‹ Compagnie du KasaiChapitre 11 sur 74 · graines · texte numérisé non relu

graines

Brisac rapporte qu’au poste de Bena-Makima, en mars 1907, 20,000 fruits I de Landolphia owariensis ont été achetés en quelques jours et que le i5 mars la i factorerie en recevait de Luebo 37,000 achetés aussi en trois ou quatre jours.

L’achat en si peu de temps d’un pareil nombre de fruits, dans une région

qui depuis très longtemps fournit une forte production de caoutchouc, est peut-être le meilleur argument à opposer à ceux qui prétendent que l’on épuise la forêt, au Kasai, en détruisant les lianes.

Le système radiculaire des Landolphia est très développé. Les jeunes plantes d’un an possèdent déjà des racines de plusieurs mètres de longueur et, contrairement à ce qui arrive chez les arbres, elles ne restent et ne se développent pas à proximité de l’axe initial mais s’en éloignent en parcourant de préférence la couche humifère superficielle.

Pour M. É. Luja, il semble qu’en mettant un engrais au pied de la liane il serait perdu, la zone d’absorption se trouvant aux bouts des longues racines, la partie souterraine directement en rapport avec l’axe principal, paraissant le plus souvent dépourvue de radicelles, qu’il faut aller chercher sur cette racine à une grande profondeur. Il ajoute: «On ne pourrait mettre de l’engrais qu’au pied même et je ne vois pas comment la plante pourrait en tirer profit sauf pendant la première année. »

Mais est-ce là toujours la manière dont se développent les lianes de Landolphia owariensisl Certaines données de M. A. Sapin ne semblent pas d’accord avec celles de M. Luja. En effet, en 1906, M. A. Sapin, a enlevé de terre, à Munungu un Landolphia owariensis de 4 1/2 ans, qui ne présentait pas une racine pivotante unique et des racines superficielles, mais bien une tige couchée avec, de distance en distance, des racines perpendiculaires descendant dans le sous-sol. Dans de telles conditions on pourrait admettre, théoriquement, l’utilité des engrais superficiels ; mais cet apport est-il pratique et même s’il peut l'être en pleine brousse africaine, quel sera l’amendement à fournir à cette liane non seulement pour favoriser sa croissance, mais pour augmenter si possible sa production en caoutchouc ?

Nous nous trouvons ici en plein inconnu ; aux agronomes des stations expérimentales à faire des efforts pour solutionner ces questions d’une très grande portée pratique.

La préparation du caoutchouc du Landolphia owariensis et son extraction par battage a fait l’objet des études des agents des Plantations Lacourt et de la Compagnie du Kasai et les résultats discordants, parfois à premier examen, montrent quand on les examine de plus près qu’il y a dans les conditions des expériences des différences telles qu’une concordance de résultats était impossible.

M. Luja a fait, en 1904, un essai qui lui a donné, pour le battage de jeunes tiges de la grosseur du doigt, un résultat nul.

La quantité de latex contenu dans l’écorce des jeunes lianes est « très minime », l’écorce elle-même n’étant épaisse que d’un millimètre. Il ajoute, et cela est exact, que le caoutchouc rouge du Kasai ne provient d’ailleurs

que des parties assez grosses des vieilles lianes, et que les nègres négligent toutes les parties jeunes, même les lianes ayant o'”o3 de diamètre, sous prétexte qu’ils n’en tirent presque rien.

Ce presque rien, ne serait-il pas suffisant pour rémunérer le travail ? Nous pensons que oui !

En 1906, des essais faits par M. Sapin donnèrent un résultat qui lui parut peu satisfaisant. Il s’adressa à de jeunes Landolphia owariensis de 2 ans. Il prit 17 kilos de lianes, soit 400 pièces, qu’il laissa se dessécher pendant quelques jours. Les tiges et les racines furent ensuite battues à fond et donnèrent une quantité insignifiante de produit. Cela amena M. Sapin à dire qu’il fallait envisager le procédé avec scepticisme ! Nous partageons son avis, quand il s’agit de jeunes lianes de 2 ans. Personne n’a jamais soutenu que des lianes de semis de 2 ans sont capables d’être exploitées par battage, pas plus qu’elles ne pourraient l’être par saignée.

Des résultats analogues ont été obtenus avec des lianes de plantation de 4 ans. Mais à Lutshima, dans la savane, loin des galeries, dans un terrain très sablonneux, M. A. Sapin a rencontré au milieu de grands palmiers des Landolphia {owariensis ou Gentilii)\tgés, disait-on, de 4 ans qui ont fourni :

Poids des tiges sèches .5 kil. 400 gr.

Poids des parties souterraines 600 gr.

Battage des parties aériennes (caoutchouc) ... o gr.

Battage des parties souterraines (caoutchouc) . . 20 gr.

On le voit par ces résultats le battage de trop jeunes lianes ne donne pas de rendement industriel.

De nombreux essais de ce genre, en modifiant les milieux de culture, devraient être faits dans les jardins d’essais, de façon à déterminer l’âge du rendement maximum en pour cent du poids.

M. A. Sapin est revenu récemment sur la question et a précisé^certains détails à la suite de nouvelles expériences faites au siège des Plantations Lacourt.

Essai de rendement d'un Landolphia genre owariensis âgé de 3 ans, dans les conditions normales de végétation (Plantations Lacourt).

Le poids de la plante entière et sèche : 2 kilogrammes 3oo grammes.

Le poids de la partie aérienne : 2 kilogrammes 102 grammes.

Le poids de la partie souterraine : 198 grammes.

La plante fraîche entière perd environ 35 p. c. de son poids par dessiccation.

Les parties aériennes d’une plante de cet âge ne donnent rien. Dans l’opération de cuisson et de battage, on remarque bien la formation de quelques grains, mais la quantité est insignifiante. Certaines de ces parties aériennes, telles les tiges principales, ont cependant la grosseur du pouce et plus. Mais elles ne sont pas aoûtées et leur écorce n’atteint pas l’épaisseur d’une feuille de papier. Par contre, les parties souterraines de ces jeunes plantes sont relativement riches.

Pour le poids de 198 grammes, ces lianes ont donné logrammes de caoutchouc sec, soit environ 5 p, c. de leur poids.

Le caoutchouc obtenu était de bonne qualité.

On ne peut donc songer à exploiter des lianes de 3 ans.

Il faut absolument attendre que les tiges, les parties aériennes soient bien aoûtées et en quantité suffisante. On pourra alors seulement soumettre ces lianes à des coupes réglées. Nous avons vu, dans nos notes antérieures, qu’il est inutile d’attendre pour la coupe réglée que les lianes aient atteint la grosseur du poignet, mais qu’au contraire les tiges de grosseur plus faible donnent en pour cent du poids un rendement plus fort, pourvu qu’elles soient bien aoûtées.

Il est difficile de déterminer exactement l’âge auquel on pourra effectuer la première fois les coupes réglées. On ne peut faire que des estimations, les plantations rationnelles de lianes n’existant que depuis trop peu d’années. Mais les rejets provenant de la première coupe s’aoûteront beaucoup plus vite que les premières tiges, car ils proviennent de souches déjà vieilles.

Pour l’exploitation des lianes de plantations par saignées, il faudrait attendre que les tiges aient la grosseur du poignet et plus sur une certaine longueur, ce qui demanderait une vie d’homme. De plus, rien ne prouve que les lianes pourront résister à des saignées répétées.

Ces assertions de M. Sapin sont appuyées sur les chiffres suivants :

Essais de rendement de vieilles lianes, genre Landolphia owariensis (Plantations Lacourt).

Poids des tronçons secs .

Poids du caoutchouc sec .

270 gr.

soit environ i p. c.

af"* Essai :

Tronçons de lianes de la grosseur du poignet et plus.

Poids des tronçons secs 53 kg.

Poids du caoutchouc sec 3oo gr

soit environ o.56 p. c.

3'"® Essai :

Tronçons de lianes de la grosseur du poignet et plus.

Poids des tronçons secs 48 kg.

Poids du caoutchouc sec 25o gr.

soit environ 0.52 p. c.

De nouveaux essais faits en décembre 1909, à la Kondue, ont donné à M. A. Sapin les rendements :

i«r Essai :

Lianes de la grosseur du poignet à celle du bras.

Poids des lianes sèches

Écorces 46 p. c.

Bois 54 p. c.

Caoutchouc sec obtenu de 74 kg. . .

soit environ i p. c.

2"’® Essai :

Poids des lianes sèches

Écorces 45 p. c.

Bois 55 p. c.

Caoutchouc obtenu de 52 kg. 5oo. . .

soit 0.82 p. c.

Comme des essais antérieurs, il résulte qu’en général les lianes de la grosseur du pouce donnent un rendement supérieur à celui des grosses lianes, pourvu qu’elles soient bien aoûtées.

Rappelons ici, à propos des procédés de battage, ceux que M. A. Sapin a préconisés et qu’il donne en deux catégories :

1° A froid (Sankuru), appliqué parfois aux lianes, contrairement aux

74 kg- 700 gr.

52 kg. 5oo.

430 gr.

instructions de l’État du Congo et qui pourrait être aussi appliqué aux caoutchoutiers des herbes; en pratique il n’est pas employé pour ce dernier ;

2° A chaud, appliqué surtout au caoutchouc d’herbes, mais qui pourrait être très avantageusement employé pour les lianes, si la loi le permettait.

Par la méthode à chaud on obtient beaucoup plus rapidement un caoutchouc pur que par la méthode à froid.

C’est cette méthode à chaud, que M. A Sapin a employée pour ses essais de rendements.

Landolphia Droogmansiana De Wildeman.

Cette liane est caractérisée, d’après les notes prises sur place, par ses jeunes rameaux à écorce blanchâtre, glabre, par ses fruits à enveloppe dure. Les indigènes connaissent fort bien son caractère, et quand ils désirent manger la pulpe comestible qui entoure les graines ils sont forcés d’employer le couteau, le fruit ne s’écrasant pas sous la pression des doigts comme celui du Landolphia owariensis.

Les indigènes qui extraient le caoutchouc par incision peuvent enlever les larmes des plaies le jour même de la saignée.

Dans la région des Bitchams, sur la route d’Illongonga à Kikwit, autour des villages situés en dehors de la galerie, M. A. Sapin a été frappé par la grande quantité et la belle venue des lianes à caoutchouc. Il y a rencontré toutes les lianes à fruits comestibles : Thibulu, Thibobobo, etc., qui y ont été apportées par les déjections des indigènes. A Ruwongue, on trouve autour de la case du chef toutes les lianes à fruits comestibles. Il y a vu un Landolphia à tronc de 40 centimètres seulement de hauteur, de la grosseur de la cuisse, d’où partaient des jets de la grosseur du poignet. Les palmiers raphias qui lui servaient de support avaient un tronc de 3 mètres de hauteur, c’est-à-dire du pied aux premières feuilles. Il n’a pu inciser cette liane à caoutchouc, car elle constituait un arbre fruitier du chef.

Landolphia Klainei Pierre.

Cette liane particulière se trouve, au point de vue de la culture, dans des conditions très semblables à celles qui régissent le bon développement du Landolphia owariensis.

Cette liane mérite surtout d’attirer l’attention par sa croissanee

vigoureuse et par la qualité du produit ; elle donne du latex en grande quantité.

Elle convient, d’après M. Éd. Luja, fort bien pour planter au pied des arbres qui subsistent pour donner de l’ombrage et aussi pour planter dans les endroits trop secs ou trop humides où les Funtumia ne viennent pas.

A la Kondue, une quinzaine d’hectares de plantations de ce Landolphta existaient en février 1909. M. A. Sapin a établi, à titre de comparaison avec le Landolphta owariensis^ l’essai rapporté ci-dessous ;

Essai de rendement d'un Landolphia Klainei âgé de 3 ans et végétant dans des conditions normales.

Poids de la plante entière et sèche.

. . 2 k. 240 gr.

Poids des parties aériennes . . . ,

. . I k. 58o gr.

Le poids des racines sèches ....

. . 660 gr.

Les parties aériennes ne renferment que des traces de caoutchouc.

Quant aux racines, elles nous ont donné 20 grammes de caoutchouc sec, soit environ 3 p. c. de leur poids.

On remarquera le grand développement des racines de Landolphia Klainei comparativement à celui des racines du Landolphia owariensis pour des lianes de même âge.

A côté des bonnes lianes à caoutchouc dont nous venons de parler il faut citer les lianes sans valeur au sujet desquelles les agents de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt ont fait des observations spéciales.

Landolphia florida Pal. Beauv.

Cette liane, une des plus répandues en Afrique tropicale, fut pendant longtemps considérée comme produisant du caoutchouc.

On s’imagina durant des années que les indigènes ne disaient pas la vérité quand ils affirmaient que cette espèce était sans valeur au point de vue caoutchoutifère.

La coagulation de son latex abondant donne une masse d’abord élastique, mais devenant rapidement dure et résineuse.

Cette belle liane des bords des eaux, à feuilles rosées à l’état jeune, à fleurs blanches, très nombreuses, formant de gros bouquets qui attirent forcément l’attention, parsème la galerie verte de belles taches blanches.

Landolphia robusta (Pierre) Stapf.

Cette plante est assez répandue, elle forme une liane très variable dont les feuilles peuvent atteindre i8 centimètres de long et 7.5 centimètres de large, elles sont plus ou moins acuminées au sommet, à acumen aigu.

Les vrilles sont longues, fortes et ramifiées; les fleurs, disposées à l’extrémité des ramifications d’une longue inflorescence, avortent pour la plupart.

Les fleurs, à l’état frais, sont blanches, à base du tube rosé, elles sont odorantes.

Les fruits, grosseur d’un citron, verts puis jaunes, sont comestibles, très recherchés par les indigènes. On trouve souvent la plante autour des villages, où elle est amenée par les excréments humains.

Dans le Kasai, cette plante porterait le nom de « Bolundu Mabe »; dans les environs de Madibi, M. A. Sapin a relevé le nom indigène de « Lukunatchima » ; d’après les notes qu’il a bien voulu nous communiquer, et qui complètent les renseignements rapportés par la mission Laurent, cette liane est très répandue dans la région du Kwilu et le serait également chez les Bangala.

Outre le nom indigène « Lukunatchima » (Kwilu), M. Sapin a relevé les dénominations ;

Thimpila (Lulua),

Ditolo (Lulua);

Thamondakasi (Lulua).

D’après le même observateur, cette liane peut posséder des tiges de la grosseur du bras. Les grosses lianes sont à écorce épaisse, d’un vert grisâtre, ferrugineuse extérieurement, rougeâtre intérieurement. Tiges, feuilles et fruits donnent du latex.

M. A. Sapin a recueilli le latex très abondant qui s’écoule des tiges et, a obtenu un coagulum au bout d’un jour â la température normale, plus rapidement â la chaleur. Ce coagulum desséché au bain de sable a donné une masse blanche, friable, soluble dans le chloroforme. Cette masse se ramollit par la mastication et devient plus cohérente et plus malléable. Elle est

inodore, insipide et se ramollit dans l’eau chaude ; chauffée vers 5o" elle est capable de recevoir et de conserver, par pression, les empreintes les plus fines; vers ioo° elle se change en une masse pâteuse qui peut être moulée. Mise dans une flamme, elle fume, brûle en se boursouffiant et en dégageant des vapeurs aromatiques. Elle est plus lourde que l’eau. La résistance électrique paraît très grande.

Ce produit pourrait avoir un certain intérêt au point de vue industriel, il mériterait, en tout cas, d’être étudié plus intimement.

Le fruit de cette liane n’a pas été décrit; dans une lettre adressée par M. A. Sapin à la Direction de la Compagnie du Kasai, nous trouvons la description suivante : Le fruit est jaune à maturité, de la grosseur d’une petite orange, à enveloppe charnue, molle ; il renferme un nombre variable de graines, entourées d'une pulpe jaunâtre. Les graines sont blanches, aplaties, cornées, d’un centimètre et demi environ de long.

Vahadenia Laurentii (DeWildeman) Staff.

Landolphia Laurentii De Wildeman.

Les Lulua dénomment la plante « Tchibobo m, M. Sapin décrit la plante comme suit : « Liane â vrilles, feuilles molles d’un vert foncé â la face supérieure, â pétiole engainant légèrement la tige.

» Écorce des jeunes tiges d’un vert noirâtre, striée longitudinalement, écorce des tiges plus âgées d’un gris jaunâtre à l’extérieur, rougeâtre â l’intérieur. Le bois est poreux, d’un jaune rougeâtre. Les fruits sont sphériques, lisses, verts avant maturité, à cinq sépales persistants et tachetés irrégulièrement de noir. La plante donne beaucoup de latex qui se coagule en une glu non utilisable comme caoutchouc.» D’après M. Jespersen le fruit mûr est d’un violet rougeâtre et de la grosseur d’une orange; le calice prend la même teinte; les noms indigènes sont : « Maleke, Loleka ».

D’après M. Flamigni, cette plante porte, chez les Basongo-Meno et les Bankutu, le nom de « Otankima-Tonkima ».

Clitandra.

CUtandra Arnoldiana De Wildeman.

Cette plante paraît très répandue dans la plupart des zones de notre Congo, Elle est particulièrement variable dans la forme de ses feuilles, surtout à l’état jeune. Tandis que les feuilles des rameaux adultes sont oblongues cunéiformes à la base et au sommet, celles de la jeune plante sont fréquemment très largement obovales, arrondies à la base et assez longuement acuminées au sommet.

Une plante d’un an est déjà ramifiée et mesure environ 3o à 40 centimètres au-dessus du sol. Comme chez les Landolphia Klainei et owariensis, le bourgeon dormant de la base de la paire inférieure des feuilles continue la croissance, pour se terminer, dans une plantule d’un an, par une vrille grêle, rameuse, qui atteint parfois plus de 70 centimètres de long.

Nous laissons encore de côté pour le moment l’importante question de savoir si Clitandra Arnoldiana est synonyme de Clitandra orientalis K. Schumann et de Clitandra elastica Chevalier.

Nous ne possédons pas d’échantillons authentiques de ces dernières espèces pour résoudre ce point. Nous le répétons, nous nous basons pour le maintien de notre espèce sur les données du professeur K. Schumann, à qui nous avions soumis nos échantillons typiques. Pour K. Schumann, la corolle du typique Clitandra orientalis serait fendue jusqu’à moitié; chez le Clitandra Arnoldiana les lobes sont toujours plus courts que le tube.

Ce Clitandra paraît porter dans la région du Kasai des noms très variés, ce qui dérive de sa répartition abondante, et peut-être aussi de ce que les indigènes, tout en connaissant fort bien la valeur de cette liane, ne tiennent pas à la travailler, car il est plus difficile d’en extraire le caoutchouc.

Le chef du secteur de Mukundji, M. J. d’Arippe, envoya en igog à la direction de la Compagnie du Kasai quelques notes intéressantes sur cette liane qui, dans sa région, était dénommée « Othohet » ou « Lotshobo ».

A cet envoi étaient joints des caoutchoucs tous de bonne qualité, mais se présentant sous des aspects différents.

Un des échantillons présentait le caoutchouc tel qu’il est préparé par l’indigène et cela de la même manière que le produit dénommé « Loanda II ». Mais pour obtenir un grand rendement avec cette essence, l’indigène a pris I l’habitude de passer les tronçons de lianes au-dessus de la flamme du foyer ! pour activer la circulation du latex. Ce procédé s’emploie seulement pour les ! lianes âgées, avec lesquelles l’écoulement par incision simple est très lent;

I le latex très fluide des jeunes lianes coule abondamment, il peut être j coagulé par projection dans de l’eau en ébullition, par évaporation, par écrémage et même par les acides végétaux, tels le jus de citron, mais ce dernier procédé donne un produit qui a des tendances au poissage et a I vilain aspect.

I M. A. Sapin a, dans ces derniers temps, soumis des lianes de cette espèce

à des essais de saignée, malheureusement il n’a pu déterminer l’âge des j lianes travaillées.

j Essais de rendement par saignées de vieilles lianes

j Clitandra Arnoldiana.

j Essai. — Liane de 22 centimètres de circonférence et d’une longueur

! de 21 mètres, saignée â fond deux jours de suite.

I Des incisions transversales ont été faites à 10 centimètres de distance

j faisant tout le tour de la liane, puis des incisions obliques ont réuni les I incisions transversales.

'I Largeur des incisions 1/2 centimètre environ.

! Le !«'■ jour on a fait les incisions transversales ; le 2® jour les incisions

t obliques.

I Rendement total.

25o grammes de caoutchouc humide blanc, après dessiccation iy5 grammes de caoutchouc noir à l’extérieur, mais encore blanchâtre â l’intérieur ; il faudrait un temps très long pour l’obtenir noir dans toute la masse.

i Marche de la dessiccation du caoutchouc noir bouilli.

Essai sur la plaque de caoutchouc bouilli ;

I I®’’ jour, poids de la plaque humide 25o grammes.

2® jour, » » » 220 »

3® jour, » » )) 2o5 »

5® jour, » J) « igS «

10® jour, » » » 175 ))

Après lo jours, une plaque isolée, de l’épaisseur ci-dessus, n’a plus perdu sensiblement de son poids, quoique à l’intérieur le caoutchouc fût encore blanc et légèrement humide. La partie extérieure sèche forme membrane imperméable et empêche l’intérieur de sécher.

Le caoutchouc bouilli exige une dessiccation beaucoup plus longue que le caoutchouc des herbes, car’ il n’est pas poreux comme celui-ci ; il doit être rapidement découpé pour faciliter la dessiccation et il est regrettable que l’indigène présente généralement ce caoutchouc, si difficile à sécher, sous forme de grosses boules (Eolo, etc.).

Les échantillons sur lesquels M. A. Sapin a fait ses observations ont été obtenus en versant le latex dans une grande quantité d’eau bouillante.

Essai. — Lianes de 26 mètres de longueur et d’une circonférence de 3r centimètres à la base, de 20 centimètres dans la partie moyenne et de i3 centimètres au sommet.

La liane était bifurquée jusque vers le milieu de sa longueur et a été incisée sur toute cette longueur comme dans le premier essai.

Rendement.

Le caoutchouc obtenu en plaques de 1/2 centimètre d’épaisseur pesait après 10 jours, 3qo grammes.

Il était noir à l’extérieur, mais encore blanchâtre à l’intérieur.

Il serait naturellement du plus haut intérêt de savoir si les blessures occasionnées par une telle saignée se cicatrisent, et en combien de temps, et si le rendement après un an de repos sera encore conséquent. Nous craignons fort, d’après les données acquises, que le repos d’un an ne rendra pas à la liane saignée de telle façon sa faculté productrice.

Il est en tous cas certain que cette liane a été peu exploitée au Kasai et que les forêts et les galeries forestières en renferment des quantités notables capables de produire encore beaucoup de caoutchouc.

M. A. Sapin s’est demandé, à la suite de certaines observations, si le changement de couleur du caoutchouc bouilli était dû à des agents physiques ou à des microorganismes. Nous avons vu, en effet, que le caoutchouc bouilli est blanc à l’état frais, et noircit petit à petit en desséchant, la partie intérieure restant longtemps blanche. Cela paraît indiquer une simple oxydation. Les microorganismes pourraient cependant jouer un certain rôle; en effet, les

plaques blanches, récemment préparées, qu’on place à l’ombre, dans le but de les sécher, ne tardent pas à se couvrir de petites taches rosées qui se multiplient et s’agrandissent de plus en plus. La plaque constitue ainsi un véritable champ de culture d’infiniment petits.

Clitandra robustior K. Schum.

Cette espèce paraît particulièrement variable dans la forme de ses feuilles et dans la grandeur des fleurs. Peut-être l'étude de nombreux matériaux complets, avec fleurs et fruits, permettrait-elle de morceler cette espèce et expliquerait-elle les avis différents émis sur sa valeur caoutchoutifère par divers observateurs.

Le Clitandra robustior (i) est caractérisé par ses fruits pouvant atteindre la grosseur d’un œuf de poule ; ils sont verts avant maturité et fixés à l’aisselle des feuilles par un petit pédoncule renflé. L’écorce est jaune fauve, parfois tachetée de vert, ridée, et à nombreuses lenticelles. Cette plante se rencontre un peu partout dans les marais boisés et elle est exploitée dès que les tiges atteignent la grosseur du doigt.

D’ailleurs, les noms indigènes appliqués à cette espèce dans la région du Kasai, par des natifs ou des gens du nord, ont amené des confusions qui sont loin d’être totalement élucidées.

Lorsqu’en 1906, M. A Sapin trouva au lac Foa, la plante que nous rapportons à cette espèce (nous n’en avons vu que les feuilles et les fruits), il la décrivit comme présentant des tiges de la grosseur du ponce et la signala comme peu répandue, il n’en observa alors qu’un seul pied. L’écorce des tiges, d’un jaune fauve et tachetée de vert, est d’un jaune rougeâtre à l’intérieur.

Les premiers noms indigènes signalés sont ; lonko (Bangala) et Bonkelele (Baluba).

La première liane observée par M. Sapin a donné, par incision comme par battage, un excellent caoutchouc; mais l’échantillon de produit préparé par l’un comme par l’autre des procédés a commencé à poisser au bout d’une quinzaine de jours. Ultérieurement de nouvelles notes parvenues à Bruxelles complétèrent ces premières indications. M. Sapin découvrit la même espèce plus répandue, surtout le long des cours d’eau et lui attribua les noms indigènes :

longo des Bangala.

Kaemhe des Lulua.

(i) É. De Wildeman, Plantes utiles et intéressantes du Congo, vol. II, p. 224.

Bonkelele des Baluba.

Kabamboi des environs de Luele.

Kaienibe et Kabulamungo des Bakweses,

Kitjinda des Pambala.

En séjournant à Tchiladi, en décembre 1906, M. Sapin put faire quelques autres observations sur le caoutchouc ordinaire de la région, livré généralement en boules. Il se présente sous forme d’un noyau blanc paraissant être obtenu par coagulation, entouré de lanières découpées dans une plaque de caoutchouc battu. Au moment de l’achat rien ne permet de déceler une altération, on remarque simplement la juxtaposition de deux produits différents. Au bout de quelques jours le noyau devenait poisseux, l’extérieur de la boule perdait son élasticité et devenait collant. En interrogeant les indigènes, M. A. Sapin parvint à savoir que le noyau de ces boules provenait de la liane Kaembe et l’extérieur du Landolphia owariensis, battu. S’étant fait apporter des rameaux feuillus de ce Kaembe, il s’aperçut que ce Kaembe n’était autre que le lonko des Bangala.

A ce propos, il nous sera permis d’ajouter qu’il est vraiment étrange de voir des Bangala appliquer un nom à une liane qui paraît ne pas exister dans leur région.

Ce Clitandra rohustior donne par incisions un latex épais qui se coagule très rapidement à l’air en emprisonnant le sérum et les matières organiques qu’il renferme, d’où la poisse. Pour l’obtention du caoutchouc, les indigènes coupent la liane en tronçons de 40 centimètres environ de long et recueillent les larmes qui viennent se coaguler spontanément aux deux bouts des tronçons. Ils ne font subir à ces larmes aucune préparation, ils n’opèrent pas la coction dans l’eau qui diminuerait l’effet néfaste des matières organiques, et empêcherait leur décomposition.

Les écorces sont ensuite détachées des tiges et battues soitpar la méthode ordinaire dite « des herbes », soit par voie humide ou coction aqueuse. Les plaques obtenues découpées en lanières servent à enrouler les larmes, non cuites, obtenues précédemment, de façon à présenter le tout sous forme de petites boules. On voit de suite par où pèche le procédé : on enferme le loup dans la bergerie I

Le rendement de cette liane est peu considérable. Par incision et coagulation, le rendement est faible, le travail est donc très long et ce premier résultat peu favorable avait fait conclure par M. Sapin ; On ne comprend guère pourquoi cette liane est exploitée par l’indigène.

Dans ses notes, M. A. Sapin insistait déjà sur la dénomination « Kaembe » qui, pour lui, se rapporte plutôt au caoutchouc qu’à la liane, et paraît être surtout un nom générique pour le caoutchouc devenant poisseux.

et il concluait — avec raison — qu’il y a lieu de distinguer, parmi les espèces de lianes désignées plus ou moins généralement sous le nom de Kaembe :

1° Le lonko de Kaembe de Tchitadi, qui est le Clüandra robustior;

2° Le vrai Kaiembe (Luli) ;

3° Le faux Kaiembe (Luli).

Ces deux dernières plantes sont encore très mal connues.

M. A. Sapin a continué l’étude de cette liane qu’il a rencontrée de plus en plus répandue et a même pu observer que, vu les mauvais résultats et le refus des acheteurs de la Compagnie de recevoir ce caoutchouc, beaucoup d’indigènes ont abandonné cette exploitation, mais ce n’est cependant pas le cas dans la région de Tchitadi. M. A. Sapin croit pouvoir affirmer, qu’au point de vue rendement, la liane est plus riche dans le Sud du Kwilu que dans les régions Lac Foa, Tschitadi, Kapuluinba, Tchimbunbang, mais il ne peut déterminer si cette différence est due à la saison ou au climat, nous ajouterons ou à une différence de race et peut-être même d’espèce.

Les résultats des essais par battage ont donné de i.5 à 2 p. c. Le procédé qui a le mieux réussi consiste :

1° A couper la liane en tronçons ;

2° A détacher le caoutchouc coagulé spontanément aux bouts des tronçons. Les larmes détachées, séparées les unes des autres, non agglomérées, sont soumises à une coction dans de l’eau pendant 3o minutes, puis elles sont agglomérées en une masse irrégulière. Si l’on ne soumet pas les larmes immédiatement à la coction, elles deviennent rapidement poisseuses ;

3° Les tronçons sont abandonnés pendant quelques jours, même lo jours, à l’ombre, de façon à obtenir la coagulation du latex dans les tissus, puis ils sont soumis à un battage.

Après le battage, la plaque de caoutchouc est soumise à une forte coction pour éviter tout poissage.

Le battage d’écorces fraîches ou passées au feu donne toujours de mauvais résultats, le caoutchouc devient poisseux, cela proviendrait du fait que le latex se prend rapidement, laissant dans sa masse une partie non coagulée qui est cause de l’altération ; le passage par l’eau chaude enlève toutes les matières fermentescibles et permet la conservation d.u produit.

D’autres essais de rendements ont été encore faits par battage; nous pouvons les résumer comme suit :

ig kilos de lianes ont donné 200 grammes de caoutchouc.

37 » de lianes moyennes 5jo » »

57 » de grosses lianes 25o w »

Ces chiffres indiquent donc ce que nous avons souligné déjà, qu’il y a une grosseur en rapport avec un rendement maxima et qu’il est inutile de traiter des lianes plus grosses et, par conséquent, de les laisser se développer.

Il est intéressant de noter que, suivant le mode de préparation, le caoutchouc est poisseux ou résistant : cela prouve une fois de plus l’importance des modes de fabrication du caoutchouc. D’après Jesperson, cette liane serait exploitée avec succès à Mona et à Belo par les Batetela ; à Mondombe elle serait inexploitée. D’après Lamboray, le latex coagulé par le suc de Costus donnerait un produit se conservant bien.

On peut conclure de ces données que ce caoutchoutier donne un caoutchouc qui, récemment préparé, présente toutes les qualités requises, mais qui a une forte tendance au poissage, ceci est dû à une coagulation imparfaite ou à un mélange de produits obtenus par divers modes de coagulation. On peut obvier à cet inconvénient :

I" En séparant les larmes (c’est-à-dire le caoutchouc coagulé spontanément au bout des tronçons de lianes coupées) du caoutchouc provenant des écorces battues. Ce sont ces larmes imparfaitement coagulées qui nécessitent un soin spécial, car elles poissent rapidement.

2° En soumettant à une coction très prolongée (i heure environ) dans l’eau bouillante les larmes séparées et le caoutchouc récemment battu.

Bien entendu, cette opération doit être faite avant . l’apparition de la poisse, immédiatement après la coagulation; il ne faut pas attendre que les matières albuminoïdes soient entrées en putréfaction;

3° En n’agglomérant pas les larmes en boules trop grosses et en façonnant le caoutchouc battu des écorces en plaques minces qui peuvent être découpées en lanières.

En n’entassant et en n’exposant pas le caoutchouc au soleil avant dessiccation et coagulation complètes.

Deux à trois mois de séchoir sont nécessaires.

Le caoutchouc ainsi préparé n’était pas poisseux, même après 6 mois de voyage, tandis que du caoutchouc dont la cuisson avait été incomplète était devenu poisseux après i5 jours.

Le Clitandra robustior est donc une liane très répandue dans la région du Kasai et, travaillée dans de bonnes conditions, elle est capable de fournir un assez fort rendement de bon caoutchouc.

Le procédé préconisé plus haut par M. Sapin est des plus à conseiller, il est certain que le passage de tout caoutchouc de liane par l’eau bouillante favorisera la conservation, par la destruction de tous les produits solubles, capables d’amener la putréfaction des diverses parties de la masse.

Clitandra Kàbulu De Wildeman.

Cette plante existe en grande abondance dans la région de Kapulumba ; elle est remarquable, comme nous l’avons dit ailleurs, par la grosseur et la forme de son fruit.

La coagulation de son latex donne un produit résineux, dur, non poisseux, qui n’a pas l’aspect du caoutchouc, et dont nous ne connaissons pas les propriétés. Il serait intéressant de faire à ce sujet quelques nouvelles recherches.

Au premier examen, M. A. Sapin avait considéré cette plante comme un Clitandra Lacourtiana De Wild., mais il s’est aperçu de son erreur quand il a trouvé les fruits; en effet, chez le Clitandra Lacourtiana les fruits sont relativement petits et à écorce lisse, comme nous l’avons figuré dans « Lianes caoutchoutifères de l’État Indépendant du Congo » et non fortement bosselés comme dans la plante qui nous occupe, encore imparfaitement connue.

Le Clitandra Kabulu est donc une liane de la grande catégorie des lianes à gommes plastiques qui trouveront probablement un jour leur emploi, lorsqu’elles seront mieux connues des industriels.

Clitandra Lacourtiana De Wildeman.

M. A. Sapin a réuni sur cette liane les renseignements suivants :

Liane munie de vrilles, écorce grisâtre extérieurement, brunâtre intérieurement, lisse, plus ou moins tachetée de gris verdâtre. Bois blanc. Feuilles à nervures saillantes, serrées. Fruit pyriforme, vert, tacheté, renfermant plusieurs graines. Latex abondant, mais donnant par coagulation une masse poisseuse, inutilisable dans les conditions actuelles comme caoutchouc. Elle est relativement répandue au lac Foa.

Quand nous avons décrit cette plante, nous n’en connaissions pas les fleurs; cela a fait croire à M. le D"" Stapf (conf. This.-Djer Fl. trop. Afr. IV, I, p. 596) que le Clitandra Lacourtiana devait être identique au Clitandra cirrhosa Radlk.

Les matériaux que nous avons obtenus nous permettent de séparer nettement le Clitandra Lacourtiana du Clitandra cirrhosa par la forme du fruit et par le caractère tiré de l’inflorescence, velue dans le Clitandra Lacourtiana^ glabre dans le Clitandra cirrhosa. Quant aux fleurs, celles de la dernière espèce sont beaucoup plus grandes, comme le fait voir la comparaison des

dimensions indiquées par la Flore d’Afrique tropicale et par notre description antérieure (i).

M. L. Pynaert, directeur du Jardin Botanique d’Eala, avait cru en cueillant cette plante pouvoir la rapprocher du Clitandra Arnoldiana et il la signalait comme produisant un bon caoutchouc. Le type a été considéré, d’après M. Sapin, comme une liane sans valeur, ainsi que nous venons de le rappeler, mais il y a lieu de noter que, pour la Mission Foureau, le Clitandra cirrhosa, très voisin, serait une bonne liane caoutchoutifère.

(i) É. DkWildeman. Mission Laursnt, vol. I, p, 5oi, II, pl. CLXIII.

Carpodinus.

Les Carpodinus,vo\sms àesLandolphiaet àesClitandr a, sont nombreux dans j la zone du Kasai, ils donnent souvent beaucoup de latex, malheureusement I sans grande valeur, du moins dans les conditions actuelles.

Carpodinus Eetveldeana De Wildeman (i).

Cette liane peut atteindre de grandes dimensions. Son fruit peut accu- j

ser la grosseur de la tête d’un enfant, il est vert puis jaune, à parois épaisses, !

charnues, à graines plus ou moins nombreuses, entourées d’une pulpe cornes- ;

tible.

La liane ne renferme pas beaucoup de latex, et ce latex ne donne, par aucune des méthodes de coagulation, une substance analogue au caoutchouc, mais bien une glu qui durcit assez rapidement à l’air.

La pulpe du fruit est très estimée par les noirs. .

IH

Carpodinus Gentilii De Wildeman (i).

Le « Bussinda ou Businda » est une liane très répandue dans les grandes F 1 1 galeries, dont le fruit d’abord vert puis jaune, bosselé, est très recherché par [ l’indigène. Le latex de cette plante est peu abondant et donne par coagulation dans l’eau bouillante une masse collante.

M. A. Sapin n’a pas essayé le battage des écorces. Ce procédé employé par la Continental Mexican Rubber (Toreon Mexique) donnerait, dit-on, 41/2 p. c. d’un beau caoutchouc sec.

L’étude du latex de cette plante demande à être reprise.

(i) É. De Wildeman et L. Gentil. Lian$s caoutchoutifires de l'État du Congo, pp. 107 et 99; cf. É. De Wildeman, Mission Laurent, I, p. 5o6.

Periploca.

Periploca nigrescens ou Kaiababa.

Parmi les lianes congolaises productrices de bon caoutchouc, en faible quantité, il en est une dont il a été récemment souvent question : le Periploca mgrescens Afzel. de la famille des Asclépiadacées (i).

Cette espèce a donné lieu à de longues discussions entre notre ami M. Aug. Chevalier, chef de Missions botaniques en Afrique occidentale française, et nous-même.

Le Periploca nigrescens est-il, oui ou non, une plante à caoutchouc ?

Dans une note que nous avons présentée à l’Académie des Sciences de Paris, le 20 février igo5, nous avons, pour la première fois, insisté sur la valeur de cette essence.

Nous faisions ressortir, dans cette première notice, que tout le caoutchouc de l’Afrique tropicale, dit de lianes, ne provenait pas, comme on l’avait cru jusqu’alors, de plantes de la famille des Apocynacées et nous signalions parmi les plantes productrices nouvelles le Baissea gracillima, qui paraît répandu dans certaines régions du Congo, et le Periploca nigrescens Afzel.

Pendant le courant de l’année 1904, nous avions reçu presque simultanément de la région du Kasai et du centre du Congo des éléments de ce Periploca.

Cette espèce est indiscutablement exploitée depuis des années ; le caoutchouc qu’elle fournit est noir et de bonne qualité ; nous en avons reçu des échantillons en même temps que des spécimens botaniques.

Cette liane est relativement peu développée; ses tiges acquièrent un

(i) Periploca nigrescens Guin. Med. Sp. nov. i (i825) p.; Cat. Welw. Afr. PI. I,p. 68i;

N. E. Brown in Thys.-Dyer¥\. trop. Afr.IV, I, p. 258; De Wili. Mission Ém. Laurent, I, p. 263, II, pl. LXXXVI et LXXXVI I, fig. 37 et 38.

Periploca Preussii K. Schum. in Enghr\Boi. Jahrb. XVII (1893) p. 117.

Periploca nigricans Schlechter Westafr. Kautschuk Exped. (1900), p. 3o8

diamètre de 3 centimètres environ et sont recouvertes d’une écorce écailleuse très caractéristique ; elle s’enlève par plaques d’épaisseur variable. Le latex existe dans la couche sous-corticale et dans la moelle; en brisant une tige ou une racine sèche, on peut étirer en nombreux filaments le caoutchouc coagulé dans l’écorce.

La preriiière indication relative à la valeur de cette plante nous avait été fournie, il y a déjà quelques années, par M. le major Cabra, qui l’avait rencontrée dans une de ses expéditions de délimitation de frontières.

Comme beaucoup d’Asclépiadacées, le Periploca donne dans ses fruits géminés un très grand nombre de graines. Ces fruits ont été confondus parfois par certains collecteurs avec ceux d’espèces du genre Strophantus, ce qui a fait dire à des voyageurs congolais qu’il existait au Congo des Strophantus à caoutchouc.

Le pouvoir germinatif de ces graines se conserve très longtemps ; il ne s’est guère altéré pendant le long voyage du Kasai à Bruxelles, et cela sans que l’on ait pris la moindre précaution.

Le bouturage donne également très rapidement de jeunes plantes en serre, au bout d’une dizaine de jours les boutures de tête sont enracinées et la plante décapitée pousse de nouveaux rejets à l’aisselle des feuilles, en dessous de la coupe.

Des fragments de tiges, déjà plus ou moins lignifiés, mis en terre soit verticalement, soit horizontalement, donnent, au bout d’une dizaine de jours, des bourgeons et des racines.

M. Chevalier a répondu dans le Journal d’ Agriculture tropicale, n° 49, juin igo5, qu’ayant porté son attention sur le latex de cette plante, comme sur celui de toutes les Apocynacées et Asclépiadacées qu’il avait rencontrées pendant ses longs voyages, il pouvait affirmer que ce Periploca n’avait aucune valeur au point de vue du caoutchouc.

La même opinion a êtê exprimée dans le Bulletin de la Société de Géographie commerciale de Paris, t. XXVIII, n°5, p. 3o3), l’auteur, le capitaine A. E. S., dans ses « notes sur la Haute-Côte d’ivoire » dit, après avoir parlé du Landolphia gumeensis : « Une autre liane nommée Saba (Periploca nigrescens) pousse à profusion; elle fournit un latex qui, à première vue, ressemble à celui de la liane « gohine » mais qui, avec les procédés de coagulation employés jusqu’à présent, n’a donné qu’un produit* poisseux et de mauvaise qualité. Il serait intéressant de procéder à des essais de coagulation différents, qui permettraient peut-être de tirer parti de cette plante au moment où la liane « gohine » disparaît de la Haute-Côte d’ivoire. »

M. Chevalier ajoutait ; « La racine tubérisée et lignifiée est fusiforme, allongée, plus ou moins ramifiée et atteint parfois la taille d’une betterave à

sucre. Si on la sectionne, on voit perler de l’écorce quelques gouttelettes blanches qui, entre les doigts, s’étirent en fils poisseux. Si on laisse sécher l’écorce et si on la brise, il est exact qu’on observe quelques filaments qui relient deux fragments, mais ils sont peu nombreux et peu élastiques. Dans la tige il y a très peu de latex, en faisant une coupure à la base de l’insertion d’une feuille, on en voit perler une gouttelette et c’est tout. »

M. Marcel Laurent, ayant lu dans le Journal à' Agriculture les quelques lignes que nous venons de reproduire, nous écrivait, le 21 octobre igo5 : « Le Periploca nigrescens donne à Eala un excellent caoutchouc La racine n’est pas renflée comme celle d’une betterave. »

(c Quant à la plante, ajoutait M. Aug. Chevalier, ce n’est pas une liane à proprement parler, mais une plante herbacée volubile vivant à la manière du liseron. La racine et la base des tiges sont les seules parties lignifiées, le reste de la plante est herbacé, s’enroule de droite à gauche ou rampe à la surface du sol quand il n’y a pas de support. Ces tiges volubiles s’élèvent à 3 ou 4 mètres, peut-être plus haut dans la grande forêt ; leur grosseur dépasse rarement celle d’un tuyau de plume d’oie. Elles sont du reste annuelles, se desséchant ou étant brûlées après l’hivernage. A l’arrivée des premières pluies, la base de la tige émet de nouvelles pousses qui ne contiennent en ce moment qu’un liquide aqueux.

» Reste à savoir si la plante que nous avons observée est le véritable Periploca nigrescens Afz. ; nous n’avons aucun doute à cet égard.

» D’abord, la Guinée Française confine au Sierra-Leone où Afzelius avait récolté des spécimens ayant servi à nommer la plante; les deux colonies appartiennent, d’ailleurs, à la même province géobotanique » et l’auteur ajoute : « D’autre part, la description que nous avons faite pour notre publication Sudania, d’après des spécimens vivants, est aussi identique que possible à celle qu’a publiée N.-E. Brown, dans la Flora oj tropical Africa (V, IV, p. 258). Cette description, le botaniste français la donne comme suit : La plante est entièrement glabre ; les feuilles sont oblongues ou lancéolées, longuement acuminées-aiguës, arrondies, subcordées ou subtronquées à la base ; le limbe, très variable, mesure o"’o6 à o'"2o de long sur o“o25 à o"^o75 de large. La corolle rotacée glabre est d’un blanc verdâtre extérieurement, et à l’intérieur d’un pourpre noirâtre avec des reflets veloutés et une marge blanchâtre de o'”ooi de largeur. Les étamines conniventes seulement par les anthères sont munies de longs poils blancs sur les filets et sur le dos des anthères; caractères qui concordent totalement avec ceux des plantes congolaises.

» Si les renseignements reçus de ses correspondants par M. É. De Wildeman ne sont pas erronés, dit M. Chevalier, il est possible que le Periploca

des régions forestières de l’Afrique soit différent du Periploca nigrescens Afz. C’est ce que nous rechercherons dans quelques semaines à la Côte d’ivoire ou au Cameroun. »

Dans le n° 5o du journal de Vilbouchevitch, nous sommes revenu sur la question et nous disions : « Nous prétendons, jusqu’à l’obtention de preuves plus convaincantes que celles fournies par M. Chevalier, que le Periploca nigrescens du Congo, qui, par tous ses caractères, est bien le Periploca nigrescens Afz. {= Periploca Preussii K. Schum.), fournit un latex exploitable, ou du moins qu’il est possible d’extraire de son écorce une quantité de caoutchouc suffisante pour mériter une exploitation. »

Nous avions antérieurement dit à propos de cette espèce : « L’exploitation de cette liane n’est possible que par coupe réglée, comme cela a été préconisé pour d’autres lianes. » Et nous ajoutions : « Ce mode d’exploitation nous paraît d’ailleurs être le mode de l’avenir. »

Nous sommes de plus en plus pénétré de cette idée qui, d’ailleurs, fait journellement du chemin et qui sera sûrement adoptée par tous les États coloniaux quand on aura vu les grandes difficultés inhérentes à la saignée, que beaucoup préconisent encore.

Dans un de nos articles sur cette plante, nous donnions, en guise de conclusion : « Le Periploca nigrescens repousse très facilement du pied ; il peut se multiplier par boutures et, d’après certaines indications, deux ans après la coupe, les nouveaux sujets pourraient être exploités à leur tour. Ce serait donc une plante très favorable pour la culture en vue de l’exploitation par extraction mécanique du caoutchouc contenu dans l’écorce. » A cette conclusion M. Chevalier répondait, comme nous le rappelons plus haut, en signalant la possibilité d’une différence spécifique entre la plante recueillie par lui et celle étudiée par nous, et il ajoutait : « Notre conviction est que le colon irait à une déception en cultivant le Periploca pour en retirer du caoutchouc. » Nous n’affirmons pas que la culture de cette espèce soit rémunératrice, mais, comme elle est très facile, comme la plante se reproduit aisément par semis et par boutures, soit d’extrémités, soit de fragments de rameaux semilignifiés, des expériences mériteraient d’être installées, d’autant plus que, d’après certains dires, des tiges de deux ans pourraient déjà être traitées par battage.

Les échantillons sur lesquels s’appuie M. Chevalier; sont spécifiquement identiques à ceux conservés au Jardin Botanique de Bruxelles; mais dans nos échantillons, qui sans doute n’ont pas subi l’action des feux de brousses, les tiges sont beaucoup plus développées. M. Chevalier décrit la racine comme tubérisée, lignifiée, fusiforme, plus ou moins ramifiée et atteignant la taille d’une betterave sucrière ; nous n’en avons pas eu entre les

mains, mais nous avons rapporté à ce sujet l’opinion de M. Marcel Laurent qui nous les signale, dans une autre lettre, comme très longues et d’environ un centimètre d’épaisseur pour les plus belles. Il est possible que, par suite de la destruction régulière de la partie aérienne, les plantes observées par M. Chevalier aient acquis une racine plus développée dans laquelle se concentrent les éléments destinés aux repousses.

Nous admettons bien volontiers que le Periploca ne puisse être considéré comme une vraie liane, mais nous ne pouvons admettre que cette plante ne donne, dans les conditions ordinaires de sa végétation, que des tiges de l’épaisseur du tuyau d’une plume d’oie et herbacées. Nous le répétons, nous avons reçu du Kasai des tiges qui mesurent près de quatre centimètres de diamètre et qui sont très fortement lignifiées. Ces plantes s’étaient certainement développées à l’abri des feux de brousse, il est probable que ces feux ont une action sur la vie de la plante, aussi n’est-ce pas dans des régions où l’on incendie régulièrement les herbes que nous voyons les indigènes congolais exploiter le Periploca et en obtenir un excellent caoutchouc noir.

Des échantillons de caoutchouc obtenus par le blanc, assez mal préparés, avaient été taxés à Anvers, il y a plusieurs années, à fr. y.So le kilo; des échantillons plus récents auraient donné à l’analyse :

Caoutchouc pur 88.82 p. c.

Eau 0.77 »

Résidu fixe 1.64 »

Azote (albuminoïdes) 0.98 »

Résines 8.45 »

Rappelons également que des rapports reçus du Congo taxent l’àge des

lianes productrices à deux ou trois ans. La coagulation s’opérerait, dans le Congo central, en plaçant dans un récipient du jus de citron ou un autre coagulant auquel on ajouterait le latex ; le coagulum formé est exprimé. Il est probable que l’eau bouillante seule, et peut-être le simple écrémage, donnerait un meilleur résultat.

On a fait au Kasai, en terrains dénudés, des semis de cette liane; ils seront intéressants à suivre.

Ces données, déjà en partie publiées, ont été rediscutées par M. Chevalier, qui conclut : « En tant que plante à caoutchouc, il est impossible qu’elle soit exploitée. » M. Chevalier a eu, nous dit-il, des tiges à différentes époques de végétation ; cependant, il ne semble pas en avoir vu de l’épaisseur de celles que nous avons figurées et il ajoute : « Du reste, il est certain que si cette plante était caoutchoutifère, elle serait connue comme telle et exploitée

depuis longtemps. » Cet argument n’est pas convaincant, bien peu de voyageurs ont eu l’occasion de suivre des collecteurs de caoutchouc et de déterminer ainsi avec précision les essences laticifères utiles; nous sommes persuadé que dans ce domaine il reste beaucoup à découvrir.

L’argument suivant, présenté par M. Chevalier, peut-il avoir de la valeur? « De plus, elle a été récoltée par M. Schlechter au Congo et ce botaniste, qui s’est occupé tout spécialement de l’étude des Asclépiadacées, n’aurait pas manqué de signaler une propriété aussi précieuse que celle de fournir du caoutchouc. » Il est probable que M. Schlechter, qui n’a pas visité les grandes forêts du Congo central, n’a observé que de jeunes rameaux et n’a, par conséquent, pu songer à la valeur économique de cette plante.

Tous les échantillons que nous avons vus dans l’herbier de Berlin proviennent de ramuscules dans lesquels il ne pourrait guère se trouver que quelques filaments de caoutchouc, en quantité donc non comparable avec celle des échantillons de tiges dont l’écorce a atteint une épaisseur relativement considérable.

Ém. Laurent pas plus que M. Marcel Laurent n’avait remarqué la propriété de cette plante, ils avaient passé à côté d’elle comme M, Schlechter.

Dans la région du Kasai cette plante se rencontre dans un grand nombre de villages à l’état isolé, près des cases, et protège souvent un fétiche ou une sépulture. Elle porterait au Kwilu le nom de « Kaiababa » et chez les Bangala celui de « Ludiki ».

« Cette plante volubile est inconnue, dit M. Sapin, comme plante caoutchoutifère, des indigènes du Kwilu et de ceux du pays Bangala ; mais ils s’en servent pour empoisonner leurs flèches. A cet effet, ils font bouillir les écorces dans l’eau après battage; le liquide brun obtenu est évaporé à consistance d’extrait. Cet extrait sert à enduire les pointes des flèches.

» La plante, excessivement répandue, surtout dans la broussaille qui se forme sur l’emplacement des villages abandonnés, se rencontre sous forme de liane, dont les tiges peuvent atteindre lo mètres de long et souvent davantage, sur <9 centimètres de diamètre. La partie extérieure de l’écorce est rugueuse et s’exfolie; le bois est poreux; la partie interne de l’écorce et la partie médullaire centrale laissent écouler un latex blanc rosé. »

Pour obtenir le latex en vue de préparer du caoutchouc, on ne pourrait utiliser, d’après M. Sapin, que les tiges ayant au moins la grosseur du pouce. Le battage ne donnerait rien, les incisions très peu de latex.

M. Sapin ajoute : « Le procédé qui nous a le mieux réussi consiste à couper les tiges en tronçons de 3o centimètres et à recueillir le latex qui s’écoule par les deux bouts ; ce latex est additionné d’une à deux fois son volume d’eau et soumis à l’ébullition. Le caoutchouc coagulé surnage, on le

rassemble et on le façonne en boules, en ayant soin d’éliminer le plus de sérum possible.

» C’est par caravane que les indigènes m’apportent des bottes de ces tiges, que je suis forcé de refuser. Je leur ai montré comment ils pourraient en tirer parti. »

Nous avons entre les mains des échantillons de caoutchouc obtenus par ce procédé, ce sont des boules noires, sans trace de poissage ni stickage, d’une très grande élasticité.

Le rendement est faible : 3oo à 35o grammes pour loo kilos de lianes fraîches, soit o.35 p. c.

Nous le répétons, nous nous trouvons ici en présence d’une liane, ou d’une plante volubile, à caoutchouc, qui ne peut être traitée par la saignée et à laquelle les réglementations édictées par le Gouvernement et l’État du Congo ne pouvaient être appliquées.

Quant à l’assertion de M. Sapin, tendant à faire conclure que le battage ne peut être opéré avec le moindre succès, nous voudrions voir refaire quelques expériences en traitant la liane après mortification et séchage; peut-être alors ce procédé mécanique, qui est pour nous un des procédés d’extraction du plus grand avenir, donnerait-il des résultats supérieurs à celui du tronçonnage des tiges qui laisse indiscutablement perdre du latex dans les tissus, les 3oo grammes étant loin de représenter la quantité de caoutchouc existant réellement dans les loo kilos de tiges.

D’ailleurs, dans un autre rapport envoyé par M. Sapin, celui-ci fait ressortir qu’il est probable que l’on obtiendrait un rendement supérieur à celui de 0.35 p. c. en employant le procédé de battage un peu plus compliqué qu’il a signalé pour les lianes et plantes herbacées, relativement pauvres en latex.

Malgré les objections de M. Chevalier, et après avoir vu les échantillons sur lesquels il se base, nous soutenons toujours nos premières conclusions ; s’il est permis de traiter la plante d’après les méthodes employées pour les caoutchoutiers des herbes, il sera intéressant et même utile de faire une série d’essais de culture.

Nous sommes également persuadé que l’exploitation de ces plantes a été faite et se fait encore.

Nous recevrons néanmoins avec plaisir tous les renseignements nouveaux que l’on voudra nous envoyer; ils apporteront toujours quelque lumière sur cette question controversée.

Mais il ne faudrait pas confondre le Kaiababa, dont les fruits ressemblent assez vaguement à ceux du Funtumia, avec la liane dénommée « Kibenteri », une autre Asclépiadacée dont les éléments botaniques trop incomplets ne nous ont pas permis la détermination.

Baissea.

Baissea gracillima (K. Schum.) Hua.

Ce Baissea a été étudié à diverses reprises par des agents de la Compagnie du Kasai.

Cette liane signalée au Cameroun et au Congo français (Loudima et Mayombe) n’avait pas, avant sa découverte par Brisac, été indiquée dans le domaine de notre Congo, où elle est désignée sous les noms : « Eté », centre du Congo, « Budimba » (Baluba), « Olembo » (Batetela et Bakuba), Lobuna (Kasai), bien que ce dernier nom ait été mis en doute; M. A. Sapin signale également le nom indigène « Dundu Mutoke ».

Elle peut atteindre 3o à qS mètres de hauteur et partout où la tige touche le sol elle émet des racines, ce qui est important au point de vue de la reproduction de l’espèce. L’écorce est irrégulière, fragile à l’état jeune, les tiges sont pubescentes. Le Baissea gracillima possède de petites fleurs disposées en cymes subombelliformes, réunies à l’extrémité des ramifications en grandes panicules terminales. A la face inférieure des feuilles, les nervures sont velues et des poils plus abondants, plus allongés et brunâtres forment à l’intersection de la nervure médiane et des nervures latérales, des acarodomaties très nettes; ce caractère, facile à observer, avait particulièrement frappé M. Brisac. Aux fleurs succède un fruit allongé, subcylindrique, plus ou moins contracté de distance en distance, et atteignant jusque q5 centimètres de long; les graines, comme beaucoup de celles des plantes de la famille des Asclépiadacées, sont terminées par un pinceau de soies.

Le latex qui s’écoule des plaies faites à la liane est assez abondant ; le caoutchouc, lors de sa préparation, est blanchâtre, mais il devient assez rapidement noir.

L’agronome Brisac a pu recueillir, sur une liane de i6 centimètres de circonférence, de 8o â go grammes de caoutchouc, et il aurait pu en obtenir par simple coagulation sur la plaie, plus du double, même 200 grammes, s’il n’avait désiré ménager la plante et la conserver comme porte-graines. Il

estime que cette liane donne plus que des Landoiphia, même de diamètre plus considérable.

Les renseignements communiqués par M. Sapin à M.V. Lacourt, Directeur général de la Compagnie du Kasai, sont encore plus précis.

Cette liane est inconnue, dit M. Sapin, comme plante caoutchoutifère, soit des Bangala, soit des indigènes du Sankuru (Munungu) : c’est pour ces derniers une « Songa tchanana », propre à rien. Les Bangala prépareraient avec le latex de cette plante une glu pour attraper les oiseaux, il suffit pour cela de faire bouillir le latex.

Nous devons faire certaines réserves quant au nom indigène, car les Bangala transportés au Sankuru ont pu se tromper sur le nom à appliquer à une plante qui ne semble pas appartenir à la flore de leur région, d’autant plus que, sous le nom de « Lobunu », très analogue à Lobuna, équivalant à Ubudinu (Kwilu), nous avons reçu de M. Sapin une plante très différente du Baissea. M. Sapin faisait d’ailleurs observer que la description des fruits du « Lobunu » du Sankuru, ne se rapportait pas à ceux de cette liane.

Ce Baissea possède des tiges atteignant la grosseur du poignet, l’écorce est, sur les grosses branches, irrégulièrement crevassée, ridée et fendillée longitudinalement, sur les jeunes rameaux peu résistante, friable. Elle est extérieurement d’un jaune-brunâtre à l’état frais et tachetée de vert; à l’intérieur, elle est rougeâtre, le bois est blanc. Les feuilles atteignent i5 centimètres de long et 4.5 centimètres de large.

Cette liane est très répandue dans les environs de Munungu, elle n’a pas été rencontrée dans la région de Tchitadi, Luluabourg, Kapalumba, etc., et elle donne par incision un latex qui se coagule spontanément sur la plaie. M. Sapin avait rassemblé 35o kilos de tronçons de lianes de la grosseur du poignet, et de 4 â 5 mètres de long. Ces tronçons ont été incisés tous les

10 centimètres et le latex a été recueilli dans des récipients contenant un peu d’eau, afin d’éviter une coagulation trop rapide en masse.

Le latex resté sur les plaies et coagulé spontanément â l’air a été recueilli. Les lianes, privées par saignée de la plus grande partie de leur latex, ont ensuite été débitées en fragments de 38 centimètres de long, et on a recueilli le liquide très aqueux qui s’écoulait ; ce liquide a été soumis à l’ébullition et a donné une quantité de caoutchouc plus faible que celle coagulée spontanément sur les plaies.

Le caoutchouc obtenu par ces diverses opérations est noirâtre et de bonne qualité, il a été obtenu le i3 septembre igo6, et actuellement, en 1907,

11 est encore élastique, assez nerveux.

Quant au rendement, les 35o kilos de Lobuna ont produit i kil. zSo gr. de caoutchouc, ce qui est un rendement conséquent, car 2S kilos de Clitandra

Arnoldiana De Wild. ont produit, traités de la même façon, 120 grammes de caoutchouc, ce qui ferait pour 35o kilos = i kil. 680 gr.

Le caoutchouc de Clitandra est, il est vrai, un peu plus nerveux que celui de Lobuna.

Les lianes traitées dans les deux cas était comparables au point de vue du développement des tiges; malheureusement, on ne possède aucune indication sur l’âge de ces tiges, ni sur la repousse des sujets auxquels on les avait enlevées. Ce sont là deux questions très importantes; il faudrait tâcher de les résoudre pour connaître la valeur culturale de cette essence.

Dans les conditions actuelles, il nous paraît indiscutable que le Baissea mérite d’être exploité par saignées, pour l’obtention d’un caoutchouc commercial.

Caoutchoutiers des Herbes

Landolphia Thollonii Dewèvre.

(Planche VI.)

Le Landolphia Thollonii Dewèvre est principalement constitué, comme l’ont démontré divers collecteurs, par ;

1° Une partie aérienne herbacée;

2° Une tige souterraine ou rhizome ligneux, atteignant généralement l’épaisseur du pouce ;

3° Cette tige porte de distance en distance des racines verticales, molles, flexibles, moins épaisses qu’un crayon ;

4° Un pivot central pouvant pénétrer profondément dans le sol.

Les parties aériennes ont été souvent décrites et nous avons rappelé ailleurs les caractères dans la description botanique de la plante (i). Mais il ne sera pas sans nécessité de citer ici certaines indications fournies par Ém. Laurent, durant un de ses voyages en Afrique, il sera d’ailleurs intéressant de mettre en parallèle certaines de ces donnés avec celles fournies par les agents de la Compagnie du Kasai.

Le Landolphia Thollonii forme des colonies très clairsemées de tiges courtes, de i5 à 3o centimètres au-dessus de la surface du sol, et provenant de la ramification des axes souterrains attachés aux rhizomes horizontaux. Ém. Laurent rapporte que, d’après M. G. Renard, le système souterrain est extraordinairement développé. Il y a un axe principal qui s’enfonce à i>^5o et même jusqu’à 3 mètres de profondeur.

La grosseur de cet axe principal atteint 4 à 5 centimètres à l’endroit d’où partent les premières ramifications, situées à environ 5o à 60 centimètres de profondeur.

Ces ramifications sont courtes, plus ou moins obliques, assez grosses, et constituent une souche souterraine, où s’attachent les rhizomes qui

(i) Nous avons indiqué en détails les caractères de cette plante dans notre étude sur les lianes caoutchoutifères de l’État Indépendant du Congo, Bruxelles 1904.

Planche VI,

Planche VII.

RENTRÉE d’une CAR.AVANE AVEC CAOUTCHOUC ET 1>]

courent à i5-20 centimètres de la surface du sol et qui constituent les matériaux exploités par les indigènes.

Ces rhizomes ont de quelques millimètres à i5 millimètres de diamètre, s’entrecroisent dans tous les sens, au point de constituer une sorte de trame à très larges mailles sous le niveau de la plaine.

L’écorce des rhizomes est brun-noirâtre et a jusque 2 millimètres d’épaisseur sur les plus gros échantillons. Frais, les axes sont coriaces et laissent, aux blessures, suinter du latex qui se coagule rapidement en gouttelettes blanchâtres ; celles-ci s’agglomèrent facilement comme le caoutchouc rouge du Kasai.

Desséchés, les rhizomes restent coriaces, grâce â l’élasticité des fibres ligneuses du cylindre central, mais, quand on les plie, les écorces se brisent facilement par des déchirures transversales. On voit alors apparaître de très fins filaments de couleur argentée qui relient les lambeaux voisins (pl.VI fig. D.)

C’est un caoutchouc d’une grande pureté. On peut, avec les doigts, enlever des paquets de filaments, les enrouler sur eux-mêmes et obtenir ainsi des cordelettes blanches d’un caoutchouc très élastique. Les vaisseaux laticifères occupent, sur une coupe transversale, la partie de l’écorce la plus rapprochée du bois. Il y en a aussi dans la moelle.

Tel est l’appareil souterrain du Landolphia Thollonii. Quant à la partie aérienne (pl.VI, fig. A.), elle est réduite à des rameaux grêles insérés sur un axe vertical de 2 â 3 millimètres de diamètre, issu des dernières ramifications de rhizomes, sur lesquelles on aperçoit nettement de légers étranglements qui correspondent aux nœuds. Les petites touffes, qui émergent ainsi du sol, ont tout au plus 3o centimètres de. hauteur, ne sont jamais serrées les unes contre les autres, mais croissent çà et lâ à des distances parfois considérables, souvent réduites à 20 ou 3o centimètres. Dans ce dernier cas, on a de véritables colonies qu’envahissent cependant d’autres espèces.

Déjà Ém. Laurent avait signalé la fréquence des fleurs et la rareté des fruits, la plupart avortent ou sont attaqués, au dire de M. A. Sapin également, par un insecte spécial qui n’a pu être encore étudié.

Les tiges souterraines sont entourées d’une véritable « mousse de radicelles », chevelu provenant de Therbe si répandue dans les steppes, où elle croît en touffes.

Cette mousse de radicelles joue, de l’avis de M. Sapin, un très grand rôle dans le développement de la plante. Elle constitue un véritable feutrage, toujours humide, qui met la tige souterraine en relation avec l’air extérieur et la garantit contre les feux de brousse.

— Sa-

li y aurait lieu de tenir compte de la présence de ce chevelu de radicelles dans les essais de multiplication de la plante. Des essais de multiplication ont été faits avec de très jeunes rhizomes encore jaunes, non lignifiés, sans les découper en trop petits tronçons.

Peut-être les insuccès passés de la culture étaient-ils dus à l’emploi de rhizomes lignifiés, sans tenir compte de la mousse de radicelles. Dans les conditions ordinaires, les jeunes rhizomes non lignifiés ne résistent pas à l’arrachage. Ce chevelu entourant les racines est pour l’indigène le « Banga », c’est-à-dire la médecine, le fétiche ou le protecteur de la plante.

Les racines verticales sont, pour M. A. Sapin, les parties essentielles, il les a trouvées ayant jusque 2 mètres de long, tout en restant molles et flexibles, et ne dépassant pas en épaisseur celle d’un crayon. Il semble, que ce soit cette racine verticale qu’il faut chercher à multiplier. Peut-être y arrivera-t-on en modifiant sa position première verticale et en la plaçant horizontalement en pépinière dans de la mousse de radicelles.

Il se pourrait qu’il y ait dans ce cas formation de nombreuses autres racines verticales. D’où, multiplication des souches.

C’est cette racine verticale que respecte inconsciemment le noir dans la récolte des rhizomes. C’est elle qui empêche les steppes de s’épuiser définitivement. Mais, outre ces racines minces que nous avons reçues souvent de la Direction générale de la Compagnie du Kasai, Ém. Laurent a pu extraire du sol une racine pivotante, conséquente, qui doit avoir une plus grande importance encore pour la conservation de la plante dans la brousse africaine.

Il sera utile de rappeler ici certaines données d’un explorateur botaniste français, M. A. Baudon, relativement à la région où cette espèce se rencontre; il est en bien des points d’accord avec M. A. Sapin.

« Tout en étant l’habitat exclusif de l’espèce, tous les terrains sablonneux ne lui conviennent pas, car on trouve de vastes espaces où il n’y a que du sable et où manque le Landolphia k rhizomes. Pourquoi? nous l’ignorons. La composition du sol n’est-elle pas propice, ou bien le peuplement n’a-t-il pu se faire parce que les graines ne peuvent se transporter sans le secours d’un intermédiaire? Cette dernière hypothèse paraîtrait la plus simple et pourtant elle est discutable. Nous avons remarqué, en effet, que la végétation des endroits où existe le Landolphia Thollonii, diffère de celle des autres terrains sablonneux, où il ne pousse pas; ce sont, dans tous les cas, des graminées, mais d’espèces différentes. Là où se trouve le Landolphia, ces graminées sont plus clairsemées, la végétation est moins dense et il n’y a que peu ou point d’arbustes; aussi, à première vue, peut-on dire si l’on a des chances de trouver des rhizomes.

» Tantôt, dans ces parties, il croît au milieu d’autres plantes à rhizomes,

tantôt il est seul, mais il se rencontre plus souvent avec Carpodinus lanceolata qu’avec Landolphia humilis, les deux autres espèces qui, avec son concours, peuplent la région des savanes. Il semblerait donc résulter de ce fait que les terrains sablonneux que l’on rencontre seraient semblables seulement en apparence et que, leur composition chimique différant, la plante peut se développer dans certains d’entre eux et ne vit pas dans d’autres. Nous avons remarqué aussi que sa fréquence, ou plutôt son abondance en un même point diffère encore suivant l’aspect du sable : plus il est blanc plus on trouve de rhizomes. Si, traversant une plaine, ou escaladant une colline, ils trouvent, en des replis de terrains, des dépôts de sable très blanc, les indigènes sont en ces endroits assurés d’une ample récolte. L’altitude ne paraît pas, d’ailleurs, avoir d’influence sur la répartition de la plante, ou tout au moins celle que l’on rencontre dans la région des savanes ; car, que ce soit dans les plaines ou sur les collines élevées et nues qui bordent la rivière Djoue, sa fréquence est la même. Contrairement à ce qui a été dit, le Landolphia Thollonii ne pousse pas dans les terrains humides; au contraire, il se plaît dans ceux qui sont secs, et la meilleure preuve en est dans sa fréquence sur des collines où il y a absence complète d’eau.

» Durant la période de végétation qui a lieu à la saison des pluies, l’eau abonde, les précipitations étant fréquentes, et la plante n’en manque pas; en saison sèche, les parties aériennes ayant été détruites par les feux de brousse, elle passe à un état de vie ralentie et exige de ce fait moins d’humidité. Du reste, pendant cette période, s’il ne pleut pas, il n’en existe pas moins des rosées abondantes la nuit, et l’air chargé d’humidité peut suffire à maintenir la végétation, d’autant plus que le soleil ne se montre pas et que la température est relativement peu élevée. »

Quelles sont les raisons qui empêchent le Landolphia Thollonii de se développer en dehors des plaines sablonneuses? Une indication de M. A. ‘Sapin, corroborée par des renseignements que nous a fournis le colonel Chaltin, Directeur en Afrique de la Compagnie, en fait voir une.

« Dans mes notes antérieures, dit M. Sapin, j’ai souvent lait remarquer que le vrai caoutchouc des herbes ou Landolphia Thollonii, n’existait pas dans les terrains à termitières, c’est-à-dire dans les terrains argilo-sablonneux. Je ne pouvais alors m’en expliquer exactement le motif. Il résulte d’observations récentes faites à la ferme de Dima, sur des plantations importées des steppes du Haut-Kwilu, que c’est précisément à cause des termites que le Landolphia Thollonii ne peut croître dans ces terrains argilo-sablonneux.

» Si les jeunes rhizomes peuvent, en raison des pluies, résister aux attaques des termites (plusieurs personnes ont vu ces jeunes pousses en pleine végétation), il n’en est pas de même lorsqu’ils se trouvent dans leur stade de

repos. Les termites attaquent le jeune bois, ne laissant intacte que la gaine d’écorce. Pour ce motif, les cultures de Landolphia Thollonii ne pourront jamais être entreprises dans les terrains à termitières. Il faudra toujours les faire dans leur véritable habitat, c’est-à-dire dans les steppes sablonneuses des hauts plateaux où n’existent pas de termites. »

D’après la petite enquête, à peine commencée, à laquelle M. A. Sapin s’est livré, il se confirme que les steppes à caoutchouc des herbes, épuisées, redeviennent exploitables après trois ans.

Des essais ont été faits par lui avec de jeunes rhizomes jaunâtres, non encore devenus ligneux. La multiplication de la plante par de tels rhizomes est frappante. Après dix jours, ils sont déjà en pleine croissance, les jets ressemblent alors à nos jets de houblon. Si, autrefois, des essais de ce genre n’ont pas réussi, c’est que probablement on aura employé de vieux rhizomes, déjà lignifiés.

Des essais de culture, entrepris il y a quelques années au Jardin botanique d’Eala par Ém. Laurent, avaient fait conclure par leurs résultats négatifs, que cette espèce devait être assez difficile sur la nature du sol et que sa culture ne pouvait probablement prospérer que dans les plaines sablonneuses constituant son habitat normal.

La condition du sol est probablement pour quelque chose dans les échecs à Eala, mais, pour M. A. Sapin, qui a, il est vrai, expérimenté dans dans une zone où le Landolphia Thollonii existe à l’état naturel, il serait difficile de trouver une plante plus volontaire.

Il deviendra facile de repeupler les steppes, en formant des lignes de jeunes plants distantes les unes des autres de dix mètres.

Les frais d’extraction de la racine verticale ou de très jeunes rhizomes, suivant le cas, seraient largement compensés par l’extraction simultanée de rhizomes propres au battage.

Les racines et jeunes rhizomes sont transportés dès leur extraction dans des baquets d’eau, dans laquelle on pourrait faire dissoudre des éléments chimiques capables d’être assimilés.

Il suffit de mettre en terre à lo ou i5 centimètres de profondeur et horizontalement les jeunes rhizomes de l’année, y compris la petite touffe herbacée qui y adhère. Il est utile que le tout reste attaché à un tronçon de rhizomes de lo centimètres, déjà un peu lignifié.

Au bout de dix jours, les parties extrêmes meurent et le centre entre en végétation.

On pourra ainsi multiplier la plante et il est inutile, d’après M. Sapin, de rechercher d’autres moyens de propagation de cette intéressante espèce, vu la grande facilité avec laquelle on pourra se procurer, en quantités, les ieunes rhizomes.

Ce sont eux qui généralement, lors de la récolte des rhizomes pour battage, sont détruits par l’indigène, par eux il commence l’arrachage des vieux rhizomes.

Ces parties jeunes de plantes coupées (feuilles et rhizomes jaunes) sont abandonnées sur le terrain et bien peu parviennent à continuer leur vie pendant un certain temps pour être brûlées ensuite par les feux de brousse.

Ces jeunes pousses ne sauraient résister dès la première année. Mais en pratique, il serait facile de remédier à ces feux destructeurs.

Au sujet de la reproduction par graines à laquelle nous avons fait allusion plus haut, M. A. Sapin a interrogé plusieurs indigènes. Un seul lui a fait connaître que la plante pouvait se propager par semis, mais il avouait qu’il ne l’avait jamais vérifié par lui-même. Dans la steppe, il a rencontré plusieurs coques de fruits de l’année précédente remplies de terre qu’on dirait apportée par les fourmis ou un insecte, mais, autour de ces coques, il n’a pas vu de jeunes plantes. A son avis donc, les fruits dont bien peu parviennent à maturité sont rôtis lors des feux de brousse et deviennent ensuite la proie de fourmis ou d’autres insectes.

Il me paraît cependant probable, ajoute notre voyageur, que des semis bien faits et bien entretenus pourraient donner un résultat et je regrette beaucoup de n’avoir pu trouver de fruits mûrs pour tenter l’expérience.

Pour réussir la culture du Landolphia Thollonii, il faudrait prendre des précautions. Pour M. Sapin, il faut choisir un terrain sablonneux, soit dans la steppe, c’est-à-dire dans la plaine, sans le moindre arbuste, soit dans la savane ordinaire ou plaine à arbustes rabougris dispersés.

Le terrain de la savane étant plus humide que celui de la steppe, on plantera en steppe au commencement de la saison des pluies et en savane vers le milieu de cette saison. Il faut écarter les terrains argilosablonneux à termitières. L’existence de celles-ci est, nous l’avons dit, une contre-indication formelle pour le succès de la culture.

Choix des fragments devant servir à la plantation.

La partie de la plante à mettre en terre est précisément celle que l’indigène abandonne sur le sol lorsqu’il arrache les rhizomes lignifiés, en vue de la préparation du caoutchouc, c’est-à-dire : les jeunes rhizomes mous, blanc-jaunâtre, de la grosseur d’un crayon mince, auxquels adhère la petite touffe aérienne herbacée.

On les coupera de façon à ce qu’un bout de rhizome de 4 à 5 centimètres et légèrement lignifié y reste attaché.

Chacune de ces jeunes parties de plante mesure ainsi 3o à 40 cen-

timètres de longueur et souvent plus. Elles sont mises en terre (y compris la touffe herbacée), dans des rigoles de i5 centimètres de profondeur qu’on a eu soin de garnir du chevelu de radicelles, constitué comme nous l’avons dit, par les jeunes racines de l’herbe de la steppe ou de la savane. On le recueille en même temps que les jeunes rhizomes. Ces radicelles maintiennent les jeunes rhizomes humides, les préservent de la dessiccation.

Les rigoles dont nous venons de parler seront distantes de 3o centimètres environ et on aura soin de ne pas enlever la bande d’herbe qui les sépare les unes des autres. Cette bande d’herbe de même que le chevelu de radicelles garnissant les rigoles préservera les rhizomes de la sécheresse.

On se contentera, au lieu de détruire cette herbe, de la couper, la laissant sur le sol, ce qui préservera encore la jeune pousse de la dessiccation, la couverture conservant au sol sa structure physique et son humidité.

Si l’on a en vue la constitution de grands champs de cultures, les rigoles se succéderont uniformément, si l’irrigation est possible en saison sèche on les sillonnera de petits fossés suivant les procédés classiques.

Si, au contraire, on a en vue d’améliorer une steppe épuisée ou en repos, on fera des bandes de 2 à 3 mètres de largeur, de plusieurs lieues de longueur, et espacées les unes des autres de 5o mètres.

Le long de ces bandes on débroussera légèrement (i m. de largeur environ) de façon à indiquer à l’indigène l’emplacement des bandes de cultures de caoutchoutiers et, dans ces endroits débroussés, longeant les bandes, on pourrait semer une légumineuse améliorante ou du chiendent pied de poule, ceci pour garantir les bandes des feux de brousse.

Cette dernière méthode convient très bien à la vraie steppe, aux lignes de faîte qui ne sont pas exploitées par l’indigène pour la culture vivrière, sauf au bord des mares supérieures peu propres à la culture du Landolphia Thollonii. Par contre, elle ne convient pas à la savane, aux endroits en pente, aux plis de terrain généralement cultivés ou en jachère, surtout aux environs des villages. Aussi, dans ces endroits faudra-t-il cultiver en champs réservés.

Aucun soin spécial n’est à donner à cette culture. Cependant, là où cela pourra se faire facilement, on irriguera en saison sèche la première année.

Si l’on n’a pas en vue la récolte des fruits, on recouvrira d’une petite motte de terre, avant l’apparition des fruits, toutes les touffes herbacées, ce qui aura l’avantage de développer le réseau de rhizomes.

Surtout, il ne faudra jamais détruire la brousse, mais uniquement

couper l’herbe des bandes la deuxième année, si elle devient trop grande, en abandonnant l’herbe coupée sur le sol.

L’indigène pourrait ainsi continuer à mettre le feu à la brousse pour la chasse. Les bandes de cultures seront garanties.

En observant la petite plantation faite à Atènes, M. A. Sapin a remarqué que chaque rameau feuillu, avec ses jeunes tiges munies de leur petit tronçon lignifié, d’une longueur totale de 40 centimètres, s’allonge par jour de i 1/2 centimètre environ durant la saison des pluies.

Cette plante est, comme on le voit, un vrai chiendent et l’on comprend ainsi qu’elle puisse résister dans la steppe malgré toutes les causes de destruction. De plus, on peut se faire une idée du résultat à escompter, si par la culture et la récolte rationnelles on éliminait une grande partie de ces causes.

Une précaution qu’il serait donc peut-être utile de prendre pour les steppes en repos, serait de recouvrir de terre au moment de la floraison, les rameaux feuillus. En empêchant ainsi la plante de fructifier, on favoriserait la formation de nouveaux jets qui, par le fait du léger débroussement que cette opération occasionne, seraient protégés des feux de brousse.

Quant au rendement à l’hectare en culture rationnelle, il serait difficile encore en ce moment de le déterminer.

Les rendements obtenus en opérant sur les plaines dans leur état actuel, ne peuvent nous en donner une idée, car la plante est actuellement abandonnée à elle-même, sans le moindre soin, bien au contraire; de plus les plaines sont loin d’être encore vierges.

D’après les observations recueillies dans le Kasai par M. Sapin, les indi- I* gènes des environs d’Atènes, très observateurs, ont vu les mêmes plaines ‘ épuisées à deux reprises, une fois dans la période Kioko portugaise, une seconde fois dans la période de l’exploitation par la Compagnie du Kasai.

D’ailleurs, si dans certaines zones le caoutchoutier des herbes est devenu clairsemé, dans le Sud les brousses seraient encore très riches. Les indigènes de ces parages se sont beaucoup plus occupés de négoce que de fabrication.

Au sujet des conclusions à tirer de la notice de M. Baudon (i), il y a quelques réserves à faire au point de vue de la région kasaienne, mais des t observations faites par M. Baudon mériteraient d’être vérifiées par les i. spécialistes de diverses régions de notre Congo et en particulier de celles du '* Kasai, où ce Landolphia s’étend assez fortement, il est surtout répandu dans la zone Illongonga-Bienge.

(i) A. Baudon. Le caoutchouc des herbes au Congo français. Marseille, i6e année, 26 série, vol. VI, 1908,)

Au dire du chef Thibabanga (Dilolo-Kimpuki) une plante à caoutchouc dénommée « Kadianfu », et qui pourrait bien être le Landoiphia Thollonii, existerait sur l’autre rive du Lubilach, dans la région du Katanga.

M. Sapin a fait quelques observations intéressantes suggérées par la lecture de la notice de M. Baudon, d’après ce dernier une des causes de la disparition du Landoiphia Thollonii, et par suite de son caoutchouc, est le mode d’arrachage des rhizomes par traction. Cette méthode aurait pour effet de détruire le chevelu des racines. Cela paraît un peu exagéré. De plus, il y a lieu de remarquer que dans la région du Kasai l’indigène n’opère pas comme le décrit M. Baudon pour le Congo français. Dès qu’il rencontre une touffe herbacée, qui seule lui indique l’emplacement de la plante, il la soulève doucement de terre pour se rendre compte de la direction que suit le rhizome. Dès qu’il connaît cette direction, il creuse à la base une rigole de façon à déterrer le rhizome et s’arrête dès que celui-ci s’enfonce trop profondément en terre, ou dès que le travail devient pénible. A l’aide de la machette, il détache alors le rhizome de sa racine principale. Comme on le voit, c’est l’opération du déterrage par rigoles ou sillons qui est la plus importante. Des steppes sont sillonnées ainsi de rigoles, qui se remarquent encore l’année suivante. On opère donc au Kasai par déterrage et non par arrachage par traction,

La jeune pousse seule est arrachée dans le but de déterminer dans quelle direction il faut creuser le sillon.

A notre avis, un des grands retards apportés au repeuplement des steppes réside dans ce fait que l’indigène, à la recherche de rhizomes exploitables, enlève toutes les pousses qu’il rencontre, jeunes et vieilles.

S’il s’aperçoit que le rhizome est trop jeune, il s’arrête et va recommencer plus loin, en négligeant de recouvrir de terre le jeune rhizome qui, s’il n’est pas brisé, se trouve ainsi dans des conditions très défavorables.

Généralement, par suite de la traction brusque, la jeune pousse se brise et l’indigène la rejette au loin. C’est donc chaque fois une jeune pousse détruite. Et si l’on tient compte qu’il faut parfois arracher dix jeunes pousses pour trouver un rhizome exploitable, on jugera ainsi du retard immense apporté au développement de la plante.

Si l’indigène cultivait la plante, il connaîtrait l’importance des jeunes pousses et les remettrait soigneusement en terre dès qu’il se serait aperçu que le rhizome n’est pas encore exploitable.

Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, l’indigène ne récolte pas au hasard. D’après M. Parmentier, chaque village a sa plaine nettement déterminée où les récolteurs peuvent travailler et où ils procèdent avec un certain ordre, c’est-à-dire prenant un point de départ pour commencer

Planche VIII.

ARRIVÉE d'un CAPITA ET DE SES HOMMES APPORTANT DU CAOUTCHOUC AU POSTE DE KAPANGA.

l’extraction et allant toujours en avançant dans le même sens de manière à ne pas épuiser la plaine ; ils enlèvent les rhizomes sur toute la longueur où ils s’étendent horizontalement à un pied sous terre, et coupent quand celui-ci a tendance à s’enfoncer dans le sol, ils laissent donc subsister à peu près le quart de la racine, près de 2 mètres, les rhizomes s’étendant ordinairement à 6 ou 8 mètres et même davantage.

D’après cet observateur, le tronçon resté en terre, donne immédiatement près de la coupure 2 ou 3 jets vigoureux qui, au bout d’un an, atteignent 3 ou 4 mètres de long et un 1/2 centimètre de diamètre; ces jets se développent très rapidement en volume et sont de nouveau aptes à être exploités au bout de deux ans.

Les récolteurs reprennent alors la plaine au point exploité deux ans auparavant; cette manière de procéder explique pourquoi certains villages assez rapprochés et devant se partager une plaine aux proportions restreintes, cessent brusquement de présenter du caoutchouc sur le marché et recommencent le commerce deux ans plus tard.

De l’avis de M. Parmentier, 4,000 à 5, 000 plantes peuvent prospérer sur un hectare ; les tiges souterraines se groupent en un fouillis inextricable, ce qui ne paraît pas devoir gêner leur croissance.

Les rhizomes sont parfois fortement intertriqués ; ils se soudent entre eux et dans les récoltes de M. A. Sapin, nous avons trouvé de telles soudures à angle droit.

Il faut donc admettre que dans l’appréciation du nombre de plantes à l’hectare, telle qu’elle est faite par M. Parmentier, il y a une large place pour l’erreur, nous ne pouvons savoir par suite de ce mélange de rhizomes, de leurs soudures, ce que représente une plante, d’autant plus qu’au dire des divers voyageurs les rameaux partant d’un pivot peuvent atteindre 8 mètres de long. Peut-être M. Parmentier a-t-il eu en vue dans l’estimation de la possibilité culturale sur un hectare, les touffes aériennes? Mais celles-ci constituent-elles des plantes, capables de vivre de leur vie propre. Pourraiton les séparer de la plante mère, comme on peut séparer les rejets des fraisiers? Une fois séparées, pourront-elles donner rapidement des rhizomes capables d’être exploités, être donc, somme toute, de vrais centres de production de tiges à caoutchouc ?

Il est probable que oui, mais la preuve indiscutable n’a pas été donnée.

Cette preuve ne serait sans doute pas très difficile à obtenir, et nous avons conseillé à M. A. Sapin, de la rechercher de la façon suivante ;

Une touffe de tiges dressées serait légèrement dégarnie à sa base de façon à mettre en évidence la ou les tiges souterraines qui y aboutissent. Ces tiges seraient dès lors sectionnées à une quinzaine ou une vingtaine de centimètres

du pied de la touffe et, en les relevant, on suivrait le chemin qu’elles parcourent jusqu’à une autre touffe, où à une distance de i5 à 20 centimètres on sectionnerait le rhizome. On ferait ainsi l’ablation totale de tous les rhizomes horizontaux des touffes qui se trouveraient isolées et dont le développement ultérieur pourrait être exactement suivi. Ce serait le moyen le plus certain de savoir combien de temps serait nécessaire à une touffe, se trouvant dans son état naturel, pour reformer des rhizomes exploitables.

A la suite des demandes faites par la Direction générale de Bruxelles, M. Parmentier, gérant de la Compagnie, a envoyé à Bruxelles un rapport sur les conditions de l’exploitation du Landolphia Thollonii.

Il a délimité un hectare de terrain dans les plaines arrosées par la rivière N’Guffu, au Nord du village Wamba, une région de production moyenne.

La récolte a pu être classée comme suit :

1,590 rhizomes petits classés n° i.

i,o32 » moyens » n° 2.

68 » gros » n° 3.

Ces trois classes de rhizomes ont produit :

Rhizomes n° i : poids brut 79 kg 5oo, rendement 10 kg. 200 de caoutchouc, soit 4 kg 800 de caoutchouc sec.

» n° 2 : poids brut ii3 kg, rendement i3 kg 900 de caoutchouc, soit 5 kg 56o de caoutchouc sec.

» n° 3 : poids brut 24 kg 5oo, rendement 3 kg ySo de caoutchouc frais, soit 2 kg 25o de caoutchouc sec.

Un indigène peut récolter 3o kilogrammes de rhizomes en restant deux jours sur place, c’est ce qu’il fait quand la plaine est trop éloignée de son village pour permettre le retour journalier, il construit alors une hutte dans un repli de terrain et y dépose sa nourriture.

Les racines extraites doivent rester deux jours au soleil pour obtenir le durcissement du bois, puis elles sont découpées en morceaux de 5o centimètres et mises en bottes pour le rouissage.

Elles restent trois jours dans l’eau, puis elles sont retirées et battues au maillet pour dégager le caoutchouc du bois. Un homme peut battre i5 kilogrammes de racines par jour.

Le caoutchouc séparé du bois est bouilli pendant 3 heures, puis étendu sur un lit de feuilles et battu vigoureusement avec des cannes, ce qui amène les impuretés à la surface ; il est lavé à grande eau puis bouilli de nouveau pendant une heure pour parfaire ce lavage. Si le travailleur est consciencieux

gi —

et veut produire un caoutchouc irréprochable, il rebat encore les bandes de ce gâteau de caoutchouc au maillet avant de les rouler en boules. Il enlève ainsi les dernières impuretés.

Le travail des tribus Pambala est supérieur à celui des Bayaka qui font les derniers battages à la machette et découpent ainsi le bois dans la gomme au lieu de l’expulser par pression.

De l’ensemble des observations faites, particulièrement dans les territoires de la Compagnie du Kasai, on peut arriver aux conclusions ci-dessous formulées en partie par le chargé de mission de la Compagnie.

1° Une plaine à caoutchoutiers des herbes, épuisée par l’exploitation redevient exploitable après 3 à 4 ans, sans, toutefois, reprendre au bout de ce laps de temps, sa richesse primitive. Il faudrait pour arriver à cet état un temps beaucoup plus long, et les indigènes n’attendent pas; aussi, après plusieurs périodes de mise en exploitation, la région s’épuise-t-elle de plus en plus;

2° La plante se multiplie principalement par les rhizomes et les racines verticales. Dans les conditions actuelleaelle ne se multiplierait guère par les fruits ;

3® Les indigènes n’ont jamais rien fait pour multiplier la plante ni même pour lui conserver son extension ;

4“ M. Sapin considère les feux de brousse comme nécessaires pour apporter à la récolte un certain amendement et pour donner de l’air aux plantes qui se trouveraient étouffées entre les hautes herbes. Mais il reconnaît que ces feux de brousse détruisent les fruits et la plus grande partie des jeunes pousses. C’est grâce non seulement à sa vitalité que la plante résiste, mais surtout grâce â la partie souterraine, très développée, qui peut conserver une très grande force de propagation. On doit également songer quand on envisage la persistance de cette plante que :

5° Les indigènes n’enlèvent pas les racines verticales.

Par les plantations de caoutchoutiers des herbes, exécutées comme le voudrait M. A. Sapin, on lutterait en Afrique centrale, peut-être, avec succès :

1° Contre les feux de brousse qui actuellement détruisent une grande partie des fruits et jeunes pousses;

2° Contre l’arrachage intempestif des jeunes pousses, lors de la récolte des rhizomes destinés au battage.

Dans un rapport récent M. A. Sapin insiste sur le mode opératoire des indigènes Bakwessé du Haut-Kwilu, qui est très semblable à celui usagé par les Pambala.

Les rhizomes traités dans la région de Lutshima ont en général la grosseur d’un crayon ordinaire. On opère :

1° La macération dans l’eau. — Les rhizomes sont mis en macération dans l’eau d’une rivière, par petites bottes, pendant trois à quatre jours, afin de faciliter la décortication.

2° La décortication. — Cette opération se fait soit aux bords de l’eau, soit dans les villages mêmes. Dans ce dernier cas, les indigènes enterrent les fagots pour éviter la trop rapide dessiccation pendant l’opération.

Les rhizomes sont battus légèrement un à un de façon à enlever l’écorce sous forme de gaine. Ces écorces, ces gaines, une fois détachées, ne sont plus battues mais mises en tas.

3° La coction. — Les écorces sous forme de gaines sont cuites à l’eau bouillante. On obtient ainsi une masse pâteuse qui, mise à chaud entre des feuilles de palmier et piétinée, est transformée en galettes ou plaques.

Ces plaques sont de véritables résilles à mailles relativement larges qui enserrent les débris d’écorces.

Cette opération doit être faite soigneusement. Il arrive que la masse s’attache aux parois du récipient et brûle, ce qui amène la poisse.

Il importe de ne pas diminuer par battage au bâton-pilon les mailles de la résille, car on retarderait le départ des débris d’écorces.

4° Battage a la machette non tranchante. — Cette opération est la plus importante, la plus efficace. La plaque encore chaude est battue sur des feuilles de palmiers avec une machette non tranchante.

Dans cette opération les morceaux d’écorces sont brisés. Leur volume augmenté par la coction, diminue par une légère dessiccation ; ces débris jouent dans les mailles de la résille, et les secousses imprimées à la plaque sur les feuilles de palmiers, à chaque coup de machette font sortir les débris, qui viennent se rassembler en poudre grossière à la surface. On élimine ainsi la plus grande partie des impuretés. Si l’on veut obtenir un produit tout â fait pur, on recommence une ou deux fois la coction et le battage.

Deux coctions et deux battages suffisent en général pour l’obtention d’un produit pur.

5° Lavage a grande eau. — Les plaques ou résilles sont alors lavées à grande eau pour enlever les dernières traces d’impureté, et c’est seulement après toutes ces phases, qu’on soumet les plaques au battage.

6° Battage au baton-pilon sur une pierre ou bûche de bois.

Ce battage a pour effet de resserrer les mailles de la résille et de former des plaques plus compactes, mais cependant poreuses qui sont découpées en cubes et livrées au commerce.

Il importe de noter que si l’on commence l’opération par cette dernière

phase, c’est-à-dire par un battage à fond, il faudra un temps beaucoup plus long pour purifier le caoutchouc, ce qui se comprend facilement.

Ce procédé permet d’extraire de très petites quantités de caoutchouc et peut s’appliquer aux écorces de lianes {Landoiphia owariensis), mais dans ce cas, les écorces étant plus épaisses et plus dures, devront être battues fortement au bâton-pilon avant la coction.

Le seul inconvénient de ce procédé, c’est que le caoutchouc obtenu doit être séché rapidement à l’ombre. Il ne pourrait être ni entassé, ni expédié, et c’est pour ce motil que la Compagnie a prescrit l’installation de petits séchoirs dans les postes d’achat, afin que le caoutchouc puisse être remué journellement sur les claies.

Par ce procédé, i3 kil. i|2 de rhizomes Landolphia Thollonii de la grosseur d’un crayon ordinaire ont donné un demi-kilo de caoutchouc sec, soit 3.7 p.c.

Une tonne de caoutchouc des herbes représente donc 27 tonnes de rhizomes.

La préparation du caoutchouc du Landolphia Thollonii^ a toujours pour base le battage (Planche VII, fig. i et 2); ce procédé se résume donc en :

1° Une dessiccation suivie de macération dans l’eau;

2° Un décorticage et battage léger à l’état humide;

3° Une cuisson dans l’eau;

4° Un battage à la machette non tranchante;

5° Un lavage à grande eau ;

6° Un battage au pilon.

Le battage du caoutchouc est un véritable art. Dans le cours de la préparation, on obtient, nous l’avons dit, une résille de caoutchouc, dont il importe de ne pas resserrer les mailles par un pilonnage intempestif, ce qui aurait pour résultat d’enfermer dans le produit des débris d’écorces. C’est quand le pilonnage a été mal fait que la gomme renferme le plus d’impuretés.

Si, après le lavage à grande eau, on opère une seconde coction dans l’eau et un nouveau battage, on peut obtenir un caoutchouc spongieux très pur. Et si, après dessiccation de ce caoutchouc spongieux, on le soumet à un pilonnage plus fort, on obtient un produit qu’on ne saurait distinguer du caoutchouc incisé.

Ce procédé est d’ailleurs applicable à la plupart, peut-être à toutes les essences caoutchoutifères.

Lorsqu’il s’agit de plantes très pauvres en caoutchouc, M. A. Sapin a remarqué qu’il faut pour obtenir des résultats, pulvériser finement et complè-

tement l’écorce desséchée, la cuire dans l’eau bouillante, décanter et battre le magma obtenu avec des baguettes. Le caoutchouc se rassemble en petits points blancs. On tamise. Nous avons vu employer ce procédé chez les Bitchams pour des écorces très pauvres. C’est sur ce second procédé que doivent être basés les procédés industriels de battage.

Si l’on avait opéré, avec ce soin, pour les essais avec plusieurs lianes ou plantes pauvres en latex, on aurait indiscutablement obtenu certains résultats et on n’aurait pas proclamé trop vite que certaines plantes très répandues, mais peu riches en caouchouc, ne valaient pas la peine d’être récoltées pour l’obtention de caoutchouc.

Quant au rendement du Landolphia Thollonii, il a également été étudié par M. Sapin, qui a réuni à ce sujet quelques chiffres de grand intérêt, ils ont tous été obtenus par battage des écorces (battage et coction dans l’eau).

Ils se rapportent aux tiges sèches et au caoutchouc sec, et sont les moyennes des résultats de cinq à six essais.

Caoutchoutier des steppes : Landolphia Thollonii .... 3.66 p. c.-37 p. c.

» DES SAVANES, dit des herbes du Dilolo ou

Kabongon 2.i3 »

Faux CAOUTCHOUTIER DES SAVANES : . . . 0.35 »

Liane Landolphia Klainei . . . Racines 1.24 »

» » » Tiges grosseur du poignet . o.63 »

» » Gcntilii . . . Tiges o.5o »

» » owariensis . . » 0.40 »

» Katoma Racines seules exploitables. 1.87 »

» » Tiges 0.23 »

Ce tableau est intéressant, il nous montre que pour produire une même quantité de caoutchouc, il faut que les lianes réputées les meilleures, telles Landolphia Owariensis et Landolphia Klainei^ produisent une proportion notablement plus considérable de matières sans utilité pour le planteur que le Landolphia Thollonii. Seul de cette série de caoutchoutiers, le Landolphia Thollonii produirait plus de 3 p. c. de son poids de caoutchouc, chiffre qui est loin d’être exagéré, car le rendement industriel a été indiqué comme pouvant varier de 4,5 à 5 p. c. du poids total, et le rendement au laboratoire a pu atteindre 10 et même 12 p. c.

Nous reviendrons encore sur ces différences de pourcentage, car elles indiquent que l’appréciation fournie dans le temps par Em. Laurent, à savoir que pour les lianes il y a une grandeur optima à laquelle correspond un maximum de rendement, était exacte.

Un des arguments employés par M. Baudon pour déconseiller les essais de culture et l’exploitation par des capitaux considérables européens est la faible teneur en caoutchouc. Or, ici M. A. Sapin et nous-mème nous ne pouvons être de cet avis. En effet : 20 kil. de rhizomes lui ont donné i kil. 120 de caoutchouc, soit 5 1/2 p. c. environ et notre confrère trouve ce rendement faible ! Mais 20 kil. de n’importe quelle liane de la grosseur du poignet ne donneront jamais par battage un tel rendement et encore moins par saignée. Si l’on plie un rhizome de Landolphia Thollonii et une liane de même grosseur on verra que le Landolphia Thollonii est beaucoup plus riche que les lianes.

Les chiffres présentés par M. Baudon sont ;

Récolte d’une botte de 20 kilogs 8 heures.

Battage 20 »

Lavage, cuisson de l’écorce battue, opération . 4 »

Soit un total de 36 heures de travail.

a Voyons maintenant, dit M, Baudon, le poids de la matière au cours des différentes manipulations. La botte de 20 kil. sectionnée en petits bottillons pesait, au sortir de l’eau, 3o kil. Après le battage, il restait 6 kil. 800 d’écorces caoutchoutifères et 10 kil. de bois, la différence résultant des débris qui se séparent pendant l’opération.

» Après les cuissons, battages, lavages et une dessiccation convenable, il y a I kil 120 de caoutchouc commerçable, soit environ 5,5 p. c. »

Si, dans certains cas, le caoutchouc de cette provenance est moins estimé sur le marché, la différence de la valeur marchande est due uniquement au manque de soins apportés dans la préparation. Si les mêmes précautions étaient prises dans la préparation du caoutchouc des herbes que dans celle du caoutchouc obtenu par battage d’écorces d’autres lianes, les produits atteindraient la même valeur sur le marché. Des échantillons préparés par M. A. Sapin et sous sa direction montrent indiscutablement la valeur du caoutchouc du Landolphia Thollonii.

Une des conclusions de M. A. Sapin à savoir : « Il y a lieu d’enrichir les immenses steppes des territoires de la Compagnie du Kasai par la culture du Landolphia Thollonii, car ces steppes constituent son véritable habitat, » mérite d’attirer l’attention de tous ceux qui désirent mettre ces parties de notre territoire en valeur.

Carpodinus gracilis Stapf.

On a beaucoup discuté sur la valeur de cette plante au point de vue caoutchoutifère,nous avons des premiers signalé cette liane, désignée dans la région de Kisantu sous le nom de a Dinsona », comme bonne productrice.

Dans les explorations exécutées dans le temps, dans le Sud du Kasai, cette plante a également été rencontrée et on a pu faire extraire des rhizomes, par battage, un caoutchouc de qualité.

D’ailleurs M. A. Sapin a nettement fait remarquer dans ses rapports que le caoutchouc dit « des herbes » de la région du Dilolo n’est pas fourni par le Landolphia Thollonii, mais bien par la plante déjà décrite sous le nom de Car- Podinus Gracilis Stapf.

Lors de son voyage au Sud du Kwilu il a aperçu cette plante ; dans cette région, elle n’est pas travaillée par l’indigène.

D’un autre côté, dans son voyage au Dilolo, il l’a rencontrée en quantités énormes et ici elle est exploitée par l’indigène.

On la trouve dans son véritable habitat dans la savane très boisée, dans les bois-savanes, dans un terrain argilo-sablonneux à termitières. On la rencontre à côté du Laridolphia Thollonii dans les savanes sablonneuses à arbustes rabougris et dispersés du Sud du Kwilu.

On rencontre le Kabongon à certains endroits ; Lutshima, Bondo, Bienge, Atènes. A partir d’Illongonga vers le Nord on ne le rencontre plus, et il en est de même chez les Bitchams et dans la vallée du Kwilu près de Kikwit,

Aussi ne faut-il pas s’étonner de ce que le Kabongon soit beaucoup plus riche dans son véritable habitat, c’est-à-dire dans la région du Dilolo que dans les plaines arides et sablonneuses du Sud du Kwilu.

M. A. Sapin considère cette plante comme une très bonne essence à caoutchouc et lui aussi a fait préparer sous ses yeux, par battage des rhizomes, du caoutchouc très élastique rappelant le caoutchouc rouge.

Pour être une bonne essence, il faut qu’elle croisse dans son véritable habitat, c’est-à-dire dans les bois savanes. Car si elle est riche et exploitée dans la région du Dilolo (2.i3 p. c.), elle est relativement pauvre dans les savanes ordinaires à arbustes rabougris (o.8o p. c.).

De là sans doute le désaccord entre les divers observateurs, qui peut-être aussi ont confondu cette plante avec le faux Carpodinus gracilis qu’on rencontre aux mêmes endroits et qui donne seulement o.35 p. c.

Dans les bois-savanes, le vrai Carpodinus gracilis est, en pour cent du poids de tiges, 4 fois plus riche que nos meilleures lianes, les rendements s’entendent en caoutchouc sec et tiges sèches.

Planche IX.

Au point de vue essences caoutchoutifères, on peut donc dire :

1° Les régions argileuses (galeries de forêts des rivières) constituent l’habitat vrai des lianes caoutchoutifères;

2° Les régions argilo-sablonneuses (savanes très boisées) constituent l’habitat du caoutchoutier des herbes à vrilles, c’est-à-dire Kabongon vrai et faux;

3® Les régions sablonneuses (savanes à arbustes dispersés et rabougris, steppes, c’est-à-dire plaines sans le moindre arbuste), constituent l’habitat du Landolphia Tholloniioxi caoutchoutier des herbes ordinaire.

M. Hallet a déjà fait un rapport en 1906 sur le poste de Lutshima, bien situé au point de vue commercial. De l’avis de cet agent, ce poste produira alternativement de grands et de petits rendements.

La raison de ces alternatives réside dans les conditions naturelles de la région. Lutshima est placé en plein pays de caoutchouc des herbes. Quand dans une partie de la région les rhizomes sont épuisés, une autre partie est exploitée, et produit pendant le temps nécessaire pour permettre à la région épuisée de voir ses plaines remises en état de récolte.

Lors de la fondation de Lutshima, en igo3, les récoltes se faisaient dans la région Massongo, Gombi, Songo et il ne se récoltait rien dans les plaines épuisées de Lutshima, Zemba, Kalombo, Kabambulu et Zongo, tandis que, en 1906, la zone Massongo qui n’avait plus rien donné depuis 1904, produisait durant la saison des pluies; la production de Lutshima se recrute actuellement dans la région Zemba, Kalombo, etc., région qui sera épuisée quand Massongo produira.

D’après les natifs, il faut environ deux et demi à trois ans pour qu’une plaine qui a été mise en exploitation permette à nouveau la récolte des ^ rhizomes. Cette assertion a été confirmée par M. Sapin qui avait questionné lui-même le grand chef Songo à ce sujet.

Au sujet du rendement, M. Sapin a fourni les chiffres suivants, résultats d’essais faits sur place. Tous les rhizomes et lianes ont été pesés à l’état humide, c’est-à-dire immédiatement après macération de plusieurs jours dans l’eau. D’après les essais, ils perdent par dessiccation au soleil environ 5o p. c. de leur poids.

Il y a donc lieu de tenir compte de cette remarque dans les discussions des résultats ci-contre :

Caoutchoutier des herbes à vrilles ou caoutchoutier des herbes du Dilolo.

23o kg. rhizomes humides donnent 370 grammes, soit 0.28 p. c.

soit une moyenne de 0.40 p. c. rhizomes humides et 80 p. c, rhizomes secs.

Il est à noter que ces essais avec ce caoutchouc des herbes dit « du Dilolo » ont été faits dans la région Sud Kwilu,où cette plante ne se trouve pas dans son véritable habitat.

Dans les savanes très boisées du Dilolo cette plante est deux et trois fois plus riche en caoutchouc.

Ce caoutchouc est très nerveux, et peut, sans aucun doute, supporter la comparaison avec le caoutchouc du Landolphia Thollonii. Nous en avons vu des échantillons qu’il aurait été impossible de distinguer du caoutchouc battu de Landolphia owaneîisis, c’est-à-dire du caoutchouc rouge du Kasai, si une étiquette ne nous avait renseigné son origine.

Landolphia humilis K. Schum.

Ce Landolphia, qui n’est pas une grande liane, mais plutôt une plante buissonnante, peut également être exploité pour le caoutchouc accumulé dans ses racines. Il existe souvent en mélange avec le Landolphia Thollonii, vers la lisière des forêts.

D’après les documents réunis à Bruxelles et les notes de M. A. Sapin, ce Landolphia présenterait les caractères suivants : « Plante pouvant atteindre 5o centimètres de hauteur. Feuilles coriaces, glabres, vernissées à la face supérieure. Tiges grêles à écorce noirâtre tachetée de fauve. Rhizome tortueux pouvant atteindre la grosseur du poignet, d’un brun noirâtre. La fleur a une odeur caractéristique de violette. Le fruit vert, légèrement jaunâtre à maturité, arrondi ou légèrement pyriforme, à enveloppe mince de 2 à 3 mm. d’épaisseur, renferme 3 graines entourées d’une pulpe blanchâtre, acide. Toute la plante renferme un latex peu abondant, on peut, en pliant les rhizomes, voir les filaments de caoutchouc, mais la quantité est trop minime pour être extraite par battage.

M. A. Sapin a fait il est vrai remarquer, que dans ses premiers essais il n’a pas fait usage de cette méthode de battage employée avec les lianes très pauvres.

Cette petite plante à latex est très répandue dans la savane près de Dima, sur la ligne de faite du Kasai et du Kwilu.

Certains caractères cités par M. Sapin ne concordent pas totalement avec ceux que nous avons signalés antérieurement, et on peut se demander si la divergence n’est pas due, soit à une différence dans l’âge de la plante, soit au milieu dans lequel elle a vécu. Il ne nous paraît pas possible de considérer, parmi les nombreux matériaux de Landolphia hiimilis qui nous sont passés entre les mains, même des formes constantes et par suite encore moins des espèces différentes. Quant à l’assertion de la non-valeur des rhizomes de cette liane réduite bien qu’elle nous ait déjà été signalée par feu Éd. Lescrauwaet, il serait utile de la revérifier, de recommencer des expériences pour déterminer le pourcentage de caoutchouc qui existe sûrement dans cette liane. La faible teneur en caoutchouc n’a pas seule une grande importance au point de vue de l’exploitabilité, ce qu’il faut chercher à définir avant tout, ce sont les frais occasionnés par l’extraction d’un kilo de caoutchouc de rhizomes de cette essence, qui paraît répandue, et a été battue dans certaines régions. Les avis sont donc encore très partagés au sujet de la valeur de cette espèce. Suivant les uns, ce « faux caoutchoutier des herbes » ne renferme pas de caoutchouc dans ses rhizomes, suivant d’autres, le caoutchouc n’est exploitable par aucun des procédés en usage ; par contre d’autres observateurs prétendent, avec raison pensons-nous, que cette espèce peut donner un bon produit, elle est, d’ailleurs, exploitée dans certaines régions congolaises et dans l’Alima (Congo français), comme le certifie M. A. Courboin.

En employant pour cette exploitation le procédé préconisé plus haut h' par M. Sapin pour extraire le caoutchouc d’écorces pauvres, on obtiendrait, nous en sommes persuadé, des résultats. D’ailleurs dans les matériaux d’herbier on peut très bien observer, en brisant les écorces, la présence de filaments de caoutchouc.

Nous ne prétendons pas que cette espèce vaille la peine d’être cultivée, mais ses réserves étant assez grandes et sa propagation étant peut-être facile, il n’y a pas lieu de dédaigner cette plante, mais bien de l’exploiter quand on la rencontre.

Ce Landolphia est très variable, mais toujours tacilement reconnaissable par ses feuilles, en général plus arrondies à la base, à nervation un peu différente de celle du L. owariensis et surtout par la légère pubescence de leur face inférieure. Les variations sont parfois tellement fortes que l’on a tenté de morceler cette espèce.

Les nombreux matériaux que nous possédons nous ont permis de décrire d’une façon détaillée ce Landolphia, dont nous reproduirons ci-des-

sous la description, pour le signaler à l’attention des agents qui sillonnent la région.

L. humilis K. Schum, — Plante buissonnante pouvant atteindre i m. 75 cm. de haut, ramifiée ou à tiges dressées simples, munies de vrilles peu nombreuses.

Rameaux jeunes pubescents, ferrugineux, devenant glabrescents, à lenticelles petites et rapprochées. Feuilles ovales-oblongues ou ovales-elliptiques, plus ou moins courtement acuminées au sommet, cunéiformes on arrondies à la base, parfois presque subcordées, de 5-17.5 cm. de long et 1,5-8 cm. de large, coriaces, glabres sur la face supérieure, légèrement pubescentes sur la face inférieure, devenant glabres, nervure médiane en creux supérieurement, en relief sur la face inférieure ; nervures latérales au nombre de 6-ii de chaque coté de la nervure médiane, anastomosées en arc, nettement proéminentes en dessous ainsi que les nervures tertiaires, pétiole de 2 mm, de long. Panicule terminale, compacte, courtement pédonculée ou allongée, à rameaux distants portant à leur sommet des glomérules de fleurs ; pédoncules et ramifications tomenteux- brunâtres, bractéoles ovales, subaiguës, caduques, pédicelles nuis ou presque nuis. Calice de 3,3r5 mm. environ de long, tomenteux-brunâtre, à sépales largement ovales, obtus ou subaigus. Corolle à tube subcylindrique, renflé vers le milieu, velu extérieurement, lobes oblongs, subaigus, étalés ou réfléchis, de 4-6 mm. de long, plus fortement pubescents en dessous qu’au-dessus, où ils sont souvent glabrescents. Étamines insérées dans le tiers supérieur du tube. Ovaire turbiné, velu au sommet, style atteignant les étamines, à stigmate bifide. Fruit ovoïde-arrondi ou globuleux, à écorce assez dure, pruineuse, à lenticelles nombreuses, atteignant 5.5 cm. de diamètre et la même hauteur, renfermant 2 ou plusieurs graines, à pulpe blanchâtre, comestible.

Landolphia Dewevrei Stapf.

Les renseignements que nous réunissons ici sont encore provisoires, peut être devront-ils être rapportés plus tard à diverses espèces, car plusieurs des plantes recueillies, principalement par M. A. Sapin, sont privées de fleurs et la détermination est par suite sujette à caution. Néanmoins la, ou les, plantes dont il s’agit ici sont des plus intéressantes.

Elles ont intrigué leur collecteur et ont été pour nous l’objet de bien des recherches, d’ailleurs les collecteurs de cette espèce, en dehors du bassin du ■ Kasai et dans cette région, ont varié beaucoup d’opinion sur la valeur de cette plante. M. A. Sapin croit pouvoir rapporter à cette espèce, et nous le ferons avec les restrictions ci-dessus les plantes portant les noms indigènes : Lupembe (Batetela), Lempese (Basonge), Kaiembe (Lac Foa), Kaiembe à fruits pyriformes (Lac Foa), Katoma (Dilolo) (i).

(i) Cf. É. De WiLDiMAN. Etudes sur quelques plantes utiles et intéressantes de la Flore du Congo, II, p. 172 et 189 et Mission Laurent, I, p. 482, II, pl. CXVII et CLIII.

lOI

Il résulte des recherches de M. A. Sapin, que le Landoiphia Dewevrei est

I une excellente liane caoutchoutifère, surtout exploitée dans le Sud du Kasai

( I sous le nom de Katoma, mais les racines seules sont exploitables.

' I Suivant l’âge, les parties aériennes peuvent parfois fournir un peu de

j' gomme gluante ou élastique, mais toujours trop peu pour être exploitées; les

II racines seules sont riches en caoutchouc.

J On comprendra ainsi le désaccord entre les divers auteurs. Les uns

i( auront examiné les parties aériennes des lianes jeunes, les autres les parties ■ aériennes de plus vieilles lianes; ils auront ainsi obtenu des résultats diffé- ; rents, mais ils n’auront pas songé à travailler les racines, ce qui d’ailleurs i leur était défendu par les anciens règlements, et l’est encore, par le nouveau j décret sur l’exploitation des essences caoutchoutifères.

j L’existence de cette liane, sans valeur par ses parties aériennes, mais

!t très exploitable pour les parties souterraines, montre qu’il faut être très ^ prudent dans la rédaction des décrets.

j Doit-on laisser inexploitée une liane riche en caoutchouc, aussi répandue? j Son aire de végétation, en effet, est très étendue et elle peut même quitter la f galerie pour gagner la savane. C’est elle qui parmi les lianes d’un certain I développement, s’aventurerait le plus loin dans la savane.

I Nous ne connaissons malheureusement rien encore du développement ' du système souterrain de cette liane; est-il comparable à celui du Landoiphia : Thollonii, et l’exploitation par enlèvement des rhizomes et battage permet-

I trait-elle la conservation de l’espèce?

! Si même l’espèce ne pouvait être conservée, nous ne voyons pas trop i pourquoi on ne pourrait l’exploiter; nous partageons en cela complètement li l’avis de M. le D’^ Dryepondt.

*[ Cette liane était inconnue des indigènes des bords de Lubi et d’après

II M. A. Sapin, il en existerait deux variétés, l’une à fruits ronds, l’autre à fruits il pyriformes, nous ne pouvons nous appesantir sur leur différenciation, faute de

documents suffisants.

' i Cette liane que les indigènes distinguent très facilement des grands r Landoiphia à caoutchouc, serait caractérisée d’après M. A. Sapin par :

’ 1° Ses tiges fortement sillonnées ;

2° Ses fruits portés sur un pédoncule allongé, renflé à l’extrémité ;

3° Ses feuilles, plus petites que celles du Landoiphia owariensis, à nervations secondaire et tertiaire rapprochées ;

4“ Ses fruits, sphériques ou pyriformes, parsemés de taches ou verrues brunes.

Comme moyenne de rendement, M. A. Sapin a trouvé :

Racines 1.87 p. c.

Tiges 0.23 »

Carpodinus lanceolata K. Schum.

Faux caoutchoutier des herbes.

A côté des plantes réduites, dont nous avons parlé ci-dessus, et dont on peut indiscutablement extraire du caoutchouc des parties souterraines, il convient de citer ce Carpodinus, qu’il ne faut plus confondre avec le Landolphia Thollonii, comme on l’a fait quelquefois dans le temps. Le Carpodinus lanceolata est actuellement suffisamment connu pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en donner une longue description.

Il paraît excessivement répandu dans la zone de Luluabourg, d’après les observations de M. Sapin. Il porte dans la région des Lulua le nom de « Dunducha ». On le rencontre surtout dans les débroussements où il se multiplie très rapidement.

Toutes les parties de la plante renferment du latex en faible quantité, mais elles ne donnent pas de caoutchouc, ni par coagulation du latex, ni par battage.

Les matériaux botaniques, assez abondants, envoyés par M. A. Sapin, sont accompagnés de rhizomes de différentes grandeurs; les uns présentent, comme ceux du Landolphia Thollonii,àQ fines racines, et de distance en distance des fentes circulaires dues à la dessiccation; d’autres, plus développés montrent moins bien ces fentes circulaires, peuvent atteindre 25 millimètres de diamètre et présentent de nombreuses lenticelles. A l’échantillon était joint un fragment de racine mesurant 7 cm. 5 de diamètre, sur la provenance duquel nous n’avons aucun renseignement; en tous cas, les échantillons prouvent surabondamment qu’il n’y a pas trace de caoutchouc dans les écorces de la partie aérienne des tiges, dans les rhizomes ni dans les racines.

— io3 —

Funtumia.

Funtumia elastica (Preuss) Stapf.

(Planches III, fig. 3, XI, XII.)

Il a été beaucoup question, dans ces dernières années, du Funtumia elastica, qui existe dans notre Congo à l’état indigène.

D’ailleurs, avant d’avoir eu la certitude que la bonne espèce existait dans la région, elle y avait été introduite du Lagos par les soins de M. V. Lacourt, qui en rapporta des pieds de la Colonie anglaise.

Sera-ce l’essence à caoutchouc d’avenir? Il est difficile de le dire. Nous avons antérieurement conseillé cette culture et cela pour diverses raisons. Certains arguments mis au jour dans ces dernières années doivent faire agir avec prudence.

Notre confrère et ami, M. Aug. Chevalier, qui s’est occupé de cette essence pendant ces dernières années en Afrique occidentale, hésite, lui aussi, après en avoir été partisan, à se prononcer d’une façon précise entre VHevea et le Funtumia, en tant qu’essences caoutchoutifères à adopter pour les plantations africaines; mais il estime qu’il est permis de fonder, sur cette plante, de très sérieuses espérances, car il a démontré avec quelle facilité le Funtumia arrive à constituer, sur les espaces défrichés, des peuplements naturels, que les Gouivernements doivent s’efforcer de protéger contre l’exploitation prématurée et destructive des indigènes.

Nous ne pouvons examiner ici la question du Funtumia sous toutes ses faces, car elle est très complexe, nous insisterons donc surtout sur les résultats obtenus au Kasai.

Tous les Gouvernements coloniaux de l’Afrique tropicale se sont intéressés à ce caoutchoutier, et l’on trouvera sur lui de nombreuses études dans des périodiques français, anglais et allemands; nous citerons entre autres une étude qui résume assez bien l’état de la question au début de igo5, elle a paru dans la revue agronomique « Der Pflanzer » publiée à Amani Afrique orientale allemande) où des essais divers ont été faits, et une note de M. Aug. Chevalier (i).

(i) In U Agriculture pratique des pays chauds, mars 1910, p. 189 et suiv.

Pour la mise en culture de cette essence, le premier point important à établir est celui des caractères du véritable Funtumia elastica, qui ne doit être confondu, ni avec le Funtumia africana (Benth.) Stapf, ni avec le Funtumia latifolia Stapf, très répandu au Congo et dont le latex est sans valeur. Nous signalerons donc les caractères de la bonne essence d’après les diverses descriptions :

Funtumia elastica. — Arbre de 2S mètres de haut, à tronc de 3o à 40 centimètres de diamètre, ayant 10 à i5 mètres sans branches. Bois blanc jaunâtre, aubier et cœur non différenciés; écorce grisâtre, un peu rugueuse, non fendillée. Jeunes rameaux d’un vert pâle, glabres, souvent vernissés aux nœuds par une sécrétion glanduleuse. Feuilles coriaces ou semicharnues et facilement cassantes quand elles sont sèches, rarement oblongues, plus souvent lancéolées-oblongues, acuminées, très atténuées à la base, de 12 à 23 centimètres de long sur 3 à 8 centimètres de large, ondulées, à bords toujours incurvés en dessous, complètement glabres, présentant toujours de petites acarodomaties rondes et ciliées dans l’angle de la nervure médiane et des nervures secondaires à la face inférieure ; ces acarodomaties se traduisent au-dessus par de petits soulèvements arrondis, surface supérieure d’un vert sombre, l’inférieure d’un vert plus clair. Nervures secondaires pennées en disposition alterne, 7 à 10 de chaque côté de la nervure médiane, très apparentes et saillantes en dessous à l’état frais. Pétiole plan convexe, de 5 à 10 millimètres de long, recouvert souvent d’écailles blanchâtres. Stipules nulles, mais nombreuses, glandes à l’aisselle des feuilles sécrétant une oléo-résine qui se concrète sous la forme de petites lames brunâtres résineuses, remplissant souvent toute l’aisselle supérieure du pétiole. Cymes florifères, latérales, insérées à l’aisselle des feuilles supérieures, très florifères, portées sur un court pédoncule, de 6 à 10 millimètres, bifurqué dans le haut. Bractées petites, larges, ovales, obtuses ou subaiguës, longues de 2 à 3 millimètres. Pédicelle épais, long de 2 à 4 millimètres. Calice subcoriace, campanulé. long de 5 à 5 1/2 millimètres. Sépales larges, d’un vert-blanchâtre, ovales-arrondis, glandes intracaliculaires au nombre de 2 ou 3 en dedans et à la base de chaque sépale, lamellaires, ovales, ordinairement lobées au sommet, longues d’un demi-millimètre. Corolle d’un blanc légèrement jaunâtre, odorante, à parfum agréable, à bouton conique, long de 10 à 12 millimètres au moment de l’épanouissement ; tube de 8 à 9 millimètres, glabre au dehors, très finement papilleux-velu en dedans, sauf à l’extrême base et au sommet, le tiers inférieur, caché par le calice, est rétréci, verdâtre, glanduleux et porte au-dessous de la partie élargie 5 dépressions ovales - glanduleuses, partie supérieure du tube tronc-cônique, elle est d’abord blanc-verdâtre puis blanc-jaunâtre après l’épanouissement, consistance épaisse, charnue, lobes ovales, asymétriques, longs de 3 à 4 millimètres, larges de 2 millimètres à la base, obtus, chevauchant les uns sur les autres et éperonnés auriculés à la base d’un seul côté, l’autre côté largement arrondi et un peu décurrent est ordinairement finement cilié à sa base, entrée de la gorge très rétrécie ; le tube atteint sa plus grande largeur au milieu, où il mesure 5 millimètres de diamètre extérieurement, la base a seulement 21/2 millimètres de diamètre. Étamines 5, insérées au milieu du tube de la corolle, filets très courts, épais, finement pubescents, à anthères lancéolées-sagittées, très pubescentes au dehors du cône, acuminées, conniventes en un cône de 4 millimètres de long inclus, appendice supérieur des étamines très velu, subulé, longuement cilié, égalant la partie pollinifèTe hastée : connectif épais, convexe, glanduleux ayant au sommet une languette blanche glanduleuse venant se souder avec le stigmate au-dessous d’un coussinet finement pubescent. Disque formé

Planche X

— io5 —

de 5 lobes dressés, distincts, jaunâtre, ovales, longs de i millimètre environ, crénelés au sommet, dépassant très légèrement l’ovaire. Carpelles libres, verdâtres, glabres, environnés par les 5 segments du disque non adnés, tronqués au sommet et surmontés par un style filiforme blanchâtre de 2 millimètres environ de long. Stigmate capité terminé par un apicule avec 5 sillons latéraux entre lesquels viennent se souder les prolongements glanduleux du connectif de chaque étamine. Ovules nombreux, multisériés. Follicules oblongs, allongés, divariqués, longs chacun de 10 à i3 centimètres, larges de 3à 4 centimètres, épais de 2à 2 1/2 centimètres, arrondis et très obtus au sommet qui mesure près de i à i 1/2 centimètre de large, glabres, ligneux à maturité, obscurément carénés sur les côtés, prenant une teinte noire au dehors et blanc au dedans lorsque le follicule parvenu à maturité s’ouvre pour mettre les graines en liberté; celles-ci som fusiformes, longues de 12 à 14 millimètres, anguleuses, à tégument roussâtre très finement papilleux, arête longue de 3 à 5 centimètres, non plumeuse dans la moitié supérieure, à poils blancs atteignant jusqu’à 5 centimètres de long.

Les Funtumia africana et elastica peuvent se différencier par les caractères suivants, que M. A. Chevalier a mis en opposition :

Funtumia elastica.

Feuilles des rameaux stériles, étroites, lancéolées-oblongues, complètement glabres en-dessous même à l’aisselle des nervures secondaires.

Acarodomaties rondes, ciliées sur les bords.

Bractées florales de 2 à 3 millimètres de long.

Bouton floral conique, court, long de 10 à 12 millimètres. (Parfois jusqu’à 14 millimètres).

Lobes de la corolle linéaires ou lancéolés, longs de 3 à 5 millimètres.

Tube de la corolle non étranglé, élargi au milieu.

Lobes du disque dépassant légèrement l’ovaire.

Ovaire glabre.

Follicules oblongs-allongés, arrondis et très obtus au sommet. Le latex en se coagulant donne une pâte nerveuse élastique (Caoutchouc).

Comme nous l’avons dit, le Funtumia africana paraît ne pas exister dans le Congo belge, nous avons donc à insister surtout sur la différence du vrai Funtumia elastica et du faux ireh ou Funtumia latifolia. Dans nos études antérieures sur ce genre, publiées dans « Mission Laurent », nous

fiUNTUMIA AFRICANA.

Feuilles des rameaux stériles largement ovales-elliptiques, glabres, mais présentant des touffes de poils à l’aisselle des nervures secondaires.

Pas d’acarodomaties dans l’aisselle de ses nervures.

Bractées florales de i millimètre de long.

Bouton floral (fleur près de s’épanouir) cylindrique, long de 16 à 18 millimètres.

Lobes de la corolle ovales-asy métriques, longs de 8 à 18 millimètres.

, Tube de la corolle étranglé à 3 millimètres de la base.

Lobes du disque un peu plus courts que l’ovaire.

Ovaire finement pubescent.

Follicules linéaires très pointus au sommet. Le latex en se coagulant donne une pâte très gluante (Viscine).

avons discuté la valeur des caractères des trois espèces actuellement admises dans le genre Funtumia (i).

Il résulte de ces discussions que la connaissance des ‘caractères botaniques est nécessaire pour définir, avec certitude, la valeur d’un Funtumia et, dans ces caractères, celui tiré de l’ovaire et de ses annexes est le plus important.

Dès lors, le tableau analytique peut se libeller :

Ovaire glabre, disque plus long que l’ovaire . Funtumia elastica. Ovaire velu, disque plus court ou environ aussi long que l’ovaire.

Fleurs relativement grandes, à lobes de

lo à i5 “Z”' de long Funtumia africana.

Fleurs relativement petites, à lobes de

5 à 8 de long Funtumia lati folia.

Ou bien encore :

Fleurs relativement grandes, à lobes de

lo à i6 de long Funtumia africana.

Fleurs relativement petites, à lobes de 5 à 8 de long.

Ovaire velu, disque plus court que l’ovaire Funtumia latifolia Ovaireglabre, disque plus long quel’ovaire Funtumia elastica.

La présence, au Congo, de formes intermédiaires entre Funtumia elastica et Funtumia latifolia, sur lesquelles nous avons insisté dans « Mission Laurent », est corroborée par les notes de M. A. Sapin qui a rencontré ce que les uns signalent comme hybrides ? et d’autres comme « formes en mutation ». Nous avons trouvé, dit-il, des hybrides dont les feuilles présentent les caractères des vrais Funtumia, mais dont les fruits présentent nettement les caractères des faux.

A l’aide de petites incisions sur quelques arbres, nous avons pu remarquer que, parmi ces hybrides, les uns donnent du bon caoutchouc, les autres du caoutchouc poisseux, sans que rien puisse justifier a priori ces différences, tous ayant les feuilles normales, mais à fruits pointus.

Il y aurait donc des Funtumia hybrides à fruits pointus qui donnent du bon caoutchouc.

La possibilité d’une hybridation et de la formation par ce processus des nombreuses formes rencontrées au Congo, a été signalée par

(i) É. DeWildeman, Mission Ém. Laurent, I, p. 55o et suivantes, i26-i35, II, pl. CLXix-ci.xxxv.

^ nous et, à ce propos, il est intéressant de rappeler les données d’un ri rapport de l’agronome Brisac, envoyé en janvier 1907 à l’administration de la

2 Compagnie (i). Il est regrettable que ces notes n’aient pas été accompagnées

d’échantillons d’herbiers qui auraient permis d’étudier d’un peu plus près (J cette question si intéressante, et si importante, pour l’avenir des plantations •J au Congo.

î II suffit d’examiner une récolte de fruits faite par les indigènes, dit Bri-

sac, pour constater la présence de 6 ou 7 sous-espèces, ou, si je puis m’exprij mer ainsi, d’hybrides à différents degrés.

I Ces fruits sont naturellement rejetés et détruits, mais quelques-uns des

^ fruits choisis peuvent provenir encore de fécondations croisées.

J A Munungu, sur 5oo plants provenant de graines nettoyées, reçues de la

Direction de Butala en igo3, il a trouvé en igoq-igoS dix-sept hybrides ou ^ Funtumia africana.

\ En igo5, à Bolombo, sur 36, 000 plants en pleine terre, il a été détruit

; i83 Funtumia africana ou hybrides, soit 5 %o-

On a beaucoup parlé de la valeur de cette essence pour les plantations africaines. Les avis sont très partagés; il semble, en effet, que tout en donnant un bon produit, l’arbre n’est pas de ceux qui supportent facilement la saignée. Tel est l’avis de M. A. Chevalier; pour lui, les Funtumia saignés en arêtes de poisson suivant le procédé indigène sont appelés à disparaître, par ' suite de ces opérations répétées. M. L. Nicolas constate qu’un Funtumia, dans le Bondoukou, ne résiste ordinairement pas à une deuxième saignée. Nous pensons, pour notre part, qu’il peut résister quelques années si l’on prend certaines précautions, mais, malgré tout, c’est un arbre condamné à plus ou moins brève échéance.

La disparition du caoutchoutier n’est certainement pas encore prochaine, car il existe dans la forêt des régions entières non encore exploitées, mais il est cependant urgent d’envisager l’avenir, dans un pays où le caoutchouc constitue la plus grosse part de l’exportation.

Nous-même, suivant en cela l’opinion émise par beaucoup d’autres agronomes, entre autres M.Waldau, dont nous avons cité les avis à propos des lianes, avons souvent préconisé la culture du Funtumia ou Kickxia,o.2x c’est une plante indigène qui a donc toutes chances de réussite (2). Cette culture a été entreprise dans beaucoup de pays tropicaux sans obtenir toujours plein succès.

i) Voy. au sujet du Funturma au Kasai : Dr Dryepondt, Les plantes à caoutchouc du Kasai in L’Agronomie tropicale, 1909, n°s 4 et 5.

(2) Nous avons exposé ailleurs les raisons qui nous avaient conduit à mettre les planteurs en garde contre cette hybridation, entre autres dans notre articulet. « Quels sont les caoutchoutiers à cultiver en Afrique occidentale?» in Les Annales coloniales, Paris i^r octobre 1904.

Là.

— io8 —

Dans des plantations du Cameroun cet arbre est employé comme arbre d’ombrage, il se montre robuste et se développe rapidement. S’il donne en culture autant de caoutchouc qu’à l’état sauvage, on ne pourrait pas trouver beaucoup de meilleurs arbres pour la culture en Afrique occidentale. On compte pouvoir commencer la saignée dès l’àge de huit ans. Un Kickxia, de taille ordinaire, à l’état sauvage, donne, soutient-on, sans préjudice pour son développement futur, un kilogramme de caoutchouc.

Les seules réserves que nous avons faites dans la culture de ces Funtumia, sont relatives à l’hybridation possible, que certains auteurs ont niée, et à leur rapide épuisement.

En tous cas, vu la disparition de cette essence, il y a lieu, comme le dit M. A. Chevalier, de prendre des mesures pour arrêter la dévastation des forêts et favoriser la multiplication des Funtumia.

Les moyens à notre disposition sont bien ceux que M. Chevalier a présentés sous les rubriques :

1“ Faire des plantations ;

2° Aider à la formation de peuplements forestiers naturels constitués par cette essence.

Étant donné qu’il est nécessaire de faire des cultures, voie dans laquelle la Compagnie du Kasai et les Plantations Lacourt, sont entrées résolument depuis des années, comment faudra-t-il établir ces plantations?

Le premier point à envisager est celui du choix de la graine. Nous avons fait ressortir le caractère du fruit, mais nous avons rappelé dans « Mission Laurent » que la forme du fruit ne donnait pas toujours tout apaisement, qu’il existait des plantes fournissant, disent des agents coloniaux, du bon caoutchouc, et ne présentant pas l’obtusité caractéristique du sommet des gousses. Cette même indication était fournie par un rapport de 1906 de M. Luja, qui n’a jamais été publié. M. Luja a dit avec raison : On ne peut se guider avec certitude sur l’aspect et la forme du fruit pour reconnaître s’il provient d’un bon ou d’un faux Funtumia. Une sélection certaine ne peut se faire qu’après la germination des graines et après que les jeunes plantes ont atteint une année de développement. C’est là encore une difficulté non négligeable qui surgit dans la création de plantations de Funtumia.

Au bout d’un an de développement, M. Luja constate dans les pépinières deux types différents.

L’un a le caractère du vrai Funtumia^ l’autre ressemble au faux Funtumia. Il se produit aussi un type de Funtumia qui est probablement le résultat d’une hybridation entre le vrai et le faux Funtumia du Kasai. Il est encore impossible de dire si cette variété donnera du caoutchouc.

M. Luja semble aussi avoir observé que les graines perdent rapidement

— log —

leurs facultés germinatives, cela ne paraît pas être le cas général, car fréquemment nous avons reçu d’Afrique des graines qui, après leur long voyage, ont très facilement germé en serre.

Il est en tous cas nécessaire de faire une sélection rigoureuse des graines et des porte-graines avant de faire le semis. C’est ce que Brisac avait fait dès igo3 à Munungu où il avait installé une plantation de 5oo Funtumia elastica, spécialement cultivés comme porte-graines; afin d’avoir des arbres vigoureux et par conséquent de beaux fruits, il avait fait fumer les trous dans lesquels ils ont été plantés.

En octobre igo4, il remettait 27 jeunes plants à Bolombo et 370 à Munungu et, en igo6, il y avait plus de 1,600 plants à Bolombo et 5, 000 à Munungu.

En igo2, il avait prescrit la destruction des faux irehs, là où il avait planté des porte-graines, pour isoler ceux-ci et éviter l’hybridation.

Il semble donc qu’on pourra récolter des graines sur des sujets isolés, sains, forts et exempts de toute hybridation et nous n’aurons plus à craindre les déchets que l’on ne peut éviter lorsqu’on doit faire chercher des fruits en forêt.

Une question générale se pose ici, comme pour les autres cultures d’arbres. Faut-il enlever seulement le sous-bois et laisser en place les grands arbres difficiles à enlever ?

Il résulte d’un rapport envoyé en igo6 à la Compagnie du Kasai, que presque tous les arbres laissés dans ces plantations sont morts, par suite du contact du feu lors du brûlage des arbres abattus. Leurs branches en tombant détruisent quantité de Funtumia. De plus, par les tornades ils se brisent à environ 3 mètres au-dessus du sol, occasionnant par leur chute de véritables dégâts.

Cet argument est déjà excellent, pour pousser à la destruction des arbres, même les plus gros, mais il faut aussi tenir compte de l’arrivée possible, dans un terrain si peu nettoyé, de champignons capables d’attaquer les plantes productrices. La destruction de la forêt est donc nécessaire de l’avis de tous ceux qui ont travaillé dans la région du Kasai, car M. Ledermann a même pu dire que la seule méthode est de planter dans la forêt abattue par le fer et par le feu. Une autre raison pour défricher à fond réside dans les faits que M. Luja a signalés en igo6 déjà, à propos des plantations qu’il surveillait au siège des Plantations Lacourt. Les récentes plantations de Funtumia qu’il avait faites, comme les Funtumia plantés en forêt défrichée, croissaient très bien. Par-ci par-là de jeunes plantes restaient stationnaires à cause du manque de lumière. A cette époque, igo6, il pouvait déjà recueillir des graines sur des plants de 2 ans.

IIO —

M. Luja pense également que les Funtumia plantés en plein soleil sont plus rustiques et poussent plus rapidement que ceux plantés dans la forêt, si, bien entendu, le sol est suffisamment humifère. C’est, d’ailleurs, généralement sur la lisière de la forêt qu’on rencontre le plus abondamment le Funtumia latifolia.

Dans les terrains boisés, les plantes ne souffrent nullement de la transplantation et la mortalité est pour ainsi dire nulle. Dans les terrains découverts les jeunes plantes perdent en grande partie leurs feuilles, ce qui ne nuit cependant pas à leur reprise ; elles rentrent en végétation au bout de quinze jours.

En 1904, il y avait i million de Funtumia en pépinières et 170 hectares étaient plantés en cette essence, à une distance de 4 mètres, soit donc environ 625 à l’hectare.

Au bout de quatorze mois de plantation, les Funtumia atteignaient ii^So; en igog, certains pieds atteignaient i5 mètres de hauteur.

Mais un terrain trop sec ne convient pas à cette essence, elle résiste difficilement à la sécheresse: cela a poussé certains agronomes à faire ménager les grands arbres dans les débroussements, surtout dans les terrains sablonneux où la radiation devient trop vive. Après quatre semaines sans pluie, M. Luja a vu les Funtumia perdre leurs feuilles.

Mais c’est ici le moment d’employer les cultures intercalaires de légumineuses qui, durant le jeune âge, recouvriront le sol et empêcheront la dessiccation de la couche superficielle, le lavage par les eaux, par suite l’appauvrissement du sol en conservant à celui-ci ses propriétés physiques et chimiques.

Ces cultures prescrites dès 1907 par la Compagnie du Kasai ont fait l’objet d’essais ; ils ont démontré qu’elles ne nuisent pas au développement des arbres à caoutchouc et qu’il n’y a aucun inconvénient à en faire sur une grande échelle comme le désire l’Administration centrale.

Si donc on est amené, d’un côté, à .supprimer la plus grande partie des arbres de la forêt pour cultiver cette essence et, d’un autre côté, à lui fournir de l’ombrage pour sa croissance, il faudra planter les arbres d’ombrage et non réserver ceux-ci, à moins de trouver dans la forêt défrichée des légumineuses jeunes capables de se développer en même temps que les plantes de culture. On évitera ainsi les dégâts occasionnés par la mort naturelle des géants de la forêt.

Un an après l’installation des cultures, M. Luja, observe que les Funtumia plantés en forêt bien défrichée ont très bel aspect et ont en moyenne 60 centimètres de hauteur ; à ce moment les plantes émettent

leur première ramification, ce qui est souvent gênant. Les plantations effectuées dans la plaine sablonneuse n’ont pas donné les résultats espérés, malgré tous les efforts. La mortalité observée a été de 6o p. c. et le même déchet a été constaté dans les plantations de la Société anonyme belge à Manghay, Par contre, dans les plantations en forêt défrichée la mortalité est de 5 p. c. environ.

Mais la sécheresse du sol ne paraît pas être la seule difficulté de la croissance. M. Luja considère un sol trop humide comme aussi néfaste à cette culture qu’un sol très sec. Il se fait aussi que la croissance des arbres est arrêtée parce que leurs racines ont rencontré un sol soit trop dur, soit imperméable, par conséquent une couche aquifère permanente, aussi la remarque suivante faite par M. Luja doit-elle être prise en considération : Les jeunes Funtumia viennent le mieux dans les terrains légèrement en pente.

M. le D'' Dryepondt, ancien directeur en Afrique de la Compagnie du Kasai, a réuni sur les chenilles des irehs quelques renseignements que nous trouvons utile de reproduire ici.

« Déjà des rapports de nos agents des cultures, des renseignements que nous tenions de M. Luja, des Plantations Lacourt, nous avaient averti qu’une maladie sévissait sur les Funtumia.

» En effet, beaucoup de ceux que nous vîmes à Kondue, Munungu, Lubefu (C. A. P. L.), Bolombo, Mangé (S. A. B.) étaient presque privés de feuilles, avaient des feuilles partiellement roussies ou même totalement fanées.

» Les feuilles partiellement roussies attirèrent spécialement notre attention ; nous remarquâmes en effet que les bords voisins de la pointe étaient recroquevillés et collés ensemble de manière à former une sorte de godet.

» Ayant vérifié le contenu de ces godets, nous vîmes que tous étaient remplis d’une espèce de trame en fil ressemblant aux toiles de certaines araignées et contenant des œufs de couleur noirâtre, analogues en formes et dimensions à des œufs de vers à soie.

Chaque godet contenait en outre une (rarement deux) chenille ou chrysalide et chaque feuille était en partie mangée et roussie ; dans les feuilles complètement fanées on retrouvait des vestiges de cocon et des œufs avortés.

» Toujours, à tous les postes que nous avons passés en revue, nous avons retrouvé la même chenille sur tous les irehs attaqués ; nous avons cru remarquer (ce point mérite cependant vérification et nous ne sommes pas affirmatif à cet égard) que les espèces hybrides ou franchement fausses n’étaient pas attaquées.

» Nous n’avons aucun doute, après ce que nous avons vu à Munungu et ailleurs, que cette chenille est la cause de la maladie des irehs, récemment signalée et partageons à cet égard l’avis du chef de cultures M. Brisac.

» La cause étant connue, le remède devient facile, l’échenillage qui sera aisé pendant la période de croissance des arbres, lesquels, une fois grands, n’en auront plus guère besoin. Et l’échenillage est d’autant plus facile que la forme spéciale en cornet des feuilles révèle la présence des chenilles et chrysalides.

» En une heure un homme peut nettoyer 6o jeunes irehs, soit 600 par jour ; et comme il suffira de faire ce travail une fois par mois au maximum et dans les premiers temps, les frais n’en seront pas excessifs, tandis que le remède sera radical. Il faut, bien entendu, brûler et non jeter les chenilles et chrysalides.

» Nous avons recueilli quelques larves et chrysalides pour nous rendre compte 1° si les chrysalides trouvées dans le cornet des feuilles provenaient bien de la chenille que nous y avions aussi rencontrée et non d’une autre;

» 2° Pour savoir quel était le papillon auquel la chrysalide allait donner naissance. Nous n’avons pas tardé à avoir à cet égard tous nos apaisements. Nous n’avions fait aucune erreur. Les chrysalides sont devenues papillons en cours de route et certaines larves sont devenue chrysalides. Aucun doute, nous possédons bien les 3 formes successives.

» La chenille est longue d’environ 25 millimètres, au corps lisse, non velu, de couleur jaune-verdâtre avec deux larges raies noires longitudinales allant de bout en bout; la tête est rouge-brique.

» La chrysalide est de couleur brun-jaunâtre longue d’environ 12 millimètres.

» Le papillon a le corps blanc-crême velu aux ailes d’un beau blanc de crème parfois irisé. Le bord antérieur des ailes porte une jolie bordure, de ton bronze mordoré et plusieurs taches de ce même ton existent : un gros point vers la partie médiane et contre la bordure; deux petites lignes très courtes un peu en dessous du point et perpendiculaires â la bordure; 3 points très petits au bord postérieur de l’aile.

» Ce papillon est commun au Congo ; nous l’avions souvent remarqué, le soir, car il est très joli, sans nous douter des méfaits qu’il causait.

» L’impression qui nous reste de ces recherches et de ce que nous avons vu (et nous sommes heureux de voir nos idées conformes à celles de notre chef de cultures, que nous avons rencontré â Bolombo à notre descente), c’est que la maladie des irehs sera très aisément combattue. C’est un ennui et non pas un désastre ni une calamité. Nos conclusions sont donc franchement optimistes. »

Planche XI

Page 1