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et salpêtre

A Suriname on a opéré comme suit pour mettre en valeur des terrains neufs. Au moment de l’année le plus favorable, on sème sur le sol de la chaux et du sable coquillifère, on retourne à la fourche, un peu plus tard on amène du compost que l’on enterre légèrement , enfin, on sème du Cajanus indiens, après avoir une dernière fois enlevé les mauvaises herbes et, lorsque le Cajanus a atteint une certaine hauteur, on passe à la plantation ; si l’essence est un arbre, si elle demande de l’ombrage, le Cajanus est épargné, si c’est un végétal qui demande le plein soleil, le Cajanus est fauché et légèrement enterré.

Une préparation aussi compliquée n’est certes pas exigée par tous les terrains tropicaux, mais, pour beaucoup d’entre eux, il sera bon, si pas nécessaire, au moins après quelques récoltes, d’employer des amendements. Dans

les régions tropicales, le fumier, un des meilleurs amendements, ne peut, en général, être produit en quantité suffisante, ce sera donc aux engrais verts qu’on s’adressera le plus souvent, car eux seuls sont capables de rendre au sol une structure favorable au développement de la plante, car cette structure physique de la couche superficielle influencera davantage la végétation que la constitution chimique du sous-sol.

Des recherches sur l’action des cultures intercalaires des grandes cultures tropicales et sur la suppression de l’ombrage, au sujet duquel les avis sont si partagés, devraient donc être faites un peu partout, mais il est nécessaire pour que les résultats de ces recherches aient quelque valeur, que tous les facteurs soient notés avec soin. Plus encore qu’ils ne l’ont fait jusqu’ici, les agronomes et les chefs des plantations de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt ont donc intérêt à s’attacher à cette étude d’une immense importance pratique.

Les premiers insuccès partiels de la Compagnie du Kasai ont naturellement amené la direction des Plantations Lacourt et leur agronome, M. Luja, à modifier, à la Kondue, en partie leurs plans de culture et, en 1907, ce dernier a installé 25 nouveaux hectares de cacaoyers, dont les plants sont placés à une distance de 3 mètres, soit donc environ 27,000 pieds (Planche II).

Au bout de deux ans les cacaoyers commencent à se ramifier.

Cette ramification aune très grande importance; d’elle, en effet, dépend l’avenir de la plante ; plus la ramification est peu élevée au-dessus du sol, mieux la récolte pourra se faire et plus facilement l’humidité, si nécessaire à la vie de cette plante, sera conservée.

Des soins sont donc à donner à cette culture, et parmi eux citons, sans insister ; taille et rajeunissement ; opérés judicieusement ils donnent les meilleurs résultats pour la production. Il faut que le cacaoyer, de i""5o environ, se trouve divisé en 3, 4 ou 5 rameaux; si le développement est unilatéral, il faudra remédier à la forme irrégulière par la coupe. Il faut aussi enlever tous les rejets partant des racines ou de la base du tronc. Il faudrait également citer la taille des racines, préconisée par certains planteurs, mais elle demande pour être bien faite, des connaissances et des soins particuliers.

En résumé, la culture du cacaoyer nécessite un sol riche en humus, dans lequel les racines puissent pénétrer facilement et dont la couche superficielle soit suffisamment meuble pour empêcher l’évaporation. Il lui faut aussi une certaine humidité atmosphérique.

Il n’est pas possible de dire d’avance à quelle distance il faut planter les arbres, cette distance doit être le résultat d’expériences faites sur place, elle variera suivant les conditions de milieu.

Planche II.

C’est là un fait que l’on oublie trop souvent, les résultats obtenus dans une région doivent servir de guide, mais la méthode qui les a donnés ne pourra pas pour cela être appliquée ailleurs avec le même succès.

Tous les efforts des planteurs doivent porter sur l’amélioration de la production, tant en quantité qu’en qualité et les premiers soins pour arriver à ce résultat sont de conserver au sol sa valeur et de faciliter le travail de récolte.

On sait que pour réduire les frais d’entretien des plantations d’arbres à caoutchouc, on a essayé de faire certaines cultures intercalaires : caféiers, théiers, cacaoyers. Il est intéressant de suivre les rapports publiés sur ces cultures afin d’en tirer profit pour l’avenir, la note de M. Labroy sur ce sujet mérite d’être signalée (i). Le rendement satisfaisant des premières années, obtenu avec le caféier et le théier, ne peut être conservé pendant de nombreuses années car les Hevea ne tardent pas à étouffer la culture arbustive.

Dans certaines plantations de Malaisie, le cacaoyer a semblé donner meilleur espoir, car il peut, dit-on, se maintenir à l’ombre des jusqu’à l’âge

de dix à douze ans, ayant ainsi donné 5 à 7 récoltes, ce qui n’est point à dédaigner. On devra sans doute donner la préférence, non à la méthode intercalaire, mais à celle qui consiste à planter des bandes de cacaoyers plus ou moins larges en les abritant par des rangées d’arbres à caoutchouc, formant rideau et ombrage suffisant.

Avec le Castilloa^ en Amérique, il s’est produit un fait important : des insectes parasites (cochenilles) se sont répandus de l’arbre à caoutchouc au cacaoyer. C’est, évidemment, le danger le plus sérieux des associations culturales (2).

Les associations permanentes sont en tous cas difficiles et on ne peut en général les conseiller, trop souvent l’une des cultures est sacrifiée.

Après la culture vient, pour le planteur, la grave question de la préparation du cacao commercial qui est un des points délicats. Les phénomènes qui se passent dans la graine, depuis sa sortie de la cabosse jusqu’à sa mise en sacs pour l’exportation, sont encore peu connus. Leur étude serait cependant bien nécessaire car, d’eux dépend probablement l’obtention d’une variété commerciale toujours semblable à elle-même.

Durant les vingt dernières années, plusieurs améliorations ont été introduites dans les méthodes de séchage du cacao, mais il reste au sujet de la fermentation beaucoup à apprendre.

En Allemagne et en Hollande, on a publié des rapports qui ont large-

(1) In Journal d‘ Agriculture tropicale, 1909, n® 94,

(2) Nous rappellerons ces associations à propos du caoutchouc, et spécialement de Inculture des Hevea.

ment ajouté à nos connaissances scientifiques. Il reste à faire un traité scientifique à la portée de tous les planteurs, examinant dans leurs détails la fermentation et le séchage du cacao ; un traité qui expliquerait les changements biologiques et autres se produisant dans les graines. Ce traité encouragerait les planteurs à continuer des expériences sur une grande échelle ; en adoptant les meilleures méthodes, ils amélioreraient la qualité, la couleur, l’apparence des produits.

Cela aurait également le grand avantage de faire produire à de nombreuses petites plantations, un cacao ayant toujours le même aspect.

Pour encourager de nouvelles recherches et pour déterminer, exactement, les changements qui se produisent dans les fèves de cacao, depuis le moment où elles sortent des cabosses jusqu'à celui où elles sont mises en sacs pour l’exportation, M. Harold Hamel Smith du « Tropical Life »,de Londres, s’est mis à la tête d’un mouvement qui a eu comme résultat la fondation de divers prix dont on peut espérer beaucoup.

Au début des réceptions, à Anvers, du cacao du Kasai, le produit était très irrégulier dans ses éléments ; cette irrégularité provenait naturellement de la méthode primitive employée pour la séparation des graines et des cabosses et pour la fermentation. Cette irrégularité s’observe d’ailleurs dans bien des régions productrices et pour l’éviter, pour arriver à présenter sur le marché un produit de meilleur prix il faudra procéder sur place, comme cela se fait d’ailleurs à San Thomé et comme l’a conseillé un agronome de la Compagnie, opérer un premier triage, séparer en tous cas les graines sèches de celles qui sont saines, entières et de couleur uniforme. Ce triage exige naturellement de la main-d’œuvre, mais ces frais supplémentaires seront amplement remboursés par l’augmentation du prix de la marchandise.

Le cacao du Kasai présente parfois un aspect grisâtre, dû au sable qui adhère aux graines pendant la dessiccation. Cette dernière se fait sur des nattes, par terre, sous des arbris. La terre qui recouvre les graines, si elle n’est pas en trop grande quantité, ne peut influencer la valeur du cacao, car dans bien des pays producteurs le terrage est employé pour faciliter la dessiccation et pour enlever plus facilement les dernières particules de pulpe qui restent adhérentes à la graine après la fermentation. Dans les plantations du Mayumbe,qui sont actuellement en pleine production on fait également le terrage : on saupoudre pour cela les fèves de sable fin, cela active fortement le séchage.

Or, ce dessèchement a tout intérêt à être fait le plus rapidement possible, surtout si l’air ambiant est très chargé d’humidité; les moisissures s’emparent, en effet, très vite de la pulpe qui entoure les graines et on ne peut guère leur faire lâcher prise ; même après un nouveau lavage suivi d’un séchage

rapide les fèves conservent la trace du passage des champignons sous forme de taches.

Les Plantations Lacourt ont d’ailleurs fait installer des séchoirs spéciaux pour le cacao, séchoirs qui fonctionnent depuis igo8 et ont donné de bons résultats.

Un des séchoirs installé à la Kondue (Plantations Lacourt) est figuré (pl. II, fig. 3), il est constitué par une aire cimentée au-dessus de laquelle on peut amener une toiture mobile. Il se trouve donc dans de très bonnes conditions pour permettre une dessiccation rapide des graines fermentées.

Des maladies de quelque importance n’ont pas encore apparu dans les cacaoyères des Plantations Lacourt, qui ont commencé à importer à Anvers, depuis 1908. On escompte une production de près de 20 tonnes pour igio et pour l’année prochaine une production plus considérable, car de nouvelles plantations, en un bloc de 20 hectares, de belle venue et très uniformes, déjà âgés de 2 ans, pourront commencer à produire.

Les résultats obtenus à la Kondue, montrent donc péremptoirement que la culture du cacaoyer est possible, non seulement physiologiquement, mais économiquement, et qu’elle est appelée a donner à ceux qui l’entreprendront dans ces régions du centre de l’Afrique des bénéfices certains.

Ni

Vanilliers

Il existe dans la région du Kasai au moins deux vanilliers indigènes : Vanilla grandifolia LindL;

Vanilla Lujae De Wildeman.

Ces deux espèces, toutes les deux très intéressantes au point de vue scientifique, sont encore inconnues au point de vue industriel.

Dans un des rapports que M. Éd. Luja, des Plantations Lacourt, adressait à la Direction en 1904, il fait très bien remarquer la différence de ces deux espèces, dont la première a été trouvée en dehors de la région, dans les environs de Kisantu et en dehors du Congo, la seconde existe jusqu’à ce jour uniquement dans les forêts de la Kondue (Plantations Lacourt) où elle avait été découverte par Taymans, un excellent agent que la Compagnie du Kasai a eu le malheur de perdre.

La première est désignée par M. Éd. Luja : Vanille à feuilles vertes avec nombreuses taches blanches ; la deuxième est caractérisée par ces mots : Vanille à feuilles plus allongées sans taches. Ces caractères permettent, en effet, de reconnaître aisément les deux espèces, qui, grâce à M. le Directeur général V. Lacourt, existent actuellement, à l’état vivant, dans les serres des plus importants jardins botaniques d’Europe.

Nous savons, par les rapports des agents, que ces deux plantes poussent rapidement, nous savons également par les observations du frère J. Gillet S.J., de Kisantu, que les gousses du V anilla grandifolia sont très développées, qu’elles ont un arôme assez fort, mais elles n’ont pu être taxées.

En 1897, M. V. Lacourt a importé des boutures de Vanilla planifolia, ou vanillier généralement cultivé. Depuis cette époque, les quelques plants du' début ont pu être multipliés et déjà, en 1904, il existait dans la vanillerie des pousses de 5 à 6 mètres qui fleurissaient régulièrement et ont donné, dans ces derniers temps, des gousses de vanille à arôme remarquable.

La culture de la vanille ne sera jamais, pensons-nous, une véritable culture de rapport pour le centre de l’Afrique, le marché est suffisamment pourvu, d’autant plus que, depuis quelques années, la chimie a fait à l’exploitation de la vanille naturelle une grande concurrence par la production de la vanilline synthétique. Néanmoins, il était intéressant de démontrer que cette culture était possible et des essais poursuivis régulièrement, pendant un certain nombre d’années sur des vanilliers indigènes, pourraient ouvrir des horizons nouveaux.

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