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Caoutchoutiers

Dans ce chapitre nous étudierons successivement les lianes à caoutchouc, les arbres caoutchoutifères d’Afrique et les caoutchoutiers introduits dans les territoires de la Compagnie du Kasai.

Caoutchoutiers d’Afrique

Lianes à caoutchouc.

Il ne peut être question, dans ces paragraphes, d’étudier à fond les diverses lianes du Kasai, ni d’exposer dans les détails les conditions de leur culture ou de leur exploitation dans la forêt ou la brousse.

Les données que nous avons à présenter ici constituent des matériaux pour une étude des lianes caoutchoutifères africaines qui, d’après nous, sont de grande importance pour la mise en valeur des territoires de notre Colonie.

Les notes fournies par les agents de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt, traitent des diverses questions soulevées par cette culture ou cette exploitation. Plusieurs ont une portée générale, d’autres s’appliquent à des espèces particulières.

Dans tous les postes, grâce aux règlementations de l’État du Congo, on a planté des lianes, souvent malheureusement sans être bien sûr de ce que l’on plantait, mais si ces plantations ont donné peu de résultats économiques elles ont fait voir pourquoi beaucoup ont mal réussi.

Près de Tombolo M. Sapin a pu étudier des plantations abandonnées, il

a trouvé les Landolphia (probablement L. owariensis), dans la plaine, au milieu d’un groupe de grands palmiers et entourés de broussailles (sans doute à l’emplacement d’un ancien village). Les lianes avaient déjà été coupées une fois, antérieurement à son passage en 1907; elles avaient à cette époque, à la base, 4 à 5 centimètres de diamètre et leurs rejets avaient déjà la grosseur du pouce. Cela montre une fois de plus la grande influence de l’air et de la lumière sur la végétation des lianes.

Comme nous l’avons dit souvent, les grosses lianes que l’on saigne de nos jours ne se sont pas développées sous l’abri de la forêt, mais bien en même temps que cette forêt; aussi, avons-nous été, depuis des années, partisan de la culture des lianes en terrain complètement déboisé et sans aucun support. La broussaille, qui ne tardera pas à remplacer la forêt, suffira à garantir les racines contre la sécheresse et le soleil, tandis que les feuilles pourront respirer à l’aise.

Il suffit, en effet, que le sol seul soit préservé de l’action trop forte des agents atmosphériques ; un sol tropical ne devrait jamais rester à nu, car le soleil a vite fait de brûler l’humus. Le nettoyage trop absolu des jeunes plantations est nuisible, car on empêche ainsi la formation d’une nouvelle couche d’humus.

Si l’on désire faire le nettoyage de la plantation il faut, en tous cas, laisser les plantes sur le sol; il suffira dans bien des cas de dégager le pied de la liane pour la préserver des végétations cryptogamiques et des quelques plantes grimpantes qui pourraient étouffer les jeunes plants.

C’est en recouvrant notre sol africain de végétation (légumineuses, etc.) et en le préservant des feux de brousse, qu’on le rendra fertile. M. A. Sapin a remarqué que c’est dans les anciennes plantations de manioc abandonnées, envahies par la broussaille, sur l’emplacement d’anciens villages, que les lianes croissent avec le plus de vigueur; il a fait cette constatation spécialement à Tombolo-Guidongue (Bitcham) et à Lutshima.

C’est là, pensons-nous, une règle générale.

Il est vrai, qu’il est difficile d’obtenir par ce procédé de culture des lianes capables d’être saignées ?

Mais cette saignée est-elle nécessaire, ne pourrait-on exploiter par un autre procédé et en particulier par celui de la coupe réglée et du battage ?

Depuis longtemps nous préconisons cette méthode d’exploitation et les essais faits par les agents de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt, les observations réunies par eux corroborent notre opinion. Il nous semble intéressant de revenir sur la question et de mettre en présence les arguments des partisans de la saignée et du battage, sans cependant remonter très loin dans ces discussions.

Planche III.

LIANE (« LANDOLPHIA OVVARIENSIS ») ÂGÉE UE 3 ANS, PLANTÉE EN PLACE ET DÉVELOPPÉE EN BROUSSAILLE

(plantations lacourt a la KONDUE).

UN IREH (« FUNTUMIA ELASTICA ») PLANTÉ EN 1904.

Si, pour l’exploitation des plantes fournissant le caoutchouc des herbes, l’unique méthode d’exploitation est l’arrachage et le battage des rhizomes, et si personne ne conteste actuellement la valeur de ce procédé et la reconstitution des espaces producteurs, on est moins d’accord sur les procédés à employer pour mettre en valeur les lianes caoutchoutifères de l’Afrique centrale, qui sont, et seront encore pendant longtemps, une des grandes sources de caoutchouc du continent noir.

Trois écoles sont ici en présence : saignée des lianes à l’aide d’incisions, soit incisions irrégulières à la machette, soit incisions ravivées comme pour les plantes caoutchoutifères à grand rendement, par exemple les Hevea, soit coupe et égouttage ou enfin coupe et battage.

On sait que l’État du Congo a publié, en igo5, une circulaire défendant la coupe de la liane, et n’autorisant pas ses agents à accepter du caoutchouc obtenu de lianes coupées.

Les autres pays de l’Afrique tropicale ont également prohibé la coupe des lianes, qui a été faite par les indigènes dans presque tous les pays producteurs, et se fait encore sûrement dans beaucoup de régions.

Le mode de récolte du caoutchouc par coupe des lianes a, dit-on, des inconvénients, tant pour la source que pour le produit lui-même. On a prétendu que le pied de la liane coupée repousse rarement^ et que le latex obtenu par cette méthode brutale est impur.

On a également dit que, par cette méthode, une grande partie du latex ne peut être extraite, qu’elle reste dans l’écorce et se coagule dans les vaisseaux, obturant même ceux-ci, et rendant ainsi une proportion de latex beaucoup moindre que la saignée, d’autant plus que l’indigène a pris la mauvaise habitude de jeter les morceaux de lianes dont il a laissé écouler le latex, dans la forêt, où ils pourrissent.

Certains auteurs ont encore prétendu que les caoutchoucs de mauvaise qualité, fortement endommagés par des matières étrangères, étaient toujours des produits obtenus par battage.

Qu’il nous soit permis de réfuter quelques-unes de ces critiques, tout en appuyant sur certaines autres qui ont un fonds de vérité.

D’après M. Teissonnier, directeur du Jardin d’essai de Conakry (Guinée française), le seul procédé de récolte utilisable pour les lianes est la saignée; elle seule permettrait d’obtenir un rendement sérieux avec des lianes ayant au moins lo ans (i). Il reconnaît que cette saignée doit être faite avec soin et que presque toujours les incisions pratiquées par les indigènes sont trop importantes, et demandent, par conséquent, trop de temps pour se cicatriser.

(i) Voyez AcUsdu Congrès colonial d* Bordeaux et Le Caoutchouc et le Gutta-percha, n° 58, 1908, p. 2491 et suiv.

M. Teissonnier fait le procès de l’exploitation par battage. « Si, dit-il, la richesse en caoutchouc de la partie aérienne des lianes de 2 à 4 ans avait été suffisante, la culture du L. se trouvait pratiquement résolue... Mal-

heureusement, le rendement de la partie aérienne de l’âge indiqué est insuffisant pour couvrir les frais d’exploitation, et aucune suite ne fut donnée à ce procédé. »

Comment tirer de telles expériences une conclusion aussi nette? Les conclusions ne sont en tous cas pas directement applicables à nos essences congolaises, puisqu’il s’agit au Congo belge d’autres espèces. En outre, d’un côté, M. Teissonnier reconnaît qu’il ne peut être question de saigner les lianes avant l’âge de 10 ans, et d’un autre, il voudrait que dès l’âge de 2 à 4 ans, les lianes pussent donner du caoutchouc par battage de leurs écorces. Cela paraît peu rationnel?

Ce que nous avons toujours soutenu, en partisan du grand bénéfice à retirer de l’exploitation des lianes par le battage des écorces, c’est qu’il fallait traiter des écorces de plantes adultes ou âgées. Ces plantes seraient coupées et leurs tiges décortiquées; les rejets des souches pourraient, â leur tour, être exploités par coupe et battage et cela beaucoup plus rapidement que des plantes de semis.

On ne peut, en effet, comparer pour la constitution chimique, des tissus de plantes jeunes et ceux de rejets de plantes adultes; ceux-ci ont, en effet, pour faciliter leur développement un système radiculaire bien établi. Dans la plupart des expériences qui ont été faites, en vue de déterminer la valeur du procédé d’extraction du caoutchouc de plantes de culture, on n’a pas songé â la grande différence qui existe entre les tiges de plants de semis et les rejets du même âge. Il est indiscutable, des expériences l’ont déjà démontré, que les rejets provenant d’un pied âgé, qui a été coupé à la base, donnent du caoutchouc à l’âge de 3 ou 4 ans.

Comme nous l’avons dit à diverses reprises, la saignée n’est pas à conseiller; elle devrait, pour qu’elle puisse donner des résultats, être faite par des ouvriers bien stylés, ce qui est loin d’être le cas. Certes, les écoles que l’on fonde un peu partout dans les colonies africaines pourront amener des modifications dans les procédés barbares des indigènes, mais la saignée sera toujours un mode d’exploitation dangereux; elle amène des blessures plus ou moins profondes, difficiles à guérir, et elle ne permet pas d’obtenir de la plante un rendement maximum.

M. Aug. Chevalier est devenu, lui aussi, un partisan convaincu de l’utilité, je dirai même de la nécessité de la coupe de la liane, bien qu’il ne paraisse pas encore totalement rangé à l’opinion de la nécessité du battage. Dans une des dernières notes qu’il a fait paraître au sujet des forêts de la Côte d’ivoire,

il dit : (Voir Bulletin du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne) « Si l’on prohibe la coupe des lianes en forêt, on empêchera, par cela même, leur exploitation, car il n’est pas possible d’en tirer autrement parti. »

Le pied de la liane coupée repousse rarement disent les opposants de la méthode d’exploitation par la coupe. Cette rareté est pensons-nous, un cas exceptionnel. Certes si l’on prend une vieille liane productrice, dont la base possède une écorce épaisse, et dont l’incision ne donnerait d’ailleurs guère de latex, et qu’on la coupe, cette souche aura de la difficulté à produire des rejets capables de reformer une plante. Mais est-ce là le cas général ?

Plusieurs auteurs et plusieurs explorateurs prouvent au contraire que les lianes coupées à une certaine distance de terre ou même ras terre, rejettent du pied ; nous avons d’ailleurs fait à ce sujet de nombreuses expériences en serre chaude, et toutes ont démontré que si l’on enlève la tête d’une liane, des bourgeons latents, visibles ou invisibles, se développent, et que dans certains cas, il est même possible d’obtenir d’un plant à tige unique, un plant à plusieurs tiges d’épaisseur égale.

M. Y. Henry, inspecteur de l’agriculture en Afrique occidentale française a d’ailleurs répondu à cette objection sans la connaître. Son argument, qui ne peut être taxé de partial, mérite d’être rappelé une fois de plus. Il dit :

« Une liane saignée au repos et à un état que nous appellerons « vie ralentie », coupée ras terre au moment du repos de la végétation développera plus tard des yeux latents de la base, et donnera des rejets qui, d’après les observations faites, seraient exploitables entre la sixième et la dixième année, suivant que la « gohine » se développe en liane ou en buisson.

» Cette même liane laissée en l'état ne serait utilisable dans aucune de ses parties, le vieux bois étant épuisé, et les jeunes rameaux toujours très nombreux, mais d’une grosseur insuffisante (i). »

Nous trouvons dans l’allégation de M. Drion, directeur de la Société anonyme des produits végétaux, reproduite récemment par M. F. Van der Linden, des arguments intéressants en faveur de la coupe et de la repousse des lianes (2) :

« J’ai fait, me dit M. Drion, une expérience qui vous paraîtra peut-être intéressante. Après une première incision sur une belle liane, j’avais récolté environ i kilo de caoutchouc sec en deux jours. Un an après, je fis une nouvelle incision dans la même liane. Je ne pus recueillir que 12 grammes de caoutchouc sec. L’année suivante, la liane dépérissait.

» Une autre liane que j’avais coupée à un mètre du sol, me donna des

(1) Y, Henri, Lt caoutchouc dans l’Afrique franfaise, p. 142.

(2) Cf. F. Van der Linden. Le Congo. Les Noirs et Nous. Paris, Aug. Challamel, 1910, p. 233.

jets au bout de dix jours. Après trois ans, ces jets atteignaient une longueur de sept à huit mètres. Ils avaient la grosseur du pouce. Cette double expérience est concluante, me semble-t-il. On devrait légaliser la coupe de la liane, et la réglementer. On aurait moins de lianes tuées par des incisions maladroites, et la perte de latex serait moins considérable qu’à présent. »

L’argument tiré de la non-repousse de lianes coupées nous paraît donc indiscutablement sans valeur et ce n’est pas en se basant sur lui que l’on peut travailler en faveur de l’exploitation des lianes caoutchoutifères par saignée.

Bien au contraire, car ainsi que le fait encore ressortir M. Henry, dans l’ouvrage auquel nous empruntions quelques lignes plus haut : « Si l’on songe que les lianes venues de semis ne paraissent pouvoir être exploitées utilement qu’entre la dixième et la vingtième année, il y a un sérieux avantage à pratiquer le recépage dans tous les peuplements épuisés.

C’est notre avis et celui, pensons-nous, de tous ceux qui ont étudié avec soin la question et ne se sont pas laissé emporter par un examen superficiel ou préconçu de faits plus ou moins bien observés (i).

Le latex obtenu par la coupe des lianes est impur dit-on; mais pourquoi ce latex serait-il plus impur que celui obtenu par saignée?

Quelle différence peut-il exister entre le liquide qui s’écoule de la plaie faite à la liane en place, et celui qui vient de la surface de section d’un morceau de cette liane? La minime quantité de suc cellulaire sortant des cellules lésées par la section n’est pas capable d’influencer la pureté du latex.

On pourrait, au contraire, soutenir avec plus de raison, que c’est le latex recueilli par égouttage des tronçons de lianes qui (toutes choses égales d’ailleurs) serait plus pur, puisqu’il n’a pu entraîner avec lui les matières étrangères déposées sur la partie externe de l’écorce.

Mais quand on vient nous objecter que par cette méthode d’exploitation brutale, on ne peut extraire tout le latex contenu dans la liane, on est dans le vrai. Il est indiscutable qu’une grande partie du latex, et par suite du caoutchouc, reste dans les tissus des tronçons de tige ; mais n’en reste-t-il donc pas dans les tiges de lianes saignées? Comme celles-ci meurent fréquemment, pour ne pas dire toujours, à la suite de la saignée, du moins dans les parties situées au-dessus de la saignée, le caoutchouc qui se trouve dans le latex audessus de cette saignée est également perdu !

De sorte que, même à ce point de vue, la saignée n’a guère d’avantages sur la coupe de la liane.

(i) Cfr. É. De Wildeman ; A propos de l’exploitation des liants à caoutchouc in Le Caoutchouc et la Gutta-percha, n» 38, Paris, 1987, p. g83.

Mais où gît le défaut de la coupe, c’est dans le fait que l’indigène jette sur le sol de la forêt, où ils pourrissent, les fragments des tiges qu’il a coupées. Il est vrai que certains observateurs ont fait remarquer que ces tronçons de lianes éparpillés dans la forêt ne sont pas toujours perdus; ils peuvent repousser et donner naissance à de nombreux pieds de lianes. Cette remarque, qui a été faite par M. Aug. Courboin, durant son voyage au Congo français, où il s’éjourne encore, mérite d’être prise en considération.

Il est, en tous cas, certain que dans des conditions favorables et en serres, des morceaux de lianes à caoutchouc déposés à plat sur le sol, légèrement recouverts, peuvent servir de boutures, comme d’ailleurs des morceaux semblables placés verticalement dans la terre, un œil dépassant le niveau du sol.

Mais, nous dira-t-on, ce qui est obtenu en serre, avec une chaleur de fond, pourrait ne pas l’être en Afrique, où la surface du sol peut se refroidir parfois assez fortement.

C’est pour répondre d’ailleurs à cette objection et pour montrer l’importance de la culture sous serre que, dès 1902, M. V. Lacourt, qui préconisait le bouturage et le marcottage des lianes, avait envoyé à la Kondue des vitres pour établir des bâches sur couches faites au moyen de détritus de végétaux. Il estimait, avec raison, que c’était un moyen d’éviter la propagation des mauvais types (peut-être hybrides?) si nombreux parmi les sujets provenant de semis.

Certes, le bouturage des lianes en région tropicale n’est pas aussi aisé qu’en serre. Mais, d’essais faits en Afrique et à Madagascar, on peut conclure que s’il est difficile, il n’est pas impossible, il peut d’ailleurs être combiné avec le marcottage.

Récemment un de nos confrères, M. A. Baudon, administrateur des Colonies, au Congo français, a, dans une note qu’il nous avait adressée, et qui a été publiée par V Agronomie tropicale, insisté à nouveau sur l’utilisation de ces méthodes de multiplication.

Traitant de la culture des lianes il dit :

« Pour obtenir les jeunes plantes deux procédés peuvent être employés, les semis et les boutures, tous les deux convenant également bien.

» Nous ne retiendrons que le deuxième à cause des résultats excellents que nous lui avons vus donner dans une plantation relativement importante et aussi, parce qu’il est d’un usage moins courant. »

Comme il le signale très justement et comme nous l’avons fait remarquer si souvent :

« L’emploi des boutures a un avantage, c’est tout d’abord un gain au

(2) A. Baudon : Le marcottage deslianes à caoutchouc in l'Agronomie tropicale, vol, II, 1910, p. 9,

début dans le développement de la plante, et la certitude que l’on a de mettre en place une essence de valeur, puisqu’on peut s’en assurer par une saignée faite avant de procéder au marcottage, certitude qu’on n’a pas toujours par l’emploi des graines.

» Le marcottage, opération courante en Europe, nécessite, pour obtenir les rejets, l’intervention préalable de l’ouvrier pour mettre le rameau sous terre; en Afrique cela n’est pas nécessaire.

Les lianes s’accrochent où elles peuvent, leurs ramifications retombent soit naturellement soit accidentellement sur le sol, où elles donnent des racines, et se fixent au sol, constituant des plantes nouvelles que l’on peut séparer aisément des plantes mères et qui fréquemment en sont séparées plus ou moins naturellement.

w En parcourant, ajoute notre auteur, une forêt où végètent des lianes, on trouve toujours un nombre important de rameaux constituant des marcottes naturelles prêtes à être employées, et c’est là que les indigènes pourront puiser pour les plantations qu’ils pourront en même temps faire sur place.

)) Les différentes opérations que nécessite une plantation qui utilise des rejets obtenus par marcottage sont des plus simples.

» On choisit dans la forêt des tronçons de lianes bien pris, ce qu’on vérifie en dégageant la partie enterrée, opération facile car elle se trouve toujours à une faible profondeur, et on les sectionne par bouts de 6o à 70 centimètres de long. Une liane peut en fournir plusieurs, d’autres fois un seul. Quelquefois ces tronçons portent de jeunes rejets qu’il est avantageux de conserver lorsqu’ils atteignent seulement 3o centimètres de haut, car on a ainsi un moyen de s’assurer de la reprise en même temps qu’il y a gain de temps dans le développement.

(c Les tronçons sont mis aussitôt que possible en terre à environ 5o centimètres du pied d’un arbre, dans un trou de 20 centimètres environ de profondeur, creusé dans du terreau très meuble, débarrassé des feuilles non décomposées et autres corps étrangers.

» Préalablement à la mise en place, on fait des petites entailles aux extrémités de la marcotte pour faciliter la sortie de nouvelles racines, on la place alors inclinée à 45° dans le trou préparé, un des bouts affleurant le sol, on recouvre le tout de terreau en ayant soin de ne pas le tasser et on peut le recouvrir de quelques feuilles pour empêcher le dessèchement et l’opération est terminée. Trois semaines environ après la mise en place on doit voir apparaître les jeunes bourgeons ou trouver ceux qui existaient vigoureux.

« Cette façon de procéder est excessivement simple et pratique et un homme exercé peut, en une journée, mettre en place un nombre élevé de

lianes. Elle a aussi l’avantage de pouvoir être employée en toutes saisons, bien qu’il y ait intérêt à procéder aux plantations au début de la saison des pluies, époque où la poussée de la sève étant très vigoureuse, les chances de reprises sont plus grandes; d’autre part, il n’y a pas à craindre la sécheresse qui peut entraîner des pertes importantes. » ,

M. V. Lacourt a constaté à la Kondue que de vieilles lianes poussant dans des endroits humides développaient des racines adventives sur la tige même ; et comme tous les voyageurs, qui ont observé avec soin, il a vu une liane dont une tige avait touché le sol et s’était enracinée, reprendre son élan et recommencer quelquefois 4 et 5 fois le même manège. Mais s’il est grandement d’avis de conseiller le bouturage de tels tronçons de lianes, et le marcottage des tiges libres, il les considère comme recommandables seulement dans la saison des pluies et dans un sol relativement frais et riche; en ce point son opinion concorde donc avec celle de M. Baudon.

La Société des Plantations Lacourt, qui fait de grands efforts pour solutionner la question de la culture des Landolphia a fait expédier au Kasai plusieurs tonnes de superphosphate double et de sulfate d’ammoniaque, pour étudier l’action des engrais sur la croissance des lianes. Malheureusement, le coût extrêmement élevé des transports l’oblige à s’en tenir à quelques expériences avec ces engrais.

En pratique, on ne peut naturellement songer à envoyer des engrais chimiques dans le Haut-Congo.

Si l’on considère donc, comme nous le disions plus haut, la méthode de la coupe uniquement dans le but de produire du latex par écoulement, ce procédé est à déconseiller, quoique, à nos yeux, il soit supérieur à la saignée simple; mais, si à la coupe, on joint le battage, nous trouverons dans la fusion de ces deux méthodes des avantages sérieux.

Mais, disent encore ceux qui s’attaquent aux sociétés concessionnaires, le battage donne un mauvais caoutchouc; tous les caoutchoucs qui arrivent sur le marché et qui se trouvent fortement mélangés de matières étrangères sont obtenus par le battage.

Erreur complète cette fois, car les plus beaux caoutchoucs du Congo, les Kasai rouge^ sont très souvent obtenus par le battage. Le caoutchouc des herbes, dont la valeur a fortement augmenté dans ces derniers temps, et qui ne peut être obtenu que par battage, n’est-il pas de bonne qualité?

Nous avons sous les yeux, au moment où nous écrivons ces lignes, des plaques de caoutchoucs obtenus, entre autres à l’aide du procédé : coupe et battage et qui ne le cèdent en rien comme élasticité aux produits provenant de coagulation par des liquides à froid ou à chaud, ou par écrémage.

Dans le centre de l’Afrique, malgré les défenses de l’État, on coupe

la liane, et on la coupera longtemps encore, le Gouvernement du Congo, malgré toute sa bonne volonté, malgré tout son service forestier, ne pourra empêcher l’indigène d’opérer la coupe.

D’ailleurs, est-ce un si grand mal?

Le noir a expérimenté par lui-même que la coupe, au lieu de détruire les plantations, ravive les plantes fatiguées, et c’est en connaissance de cause qu’il emploie ce mode d’exploitation.

Faut-il couper ras de terre, ou à 5o ou 6o centimètres du sol? Comme nous l’avons vu plus haut, M. Y. Henry préconise la coupe à ras de terre. D’après les renseignements que nous avons reçus d’Afrique, les indigènes ne coupent jamais une liane ras de terre prétendant, avec raison, pensons-nous, qu’en laissant un tronçon de tige, ils ménagent plus d’yeux dormants et favorisent la repousse. Par la coupe, les noirs du Kasai prétendent qu’au bout de trois ans, les repousses peuvent être réexploitées, tandis que la même liane saignée aurait dépéri et, au bout de quelque temps de traitement, elle n’aurait même pas été capable de donner des rejets.

Et c’est la raison pour laquelle ils continuent le battage, bien persuadés que le jour où cela leur sera devenu impossible, la production du caoutchouc aura fini son temps.

Ce qu’il faudrait donc, ce n’est pas défendre la coupe, mais la réglementer.

Cette coupe devrait être faite rationnellement et les parties coupées devraient à leur tour être traitées rationnellement, par le battage.

Dans la coupe de la liane il faut tenir compte du fait que les lianes bien aoûtées, de la grosseur du pouce, donnent le plus de caoutchouc.

Par conséquent, lorsqu’on recèpera les plantes, il sera utile de laisser le moins possible de bourgeons afin de favoriser leur développement, et il conviendra de supprimer ensuite dans l’entourage de la plante tout ce qui peut la priver d’air et de lumière.

Malheureusement, nous ne sommes pas encore très avancés dans l’étude des diverses lianes productrices de caoutchouc en Afrique, pour certifier que le procédé du battage est utilisable pour toutes les lianes. Au dire de certains voyageurs, des tiges ou des rhizomes de quelques essences encore mal connues, renfermant indiscutablement du latex caoutchoutifère, ne donnent rien au battage, le caoutchouc disparaîtrait même sous le pilon.

Pour M. A. Sapin, que la Compagnie du Kasai a spécialement chargé de l’étude de cette question, ce fait ne serait pas tout à fait exact. On pourrait obtenir avec toutes les lianes qu’il a étudiées, même avec celles qui renferment peu de caoutchouc et celles qui possèdent un latex très aqueux, un caoutchouc de belle qualité; le tout est de prendre certaines précautions

Planche IV.

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