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C’est la femme seule qui prépare le « Bidia », elle y met un certain art, et c'est au « Bidia » qu’on reconnaît la ménagère, La pâte est présentée sur une feuille ou un plat quelconque, arrosée d’huile de palme, assaisonnée de pilipili, et couronnée par un peu de « matomba » ou purée de feuilles de manioc bouillies. Le « Bidia » est la base du repas ; les indigènes le mangent avec de la viande, des sauterelles, des chenilles, etc. Il est rare que le manioc soit mangé cru, sauf parfois en cours de route; mangé frais, il a un goût de marron.
Dans les parties sud-est de l’État, Luluabourg, Katanga, Tanganika, on ne connaît pas la chikwangue telle qu’on la prépare dans la plupart des régions du Congo. L’indigène fait une simple bouillie avec la farine, et dans I certaines zones, il prépare la farine à l’aide d’un procédé apporté par des I sujets portugais. On fait râper la racine, au préalable un peu séchée, puis I grillée, on obtient ainsi une espèce de son, dont on fait une bouillie; celle-ci I serait, disent des voyageurs, beaucoup plus digestive, ne provoquerait pas d’aigreurs et se conserverait mieux (i).
j Mais est-il absolument certain que toute cette longue préparation détruise j le glucoside cyanogénétique et qu’elle soit toujours faite avec soin? On peut j répondre négativement à la seconde partie de la question. Il suffit de parcourir les travaux des auteurs pour voir que si, dans certaines régions, les indigènes soignent la préparation, dans d’autres, ils ont pris l’habitude de mettre le manioc dans des marais, à une certaine distance de leur habitation, mais où l’écoulement de l’eau se fait mal (2). Les publications officielles de l’État du Congo ont condamné, avec grande raison, cette manière d’opérer (3), elles reconnaissent que la chikwangue préparée de cette façon peut occai sionner de graves accidents.
J" Quant à la première partie de la question, elle reste encore en suspens. On avait prétendu que chez le Phaseolus lunatus, légumineuse répandue dans les régions tropicales, utilisée au Kasai, et renfermant la « phaséolunatine », glucoside cyanogénétique, ce glucoside était enlevé par la cuisson des graines. De recherches faites à 1’ « Impérial Institute » de Londres, il résulte qu’aucun changement ne s’effectue dans le glucoside par la cuisson, mais I l’enzyme qui met en liberté l’acide prussique est détruite; naturellement, le poison ne se forme pas quand les fèves sont mélangées avec de l’eau. N’en
(1) Voyez encore pour la préparation du manioc en chikwangue, en farine séchée : Cyr. van üverbergh, LesBangala, p. io3 ; Baum, Kunene-Sambesi Expédition, pp. 91, 491.
(2) Cyr. van Overbergh. — Les Basongr, voyez entre autres la carte du village Dihu en annexe.
(3) Culture des plantes vivrières potagères et fruitières. — Élevage, Publié par le Département des Finances de l’État du Congo, 1907, p. 58.
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est-il pas de même avec la « manihotoxine »? Il reste à rechercher dans quelles conditions la décomposition du glucoside peut encore se faire.
Mais même sans occasionner peut-être de maladie appréciable pour l'homme, le procédé actuellement en usage chez beaucoup de peuplades indigènes a pour résultat d’empoisonner les environs des endroits où le manioc est mis à macérer.
Il serait peut-être utile d’essayer en Afrique la préparation de la farine de manioc, par le procédé biologique décrit dans le « Teysmannia », par M. E. de Kruiff.
Cette méthode réside dans la destruction de la paroi cellulaire par dissolution. Cette dernière est obtenue par des bactéries. Les constituants de la paroi cellulaire, substances pectiques et cellulosiques, insolubles dans l’eau, se dissolvent par des enzymes ou bactéries. Dans les tubercules de la cassave, la cellulose est très difficile à entamer, et il faudrait des semaines pour que toute la cellulose fût transformée en substances solubles. Mais il n’est pas nécessaire de pousser le procédé si loin, il suffit de continuer l’attaque des tissus jusqu’au moment où les cellules se désagrègent facilement. La farine est alors tamisée.
En employant le procédé suivant, on serait tout à fait à l’abri de réactions accessoires :
Les tubercules de cassave sont coupés en tranches de i à 3 centimètres d’épaisseur et mis dans des récipients en pierre ou en bois, sous une couche d’eau qui doit être au moins deux fois aussi épaisse que la couche de tranches de rhizomes. Il n’est pas absolument nécessaire d’employer des tubercules décortiqués, l’écorce n’est pas attaquée, mais il est préférable de s’en débarrasser, à cause des impuretés qui se trouvent à l’extérieur. Au bout de vingt-quatre heures, on remplace l’eau; ce renouvellement fait disparaître les albuminoïdes solubles qui peuvent donner lieu à une fermentation butyrique. Au bout de vingt-quatre nouvelles heures, on renouvelle l’eau qui a souvent une légère odeur d’acide lactique; vingt-quatre heures plus tard, donc trois jours après la mise en train, la dissolution des parois cellulaires est suffisamment avancée pour qu’il soit possible de pulvériser à la main les rondelles des tubercules. Si cela n’est pas le cas, on laisse la fermentation se continuer encore pendant quelques heures. On purifie ensuite par tamisage et lavage; les résidus sont beaucoup moins conséquents que par le procédé mécanique ordinaire, et, comme ils ne renferment guère de farine, ils ne peuvent être vendus pour la préparation d’empois. La poudre humide est mise à sécher et à blanchir au soleil. On peut hâter le procédé en ajoutant au liquide qui recouvre les rondelles de tubercules, un peu du liquide provenant d’une fermentation antérieure; dans ces conditions, l’opération peut être terminée au bout de deux jours.
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Le produit est d’un blanc pur, inodore et insipide, il renferme moins d’acides libres que les farines obtenues par les autres procédés. Il y a beaucoup moins de perte d’amidon que par le procédé mécanique et, par suite, le rendement est plus fort.
Par le procédé mécanique, 6 kilos de cassave donnent i kilo de farine. Par le procédé biologique, 6 kilos de cassave donnent 1.4 kilo de farine.
La présence d’acide cyanhydrique doit faire attacher une certaine importance aux allégations des observateurs qui prétendent que la maladie du sommeil serait due à l’ingestion de manioc mal préparé. Certes, il ne s’agit pas de prendre cette assertion à la lettre, nous ne prétendrons jamais que l’usage du manioc puisse produire la maladie du sommeil, qui présente des caractères physiologiques très précis, mais nous prétendons que l’empoisonnement lent par l’acide cyanhydrique se fait remarquer par des symptômes qui peuvent rappeler ceux de la maladie du sommeil, et que, par conséquent, dans les régions où le médecin n’a pu établir un diagnostic précis, on ne peut affirmer que tous les cas de maladies mortels soient dus à la trypanosomiase.
Nous prétendons également que si l’ingestion du manioc, renfermant encore de l’acide cyanhydrique, n’empoisonne pas mortellement l’individu, elle affaiblit son organisme, le prépare à l’attaque des maladies parasitaires, et le rend moins apte à lutter contre elles. On oublie, en effet, trop fréquemment, comme l’ont fait voir les études de nombreux toxicologues, que l’acide cyanhydrique et tous les composés cyanogénétiques, sont des poisons à action prompte et énergique ; même à l’état gazeux, cet acide peut occasionner, si l’homme se trouve à son contact pendant un certain temps, des troubles graves, un coma presque absolu, et, après un traitement bien dirigé, on a même observé que les maux de tête et la prostration peuvent persister pendant plusieurs jours.
Ce qu’il faut également noter, c’est que, même assez dilué, l’acide cyanhydrique conserve ses propriétés, et que, contrairement à ce qui arrive pour d’autres poisons, tels l’arsenic et l’opium, l’action prolongée de l’acide cyanhydrique n’amène pas de tolérance ; certains toxicologues ont même certifié que, loin d’une tolérance, il y a accumulation des effets par l’usage continu de doses ingérées journellement. N’est-ce pas journellement que l’indigène absorbe de l’acide cyanhydrique?
Ce poison est d’autant plus dangereux qu’il n’en existe aucun antidote sérieux, même dans l’arsenal de la médecine moderne, à plus forte raison dans les régions tropicales.
Pour certains auteurs, les caractéristiques de l’empoisonnement lent ou partiel par l’acide cyanhydrique seraient : irrégularité de la respiration qui
ne s’accomplit pas sans douleur, céphalalgie, troubles de la vue, obtusion graduelle des facultés intellectuelles ; ces troubles cérébraux peuvent aboutir soit à un déclin plus ou moins rapide, soit à un état d’assoupissement pouvant aller jusqu’au coma.
Cette action hypnotique des composés du cyanogène est donc particulièrement à mettre en évidence et se manifeste, même sous l’action de faibles doses, par des vertiges, les maux de tête ou l’ivresse passagère.
Quelle que soit donc la dose ingérée, les composés cyaniques déterminent des phénomènes qui rappellent ceux que l’on obtient avec les anesthésiques. Si l’ingestion de ces composés est relativement faible et interrompue, l’action est fugitive, mais si elle est continuée, les troubles de la respiration et de la circulation provoquent l’anesthésie et la mort.
Sans entrer dans la citation des nombreux cas d’empoisonnements certains et suspects, rappelons ceux cités par MM. Baum et O. Warburg, dans « Kunene-Zambesi Expédition » (i), une région qui a, avec la zone du Kasai, plusieurs caractères communs. M. Baum a observé plusieurs cas de maladie, l’un d’entre eux suivi rapidement de mort, parmi les hommes de son escorte, qui avaient consommé en quantité du manioc à l’état cru.
L’action toxique du manioc est indiscutable, et puisque les recherches effectuées par les auteurs allemands ont démontré que les variétés dites douces pouvaient encore contenir, sans que rien puisse le faire prévoir, de l’acide cyanhydrique, il y aurait lieu d’éviter de propager cette culture, malgré les avantages que l’on pourrait en tirer.
L’indigène vérifie d’ailleurs bien rarement la valeur de ses plantes, et il ne se rend fréquemment compte de la douceur ou de l’amertume des tubercules qu’au moment de l’emploi.
Si, dans certaines régions du Congo, on signale presqu’exclusivement la culture du manioc doux, par exemple dans la région de Mérode San Salvador, où la racine est simplement pelée, puis séchée au soleil, mais où la farine est aussi plus jaune et moins appétissante, dans d’autres zones, par exemple au Tanganika, les deux variétés se cultivent en mélange, et les indigènes, suivant qu’ils désirent manger la racine crue, cuite sous la cendre ou bouillie, goûtent le produit et rejettent les racines amères; mais, nous le répétons, cet examen peut être insuffisant, puisqu’il n’y aurait, semble-t-il, pas de rapport certain entre le principe amer et la teneur en acide cyanhydrique.
Il y a d’ailleurs une autre raison pour déconseiller la culture en grand de
(i) H. Baum, Kunene-Sambesi Expédition, igo3. — Herausgegeben von Prof. O. Warburg : Zur Auftrage des Kolonial- Wirtschaftlichen KomiUes, Berlin, igo3, pp. 88, 91 et 490. — Voyez également, Colson et Chatbl : Culture et industrie du manioc, p. 5.
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cette plante et pour regretter, peut-être, son introduction en Afrique, c’est qu’elle est terriblement épuisante pour le sol ; après avoir donné une bonne récolte, le terrain, privé de la plus grande partie de ses constituants chimiques utiles, et peut-être empoisonné par les sécrétions des racines, n’est plus apte à être remis en culture immédiatement.
L’indigène, qui ne peut généralement faire de restitution, même s’il en connaît les avantages, va chercher plus loin un terrain favorable à ses cultures et il le trouve en détruisant un nouvel espace de forêt. En conseillant la culture du manioc, on excite donc l’indigène à se déplacer, surtout s’il est cultivateur par nature, et on le force à détruire la valeur du sol par le défrichement exagéré des forêts, les réserves de l’avenir dans toutes les régions tropicales.
Cette phase de l’agriculture indigène, qui devrait être sérieusement réglementée, est une des causes qui ont donné tant d’acuité à la question des terres vacantes, particulièrement pour notre Congo. Si l’on ne réglemente pas les cultures de l'indigène, si on ne l’empêche pas de brûler pour obtenir chaque nouvelle récolte, il n’y aura dans notre colonie, en peu de temps, aucune terre vacante, au sens qu’accordent à ce terme certains juristes, et il n’y aura plus aucune terre valant la peine d’être cultivée; le sol sera épuisé partout et la forêt même ne pourra pas se reconstituer, car tout ce qui aura pu rester sur le sol en fait de terre arable et d’humus, aura été brûlé par le soleil et enlevé par l’eau, surtout si, comme dans certaines parties du Kasai, le sol est mouvementé et facilite par suite l’érosion.
Quant aux feuilles du Manihot, elles sont souvent usagées en guise d’épinards, mais elles aussi renferment le composé cyanogénétique et peuvent occasionner des empoisonnements si l’ébullition n’est pas suffisamment " prolongée. Il est du reste très facile de percevoir, pendant la cuisson de ces feuilles, l’odeur caractéristique de l’acide cyanhydrique mis en liberté.
Certains voyageurs estiment même qu’il devrait être défendu de cueillir ces feuilles pour les manger en guise d’épinards avant que les plantes aient six mois et qu’il faudrait surveiller le personnel pour qu’il ne les enlève pas trop souvent, non pas pour la teneur en acide prussique, mais pour ne pas entraver le développement normal de la plante.
Les Bakongo et les Tshi-Kongo fabriqueraient, à l’aide du maïs et du manioc, une liqueur fermentée, sorte de bière. Le maltage du maïs se fait par le séchage au soleil des graines germées. On mélange à ces graines les racines du manioc, puis une certaine quantité d’eau, on fait bouillir, on filtre et on laisse refroidir. On obtient ainsi une boisson douce et inoffensive, mais qui, après fermentation, deviendrait acide et capiteuse.
Dans la région du Haut-Lomami, où l’on voit souvent fabriquer cette
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bière^ elle serait loin d’avoir la saveur douce que certains explorateurs lui accordent ; on la considère comme très forte et peu agréable au goût.
Ce que nous disons ici du manioc s’applique à son utilisation comme plante vivrière ; il en est naturellement tout autrement quand on envisage le Manihot comme producteur de farine et de fécules, soit pour l’alimentation européenne, soit pour l’industrie (i).
La canne à sucre est cultivée presque partout dans le Congo. Au dire de certains auteurs, elle aurait été introduite du Brésil dans l’ouest du Congo par les Portugais, dans l’est par les Arabes; nulle part, cependant, la culture n’est faite d’une façon intensive. Suivant les uns, son introduction remonterait au XVII® siècle; d’autres prétendent, au contraire, qu’elle est indigène au Congo.
Il est, en tous cas, certain que les indigènes du Kasai possèdent en culture, mais en culture rudimentaire, diverses variétés sur l’origine desquelles il est difficile de donner des avis, car jamais une enquête sérieuse n’a été établie sur elle. Dans la région de Inzia, la culture de cette graminée est forte, surtout dans les fonds marécageux.
Les variétés cultivées ont-elles été introduites à différentes époques par l’est, l’ouest et le sud, ou se sont-elles différenciées par une sorte de mutation, de sélection, ou par la culture même?
Il y a déjà bien des années que certaines peuplades riveraines faisaient, avec le jus de la canne, une boisson fermentée. Dans un tronc d’arbre creusé, les cannes, coupées en morceaux, sont concassées et le jus obtenu est, après filtrage grossier, abandonné à lui-même; il s’y forme alors une fermentation.
L’emploi de ce jus est signalé surtout dans le Congo supérieur, dans la région de Mubangi, dans le Kasai et le Sankuru.
La plante productrice du Sorgho, ou Andropogon Sorghum, représentée en Afrique par de nombreuses variétés est une graminée dont les tiges peuvent atteindre, suivant les formes, plus de 4"^5o de hauteur et environ l’épaisseur du doigt. L’épi terminal à graines nombreuses et relativement peu serrées, est coloré différemment; les graines sont lisses, brillantes, variant du blanc au rouge foncé, presque noir.
Nous ne connaissons rien de précis sur les variétés mises en culture au
(i) Voyez : Culture et Industrie du manioc, par L. Colson et L. Chatel, Paris, A Challamel, 1906, et différents périodiques coloniaux anglais, hollandais ou allemands, dans lesquels les auteurs ont préconisé la culture de variétés spéciales ou de procédés particuliers. Voyez aussi : « La réforme douanière et le régime des fécules exotiques » in Les Annales Coloniales. Paris, 20 mai 1909.
Congo p9r le noir ; dans les autres régions de l’Afrique, les études sur la variation de cette plante sont encore fort peu avancées, et mériteraient, cependant, d’être poursuivies à plus d’un point de vue.
Depuis l’apparition de l’important ouvrage du professeur Koernicke, presque rien n’a été publié sur ce groupe de graminées, sauf les recherches partielles du professeur K. Schumann et des docteurs Busse et Pilger. Le D*" Koernicke faisait lui-même ressortir, dans le récit du voyage du D’’ O. Baumann, en Afrique orientale allemande (i), les lacunes qui existaient dans les connaissances des espèces, souvent représentées dans les collections par un seul épi, rarement par deux ou plusieurs, et aussi dans la classification des formes et, par suite, dans la constitution des sous-genres.
Avec infiniment de raison, MM. Busse et Pilger disent (i) qu’il serait dans l’intérêt du relèvement des cultures indigènes d’étudier avec soin les meilleures formes culturales africaines de ce groupe, de rechercher la valeur de leur rendement suivant les sols et les climats, et d’amener le noir à sélectionner soigneusement ses graines.
Les auteurs ne sont pas toujours d’accord dans les synonymies. D’après Grenfell une variété rouge se rencontrant dans l’Angola, serait cultivée au Sud et vers l’Est du Congo jusqu’au Katanga. Elle y serait plantée au début de la saison pluvieuse, octobre, novembre, tandis que pour le lieutenantcolonel Descamps, le sorgho serait, au contraire, semé à la fin de la saison des pluies.
Les graines de sorgho pulvérisées produisent une farine plus ou moins grossière, car il est, pour les indigènes qui ont à leur disposition des appareils I primitifs, difficile de séparer totalement la partie centrale de la graine de l’écorce.
PJ La farine n’est pas fermentante et ne peut être employée pour fabriquer un pain tel que celui que nous mangeons, aussi les indigènes en préparent-ils simplement une sorte de bouillie et y mélangent-ils souvent des haricots, des pois, des arachides, de l’huile de palme, de la graisse animale ou de petits morceaux de viande.
Le goût de cette farine est réputé assez agréable, mais on prétend que son usage provoque chez l’Européen des troubles intestinaux et même de la dysenterie; les désordres observés ne peuvent, paraît-il, provenir de la farine elle-même, mais ils pourraient être dus aux parcelles dures de l’enveloppe des graines ou à des particules enlevées au mortier de pierre pendant la pulvé-
(i) O. Baumann. — Usambara, D. Reimer, Berlin, i8gi; Dr Koernicke, Untersuchungen einiger von Dr O. Baumann in Ost-Afrika gesammeltes Getreidearten, pp. 3i5 et suiv.
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risation. Très souvent encore, dans les contrées où le sorgho est cultivé, il sert à fabriquer une sorte de bière très estimée du noir et préparée souvent en telles quantités qu’il ne reste plus de graines pour l’alimentation. D’après le lieutenant-colonel Descamps, l’indigène mâchonne souvent les tiges du sorgho riches en substances sucrées; ce n’est pas comme on pourrait le croire par gourmandise que l’indigène mange la pulpe ou le suc des tiges, mais sur tout pour calmer, par la matière sucrée, la faim qui le tourmente.
Cette pratique pourrait ne pas être sans danger, Le sorgho renferme, en effet, de l’acide prussique et, d’après de nombreux observateurs, l’activité nocive de la plante serait en raison inverse de son développement.
L’acide prussique se rencontre, en effet, en plus grande quantité dans les plantes qui végètent lentement pendant la saison sèche que dans celles qui se sont développées rapidement en terrains humides ; dans ces dernières il peut même ne pas exister.
Les repousses en général inférieures au point de vue du rendement et de la qualité, sont aussi plus dangereuses que les premières pousses et l’augmentation de la teneur en acide prussique est en rapport avec l’apport d’engrais azotés.
L’acide prussique se rencontre souvent en forte proportion entre la cinquième et la septième semaine décroissance; après cette période la proportion de poison diminue et disparaît lors de la floraison, à la frucification l’acide prussique a disparu.
On devra donc porter son attention sur cette plante quand on voudra la faire entrer dans l’alimentation du bétail ; il ne faudra la donner qu’en faibles quantités en ayant soin de faire sécher le foin au soleil, ce qui facilitera la volatilisation du corps toxique.
Une circulaire du Ministère des Colonies de Belgique, ordonne J ÿ d’exclure de l’alimentation des troupeaux le fourrage constitué par les tiges et les feuilles de sorgho. La même circulaire prescrivait également d’envoyer au Gouvernement, aux fins d’analyses, des échantillons d’un kilogramme des différentes espèces de haricots cultivés et consommés par les indigènes ; ces envois doivent être accompagnés d’éléments botaniques complets permettant la détermination scientifique des plantes productrices. On doit applaudir à la publication de ces mesures.
On a prétendu que l’ingestion de lait doux ou de mélasse diluée constitue un excellent contre-poison de l’acide prussique contenu dans le sorgho. L’ingestion de ces boissons par des animaux montrant les premiers symptômes d’empoisonnement, aurait donné de fort bons résultats (i).
(i) Cf. Queensland agricultur al Journal et Quinzaine coloniale, 25 février 1908, p. i63.
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Les tiges de sorgho, surtout celles des variétés de grande taille, servent encore à la construction de cases provisoires, elles sont de résistance suffisante pour soutenir les feuilles et constituer un abri capable de résister au moins pendant quelques jours (i).
Le Maïs est cultivé au Congo sous différentes formes. On a signalé des graines de couleurs différentes.
La culture de cette graminée est surtout faite dans les régions situées en dehors de la grande forêt ou sur la lisière de celle-ci.
La plante est d’introduction relativement récente, mais sa dispersion s’est beaucoup étendue dans ces dernières années.
Cette plante mérite d’être largement cultivée. Dans ses pérégrinations en Afrique centrale, le lieutenant-colonel Descamps a remarqué du maïs à grains blancs, jaunes, rouges et violets; les blancs semblent les plus répandus. La taille des plantes varie de i mètre à 2"^5o. L’indigène plante le maïs à très larges intervalles, au commencement de la saison des pluies; il peut récolter et semer pendant cette même saison, la première récolte étant la plus fructueuse.
Le maïs demande un terrain frais, léger, non sujet aux inondations, il peut être cultivé aussi, pendant la saison sèche, au fond des vallées marécageuses ; la culture de cette plante utile ne pourra donc se faire partout au Congo.
Dans les contrées où le manioc forme la base de la nourriture, le maïs est surtout cultivé comme accessoire. L’indigène réunit les épis par bottes de 8, 10, 12, en repoussant les bractées extérieures de l’enveloppe, la botte suspendue dans les cases, est en quelque sorte fumée, les graines mises ainsi à l’abri des insectes conservent leurs propriétés germinatives. Dans les contrées où le sorgho et le maïs forment la base de la nourriture, la conservation du maïs nécessite la construction de greniers ; ceux-ci se font plus soigneusement que les habitations.
Les indigènes attachent peu d’importance au sarclage à la houe, ils enlèvent ce qu’il faut pour que les plantes ne soient pas étouffées au commencement de leur développement, puis ils laissent faire la nature. Si les noirs peuvent obtenir de bonnes récoltessurle même terrain, pendantdes années.
(i) Il y a lieu de renvoyer pour une plus ample documentation sur la culture et l’exploitabilité du Sorgho, à KoERNiCKEetWERNER, Handbuch des Getreidebaues ; K. Schumann in ENGLERF/aw^#«w. Ost Afrika B; Semler, Die tropische Agrikultur, vol. III, et aux nombreux travaux sur les cultures coloniales parus en France, Jumelle, Dumas, Pobéguin, Chevalier, auxquels il faudra recourir, mais sur lesquels nous ne pouvons insister I davantage ici car cela nous mènerait trop loin.
c’est parce qu’ils plantent tout au plus une cinquantaine de pieds par hectare ils ont donc grande chance de ne pas remettre les graines en terre à la même place. Il faut aussi ajouter que, d’après certains observateurs, l’indigène fait, sans s’en rendre compte, usage d’engrais vert, car il enfouit dans le sol les herbes croissant entre les plantes.
Tous les indigènes savent qu’en trempant les graines pendant quelques heures dans l’eau elles germent plus vite. Ils prennent aussi, dans certaines régions, pour favoriser la production de graines et pour ne pas épuiser les plantes, la précaution d’enlever les fleurs mâles dès que les infrutescences sont bien formées, ils ont remarqué que de cette façon la récolte est plus belle, la tige plus sucrée; il s’agit en effet pour beaucoup d’indigènes, de maïs à consommer frais et non de maïs destiné à devenir farine.
Le maïs ne craint les sauterelles que pendant les deux premiers mois de sa croissance; elles ne s’attaquent pas à l’épi, mais aux feuilles auxquelles elles font du tort sans cependant trop compromettre la récolte. Les plantations ont après cette invasion un aspect très minable, car il ne reste que tiges et fruits.
Les oiseaux dont le bec est fort parviennent à enlever les feuilles enveloppantes du cône en l’attaquant parle sommet, celui-ci est alorsdéchiquetésur 2 à 3 centimètres de longueur. Cependant les champs de maïs ne sont pas surveillés contre les oiseaux granivores, car les dégâts qu’ils causent sont peu importants.
Dans les endroits où le bois est rare, tiges et épis servent de combustible.
Il serait de la plus grande utilité, pour les cultures indigènes et pour celles que l’Européen devra entreprendre, de connaître en détails les variétés de cette plante qui constitue une réserve excellente, car elle a comme le riz l’incontestable avantage de se conserver facilement en bon état.
Une graminée souvent appelée: Millet à chandelle oxs. Millet cylindrique est plus ou moins cultivée dans ces régions. C’est \ePennisetum spicatum Koern. et Wern. ; il porte un très grand nombre de noms vernaculaires sous lesquels il est cité dans de nombreux travaux, millet d’Afrique, petit mil ou millet â chandelle. Donkhu ou Duchu des Arabes; il est d’ailleurs répandu dans toutes les régions tropicales et sa véritable patrie ne peut être déterminée (i).
(i) Voyez pour cette espèce comme pour les plantes de culture pour renseignements généraux : H. Jumelle : Les cultures coloniales. Plantes alimentaires et plantes industrielles. 2 vol. Baillière, Paris, 1901 et aussi les travaux de Koernicke et de Semler cités à propos du Sorgho.
Cette plante mérite la culture, ses graines sont riches en substances alimentaires, comme le montre d’ailleurs le tableau ci-dessous.
Eau II.3
Substances albuminoïdes 10.4
Matières grasses 4.0
Amidon 71. 5
Cellulose brute i.o
Cendres 2.0
D’après le lieutenant-colonel Descamps le millet cylindrique serait la moins cultivée des graminées, il n’existerait que dans les environs de Luluabourg où il sert aussi à fabriquer de la bière. Dans cette région, l’épi ne dépasserait pas 10 à i5 centimètres et la plante i mètre. La récolte ne réussit pas toujours très bien car les graines sont souvent attaquées par un champignon qui les noircit complètement. On le sème, comme le maïs, à la saison des pluies.
Il n’en serait pas de même dans d’autres régions du Congo. M. A. Sapin chef de la mission scientifique permanente de la Compagnie du Kasai, a vu ce Pennisetum spicatum largement cultivé par le noir dans tout le sud de la région; dans la région de Lusambo, Ém. Laurent observa également l’extension de cette culture et y remarqua même une forme vivipare. M. Pogge avait également signalé la culture de cette plante dans la région de Nyangwe et de Mukenge.
Pour M. Sapin, la pâte que l’on prépare dans certaines régions du Congo avec le manioc peut être remplacée par celle obtenue de la graine de millet à chandelle et même par le maïs. Si le manioc est la base de la nourriture des habitants des galeries forestières, celle des habitants de la steppe est le millet cylindrique.
Ce que M. A. Sapin nous a dit de l’extension de la culture de ce millet à chandelle dans la zone sud-occidentale du Congo cadre fort bien avec les observations faites par l’expédition Baum au Kunene-Zambèse. Là aussi ce voyageur à observé cette culture particulièrement intensive, plus intensive même que celle du Sorgho, fait déjà signalé antérieurement par Welwitsch.
Pour le professeur Warburg la raison de l’extension de cette culture réside dans les conditions locales, la plante est beaucoup moins sensible à la chute d’eau que d’autres graminées.
D’après les observations de Baum, la plante donne 4 mois après le semis, les épis sont coupés, les tiges servent à l’alimentation du bétail et la plante peut donner une récolte pendant trois ans, ce n’est qu’après ce laps de temps
que la culture est recommencée par semis. Les noms indigènes accordés à cette plante, dans la région congolaise et vers le Zambèse sont ; Luko, Manna, Massange (i).
Le professeur K. Schumann, qui a essayé de classer ces variations a démontré leur grand nombre et en outre des sous-espèces créées par le professeur Koernicke, il constitua dans une de ces sous-espèces : Pennisetum spicatum subspec. WilldenowiiK.o&rn,àont des représentants existeraient dans la région congolaise de Mata-Jamvo, 6 variétés dont deux furent signalées dans la région du Kasai (Pogge).
Les courges des genres Lagenaria et Cncurbita, fort mal connues au point de vue scientifique, sont souvent cultivées dans le Kasai et en nombreuses variétés; elles paraissent surtout répandues en dehors de la grande forêt. Même dans la forêt, la culture de ces plantes est encore faite dans les clairières, autour des cases, et l’écorce des fruits sert à fabriquer toute une série d’ustensiles indispensables. C’est dans des récipients faits à l’aide de courges que les noirs récoltent fréquemment le latex des plantes caoutchoutifères, et c’est souvent dans des jarres de même origine qu’ils opèrent la coagulation du latex par écrémage. Les nombreuses graines que renferment ces fruits trouvent également leur emploi dans la cuisine et la médecine indigène.
Bananiers. — Parmi les plantes à produit alimentaire que l’indigène trouve dans la forêt, il faut citer le bananier. On se pose naturellement la question : le bananier à fruits comestibles est-il vraiment indigène en Afrique? Les arguments que l’on a fait valoir contre l’indigénat de l’arachide et des autres légumineuses à graines comestibles, sont tout aussi puissants dans le cas présent. En effet, l’emploi conséquent de bananes, et nous pourrions ajouter la culture plus ou moins intensive des bananiers, s’observent surtout en dehors de la zone occupée par la grande forêt tropicale. Si les bananiers à fruits comestibles ne sont pas indigènes au Congo, comment sont-ils arrivés dans le centre du continent? Il sera, pensons-nous, fort difficile de l’établir, d’autant plus que les bananiers à fruits comestibles ne se rencontrent plus nulle part à l’état indigène.
D’après les notes que le lieutenant-colonel Descamps a bien voulu nous communiquer, on doit conclure que dans le sud-est de la colonie du Congo : Luebo-Luluabourg, Lusambo, route de Lusambo au Katanga, il n’existe pas
(i) Voyez ; Bkvu, Kunene Samhesi Expédition. Berlin, igo3, p. 488.
de bananeraies proprement dites ; les indigènes possèdent des bananiers en plus ou moins grande quantité dans leurs villages ou aux environs. Les bananiers sont particulièrement nombreux entre les vallées du Lubudi et du Lualaba et en aval du confluent du Lubudi (Lovale).
A Luluabourg, le lieutenant-colonel Descamps a vu plier, à differentes reprises, une feuille de bananier au-dessus d’un régime, pour que ce dernier fût à l’ombre, car il produit alors de plus belles bananes.
L’indigène de ces régions paraît connaître très bien la culture de cette plante et même être capable de distinguer les rejets stériles de ceux qui peuvent donner des fruits, et cela dès qu’ils sortent de terre. Parfois il laisse se développer tous les rejets qui poussent, en écartant ceux qu’il dit devoir être stériles, mais en général il admet qu’il faut en laisser un prêt à donner son régime, un deuxième moins avancé, le troisième plus petit encore et ainsi de suite.
On a prétendu que le vocable « banana » pourrait avoir été emprunté par les Portugais à la langue des Sierra-Léonais et des Libériens lorsque ces côtes furent découvertes ; mais l’origine de ce nom ne constituerait pas encore un argument certain en faveur de l’indigénat ou de l’origine africaine des bananiers à fruits comestibles .
Il y a sans conteste au Congo de nombreux bananiers indigènes croissant à l’état sauvage, ne fournissant pas de fruits comestibles, et dont diverses parties de la plante sont souvent considérées comme fétiches. Il suffira de citer Musa Gilletii et Musa Arnoldiana, deux plantes ornementales introduites déjà dans les cultures européennes. Contrairement à l’opinion émise par Grenfell, les Musa indigènes du Congo, parmi lesquels ne figure pas encore le Musa ensete, sont loin d’être confinés dans les régions assez élevées. I La question de savoir si les longs plantains comestibles de l’Afrique tropicale proviennent d’un type sauvage à fruits courts, trapus, à graines grosses, ou, s’ils furent introduits il y a des siècles, à l’est par les Arabes, les Malais et les Perses, à l’ouest par les Portugais, est donc loin d’être résolue. Pour essayer de solutionner cette question, il serait utile de connaître en détail les variétés cultivées et exploitées par le noir, car, jusqu’à ce jour, nous n’avons sur elles aucune donnée précise quant à l’aspect des plantes, aux caractères des fleurs et des fruits.
La culture du bananier à grands fruits est, nous l’avons dit, familière aux indigènes de plusieurs régions ; peut-être date-t-elle d’avant la grande dispersion Bantu? Il ne nous serait pas possible d’établir ici l’énumération complète des variétés cultivées par l’indigène du Kasai, dont plusieurs differentes. Il y a, dans l’étude des races locales, une série de lacunes à combler, et des enquêtes judicieuses sur les races cultivées par l’indigène pourraient
avoir le grand avantage de faire cultiver des variétés plus productives ou d’obtenir par sélection des races de mieux en mieux appropriées aux diverses régions.
Les bananiers ont encore d’autres usages en Afrique. Une bière douce et souvent inoffensive est fabriquée, à l’aide des grosses bananes ou plantains par les Mangbetu, les Ababua du Congo septentrional, et probablement par beaucoup d’indigènes des tribus des forêts claires du nord-est. Dans la région duLuluabourg,le lieutenant-colonel Descamps a vu l’indigène faire du savon noir avec les cendres des feuilles de bananier et de l’huile de palme ; les soldats blessés par des flèches tordaient la tige du bananier au-dessus de la plaie, le suc étant considéré comme un excellent remède pour hâter la guérison des blessures.
Palmier à Vhuile. — Il est certain que l’indigène connaissait, avant l’arrivée du blanc, l’usage de l’huile de palme, produite par une plante indiscutablement indigène à l’Afrique, VElaeis gttineensis. Il savait que l’on peut faire, à l’aide de la sève de ce palmier, une liqueur fermentescible alcoolique et que le bourgeon terminal constitue un légume très apprécié.
UElaeis est très répandu au Congo et est même, dans certaines zones, l’arbre caractéristique; sa distribution naturelle est difficile à établir exactement, car de nos jours la culture s’étend fortement, l’indigène trouvant dans cette culture une source de richesse.
Certains explorateurs ont même dit que la culture de ces palmiers, pour leur huile, leurs noix, leur vin, leurs fibres amène l’aisance, sinon la richesse, qui caractérise certains villages congolais.
Dans la concession de la Compagnie du Kasai, on trouve sur le Haut- Kwilu (Nuingu), des palmiers en abondance; plus au sud (sud de Tiefu),il y a absence complète de palmiers Elaeis et de Raphia et, par suite, absence totale de vin de palme.
Dans la région de Bundo, VElaeis paraît très abondant, mais ne semble pas cultivé.
Dans certaines régions, en dehors de la grande forêt du Congo, dans les steppes du Kasai, ce palmier est le seul arbre capable de fournir au noir, outre la graisse nécessaire à sa subsistance, la matière première pour son chauffage; c’est avec les vieilles feuilles de qu’il fait son feu, d’après
les observations recueillies par M. Sapin.
Les Elaeis ainsi privés de leurs feuilles présentent un aspect tout à fait caractéristique.
Les indigènes ne peuvent guère se passer de VElaeis pour d’autres raisons encore ; avec l’huile qu’ils extraient des fruits, ils se frottent le corps pour
l’assouplir ou pour se barioler de couleurs variées et c’est en cas d’absolue nécessité qu’ils s’adressent à d’autres essences oléagineuses pour remplacer la graine à' Elaeis, soit à l’arachide, au sésame, pour l’alimentation et la toilette, soit au ricin, pour la toilette, soit à l’une ou l’autre plante indigène de moindre importance.
Souvent même, l’indigène est arrivé à préparer à l’aide de cette huile un véritable savon. C’est encore avec les palmes de V Elaeis que l’indigène tresse ses paniers ou « moutetes » dans lesquels il transporte facilement sur la tête des charges souvent assez considérables ; parfois encore, les rachis servent dans la construction de ses huttes, mais au Kasai cet emploi est relativement peu fréquent.
Pendant ses voyages, le lieutenant-colonel Descamps a rencontré ce palmier cultivé partout, de Lusambo au Lomami, vers 8"3 L. S. Du Lomami au Katanga par le lac Kindu, on ne l’aperçoit plus, mais on le retrouve sur les bords du Lualaba, en aval de l’embouchure du Lubudi (800 m.) et du Haut Lomami.
Il existe donc plusieurs variétés d’Elaeis au Congo; malheureusement, aucun élément de détermination scientifique ou économique ne nous a permis d’essayer de rapporter ces variétés à l’une ou l’autre des variétés signalées dans les colonies voisines. Nous ne pouvons donc insister sur la valeur économique de leurs huiles, probablement très différentes. C’est ce qui nous faisait dire dans Les Matières grasses (i) : « Mais dans toutes ces régions de l’Afrique occidentale, on a observé des variétés différentes, non seulement par l’aspect des fruits, mais encore pour la teneur en huile, très mal connues au point de vue scientifique comme au point de vue économique », et nous ajoutions : « Ne serait-il pas très utile et très opportun de ^provoquer, sur la valeur des divers Elaeis, une petite enquête qui, menée scientifiquement et économiquement, pourrait donner des résultats de grande valeur. »
Depuis, de nombreux travaux ont paru sur la question. Nous ne pouvons nous appesantir sur eux (2).
On pourrait probablement, parmi les nombreuses variétés dénommées et reconnues par les indigènes des diverses régions de l’Afrique occidentale, distinguer d’autres variétés. Peut-être la variété Disombe de l’Angola est-elle
(1) Les Matières grasses, Paris, 25 mai 1908. « A propos du palmier à huile j), p. 1006.
(2) « Varieties of the Oil Palm in West-Africa », in Bulletin of Miscellaneous information, n® 2, 1909, où l’on trouvera d’ailleurs la bibliographie complète, parmi laquelle le remarquable travail de M. Adam, ayant paru dans le Bulletin du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne,
identique à celle connue sous le nom de Sombe ou Nsombe dans la région de Kisantu (Bas-Congo), c’est peut-être celle répandue au Kasai.
La multiplication de ce palmier mérite d’être largement faite. Les gouvernements et les compagnies ont tout intérêt à l’encourager. Il y a là une source sérieuse de bénéfices tant pour l’indigène que pour la métropole. On a tort de ne pas accorder à cette plante l’importance à laquelle elle a droit. Comme M. Bruel le faisait remarquer encore récemment, on verse trop dans l’erreur de ne considérer dans la valeur des colonies que les produits riches, car le commerce moderne cherche, non pas à gagner beaucoup sur quelques rares marchandises, mais peu sur un grand nombre d’articles (i).
Rien ne s’oppose a l’extension de la culture du palmier Elaeis, car peu de plantes sont aussi faciles à multiplier que cette essence. « Pour tirer de cette culture tout ce qu’elle peut donner, le blanc aura intérêt à intervenir : d’abord pour inciter l’indigène à augmenter ces plantations et, ensuite, parce que parmi ces palmiers il en existe de variétés différentes encore mal connues au point de vue scientifique, mais pas équivalente au point de vue du rendement. Il faut donc chercher à établir où se trouvent les meilleures variétés, comment on peut les reconnaître, les indiquer, et montrer l’intérêt qui réside dans la culture des plantes les plus productives » (i).
Partout où il y a des Elaeis, on en trouve de jeunes plants dans la brousse, poussant sans soin, et il suffit de les transplanter, comme l’indigène le fait généralement. Souvent même il entoure de soins les jeunes pieds qui se sont développés dans les savanes ou autour de son village, et M. Sapin a vu dans la région du Kasai les indigènes recouvrir les jeunes plants d’un panier à larges mailles pour éviter leur destruction par l’homme ou les animaux.
Si l’indigène ne dispose pas de ces plants, il fait un trou de 25 centimètres de profondeur et y jette une dizaine de noix. Mais cela ne devrait pas suffire, il faudrait sélectionner avant de planter; malheureusement, la question est complexe et, si le rendement en huile varie d’après la variété, certains agronomes allemands ont prétendu qu’elle varierait aussi, ce qui n’aurait rien d’étonnant d’ailleurs, d’après la nature du sol et la culture. D’un
(i) Noticia sobre apalmeira do Dendem e suas variedades, Lisbonne, 1906.
(i) S. Bruel. « Le Congo français au point de vue économique ». Bulletin de l'Office colonial, Paris, 1909, n“ i5, suppl.
Comparez également les nombreux essais suivis de succès faits sous l’impulsion des gouvernements coloniaux et des particuliers français, par exemple au Dahomey, où M. Poisson a obtenu des résultats superbes. Consultez à ce sujet les avis élogieux des Allemands in Verhandl. du Kolonial Wirtschaft, Komitee, Berlin, 1909, n® I, mai, pp. 34 et suiv.
(1) É. De Wildeman. Ressources végétales du Congo et cf. également : Kew Bulletin, 1909, dans lequel on trouvera une littérature plus étendue sur le sujet.
autre côté, certains essais encore trop peu probants sembleraient démontrer que le semis ne peut être considéré comme donnant indiscutablement des plantes jouissant des propriétés de la plante mère.
C’est donc pour favoriser l’expansion de cette culture que le Directeur des Jardins de Kew s’est proposé d’adresser aux autorités coloniales locales le questionnaire suivant, afin d’obtenir des réponses permettant une étude plus approfondie de cette question ;
1° Quels sont les avantages que les commerçants peuvent trouver dans la production du palmier à huile?
2° Un palmier à huile, à graines à écorce tendre est-il connu dans la région?
3° Les facilités de communication sans cesse croissantes ont-elles augmenté la quantité d’huile exportée pendant ces dernières années ?
4° Quelle a été l’action des progrès dans les méthodes d’extraction sur la qualité de l’huile?
5° La qualité de l’huile compense-t-elle la plus petite quantité produite par les fruits?
i 6° Distribution et abondance des variétés locales.
7° Le degré d’humidité nécessaire dans le sol pour amener le rendement ' maximum.
! 8° Essayer de déterminer les régions où cette condition d’humidité du sol
existe.
‘ 9° Pendant combien d’années le palmier à huile maintient-il son rendement?
L’usage trop fréquent par les indigènes des palmiers Elaeis pour la : préparation d’un vin, ou pour la production d’un légume, est néfaste pour i l’avenir de la production de matière grasse, si même il n’est pas déjà néfaste pour l’indigène lui-même, qui se grise volontiers et fréquemment avec cette liqueur. La sève du palmier, plus ou moins laiteuse, peu alcoolique à l’état frais, devient, par la fermentation, très riche en alcool. Consommé dans toutes les régions congolaises où V Elaeis existe, sous le nom de Malafu, ce liquide est frais, agréable à boire, mais, fermenté et conservé quelque temps en vase clos, il peut être vraiment considéré comme toxique.
Les alcools sont malheureusement très estimés par le noir et quand il n’a pas à sa disposition des alcools d’importation, il arrive à en obtenir à l’aide de la plupart des fruits, et sait même le distiller malgré les défenses du Gouvernement.
Si l’on peut dire, en général, que le noir sait vivre de peu, il n’est pas sobre quand il a à sa disposition des boissons alcooliques et, dans certaines régions, des négociants peu scrupuleux ont fréquemment exploité cet amour malheureux de la race nègre pour l’alcool.
L’indigène demande de l’alcool, non seulement à V Elaeis et à d’autres
fruits de la forêt, bananes, éleusine, mais encore à d’autres palmiers, tels les [ nombreux représentants du genre Raphia ou palmiers bambous, comme on les i
dénomme assez improprement au Congo. Ceux-ci lui fournissent, non seule- I
ment par la pulpe de leurs fruits une matière comestible souvent plus estimée f que le beurre de palme, mais aussi des vins plus ou moins alcooliques suivant l’état de fermentation, des bois pour les constructions et divers usages quotidiens, des fibres pour la confection de nattes, pagnes, etc.
Les feuilles de ces palmiers sont également entrées dans l’usage courant, de même que le bourgeon terminal qui sert de légume, comme celui de I
VElaeis.