à notre sens, une erreu
et il se rendit de lui-même dans un abri voisin; il ne croit pas avoir perdu complètement connaissance à aucun moment.
Il est évacué dans un hôpital pendant un mois et demi. Pendant cette période, très fatigué, céphalalgique et rachialgique, dormant peu ou pas, il se sent intellectuellement infériorisé, « il n’est plus lui-même », il a peur de ne pas savoir ce qu’il fait, d’avoir « perdu la tête », et sa grande préoccupation est que sa famille ne vienne pas le voir dans cet état. II ne peut lire que quelques minutes consécutives; sans s’intéresser à ce qu’il lit; il ne peut écrire que tout juste pour donner de bonnes nouvelles de sa santé et empêcher que les siens n-’arrivent. 11 peut compter, il peut quelque peu raisonner, il n’a aucune confusion dans le temps ou dans l’espace, il n’a aucune amnésie véritable.
Il croit entendre de temps en temps le sifflement des obus; il sait pourtant que, à la distance où il est du front, il peut à la rigueur entendre les départs et les arrivées, mais non le sifflement. Croit-il vraiment que ce sifflement est réel ou non ? il ne saurait le dire. 11 a des cauchemars, et parfois comme des ébauches de cauchemars tout éveillé; il voit des accidents de guerre, mais purement imaginaires, sans rapport avec l’accident qui lui est personnellement arrivé et dont le souvenir ne Pobsède nullement. Un jour, en se promenant, il voit plus nettement dans une allée une échelle ensanglantée ; a-t-il cru à sa réalité ou non ? a-t-il eu une illusion ou une hallucination véritable ? il ne saurait le dire non plus.
A cette époque, en entendant au loin les éclatements d’obus, il n’a pas eu d’impression d’angoisse et ne s’est pas senti diminué moralement.
Parti en convalescence à Paris, il s’y sent tellement fatigué et tellement incommodé par le bruit qu’il rentre chez lui, s’y enferme, puis, renonçant à voir ses amis, part en province.
En rentrant à son corps, il ne reconnaît pas plusieurs officiers. 11 y reste huit mois, en partie dans un secteur défensif assez agité; il ne s’y conduit « ni bien ni mal », il ne reçoit pas d’obus à moins de 200 mètres, il a parfois un peu de tremblement. Au sixième mois, il va dans un secteur très agité et en première ligne; dès son arrivée il fait partie d’une attaque, et c’est alors que, pour la première fois, il a l'impression de n’être plus à la hauteur de sa tâche.
Fréquemment bombardé, même pendant les périodes de soidisant repos, il est pris à chaque bombardement d’une sorte de « réaction physique » avec tremblement, flageolement des jambes, serrement des mâchoires, semi-bégaiement, aphonie, constriction épigastrique, vide complet de la tête, palpitations de
L’émotionné a vhôpital
cœur, en somme symptômes de l'angoisse. Mais ^ Proteste liaute- V l’idée d’une « peur morale », peu digne de lui et
dTL anlLédents personnels et familiaux; la crainte dg la mort Z Zit vour rien, il y avait plus d’angoisse qae d anxiété meme LVs ces mon^Ll’s dLgoisse, il n'est aucunement obsédé par lo «nnvenir de son ancien accident.
lu rout de quelque temps, il va trouver le medeem du réglant lui avoue qipil ne se sent plus à la hauteur de sa tache, et évacué par lui. Trois mois après, il revient à son depot ou on L dSe inapte ; mais, vite fatigué de la vie d’inaetion relative,
U demande presque aussitôt à revenir au.front et l’obhent
Peu après à l’occasion de bombardements par avion, il est renris des mêmes sensations d’angoisse. Use fait donner unpos à Quelque distance des lignes ; mais, dès q'i’d entend bombarde ‘ fl’nn neu près il sort et va se cacher dans un coin, parce qu U
”‘ï;ST„i“5LTu’»‘o”Î^ “T «
dLrit avec son émotivité anxieuse, la crainte qu il a que cette deciit, avec s étrangère à son état anterieur, ne
Î< réaction phTsilne » le prive de^ tous ses moyens au moment du
SiSSCiiSS»
u„ b.n.l “‘«l';;'-fX» ?.*«0 Rén.», tendl.
ncnx vUri^gei^subictère, amaigrissement, inappétence.
LES MALADIES MENTALES CONSÉCUTIVES AUX COMMOTIONS ET AUX ÉMOTIONS DE GUERRE
Nous avons jusqu’ici décrit l’état mental banal, pour ainsi dire, des conimotionnés et des émotionnés ; cet état, parfois plus ou moins subnormal, frôle d’autres fois l’aliénation Beaucoup plus rarement, mais non exceptionnellement, surviennent des troubles mentaux véritables; ces troubles mentaux seront exposés avec beaucoup de soin et de compétence par le professeur Jean Lépine dans un autre volume de la même collection (1); nous nous bornerons donc ici à quelques remarques.
La plus fréquente des affections mentales de la guerre est la CONKUSION MENTALE. C’est Celle qui représente le mieux la « pathologie acquise de l’homme sain », comme disent Devaux et Logre, celle où les causes prédisposantes, réputées SI capitales en pathologie mentale, cèdent le plus volontiers le pas a 1 importance soudaine d’une cause occasionnelle brutale; or, dans les circonstances actuelles, la violence des chocs physiques et moraux, commotions et émotions semble pouvoir jouer un rôle déterminant tout particulièrement efficace. , .
En fait, nombre de confus de guerre, que l’oil observe
in 1 Z®*" P*"®’ d’aperçus nouveaux et
intéressants a paru depuis la rédaction de ce chapitre ; le présent volume était trop avancé pour que nous ayons pu en tenir compte.
actuellement, ne paraissaient rien moins que prédisposés par leurs antécédents héréditaires et personnels; les partisans de la prédisposition à outrance invoquent alors moins la prédisposition constitutionnelle qu’une prédispositiôn acquise. D’accord avec les partisans de la toxi-infèction nécessaire et obligatoire (au point que l’étiologie toxi-infectieuse serait un des éléments mêmes de la définition de la confusion mentale), ils incriminent les troubles gastro-intestinaux, fréquents chez les soldats, surtout au début de la guerre, et les intoxications déterminées par le surmenage et les mauvaises conditions d’existence. D’autres, observant des états confusionnels consécutifs à une émotion violente chez des sujets jeunes, sans prédisposition apparente, fraîchement arrivés au front et vierges de tout surmenage préalable et de tous troubles gastro-intestinaux, ont cru devoir attribuer à l'émotion elle-même un rôle de détermination toxique ou même toxi-infectieuse ; ils ont fait intervenir l’action de l’émotion vive sur les différentes glandes et particulièrement sur les glandes vasculaires san^ines, sur le métabolisme cellulaire général, sur In multiplication des microbes, etc... (1). Désireux de nous cantonner dans le
basedowiens frustes [Lian (f46)J; - l’émotion lit dues à un trouble inconnu du métabolisme [Hes drait le sang acide fCrile (4S)] ou déterminerait
une destruction brutale
domaine dgs faits, nous n’ahorderons pas les discussions d’interprétation pathogénique à ce sujet ; nous remarquerons seulement que toutes ces théories sont assez peu compatibles avec certains faits, d’ailleurs beaucoup plus rares qu’on ne l’a dit, où la confusion mentale a été immédiatement consécutive à une violente émotion (1).
En tout cas, la confusion mentale nous a paru bien plus % souvent consécutive à une émotion intense qu’à une commotion vraie; nous sommes d’accord en cela avec Régis (200), pour qui les « psychoses de la bataille » sont essentiellement » des psychoses d’origine émotive, le traumatisme physique manquant souvent, mais non le traumatisme moral, émotionnel. Régis note aussi très justement que les phénomènes d’inhibition, psychiques ou nerveux, ne se produisent ; que quand le sujet s’est mis hors de danger et qu’il « s’aban- . donne » en quelque sorte.
Même dans les cas de commotion avérée, il nous a paru : qu’il y avait très ordinairement une période intermédiaire ' entre l'inhibition motrice et mentale de la commotion et la confusion mentale. Or, pendant cette « période de méditation », l'émotion a toutes raisons de se faire sentir très vive- .. ment, rétrospectivement pour ainsi dire, chez un sujet qui a été frappé en plein « marmitage », en pleine scène de carnage et d’horreur, et qui se retrouve brusquement dans un lit, sans aucune idée de temps ni de lieu, sans autre pensée nette que celle d’avoir miraculeusement échappé à la mort !
Si fréquentes que soient les émotions du champ de bataille, si banales que paraissent les confusions mentales de guerre dans les asiles, il ne nous a pas semblé pourtant, d’accord en cela avec la plupart des médecins des armées en
constances actuelles, la part qui est susceptible d’ètre imputée aux émotions ; trop d’autres conditions étiologiques peuvent être en jeu.
(l)Nous ne parlons pas, bien entendu, de certains accès déiirants, souvent prémonitoires d’une démence précoce ou paralytique, qui peuvent survenir à l’occasion de l’excitation d’un assaut par exempte, et qui, suivant les circonstances, font des malades tantôt des fous et tantôt des héros. Nous ne connaissons pas d’exemple bien avéré de confusion mentale vraie qui, au moment d’un choc émotionnel, ait brusquement et indûment précipité le sujet dans la direction de l’ennemi I
campagne (l), que, d’une façon absolue, la confusion mentale soit très fréquente; mais il convient, bien enjendu, que l’on n’étende pas démesurément la portée de cette « entité clinique » et qu’on ne la réduise pas au simple symptôme obtusion, qui est infiniment banal.
La confusion mentale à/orme asthénique ou stupide est assez rare chez les combattants, si on ne lui assimile pas l’inertie des commotionnés dont nous avons indiqué les caractères différentiels. Régis {200) note que, si on retrouve dans le tableau de la confusion de guerre les différents éléments habituels du syndrome, obtusion, désorientation, amnésie, torpeur, elle diffère pourtant de la confusion mentale typique par son début souvent plus brusque, sa durée généralement moindre, son caractère essentiellement amnésique. C’est notamment chez ces confus de la bataille « à type amnésique » que Régis a observé un nombre inaccoutumé de cas d’amnésie totale, c’est-à-dire s’étendant à la vie entière et ne laissant rien subsister dans l’esprit du sujet.
Nous avons déjà dit ce que nous pensons, d’une façon générale, des soi-disant « amnésies » des émotionnés ; entièrement basées sur le défaut d’attention, elles disparaissent comme par enchantement quand on se donne la peine de forcer l’attention assez tôt après l’accident émotionnel, et de revivifier ainsi des souvenirs estompés, mais non encore éteints. Nous ne sommes pas convaincu que la plupart de ces amnésies dites confusionnelles, même totales, difïèrent notablement des amnésies des émotionnés. Nous ne sommes pas certain que tel soldat, pour citer un exemple de Régis, qui, quand on lui demande s’il est marié, regarde son annulaire et dit : « Je dois l’être, puisque voici mon anneau », soit bien un grand amnésique véritable ; ce geste et cette phrase nécessitent le rappel et l’association de trop nombreux souvenirs, certains même fort abstraits comme celui de l’emblème ; et nous doutons que, si le malade avait pu être «poussé » à fond et en temps voulu, il serait resté
(1) Dide et Lejonne (44), observant chacun da^ des corps de troupe, n’ont pas vu, en plus d’une année, plus de t^ois cas de troubles mentaux d’origine émotive.
beaucoup de vestiges de son amnésie. En tout cas, les soldats totalement amnésiques cités par Régis sont de grands émotionnés, « choqués » par la vue d’une scène plus ou moins terrifiante, mais nullement commotionnés.
Une forme de confusion mentale post-émotionnelle où l’incapacité d’attention se décèle avec une intensité particulière est celle qui a été décrite par Chavigny (W) sous le nom d’aprosexie : « Très éveillé, le sujet est à la merci de toutes les excitations qui lui viennent du dehors, mais aucune de ces excitations ne se transforme en impression et n’est le point de départ d’une sensation ou d’un travail cérébral. 11 y a là quelque chose de l’état du jeune enfant, qui successivement tourne ses regards vers tout ce qui brille, vers tout ce qui s’agite ou fait du bruit,... ou encore cet état rappelle la mimique de certains oiseaux qui, en cage, tournent incessamment la tête vers les bruits ou les mouvements du voisinage, et cela sans aucun jeu de physionomie. » Chavigny pense que peut-être un état d’amnésie absolu, constant et immédiat, produit l’incapacité totale d’attention ; par comparaison avec des faits moins complets, mais plus fréquents, nous aurions tendance à croire plutôt l’inverse, à savoir que c’est le défaut d’attention qui a pour conséquence le défaut de mémoire.
Bien plus souvent, la confusion mentale post-émotionnelle prend Informe onirique. On observe toute la série des variétés entre le confus, plus ou moins égaré, d ordinaire incomplètement désorienté, très incomplètement amnésique, qui na que quelques hallucinations plus ou moins hypnagogiques à la réalité desquelles il ne croit qu'avec hésitation, et le grand délirant onirique, qui vit entièremeqt d une vie de rêve, le monde extérieur réel n'existant pas pour lui.
Dans un cas comme dans l’autre d’ailleurs, ce sont presque toujours les événements du champ de bataille, l’assaut, le carnage, l’attaque ennemie et, par-dessus tout, la scène d’horreur qui a été à l’origine de ses troubles, qui dominent les hallucinations et dirigent le délire. 11 n’en est pas toujours ainsi pourtant, l’expression des troubles à point de départ émotif n’est pas toujours émotive ; chez un de nos malades, par exemple, c’était un lièvre qui meublait son
délire; il l’avait pris par les oreilles dans la ,trançhée la nuit précédente (nuit qu’il avait en réalité passée a 1 amb lanceb D’autres fois, les visioüs de guerre, tout en ayant le caractère violemment émotionnant des massacres et des explosions d’obus, s’extériorisent par une mimique qui pa raft entièrement dépourvue d’émotivité ; les tent les horreurs auxquelles ils assistent sur ^
oue s’il s’agissait d’un événement quelconque, tout naturel et sans intérêt ; on dirait presque qu’ils nont pas lair dy croire eux-mêmes.
Le DÉLIRE OMRIQUE nécessite pourtant une remarque : entre le délire onirique confusionnel et les hallucinations oniriques de certains hystériques û ne nous a Pas ^njou naru exister une différence bien tçanchee (1), 1 hyster que qui ne fait rien sans excès, peut faire les plus ^®nux types de délire onirique total, et la distinction avec le delire onirique de la confusion mentale ne peut reposer alors que sm des nuances. Nous ne sommes pas convaincu que le delire oSrLue des hystériques n’est pas le plus fréquent, et que l’hys?érie ne joue pas, dans le domaine mental des accidents de guerre commets le domaine sensitivo-moteur, un rôle de tolit premier plan, qu’on a trop rétréci peut-etre au bénéfice d’une confusion mentale ^e-
Dans l’observation suivante par exemple, il semble a pre mière vue qu’une confusion mentale à type de grand delire aété i„,„édi.tem6a.co,.aéc«.ive ^ «"«çommoM vraie En examinant les faits avec plus de soin, on voit d’abord qu’il n’est pas possible d’afermer q^nhibé^ la motion vraie, ensuite qu’entre le retour de 1 inhibe a ta Sn du monde extérieur et le délire hallucinatoire dans
fusion dehrante» ; or il ^ , obtenir à l’état de veille
(2) Chaslin [ 38 ] notamment a rapporte des exemples g onirique d’origine purement hystérique.
fis
lequel le sujet semble avoir entièrement vécu, il y a eu une période, peut-être très courte, pendant laquelle il s’est livré a des manifestations motrices de nature évidemment hystérique : ce commémoratif, qui aurait pu facilem'ent nous manquer, fixe le diagnostic et montre quels sont les dangers d’une .interprétation trop hâtive ou insuffisamment documentée.
Isidor, 27 ans, entre dans notre service dans la nuit du 2 au 3 décembre. Il paraît plutôt assoupi, mais tout d’un coup il s’assied sur son lit, s’agite, montre du doigt « les Boches qui arrivent », crie, court au téléphone (il est téléphoniste), donne des ordres. Puis il s’assoupit de nouveau et ne se réveille que pour dire « boire » ou « dormir », ou pour se précipiter sur les Boches avec un air égaré, là face congestionnée, les yeux hagards. Il ne répond à aucune question, ne donne même pas son nom, ne tire pas la langue au commandement : il n’a l’air ni de voir ni d’entendre, on ne peut dire qü’il soit confus, il est mentalement absent da milieu réel, il a l’air de vivre dans son rêve.
Aucune blessure ou ecchymose. Aucune paralysie, aucun trouble des réflexes, aucun signe de réaction méningée, aucune contracture. Pas de température. Pouls instable, passant brusquernent de 50 à 80. Pupilles petites, mais réagissant bien. N’urine pas pendant vingt-quatre heures.
Le surlendemain matin, 5 décembre, il se' l'éveiîle brusquement, il demande où il est et comment il y est venu ; il s’inquiète de ce qui l’entoure, il cause, il mange seul; mais il déclare ne se souvenir de rien de ce qui lui est arrivé. De temps en temps seulecnent, quand il s’assoupit, il parle tout haut dans ses rêves de guerre ; mais, sauf un air encore un peu égaré, il est presque redevenu normal.
Les jours suivants, revenu tout à fait à lui, il raconte très pondérément que, se trouvant de nuit à bicyclette près de V... sur une route très marmitee, il avait entendu tomber plusieurs obus tout près de lui ; il prit à travers champs pour gagner, à une centaine de mètres, le chemin de halage du canal, qui paraissait moins visé ; il levait la jambe pour remonter à bicy-, dette ; a partir de ce moment précis, il n’a pins aucun souvenir.
Il ne présente aucune désorientation véritable dans le temps ou 1 espace, ni amnésie rétrograde, ni amnésie continue. Il a déjà été blessé, et la façon dont il raconte sa campagne, posément et sans emphase, montre qu’il a été très (( crânç ».
Les infirmiers qui ont amené le malade à notre ambulance
comblent la lacune de sa mémoire ; ils déclarent qu’il aurait été projeté en l’air par un éclatement rapproché ; il aurait été transporté inerte à l’ambulance de triage. Là, il aurait eu une violente crise convulsive,évidemment hystérique; il donnait des coups
de pieds et des coups de poings, poussait dos cris, et se livrait à une mimique si désordonnée qu’il a fallu le ligoter pour l’amener à notre Centre. ^
11 semble ainsi qu’il y ait eu une première phase d inertie probablement commotionnelle, une deuxième phase courte d'agitation motrice à caractère assez nettement hystérique, une troisième phase de délire onirique., dominant toute l’existence : la nature de ce délire onirique nous paraît bien plus vraisemblablement hystérique que confusionnelle.
Certaines bouffées de délire hallucinatoire, à caractère terrifiant, nous paraissent avoir été justement rangées par Claude, Dide et Lejonne dans ce même cadre de « psychoses hystéro-émotives » (■4é).
On comprend que, soit en état de délire onirique pour échapper aux dangers imaginaires, soit en état de confusion mentale simple, le soldat se livre souvent à des fugues. Dans ce dernier cas, la fugue ressemble souvent à la fugue épileptique; il s’agit d’une forme d’automatisme ambulatoire, souvent sans grande incohérence apparente et sans la moindre émotion apparente, bien que l’origine en soit émotionnelle ; elle paraît suivie d’une amnésie complète.
Celte fugue est évidemment très différente de celle dont nous avons parlé à propos de la névrose émotive (p. 93), fugue également consécutive à une émotion-choc, mais dirigée par une peur pathologique d’événements très réels.
D’autres fugues peuvent être orientées par une idée obsédante ou par une impulsion brutale, souvent sans rapport ou en rapport très indirect avec les scènes de guerre. Tels sont les cas cités par Devaux et Logre (56), par Mallet (i66), etc., d’un obsédé, atteint de manie de la propreté, fuyant la tranchée parce que tout y est sale et y sent mauvais et qu il n y peut résister ; d’un autre s’en allant en « un coup de folie », parce qu’il se sent simplement « tiré à partir », sans quil
sache comment ; d’un hypocondriaque se sauvant brusquement, « parce qu’il craint de tomber fou, son médecin lui ayant interdit les émotions », etc.
Certaines fugues, dans le militaire comme dans le civil, marquent parfois le début d’une démence, démence précoc^ ou paralytique en particulier : les maladresses ebles inconséquences delà fugue elle-même, non moins que, à l’examen détaillé, tous les autres caractères mentaux ou physiques de la démence précoce ou de la paralysie générale, orientent d’ordinaire facilement l'expert.
11 s’en faut, bien entendu, que nous ayons épuisé la série des variétés étiologiques de fugues : les fugues des épileptiques, des alcooliques, des mélctncoliques, des persécutés, des débiles, etc., ne sont pas moins fréquentes dans l’armée que dans la vie civile ; celles des phobiques et des anxieux constitutionnels le sont beaucoup plus.
Rarement certaines confusions mentales d’origine émotionnelle évoluent vers la chronicité, avec affaiblissement intellectuel et affectif progressif, et aboutissent à une véritable DÉMENCE post-émotive, dont les relations avec les autres formes étiologiques de démences sont d’ailleurs encore assez mal établies. L’indifférence et l’inertie en sont d’ordinaire le trait caractéristique, le sujet conserve plus la conscience de son état que dans les démences ordinaires, et révolution en est très souvent, plus ou moins tardivement, régressive.
Certains de ces états chroniques prennent parfois, par l’adjonction de quelque symptôme plus ou moins caractéristique, le masque de la démence précoce, à forme hébéphrénique ou hébéphréno-catatonique. Ainsi Guillain {89) parle d’un soldat qui, après une période de stupeur catatonique, fit un état délirant avec des périodes de mutisme et de négativisme, la catatonie persistant. Dupouy (66) a observé, un an après une commotion par éclatement d’obus, un sujet qui présentait un syndrome de démence précoce, avec altération
LES MALAMES MENTALES
rtrofonde de l’intelligence et dn caractère, aprosexie, amnésie, indifférence émotionnelle et affective, tabilité réponses stéréotypées, négativisme, catatonie, etc.
T Lénine ^21) a vu évoluer longuement des syndromes de démin» précL .veo puérilisme (t), mais ces sjndromes étaient curables à la longue. or-r-Wor Hp la
Nous avons vu nous-même, avec J rJt
régiou de Verdun, où 1. balaille battat son »a„u
en état de confusion mentale complété, avec Pe™des d ag
t^tion avec mouvements ondulés et maniérés, jusqu a i^^n :S; pointstéréotypés, avecécholalie né^^^^^^ n’avons malheureusement pu le suivre longuement, un
autre arrivé en état^de dépression à aspect de stupeur mélancolique présentait des attitudes cataleptoides telles qu il SS^endau.plus de vinglminnles, prasc^ tremblement, sa jambe levee ou son bras en arc «e “rc . Pendant les mois qui suivirent, la catalepsie dispa ,
Llert parut renaître, mais l’état subnormal fut entrecoupe de ptrodes à allure plus ou -o^ns maniaque ave^nre exnlosifs sans raison et léger maniérisme, ou de périodes de^dépression lypémaniaque relative ; l’affectivite resta assez Îvfde soîte qL nous fûmes tentés de conclure plutôt, non’sans beauœup d’hésitation, à une psychose maniaque
’’t'roy («S'a ™ P*--»» cas do déroence précoce où le traumatisme semblait bien être la cause etiologique ; dans
r Spr'siu. .ac.»...
pCiioo. d™
lîé unrrllaüo^rvidente ‘le dépression P^ï^ique et
de Posses lésTons surrénales. Nous n'avons pu suivre le malade asse. longtemps pour établir un diagnostic certain.
précoce typique avec indifférence émotionnelle totale, faiblesse considérable de l'attention, amnésie, stéréotypies du' langage et del'écriture.
Assurément, dans nombre de ces observations, il s’agit de pseudo-démence précoce ; les sujets présentent moins d’indifférence émotionnelle et plus de conscience de leur état que dans la démence précoce véritable, et ils finissent généralement par guérir.
Mais ne s agit-il pas parfois de démence précoce véritable? Dans cette dernière hypothèse, cette affection surviendrait-elle à la suite d’une commotion où d’une émotion par le fait d’une simple coïncidence, comme on serait fort tenté de le croire en comparant la fréquence actuelle des états commotionnels et émotionnels et la rareté des états démentiels consécutifs? Le traumatisme physique ou moral n est-il pas susceptible de précipiter l’évolution d’une démence précoce en puissance, même chez des malades qui ne présentent pas d’antécédents héréditaires, comme celui de Leroy? Ou bien enfin la commotion, la déflagration de grosses masses d’explosifs, n’est-elle pas capable de réaliser par elle-même des lésions irrémédiables des cellules cérébrales et de créer de toutes pièces les lésions de la démence'précoce? Nous ne pouvons que poser les termes du problème sans avoir jusqu’ici le moindre motif plausible d’incliner vers l’une quelconque des solutions : actuellement nous Ignorons encore trop ce qu’est la démence précoce véritable !
Certains états démentiels post-commotionnels ou émotionnels prennent, à la suite d’une période d’inertie ou de confusion, l’allure de la démence paralytique. Mais il s’agit alors d’une pseudo-p. g. p.; la démence-est généralement moindre, le sujet a plus conscience de son état, il semble qu’il y ait plus d’engourdissement des facultés que de perte définitive, la torpeur mentale est plus en rapport avec l’asthénie physique, toujours considérable; et, en fait, le reveil des fonctions mentales est souvent plus ou moins contemporain de celui de la vigueur physique, quoique parfois après de nombreux mois. De plus, l’état émotif et les idées délirantes ont presque uniformément un caractère dépressif. Enfin et surtout, on n’observe ni les troubles carac-
téristiques de la parole des p. g. p-, ni le signe d’Ârgyll- Robertson, ni la lymphocytose céphalo-rachidieniie (l;.
Mais, si la commotion ou l’émotion ne paraissent pas susceptibles de créer seules et de toutes pièces une paralysie générale authentique, ne sont-elles pas susceptibles de provaquer, chez un syphiUtique,Véclosion d’une paralysie generale vraie, qui peut-être, sans les événements de guerre, ne serait pas survenue? 11 est difficile de repondre d une façon certaine à cette question, au sujet de laquelle les aiis sont encore très partagés (2). Pour notre part, le nombre des paralytiques que nous avons observes au cours de cette
guerre nous a paru particulièrement restreint ; nous sériâmes d’accord en cela avec nombre de neurologistes et de psychiatres; aussi il nous semble que, si les faits de guerre peuvent jouer un rôle provocateur ou localisateur important Lns la genèse de cette maladie, ce rôle ne parait s appliquer qu’à un nombre de cas bien anormalement réduit Mignot (181) a, en revanche, souligné le rôle accélérateur de la guerre sur l’évolution de la paralysie générale declaree ; la p. e. p. de guerre, celle des officiers combattants notamment, plus exposés au surmenage mental et moral, sinon physique, serait une p. g. « qui brûlerait ks étapes ». Nous avons fort tendance à croire cette opinion justifiée d’une façon générale ; mais nous manquons de documents précis qui nous fixent sur le rôle accélérateur non pas seulement des soucis et des anxiétés d’ordre general, mais du traumatisme direct, physique ou moral, de la commotion ou de l’émotion.
Les accès'de manie et de mélancolie ne paraissent pas sensiblement plus fréquents par le fait des événements de
,1) Un cas récemment rapporté par Pitres .et Marchand (194) ne
exception - on y retrouve ces caractères différentiels de la pseudo-paraî^sTe’^générale. Jean Lépine (12J) dit avoir vu au complet es signes physiques de la paralysie générale à la suite de commotions, les malades
cembrè 1916, «l d I. Sotlélé tllnl<|d. d. méd.did. mooUle,,dill.l 1»17.
m COMMOTIONS ET ÉMOTIONS
guerre; les eommotians et les émotions ne sont souvent que l’occasion d’une boulTée, à laquelle des accès antérieurs avaient montré une évidente prédisposition ; comme dans toutes les variétés d’états psychopathiques consécutifs aux événements du champ de bataille, le contenu des idées délirantes est presque toujours à thème guerrier.
Les memes remarques s’appliquent à certaines variétés de délires ou pseudo-délires de persécution, souvent curables.
les troubles hystériques