‹ CommunicationChapitre 7 sur 16 · M. MERCIER · texte numérisé non relu

M. MERCIER

Depuis 1862 que je suis dans la politique, j'ai toujours constaté que nos intérêts nationaux et religieux dépérissaient. Mais il y a des responsabilités. Si les catholiques du Nouveau-Brunswick ont perdu leurs écoles, c'est la faute aux évêques ; si la minorité française du Manitoba a perdu ses écoles, c'est la faute aux évêques ; enfin si les écoles françaises du Nord-Ouest sont abolies, c'est encore la faute aux évêques.

Je parle un langage sévère, mais je ne parle que pour moi et je n'engage personne. Je l'ai constaté avec regret, les évêques n'ont pas fait leur devoir. Alors, protégeons-nous nous-mêmes. Mettons nos divisions de côté, éteignons nos haines et soiilevons notre million de français contre l'oppression. A quoi sert de parler de vertus, de temples, de patriotisme, d'attachement aux traditions, si nous n'avons pas le courage de défendre les nôtres persécutés ?

M. Mercier a été applaiidi à chaque phrase, même dans les parties les plus sévères de son discours.

M. Tarte, député de l'Islet. dit qu'il vient d'entendre des paroles fort sérieuses et qu'elles ont besoin peut-être d'être atténuées. " J'ai bien étudié, continua-t-il, cette question des écoles, et j'ai"- combattu à ce sujet pour le bien des miens et le salut de ma race. J'ai étudié aussi l'attitude du clergé, et il ne faut pas tout l'ostraciser. Dans la question des écoles du Nord-Ouest, une j)artic des évêques ont fait leur devoir."

— Trop tard, s'écrient ensemble M. Mercier et M. P. G. Martineau.

— C'est la première fois, M. Mercier, que je vous vois désespérer de l'avenir de notre race et que je vous entend dire qu'il est trop tard.

— Pardon, reprend M. Mercier au bruit des bravos, il n'est pas trop tard pou.r nous.

Il faut lui dire son fait au clergé et après tout, M. Mercier, vous n'avez peut-être pas tort d'avoir dit ce que vous avez dit.

M. Tarte a été fort applaudi.

M. Tarte le 7 mars 1893, eu Chambre, disait eu préseuce des protestauts :

Mgr Taché a pris l'initiative sur la question des écoles et la direction qu'il lui a donnée on doit l'admettre n'est-ce pas ce qu'il a, fait de mieux 2)0117' sa réputation. Mgr Taché comme les autres évêques ne sont pas suffisamment équippés, je regrette d'avoir aie dire, no sont pas politiquement équippés d'une manière sutïïsante pour traiter avec les hommes que nous avons aujourd'hui au pouvoir.

Au cougrès des difFéreutes sociétés uatiouales teuu à Moutréal le 2Y juiu 1893, les règlemeuts de la Société Saiut Jeau- Baptiste out été aiueudés.

L'article 3 disait en subtance : " il ne pourra être membre qu'un Canadien-français catholique,"

M. Mercier et M. Tarte demandent que le mot " catholique " soit retranché, car la société • Saint- Jean-Baptiste doit embrasser la nation entière, sans exclusion de croyances.

C'est-à-dire qu'aujourd'hui l'infâme Chiniquy et ses pareils peuvent faire partie de la société et prendre part à nos fêtes nationales. Quelle dégradation !

M. Tarte a toujours été l'ennemi déclaré du boodlage, de la corruption. Aussi dans son journal le Canadien en Tannée 1890 et au commencement de 1891 il déiionçait le gouvernement Mercier avec une violence inouïe :

Nous sommes gouvernés à Québec par une bande de pillards de brigands et de voleurs écrivait-il ! Le régime Joly fut intolérable celui

de Mercier sera une flétrissure pour notre histoire !

Nous dénonçons l'immoralité du gouvernement, ses pratiques malsaines et scandaleuses aux honnêtes gens de tous les partis.

Qui l'aurait cru le comédien Tarte à la fin de l'année 1891, courait les hustings défendant le gouA^ernement Mercier et appuyant ses candidats. Il faisait alors partie de la bande qu'il avait qualifiée de brigands et de voleurs. Il était chez

lui. Quelque temps auparavaut M. Tarte avait obtenu du gouveruemeut Mercier uu contrat pour $3.000.00, payées d'avance par une lettre de crédit qui a été escomptée et le vertueux Tarte n'a rien fait pour remplir son contrat, mais a gardé les $'3.000 dans sa poche. Voici l'explication de son changement inexplicable.

Eu 1800 M. Tarte se faisait donner par M. Whelan $10.000 pour acheter l'opposition à- Québec ; et une autre somme d'argent par M. B. Trudel dans le job de l'aqueduc pour acheter disait-il les échevins de Québec. Les membres de l'opposition et les échevins de Québec ont nié avec indignation n'avoir jamais reçu un centin de ce boodlage.

M. Tarte étant appelé sous serment à déclarer ce qu'il avait fait de ces argents dit : " Je refuse de répondre parce que je ne veux pas m'incriminer." Il s'est abrité de la loi qui dit qu'un témoin n'est pas obligé de déclarer aucune chose qui pourrait le faire condamner. Et voilà la conduite de cet homme exemplaire de ce modèle de pureté et de véracité.

M. Tarte a été le trésorier du parti conservateur à Québec pendant plusieurs élections. C'était le bon vieux temps. M. Tarte vivait alors en grand seigneur, roulait carosse, avait une belle ferme et des animaux de race. Quelqu'un trouvait qu'il coûtait cher. Un beau matin M. Tarte apprend que sa charge de trésorier a cessée. Du coup il fallut dire adieu carosse, ferme et troupeau : tout fut enlevé et Maître Tarte devint gros Jean comme devant. De là la rage de l'incorruptible Tarte et son retour au parti libéral. Mais les libéraux n'ont pas voulu le recevoir sans qu'il se fit le délateur de ses anciens amis, sans qu'il se fit informer ; rôle qu'il remplit honteusement

LAURIER vs TARTE. '

J'ai démontré ce que M. Tarte pensait, il n'y a pas bien des années encore, de son chef actuel M. Laurier.

Il ne sera pas sans intérêt maintenant de savoir l'opinion de M. Laurier sur les nouveaux convertis comme M. Tarte.

Voici ce que disait le chef libéra], au Club National le 21 mars 1884.

Nous qui sommes du parti libéral nous avons un privilège, un privilège qui peut être en même temps notre malheur. Comme l'a dit M. Préfoutaine, il y a un instant, n'est pas libéral qui veut. Horace disait de son temps : " Nascuntur poetie." Eh bien, moi je dis : On naît lib(?ral.

(Appl.) Celui qui n'a pas le privilège d'être libéral à sa uaissance, ne pourra jamais le devenir ; et celui qui n'étant pas né libéral^ le devient par la suite, manquera aux principes libéraux, et deviendra un traître et un renégat.

M, Laurier dans le même discours du 21 mai 1884 insulte les Canadiens-français. Voici ces paroles :

Si toute la population était composée de gens de la trempe des membres du Club National, nous serions indépendants à l'heure qu'il est, mais les hommes comme vous ne sont qu'une minorité dans le pays Si aujourd'hui, nous ne sommes pas indépendants, ai nous sommes encore viue colonie, la faute, si faute il y a, n'en est pas à la métropole, MAIS AU PEUPLE CANADIEN QUI, AYOUONS-LE, NE MERITE PAS SON INDÉPENDANCE.

Messieurs, avant d'arriver à l'indépendance, il faut apprendre au peuple de ce pays à être patriote, CAR JE N'HESITE PAS A DIRE QU'IL MANQUE DE PATRIOTISME. Je puis le dire en toute sûreté, parce que la réponse est inscrite en lettres manifestes, dans les bulletins de notre représentation.

Si nous avions notre indépendance qu'en ferions-nous ? Je crains que nous serions au rang de ces peuples qui mettent la chose publique bien au-dessous de leur intérêt privé. Je crains que nous descendrions au rang des peuples du Mexique, de Guatemala, de l'Amérique du Sud et de tant d'autres.

Oui, nous deviendrions sauvages, M. Laurier n'aime pas son pays, il faut que ce soit vrai puisque M. Tarte, son premier lieutenant nous l'a dit le 2 octobre 1877, dans son journal le Canadien :

" M. Laurier aimerait son pays s'il était voltairien ; ses compatriotes lui paraîtraient dignes de son respect s'ils étaient libres-penseurs. Il croît le Bas-Canada bien à plaindre, bien rétrograde bien arriéré parce que l'Eglise de *Rome y est prépondérante."

M. Laurier a tenu à Ottawa une grande convention, le 20 juin 1893. Il a profité de cette circonstance solennelle pour humilier les canadiens-français catholiques et les insulter. Il a choisi pour président. Sir Alex. Mowat, d'Ontario, et cinq vices présidents, MM. Fielding, Blair, Peters, Joly et Sifton un mangeur de catholiques et de canadiens, tous des protestants, M. Laurier n'a pas trouvé parmi les libéraux canadiensfrançais catholiques un seul qui fut digne d'occuper une place d'honneur. Non, en arrière les canadiens-français-catholiques, restez près de la porte, vous n'êtes pas dignes de vous asseoir au côté de l'infâme Sifton.

Eu septembre 1893, à St-Thomas d'Ontario, M. Laurier devaut uue assemblée publique disait :

" Je veux une confédération basée sur la race même, je veux une confédération qui embrasse toutes les nations de race anglo-saxonne. Je vois venir le jour ou s'uniront tous les hommes parlant la langue angleise. C'est la politique du parti libéral."

Oui, pour écraser les canadiens-frauçais.

Que ferez-Yous de nos compatriotes, M. Laurier ? des esclaves pour vos amis les anglais, je suppose. Plat courtisan !...

Je n'ai pas été étonné lorsque j'ai appris que M Laurier avait assisté un dimanche au service du soir à l'église méthodiste au Sault Ste-Marie, le 31 août dernier, mais j'ai été profondément humilié du scandale public qu'il a causé.

M. Laurier n'est pas catholique comme le Pape. Il a ses modèles. Il entre quelquefois à l'église, se tient près de la porte et regarde avec dédain ceux qu'il voit en avant de lui ; il les calomnie. Il est si bon, M. Laurier, qu'il a droit de juger son prochain.

Le 4 janvier dernier, à Québec, il a prononcé un grand discours et voici ses paroles rapportées par La Patrie :

Moi, je no me vante pas de ma religion, il m'arrive quelquefois cependant d'aller à l'église, et quand j'y vais, la seule chose que je puis dire en entrant, c'est de dire au Seigneur : " Pardonnez-moi pauvre pécheur." et si je lève les yeux j'aperçois sur les balustres presque sur les marche de l'autel, M. un tel et un tel que vous connaissez parfaitement et qui disent : " Je vous remercie mon Dieu de ce que je ne suis pas comme ce publicain là "

" En religion je suis de l'école de Montalembert et de Lacordaire. Voilà quels sont nos modèles et que nous soyions attaqués ou que nous soyions approuvés ; ces modèles nous les suivront sans crainte et sans reproche jusqu'au bout."

Le 21 mai 1884, dans son discours devant le Club National, M. Laurier à fait l'éloge de M. Papin, qui avait proposé au Parlement en 1855 d'établir des écoles communes. M. Laurier paraît encore partager la même opinion sur les écoles communes sans Dieu.

Le Canadien, du 26 mai 18*77 ne nous a-t-il pas dit :

M. Laurier appartient de franc cœur à l'école Laflamme-Doutre. Son idole c'est Papineau mort en refusant lu bénédiction d'un prêtre catholique.

L'Electeur dn 30 avril dernier, le principal organe du parti

libéral publiait à l'adresse de nos éyéques et du î)euple

les insultes gratuites qui suivent, et disait que les électeurs se vendent pour quelques sous dans les élections. Il s'agissait de la question des écoles.

Lo clergé, ayant toujours peur des rouges, sanctionnera la conduite des bleus qu'il reprouve. Pour la masse, appauvrie et ruinée par les taxes d'Ottawa et de Québec, elle ira encore se vendre pour quelques sous aux agents, dans chaque comté, des monopoleurs qui la plument jusqu'au sang et se gonflent de ses millions.

C'est humiliant que de s'avouer ces choses-là. Mais quel est l'honnête homme qui oserait se lever pour me contredire ?

Mais quand on voit des évêques consentir virtuellement à la fermeture des écoles catholiques plutôt que de voir un des nôtres arriver au pouvoir, que voulez- vous espérer ?

Les chefs libéraux ont le défaut de ne pas être clairvoyants et d"en donner eux-mêmes la preuve. C'est ainsi que vingtsix ans après l'établissement de la Confédération et vingt ans après la mort de Sir G-eorge, l'honorable M. Laurier dans son discours du 4 janvier dernier à Québec déclarait qu'il s'apercevait que la Confédération est une bonne chose, c|ue le père de la Confédération sir G-eorge Etienne Cartier était un grand patriote, qu'il partageait ses idées et qu'il abandonnait celles de son ancien chef sir A. A. Dorion. Ce n'est pas surprenant qu'il ne sache pas encore que les écoles au Manitoba sont protestantes ou neutres. Il n'y a que trois ans qu'elles sont établies.

Il en a été ainsi pour la construction du G-rand Tronc, de l'Intercolonial, du Pacific, de l'achat du Nord-Ouest à un prix au-dessous de cinq centins l'acre, du tarif protecteur, de l'établissement de l'industrie laitière, du creusage de nos canaux, et du progrès général du pays. Ce que tout le monde voit, sait et connaît, les chefs libéraux ne les voient, ne les savent et ne les connaissent que vingt ans après leur existance. Comment peuvent-ils conduire les affaires d'un pays ? Que peut-on attendre de tels hommes ?

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