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IREHS EN FORÊT PLUS ÉCLAIRCIE

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MM. Luja et Ledermann avaient signalé les dégâts causés par cette chenille, sur laquelle M. le docteur Dryepondt a insisté; pour M. Luja, ce petit papillon serait une véritable peste, il dépose des centaines d’œufs qui éclosent rapidement; les chenilles détruisent souvent toutes les feuilles d’un arbre et même de ceux qui ont atteint lo mètres de hauteur. Si l’on peut considérer cette maladie comme peu grave, il faut cependant reconnaître que beaucoup i de pieds ont périclité et ont même fini par succomber par épuisement,

;l étant toujours dépouillés de leur feuillage et essayant constamment de le

I reformer.

Ce lépidoptère est probablement semblable, ou très voisin, du Glyphodes ocellata Hampson, (décrit dans \&sProceedings of the zoological Society de Londres, en 1898, d’après un échantillon provenant de Sierra-Leone), dont nous avons parlé dans nos « Notes sur quelques Apocynacées laticifères du Congo ».

La chenille de ce microlépidoptère apparaît à Victoria Cameroun, pendant différents mois de l’année, on l’y a observée en septembre,

1 décembre, mars et avril; il est à présumer cependant, d’après les divers

«renseignements que l’on possède, que le papillon peut se rencontrer vivant pendant toute l’année. Cette chenille verdâtre est munie de deux stries brunes longitudinales ; elle se fixe sur la face supérieure de la feuille, vers = son extrémité, rapproche, par les fils qu’elle sécrète, les bords de la feuille, et se retirant dans cette cavité, mange le parenchyme chlorophyllien de la feuille qui devient jaunâtre et presque transparente; la feuille finit par tomber. Si de nombreuses chenilles se fixent sur une jeune plantule de celle-

ci perd parfois très rapidement toutes ses feuilles et meurt faute d’organes d’assimilation. Quant à la chenille, son développement est rapide; elle ‘n atteint environ 3 centimètres de long avant de se transformer en chrysalide, ^ d’où sort au bout de peu de semaines un papillon blanchâtre, à tête jaune et I à taches jaunes le long du bord des ailes.

' La chenille attaque particulièrement les jeunes plantules en pépinière et les détruit fréquemment alors qu’elles n’ont que deux à trois paires de feuilles. Si les plantes ne sont pas très attaquées, des feuilles pourront repousser, surtout à la saison des pluies. Pour éviter la destruction des cultures par ce para- 1 site, il faudra avoir soin de visiter en détail, tous les trois à cinq jours, toutes les plantes des pépinières ou des jeunes plantations, afin d’y reconnaître la présence du parasite qui peut être facilement tué. En peu de jours, des enfants et des femmes pourraient tuer des milliers de chenilles. Dès l’âge d’un an et demi à deux ans, la plante sera à l’abri du parasite et il ne faudra plus faire grande attention au Glyphodes. A ce point de vue donc, les avis des planteurs allemands du Cameroun et celui du D’’ Dryepondt concordent.

Il est intéressant de noter qu’une maladie due à une autre chenille : Caprmia Conchydelys Green rend la culture du Funtumia difficile à Ceylan. Voici, à ce propos, ce qui a été observé à Ceylan. La défoliation commence déjà dans la pépinière et se continue pendant la croissance de la plante, détruisant toutes les feuilles. Dans de telles circonstances, il est impossible que les plantes croissent bien et il est surprenant qu’elles puissent même résister. La maladie peut être arrêtée par des pulvérisations répétées avec des composés arsenicaux, mais, sur une grande plantation, cela devient peu praticable ou du moins rendra la culture de ces caoutchoutiers peu profitable, comparée à celle de VHevea.

Dans les cultures au Cameroun on signale aussi, comme très nuisibles, les limaces qui, d’après les observations faites à Victoria, mangent par un temps humide l’écorce de la base des jeunes tiges, les tuent ou ralentissent fortement leur croissance. Mais, comme la chenille, cet ennemi n’est redoutable que pour les plantes jeunes, une fois sorties de la pépinière, elles n’ont plus grand’chose à redouter, de sorte que la culture pourra être entreprise avec succès si des soins suffisants sont donnés pendant le premier âge.

Au Congo, on a signalé également le tort fait aux plantations par des mollusques à coquilles, mais des renseignements très précis sur les dégâts causés nous manquent. Dans ces dernières années on ne paraît plus avoir remarqué d’une façon spéciale la présence de ces hôtes gênants.

D’autres insectes attaquant les Funtumia à divers stades de leur développement ont encore été signalés par M. Luja. Il cite en premier lieu un gros grillon qui coupe les jeunes plantes dans les pépinières et aussi à l’endroit de leur mise en place définitive. Ce grillon creuse des galeries obliques dans le sol jusqu’à un demi-mètre de profondeur. Au fond de cette galerie, il établit une excavation de la grosseur du poing et c’est là qu’il place les morceaux des jeunes plantes, probablement en guise de nid pour y déposer ses œufs. La quantité de jeunes plantes ainsi détruites est notable.

Les indigènes recherchent ce grillon pour le manger.

En second lieu, M. Luja renseigne la larve d’un coléoptère qui s’attaque aux branches qu’elle creuse de galeries dans le sens de la longueur, comme le font les « Borer » des caféiers.

Citons encore le chancre des Funtumia, dont M. Dawe, l’explorateur anglais, a rapporté des échantillons lors de son voyage (BuU. of Miscell. information of Kew, n" 3, 1909). Cette maladie est occasionnée par le Nectria Funtumia, un champignon voisin du Nectria ditissima, parasite du chancre du cacaoyer. La maladie du Funtumia se développe dans les mêmes conditions que celle du cacaoyer. La nouvelle maladie paraît jusqu’à ce jour peu grave, il est cependant prouvé que les portions de troncs atteints par le chancre ne donnent

I plus de latex. On a prétendu que les arbres produisant du latex peuvent j lutter facilement, s’ils sont en bonne santé, contre les insectes perforants, le latex les défendant; cette protection est perdue quand, pour une cause quel- I conque, la plante est affaiblie. Sans entrer dans la discussion de cette théorie,

I il est en tous cas certain que l’état physiologique influe sur le parasitisme.

La période de diminution d’afflux de latex qui suit la saignée systéma- I tique sera, en tous cas, un moment critique, et des moyens de protection ‘ seront alors nécessaires; des saignées mal faites, endommageant le cambium I rendront les arbres particulièrement sensibles aux attaques des parasites.

On ne peut cependant, malgré certaines appréciations optimistes, compter sur l’immunité des plantes de culture.

Grâce à la grande extension que prennent les plantations de caoutchoutiers, de nouvelles maladies sont à craindre. Les planteurs devront soigneusement observer pour découvrir les premiers signes d’attaque. Prises à temps, la plupart des maladies causées par des insectes peuvent être arrêtées.

Depuis longtemps, la Compagnie du Kasai a étudié le rendement et la rentabilité de la culture du Funtumia et, dans un rapport adressé, il y a plusieurs années, par l’inspecteur Éd. Lescrauwaet, il y a, au sujet du rendement et de la saignée de cette essence, des renseignements intéressants.

Lescrauwaet récolta le latex d’un Funtumia elastica ayant 6o centimètres de circonférence à la base et, comme il tenait à connaître le maximum de rendement d’un Ireh de pareille dimension, qui avait, à son avis, six ou i sept ans d’âge, il a fait la récolte suivant la méthode indigène, qui consiste à abattre l’arbre. Il a même fait battre l’écorce, opération qui n’a donné aucun résultat. Tout en étant partisan de la coupe des lianes pour extraire le l( latex, il était au contraire un adversaire résolu et avec raison de cette même ^ méthode pour l’extraction du latex des arbres. L’obstacle à la récolte du t caoutchouc de la liane n’existe pas pour l’arbre, qui a son tronc généralement ’ droit, tandis qu’il est totalement impossible de récolter sur la liane le latex I par incision, en la laissant dans sa position verticale. Soutenir, ajoutait-il,

' qu’il est possible de défaire la liane de ses attaches et de l’étendre sur des , fourches pour la rattacher ensuite, après l’extraction du latex, c’est ne pas ' connaître la liane à caoutchouc.

Pour le Funtumia, les mêmes difficultés n’existent pas, mais, malgré cela, fl dans la région du Kwilu il ne trouva plus un seul gros Ireh, tous avaient été î coupé.s;mais heureusement, ils repoussent du pied, tous les vieux troncs lan- ' cent des jets. L’Ireh porte ses fruits à sa cinquième année, à cet âge l’indi- ! gène le néglige encore, estimant avec raison qu’il n’est pas encore assez riche I en latex; aussitôt qu’il est d’une certaine force, on sort la hache et il est j impitoyablement couché.

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Brisac, qui avait été chargé par la Compagnie du Kasai de rechercher les conditions de vie du Funtumia dans la région de Lie, Luhu et Pangu, a donné sur cette essence des indications très comparables à celles fournies par Éd. Lescrauwaet. D’après lui, les Funtumia elastica ne se rencontrent pas dans les environs immédiats de la factorerie de Lie ; contrairement à ce que l’on croit généralement, les terrains humides et bas ne lui conviennent pas.

Il ne le rencontra que sur les collines, les plateaux bien drainés et plutôt secs qu’humides; il ne le vit pas ordinairement à moins de 25 à 3o mètres au-dessus du niveau du cours d’eau voisin ; partout sur les hauteurs il rencontra cet arbre, mais partout aussi le latex en avait été récolté. Les indigènes n’ont pu lui montrer qu’un seul pied de 3q centimètres de circonférence, encore intact, et qui se trouvait dans un nouveau défrichement pour plantations indigènes et encore avait-il été atteint par le feu quand on avait brûlé les herbes.

Les indigènes n’opèrent pas toujours par abatage; ce serait cependant ce procédé qu’ils emploient le plus volontiers; ils pratiquent sur le tronc abattu des incisions circulaires, à un pied de distance, et recueillent le latex dans de larges feuilles ou des calebasses.

Ce procédé est, nous l’avons dit, peu recommandable, car, outre la perte des arbres, qui, avec d’autres systèmes, peuvent servir de porte-graines et être saignés de nouveau au bout d’un temps indéterminé, il arrive que l’arbre tombant tout à fait à plat l’indigène ne saigne que la partie se trouvant au-dessus, et il ne lui viendra jamais à l’idée de soulever l’arbre ou de le retourner pour saigner la partie inférieure; il lui faudrait pour cela un trop grand effort, tout à fait en désaccord avec ses habitudes de nonchalance, et il préfère abattre un autre sujet. Brisac a vu de ces irehs dont on n’avait pas extrait le tiers du latex.

Parmi les autres procédés de récolte du latex signalons l’application de coups de couteau et le recueillement du latex qui s’écoule immédiatement deS' blessures faites à l’écorce; cette façon de procéder, si elle ne nuit guère à l’arbre, ne donne pas beaucoup de latex; c’est d’ailleurs la méthode la moins employée.

Une autre manière d'opérer consiste à faire des incisions en V, à environ un pied de distance les unes des autres, avec une incision verticale au milieu, cette dernière formant le canal qui amène le latex dans la calebasse; il est fait ordinairement deux séries d’incisions opposées par sujet, une de chaque côté. C’est là un procédé que le noir a appris du blanc.

Parfois aussi une incision partant des branches et descendant en spirale jusqu’à terre draine et amène dans le récipient tout le latex qui s’échappe de l’écorce. Ces entailles, parfois de la largeur du doigt, nuisent beau-

coup à ces caoutchoutiers, dont une partie des branches se dessèche. Pourtant ils guérissent, et Brisac en a vu qui avaient subi ces opérations depuis un mois ou deux, pour autant que cela puisse être jugé par le commencement de cicatrisation des plaies, qui portaient des fruits en assez bonne quantité.

Pour Brisac, de tous les procédés d’exploitation, les saignées en spirale I ou en arête de poisson sont les meilleurs, car en permettant à l’arbre de continuer son développement, elles assurent la récolte d’une bonne proportion de caoutchouc.

[ Lescrauwaet avait cependant, dans le but de déterminer la quantité

minimum obtenable d’un arbre de certaine dimension, employé la méthode brutale indigène de l’abatage, qui lui avait donné un très faible rendement. Mais cette expérience ne peut amener à conclure, et Éd. Lescrauwaet exposait les raisons suivantes qui ont leur portée : i" je crois que si j’avais simplement incisé cet arbre, j’aurais obtenu, bien que ce ne soit pas l’avis de l’indigène, la même quantité de latex et j’aurais conservé l’arbre; 2° en conservant l’arbre, on finirait par établir, ce qui nous intéresse le plus, le rendement » annuel d’un ireh, car j’estime qu’une récolte par incisions peut être pratiquée plusieurs fois par an, et si pas trimestriellement, du moins semestriellement; 3° que l’arbre dont j’ai récolté le latex est bien jeune (les vieux sont tous I coupés) et que certainement le rendement augmente avec l’âge; 4® que cette récolte a été faite pendant le jour, alors qu’une récolte de nuit est toujours plus productive.

Tout en n’ayant pas obtenu un rendement important, Lescrauwaet était I très enthousiaste de cette culture et estimait un ireh de i5 ans capable de i| donner, en plusieurs récoltes, 5oo grammes de caoutchouc sec par an et que ce rendement était, d’après lui, suffisant pour rendre rentable une plantation, t qui pourrait être faite à raison de 100,000 pieds, avec un personnel de 200 tra- I vailleurs.

Au point de vue de la récolte du latex, Éd. Lescrauwaet avait émis cer- 1 taines considérations qu’il convient de rappeler : je crois, disait-il, que les instruments primitifs des indigènes ne suffiront pas pour récolter dans de bonnes conditions, le latex par incisions. A mon avis il faudrait des espèces d’étaux circulaires, enserrant l’arbre; ce cercle devrait être muni à l’intérieur d’une bande à collet rabattu, en cuir ou mieux encore en caoutchouc, de façon qu’une fois vissé sur l’arbre, aucune goutte de latex ne puisse se j perdre. Un récipient serait attaché à cet appareil qui serait construit de façon à ce que tout le liquide aboutisse à ce récipient. Une fois l’appareil posé sur l’arbre, on pourrait inciser le soir et le lendemain matin vider le vase. Sans un appareil, qu’on peut appliquer sur les arbres, sans craindre de perdre du latex provenant des incisions, la récolte deviendrait trop coûteuse comme

main-d’œuvre, et le caoutchouc reviendrait trop cher. Un homme devrait pouvoir poser 5o appareils et faire les incisions en une après-midi. Sans appareil, il faudrait 5o hommes pour le même travail. Ce sont ces difficultés de l’incision qui amènent l’indigène à préférer la coupe de l’arbre car, prétend-il, l’inciser dans sa position verticale est chose impossible ; en effet, il est naturellement plus facile d’extraire le latex quand l’arbre a pris la position horizontale, mais on perd chaque fois un arbre de valeur.

« Une chose m’a frappé, écrit Brisac, j’ai rencontré beaucoup d’Irehs qui se touchaient à un pied ou deux du sol et dont les troncs avaient jusque 70 à 80 centimètres en tour, nulle part ailleurs je n’ai rencontré cette particularité et si, comme je le crois, ces arbres avaient été abattus pour être récoltés et ont repoussés ensuite, il faut admettre que ce caoutchoutier est connu des indigènes depuis de longues années. »

Il y a donc lieu de remarquer que l’Ireh coupé, à une certaine hauteur, n’est pas toujours perdu, et que le plus souvent s’il n’avait pas atteint un trop grand développement il émettrait à sa base plusieurs pousses.

Les arbres qui ont été saignés portent sur l’écorce des cicatrices en profusion, indice peut-être que depuis plusieurs années ils sont soumis à la récolte et pourtant ils auraient encore fort bonne mine.

Malheureusement le nombre d’arbres qui ont résisté semble restreint; d’après les rapports de Brisac, dans la région de Lie il n’y aurait guère plus de I pied par hectare.

L’indigène connaît et récolte le caoutchouc de cette essence et préférerait même la travailler que le Landolphia; Brisac a vu beaucoup de lianes à caoutchouc rouge et noir non incisées de 3o centimètres et plus de circonférence, l’une d’elle mesurait 68 centimètres, et par contre il ne rencontra pas un seul Ireh vierge.

De ces données il faut conclure que les indigènes connaissent depuis longtemps l’Ireh et en récoltent le latex depuis longtemps puisqu’on a trouvé dans la région du Kasai des souches d’arbres qui avaient été abattus et dont les pousses avaient 667 millimètres de diamètre.

M. Aug. Chevalier a observé que très souvent les souches des arbres épuisés, par une saignée mal comprise, repoussent volontiers, dans les endroits mi-défrichés,mais qu’il n’en est pas de même dans la pleine forêt où les sujets disparaissent en général d’une manière définitive. Il a pu également observer que les incisions se cicatrisent d’autant plus difficilement qu’elles sont situées plus haut sur le tronc et les grosses branches. Mais, pour le botaniste explorateur français, ce fait n’exclut pas la possibilité de maintenir, durant de nombreuses années, le Funtumia en état d’exploitation, si on le saigne rationnellement et à des intervalles assez éloignés.

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Souvent, nous avons conseillé de faire la récolte du caoutchouc par battage des écorces, en d’autres termes d’employer les procédés mécaniques. Cette méthode a été essayée au Cameroun, où elle n’a pas donné de résultats, mais les plants étaient-ils en état d’être traités, n’étaient-ils pas trop jeunes ?

D’après M. Aug. Chevalier, un agronome de l’Afrioue occidentale, M. Fairesse, étudie depuis plusieurs années le moyen d’exploiter économiquement le Funtumia par l’abatage à un certain âge et le traitement de son écorce.

Les arbres abattus seraient facilement reconstitués par cépée et soumis par la suite à une nouvelle exploitation. Ces expériences méritent d’être suivies et d’être reprises ailleurs, car il est possible que le traitement des écorces sur place donnera des résultats supérieurs à ceux obtenus par MM. Alexander et Bing en opérant sur des matériaux secs.

D’après M. Brisac, le mode de préparation de ce caoutchouc, par l’indigène, est très défectueux, il en fait des boules atteignant presque la grosseur de deux poings, qu’il sépare ensuite en 6 ou 8 morceaux, mais la grosseur de la boule empêche de comprimer celle-ci convenablement pour extraire l’eau qu’elle contient, il reste toujours des cellules pleines d’eau, ce qui rend le séchage très difficile et souvent imparfait, et provoque le poissage.

Il arrive même que l’indigène pour agglomérer du beau caoutchouc perlé, le trempe dans le récipient où bout le latex de Funtumia et l’entoure ainsi d’une couche de caoutchouc, gâchant un produit de qualité supérieure. Un procédé de saignée et de récolte employé dans l’Uganda a été signalé H récemment, il pourrait être essayé en Afrique occidentale.

Les arbres sont saignés à l’aide d’incisions en forme d’arête de poisson W\ pratiquées d’un côté seulement du tronc. Les incisions partent de la base du H tronc jusqu’à une hauteur de 12 à i5 mètres, les Funtumia des forêts de I l’Uganda ayant un port très droit, très élevé, avec des branches seulement au il sommet. Ils sont saignés tous les trois mois. La quantité de latex obtenue à I chaque opération est d’environ un litre, chaque pied donnant en moyenne une livre de caoutchouc sec par an.

Le latex obtenu est apporté immédiatement à la factorerie, où on le laisse séjourner pendant deux jours dans de grands pots en terre. Il est alors filtré.

Une quantité équivalente d’eau est ajoutée au latex, et ce mélange est réparti par quantité d’un demi-litre environ dans de petits vases en terre, placés eux-mêmes, au bain-marie, dans des récipients plus grands contenant de l’eau maintenue juste au-dessous du point d’ébullition. Du carbonate de potasse est ajouté dans la proportion de i p. c. au latex et à l’eau, et le tout est malaxé avec une cuiller en bois jusqu’à coagulation, ce qui a lieu, en

général, au bout de trois à quatre minutes. Le carbonate de potasse a pour résultat d’empêcher le caoutchouc de prendre une couleur noire qui le déprécie.

Dans une factorerie visitée par M. H. Hesketh Bell une rangée de six fourneaux rudimentaires était établie de telle façon qu’une demi-douzaine de gâteaux pussent être préparés simultanément. Chaque pot, cependant, demandait l’attention d’un homme. Aussitôt que le latex est coagulé, le gâteau de caoutchouc est placé sous une presse, analogue â celles qui servent à copier les lettres, â l’aide de 4 ou 5 planches intermédiaires, on peut traiter en même temps plusieurs gâteaux ; cette presse est manœuvrée par deux hommes et la pression est assez forte pour produire une feuille de caoutchouc sur laquelle est imprimée la marque de la Compagnie, Presque toute la résine qui est dans le latex est ainsi extraite en même temps que l’eau ; les gâteaux sont ensuite lavés et séchés sur des châssis à claire-voie placés sous des abris.

Le caoutchouc prend peu â peu une couleur ambrée foncée. Il est propre et transparent. Au bout de peu de jours il est prêt pour l’expédition.

Ce procédé est â la portée des indigènes de l’Afrique centrale, les petites presses n’étant pas très coûteuses, pourraient être placées dans les principaux villages ou dans les factoreries,

M. Kinzelbach a insisté sur la possibilité d’obtenir le caoutchouc du latex du Funtumia par simple addition d’eau et filtrage.

Si on ajoute au latex du Funtumia elastica environ 10 à 20 fois son volume d’eau, il se fait une séparation entre un liquide clair qui devient lentement brunâtre, et une masse laiteuse blanche, renfermant le caoutchouc sous forme de petits globules qu’il est impossible d’agglomérer par secousses ni par centrifugation. Mais passée sur du papier à filtrer le caoutchouc est retenu.

L’avantage de cette méthode serait d’éloigner par l’eau de lavage les matières donnant au caoutchouc sa couleur brune.

Pour de grandes quantités on ne pourrait naturellement pas travailler avec des filtres de papier et des entonnoirs de verre. On pourrait faire usage d’un grand tonneau ayant â sa base un robinet, ou mieux encore une caisse ou un cylindre en fer blanc possédant sur un des côtés un tube indicateur qui permettrait d’observer l’état de la séparation du caoutchouc.

Jusqu’à présent on a obtenu les meilleurs résultats en ajoutant au latex dix fois son volume d’eau. On a ajouté â 126 centimètres cubes de latex 1,260 centimètres cubes d’eau, après i 1/2 heure environ, on a laissé s’écouler 460 centimètres cubes d’un liquide clair et brunâtre et, 10 minutes plus tard, encore 26 centimètres cubes. Alors on a de nouveau ajouté la quantité d’eau nécessaire pour avoir le même volume qu’au commencement. Le lendemain matin le caoutchouc s’était complètement séparé du liquide et présentait une

Planchk XII.

masse consistante qu’on pouvait enlever sans difficulté du filtre et presser en boules.

Quant au Purub (acide fluorhydrique), il ne paraît pas convenir particulièrement à la coagulation du latex du Funtuniia elastica. M. Kinzelbach a observé, qu’après avoir ajouté au latex du Kickxia un volume égal ou un volume dix fois plus grand d’une solution de i p. c. de «Purub» concentré, ce latex était encore après six heures complètement liquide. Il n’y a pas même eu de séparation des petits globules de caoutchouc (i).

Les essais de coagulation par l’enfumage à la mode brésilienne n’ont pas donné de résultats satisfaisants, une certaine quantité de latex restant enfermée dans le produit et y formant des poches de liquide qui amènent la décomposition en peu de temps.

Dans nos notes antérieures, nous disions, à propos du Funtumia et de la préparation du caoutchouc :

Pour obtenir le caoutchouc, la meilleure méthode de coagulation est le mélange du latex avec une certaine quantité d’eau et réchauffement de la masse jusqu’à ébullition. Par ce procédé, si la cuisson est bien conduite, on obtient le plus fort rendement et le caoutchouc le moins poisseux; si, dans certains cas, le produit obtenu a été défectueux, cette défectuosité doit être en grande partie attribuée au manque de soins pendant la cuisson. Si l’ébullition est trop forte, une grande quantité de caoutchouc s’agglomère en une fois, emprisonnant dans ses mailles du latex non décomposé, celui-ci ne pourra que difficilement être enlevé par des lavages et occasionnera le poissage de la gomme et la dépréciation de la marchandise.

Il faut aussi veiller à ce que, après coagulation, la masse caoutchoutifère soit bien lavée et mise à sécher en minces galettes, autant que possible à l’abri de la lumière solaire.

MM. Christy et Fickendey ont critiqué ce procédé qui ferait perdre beaucoup de caoutchouc; à ces critiques, M. Aug. Chevalier oppose le résultat de ses expériences personnelles, qui ne lui ont laissé aucune perte en caoutchouc. La méthode simple qu’il préconise et que l’administration coloniale française s’efforce de faire adopter, permet aux indigènes de préparer un caoutchouc régulier, dont la côte est voisine de celle du « Para », au dire d’experts auxquels il a été soumis.

Voici comment Aug. Chevalier conseille d’opérer :

« Verser jusqu’aux deux tiers dans uiie marmite aussi grande que possible et à bords évasés, de l’eau bien propre Porter à l’ébullition et, lorsque

(i) Cf. c. Kinzelbacu, in Der Pflanx$r, igog, n» g où l’on trouvera la littérature sur le sujet.

les grosses bulles commencent à monter, verser doucement au centre de la marmite une petite quantité de latex passé à travers un linge. Remuer le liquide avec une ou deux palettes en bois sur lesquelles le caoutchouc s’agglomérera peu à peu et qui serviront ensuite à retirer le caillot. Si l’ébullition devient trop active, ajouter un peu d’eau froide ou de latex. La même marmite d’eau peut servir à coaguler une très grande quantité de caoutchouc, si on ne verse le latex qu’au fur et à mesure de l’enlèvement du coagulum. La coagulation de loo centimètres cubes de latex versés dans l’eau bouillante s’opère en trois ou quatre minutes.

» A ce moment, le liquide est complètement décoloré et il ne reste plus de caoutchouc dans la marmite. Le caillot formé est remplacé par une nouvelle quantité de latex et l’opération se continue assez lentement, puisque deux manœuvres mettent une heure environ pour coaguler deux litres de latex. Si la marmite contient une quinzaine de litres d’eau, on peut aller plus vite et verser jusqu’à un demi-litre de latex à la fois, mais il est préférable de verser de petites quantités, car on évite ainsi les adhérences du coagulum contre les parois du récipient. »

C’est le procédé que depuis des années nous conseillons dans nos cours, il est, somme toute, une légère modification du procédé de coagulation du latex dilué d’eau, par l’ébullition, qui est, d’après nous, un des meilleurs procédés, après ceux qui se basent sur des opérations mécaniques.

Il est à noter encore, et nous avons personnellement été heureux de faire cette constatation, que M. Aug. Chevalier a supprimé l’adjonction de pousses et feuilles de certaines plantes (Bauhinia, Costus), après avoir reconnu qu’elle était tout à fait inutile et qu’elle donnait au caoutchouc une coloration noire qui le déprécie commercialement.

Nous nous sommes toujours élevé contre cette pratique de l’adjonction d’une substance étrangère, qui modifiait les propriétés du produit.

Par ce procédé, M. Chevalier obtient d’un litre de latex environ 3oo grammes de caoutchouc sec.

Notre confrère a fait encore une autre constatation sur laquelle il convient d’insister : « il arrive parfois qu’une partie du latex versé dans l’eau bouillante donne un caillot dans les délais réguliers et laisse le liquide encore coloré en blanc ; cela prouverait que le latex était mélangé d’autres latex non caoutchoutifères qui sont restés en dilution dans l’eau et ne se coaguleront que si l’on évapore une grande partie de celle-ci. Cette méthode a donc le précieux avantage de déceler la fraude du latex et d’éliminer les mauvais latex ». M. Chevalier conseille de prendre le coagulum encore très chaud et de le laminer en crêpes ou en plaques au moyen d’une bouteille cylindrique, agissant comme rouleau, sur une surface unie. On obtient ainsi des

galettes de quelques millimètres d’épaisseur qui sont lavées à grande eau. »

Nous nous permettons d’insister sur cette partie de la méthode : le lavage est, d’après nous, très essentiel; nous avons toujours fait ressortir son importance et nous avons déjà, en parlant du caoutchouc de lianes, attiré l’attention, avec M. A. Sapin, sur la nécessité de ce lavage, seul capable d’enlever du produit les substances fermentescibles qui ont pu y être enfermées.

M. Chevalier conseille même de faire agir plusieurs heures de macération pour permettre l'élimination complète du sérum ; on suspend ensuite ces galettes dans une chambre obscure pour les faire sécher. M. Chevalier, qui se place exclusivement au point de vue de l’exploitation par les indigènes, ne s’occupe pas de l’utilisation des machines modernes qui, pour le traitement du coagulum, le séchage du caoutchouc, donneraient des résultats meilleurs dans une plantation régulière.

Les essais intéressants suivants ont été exécutés à Pangu par Brisac :

I® Un Ireh de i"’o3 de circonférence, parfaitement sain, et ne portant pas de cicatrice, incisé en arête de poisson (de très grand matin) depuis la couronne jusqu’au ras du sol, a donné o.Siii litre de latex;

2° Un arbre de o.g5 traité dans les mêmes conditions et le plus près possible a produit également 0.490 litre.

L’âge de ces arbres doit être de 3o à 36 ans, ils n’ont pas été abattus, il serait intéressant de poursuivre l’expérience, de voir comment ces arbres se comporteront et au bout de combien de temps ils pourront de nouveau être saignés (i);

3° Un Ireh de i mètre a donné o.320 litre, mais il avait été incisé pendant les fortes chaleurs (à 2 1/2 heures de l’après midi). Ceci confirme ce que disent les indigènes Bangala, du sud de Lie, qui prétendent qu’à partir de midi l’arbre ne donne plus de latex;

40 Trois arbres de 0.80, 0.62 et 0.41 saignés par des coups de couteau dans l’écorce et en recueillant les gouttes de latex qui s’échappent des blessures, ont donné respectivement o.23o, 0.255 et 0.180 litre; résultat presque négatif. Certains récolteurs emploient ce procédé, mais ils ne sont pas nombreux ;

5° Deux autres arbres de 0.43 et o.5i de circonférence ont été abattus et incisés par anneaux à un pied de distance les uns des autres; ils ont produit 0.780 litre soit o.3go de latex chacun. Leur âge serait 16 à 18 ans (i).

(i) Les âges donnés par Brisac ne peuvent être pris en considération, il avait cru pouvoir compter les années par le nombre de cercles concentriques, ce qui n’est d’aucun secours pour la détermination des années de croissance sous les tropiques.

D’un rapport récent de M. A. Sapin, sur des irehs des plantations, on peut déduire :

essai : Ireh de 5 ans, de 52 centimètres de circonférence à i mètre du sol :

Deux demi-arêtes de poisson ont été faites, chaque saignée était formée de 3 branches distantes de 3o centimètres et d’un canal longitudinal, deux séries de 3 par arbre, une sur chaque face de l’arbre, tous les deux jours rouvrage des plaies, donc un jour de repos entre deux saignées.

Le rendement a été :

saignée lo grammes

2® » lo »

28 grammes

soit un total de 28 grammes pour une série d’incisions ou saignées

M. A. Sapin ne croit pas qu’on puisse, sans un repos d’un an, répéter une seconde lois cette série d’incisions sur des arbres d’un tel âge sans nuire à leur croissance.

Quant à la cicatrisation, il résulte d’essais antérieurs que les saignées bien faites ne causent aucun tort aux arbres, M. A. Sapin a vu des plaies cicatrisées au bout d’un an. Une nouvelle écorce s’était formée recouvrant entièrement les blessures. Il s’agit bien entendu de plaies de moins d’un centimètre de largeur et d’une seule série d’incisions en un an

2® essai : Saignée à fond d’un ireh de 4 ans abattu par une tornade :

Poids total du tronc saigné, io5 kilogrammes.

Poids du caoutchouc sec obtenu, 65 grammes.

L’arbre était branchu, sous la bifurcation il avait 5g centimètres, les rameaux 34 centimètres, la hauteur du tronc était de 6 mètres,

3® essai : Saignée à fond de 2 irehs de 4 ans abattus par une tornade.

Le premier était ramifié, la base de 52 centimètres, les rameaux de 3o centimètres de circonférence, l’arbre pesait 69 kilogrammes; le deuxième ireh à tronc droit pesait 29 kilogrammes, mesurait 3 m. 5o de haut et avait 38 centimètres de circonférence à la base, 84 centimètres sous les ramifications.

Les deux latex de ces irehs ont été mélangés et ont donné un rendement de 125 grammes de caoutchouc sec

4® essai : Saignée à fond d’ttn ireh à tronc unique abattu par tornade.

Il mesurait 7 m. 40 de haut, 54 centimètres de circonférence à la base, et 45 centimètres de circonférence au milieu. Le rendement a été de 145 grammes de caoutchouc sec.

Il semble résulter de ces essais qu’un arbre à tronc unique fournit plus de caoutchouc qu’un tronc à 2 branches.

Au Congo, d’ailleurs, les résultats sont très variables. Nous pouvons citer ici, à titre de comparaison, quelques chiffres pour d’autres régions congolaises.

A Nouvelle- An vers, le rendement a été en moyenne de 280 grammes de caoutchouc sec, en 38 incisions, faites en quarante-cinq jours à des intervalles de 2 à 3 jours.

Il faudrait donc 10,000 arbres pour produire 2 à 3 tonnes de caoutchouc; pourra-t-on répéter ces incisions plusieurs fois par an?

A Bangu, un arbre de i5 à 20 mètres de long a donné 40 grammes de caoutchouc frais en une heure de saignée.

A Imese, des arbres de 65 centimètres de circonférence ont donné l’un i32 grammes, l’autre 28 grammes.

A Nouvelle-Anvers :

1° Un arbre, hauteur 8 mètres, diamètre 70 centimètres fournit 56 grammes.

en une série d’incisions, c’est-à-dire en une saignée.

A Eala, deux arbres de 7 ans ont été incisés et ont donné seulement 22 1/2 grammes par arbre. Les arbres avaient été entaillés en spirale, tout autour du tronc. On ne dit pas la largeur de l’entaille.

A Lagos, des réserves ont été faites dans la forêt. Après quinze mois de repos absolu on a constaté 18 p. c. de mortalité par suite des anciennes blessures. D’après ces chiffres, on peut juger quel aurait été le taux de mortalité si, au lieu du repos absolu, les saignées avaient été continuées pendant ces quinze mois.

Quant au rendement du latex, en caoutchouc, M. Brisac nous donne les chiffres :

1° A Mangé S. A. B. nous avons obtenu 444 grammes par litre, mais la quantité manipulée était minime ;

2° A Mukundji (près de Lie), j’ai obtenu 400 grammes par litre de latex filtré;

3° A Lubue 38o grammes par litre, le caoutchouc pesé après deux jours de fabrication (latex filtré) ;

4° A Pehambé Béké au sud de Mangé 35o grammes par litre de latex filtré, mais ce dernier latex avait été vendu par les indigènes, Brisac n’avait pas assisté à la récolte et il pouvait très bien être additionné d’eau.

Tous ces résultats ont été obtenus par la cuisson dans des récipients en terre.

M. le D*" Schulte im Hofe, a publié à diverses reprises des études sur les procédés de saignée à employer chez cette espèce ; pour lui, la saignée la plus profitable est à faire en longueur à l’aide d’un couteau en gouttière, et cela jusqu’à 6 mètres de hauteur; ces saignées longitudinales seraient préférables à toutes les autres (i) Mais le rendement est toujours faible ; l’auteur reconnaît que nous nous trouvons, pour l’exploitation de cette espèce, dans un terrain encore inconnu, mais il croit pouvoir affirmer qu’il ne peut être question de compter sur un rendement de i kilogramme à i 1/2 kilogramme de caoutchouc par arbre. Un arbre de 5 à 6 ans et d’une circonférence de 5o à 55 centimètres donnerait environ 100 grammes de caoutchouc.

Voici, d’ailleurs, les rendements obtenus dans les expériences que M. le D'' Schulte im Hofe a faites lui-même à Campo (Sud Cameroun) et dans la région de Victoria.

Société « Pi.antagen Gesellschaft Sud-Kamerun ». Latex recueilli.

Nombre d’arbres saignés.

Circonférence des arbres.

Minimum

total.

Maximum

total.

Moyenne

totale.

Par saignée.

Cm.

Cm. c.

! Cm. c.

Cm. c.

j Cm. c.

Région de

Victoria.

Latex recueilli.

io5.5

OÛ

(1) Cf. Gummi Zeitung, avril 1909, n» 25.

Le rendement en caoutchouc est d’environ 6o p. c. de la quantité du latex; ce caoutchouc encore humide peut être privé, par dessiccation, d'environ 20 p. c. d’eau.

L’auteur n’ose conclure à propos de la question : Quelle est la meilleure méthode de coagulation du Funtumia?

M. D. Spence, de l’Imperial Institute de Liverpool a, dans le numéro d’avril 1907 du Quarterly Journal de cette institution, donné^les résultats des études qu’il a entreprises sur le latex de cette essence, si importante pour la production du caoutchouc (i).

Le latex qu’il a étudié était très pur, d’un beau blanc d’aspect laiteux; son poids spécifique était 0.9909. L’odeur rappelait celle de l’acide acétique dilué et sa réaction était nettement acide.

La coagulation a pu être obtenue par ébullition ; les globules se prennent en masse compacte en suspension dans le liquide laiteux. Une coagulation plus complète peut être obtenue si, avant l’ébullition, on neutralise le latex par un alcali.

Le latex se coagule également lorsqu’il est exposé à l’air à la température ordinaire, mais la^ coagulation est lente.

L’auteur a ensuite essayé une série de coagulants, en neutralisant le latex par de la soude, et en employant le latex non dilué, car la dilution retarde la coagulation.

L’ammoniaque empêche et retarde la coagulation à froid, la retarde à ioo° C.

Le carbonate de soude empêche la coagulation à froid et la rend imparfaite à chaud.

La soude caustique empêche presque totalement la coagulation.

Le chlorure d’ammonium, de calcium et de baryum ne coagulent pas à froid et rendent la coagulation difficile à chaud.

L’acétate de plomb ne coagule qu’à chaud et encore imparfaitement, ainsi que le chromate de potasse.

L’acide acétique en faible quantité accélère la coagulation à chaud, mais un excès d’acide la retarde et la rend imparfaite.

Les acides chlorhydrique et nitrique agissent comme l’acide acétique, lorsqu’ils sont en faibles quantités mais le caoutchouc obtenu, comparé à un produit obtenu par la chaleur seule, semble de médiocre qualité.

L’alcool accélère la coagulation à froid et fortement à chaud.

L’alcool et le phénol (10 : i) occasionnent une coagulation instantanée à froid.

Le chlorhydrate d’ammoniaque occasionne une modification dans la couleur du liquide, qui devient d’un vert brunâtre ; il se forme un précipité constitué de particules microscopiques de caoutchouc ; à chaud, ces particules deviennent cohérentes, la liqueur devenant transparente.

L’acétate basique de plomb agit de même, mais la séparation est moins complète.

(i) Cf. Lt Caoutchouc tt la Gulta, n° 42, Paris, i5 août 1907, p. 1299.

T.e caoutchouc analysé a donné :

Eau (à réaction acide) 56. g p. c.

Caoutchouc 36.53 »

Résines ... 4.16 »

Protéines et substances minérales . 2.88 »

Ces données peuvent être très utiles pour des recherches, mais nous les considérons ici comme accessoires.

Elles montrent en tous cas que dans le domaine de la culture, de la saignée, de la préparation, en un mot de l’exploitation rationnelle du Funtumia^ il reste encore beaucoup à faire.

Et bien qu’il soit difficile de donner, au sujet de cette plante, des conseils précis, nous croyons pouvoir admettre les conclusions de notre ami Aug. Chevalier, que nous pouvons résumer comme suit :

1° Réagir contre l’épuisement des réserves naturelles par l’établissement de plantations de Funtumia, faites par des indigènes aux alentours des villages de la forêt et des cercles limitrophes, en terrains appropriés, entièrement défrichés et clôturés ; •

2° Organiser près de chaque poste des champs de démonstration qui permettront d’initier les indigènes à l’exploitation régulière des caoutchoutiers.

On ne saurait assez insister sur l’importance de ces champs de démonstration, ils ont plus d’importance que les fermes d’essais que l’on conseille de créer.

Ce n’est pas le moment d’entrer ici dans le détail de cette question et d’insister sur la nécessité de cette organisation que nous avons proposée ailleurs et qui a été combattue à tort. C’est le seul moyen de faire appliquer « les méthodes scientifiques, qui n’ont d’autre objectif que d’éviter l’erreur » (i) ;

3° Établir en un point central de la colonie une grande plantation modèle, qui serait en même temps une station expérimentale destinée à préciser les conditions dans lesquelles devraient se poursuivre la culture et l’exploitation des essences caoutchoutifères, et à fournir des graines sélectionnées ;

4° Sans interdire complètement la fabrication des lumps qui permet aux indigènes de tirer profit de latex inutilisables d’une autre façon, encourager la préparation du caoutchouc en plaques, avec le latex pur de Funtwnia elastica, en payant cette qualité au prorata de sa valeur réelle;

5° Entretenir et étendre progressivement les plantations de Funtumia établies par les villages ; combler les vides qui peuvent survenir ;

6° Le recépage qui pourra être vraisemblablement appliqué aux plantations épuisées, est à prescrire en forêts;

7° Interdire l’exploitation par abatage, dans les endroits où elle se pratique encore.

(i) Cf. I-. Trabut, La Botanique et ses applications à l’agriculture in Bull. soc. bot. de France, t. 54,1909, p. lui.

Planche XIII.

COIN DES PLANTATIONS DE « FUNTUMIA » A MADIBI.

IREHS OU « FUNTUMIA » PLANTÉS EN PLEIN SOLEIL EN IQOS (PLANTATIONS LACOURT) ET AYANT ATTEINT, EN I9IO, 6 A 7 MÈTRES DE HAUT.

Caoutchoutiers Exotiques

Hevea.

Aucune essence caoutchoutifère n’a acquis l’importance des Hevea^ et en particulier celle de ÏHevea brasiliensis. Malgré cette importance culturale, on peut encore se demander si cette plante est bien appropriée aux conditions climatériques de l’Afrique centrale.

Les essais tentés en divers points de notre Colonie sont peut-être encourageants, mais aucun de ces essais n’a dépassé, à notre avis, le stade expérimental.

Depuis longtemps des essais ont été faits aux « Plantations Lacourt » et il convient de citer leur faible réussite.

Déjà en 1904, M. Éd. Luja a signalé qu’après quatre semaines sans pluie, les Hevea perdent leurs feuilles et qu’en général ils laissent, dans leur croissance, beaucoup à désirer ; ils forment ordinairement des troncs grêles et le poids de leur couronne les fait plier.

U Hevea, comme le CastÜloa, lorsqu’il a atteint environ 4 à 5 mètres de hauteur, dépérit, se dessèche sur pied, bien qu’il se trouve planté dans un terrain humide et boisé. Cela paraît dû aux conditions du sol, trop sablonneux, trop peu compact.

IA Luebo, les résultats avec V Hevea sont plus satisfaisants. Les arbres ont été plantés en terrain argileux humide, à une altitude de 370 mètres environ et dans des conditions de température variant de 18 à 35°. En 1908, ils formaient de beaux arbres portant des fruits. Agés de 8 à 9 ans, ils atteignaient 7 mètres de hauteur et 3o centimètres de diamètre à hauteur d’homme.

M. A. Sapin a fait quelques essais de rendement sur les arbres de ce poste en saison des pluies.

De nombreuses incisions ont été faites sur le tronc, incisions en V, de , 10 centimètres de longueur. Quelques gouttelettes seulement tombaient dans |i les godets. La totalité du latex se coagulait sur la plaie et s’enlevait sous t] forme de lanières.

.1 Les incisions n’ont pas été rafraîchies.

Les 6 meilleurs arbres, en une seule série d’incisions, ont donné

85 grammes de gomme d’un gris fauve, d’une odeur fade et urineuse, mais d’excellente qualité.

L’âge exact de ces arbres n’a pu être donné, ils ont environ lo ans.

Sur les 12 sujets, il y en a 5 remarquables; les autres sont chétifs, l’un d’eux a eu son tronc cassé à 2 mètres du sol par une tornade.

Les expériences de M. Wilmin ont porté sur les 5 meilleurs sujets dont voici le signalement :

Numéro

des

arbres.

Hauteur approximative totale.

Rayon

circonférence

de

la couronne.

Hauteur

du

tronc.

Circonférence du tronc

la base.

I mètre.

2 mètres.

17 à i8 mètres

3 mètres.

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