DANS LA FORÊT A IDANGA
(forêt en partie défrichée pour la plantation de lianes a caoutchouc et de caféiers).
pendant le battage, d’éviter réchauffement à la main et de battre en conséquence légèrement, au lieu d’employer le pilonnage.
Mais il est certain, en tous cas, que pour les Landolphia owariensis^ Klainei et Thollonii^ le battage donne d’excellents résultats, si, bien entendu, la plante productrice est en âge ou en état de produire du caoutchouc ; inutile, pensons-nous, d’insister sur le fait que des lianes trop jeunes ne produisent qu’une matière collante ne possédant aucune des propriétés du vrai caoutchouc.
Un mot encore relatif à la production.
On se rend bien mal compte, dans le public, de ce que peut produire une liane. Nous avons encore vu citer dans un journal que chaque kilo de caoutchouc amené d’Afrique représente une liane coupée ! Que signifie cette proportion ? Tout dépend naturellement de la longueur, de l’épaisseur, de la surface d’écorce exploitable, et ce sont là toutes questions auxquelles on n’a jamais répondu !
Actuellement, on sait, pour quelques cas isolés, la proportion du caoutchouc contenue dans le litre de latex, ou celle extraite d’un kilo d’écorces de lianes.
La quantité de caoutchouc extrayable par le procédé du battage ne dépasse pas, dans les conditions les plus ordinaires, 14 ou i5 p. c. du poids des écorces.
Lorsqu’en se basant sur les expériences faites par lui et par Arnaud, Godefroy-Lebeuf publia les données relatives au rendement probable d’une exploitation par battage, il citait que 42,000 kilos d’écorces avaient donné 3,36o kilos de caoutchouc, soit 8 p. c., chiffre bien inférieur à la proportion de 14 à i5 p. c. En admettant que les nègres aient, pour amener cette quantité d’écorces, dû détruire toutes les lianes de leur région, et qu’il faille dix ans pour reconstituer le massif, deux choses certainement exagérées, il y aurait encore bénéfice à employer l’écorçage, car par la saignée le même nombre de lianes n’aurait certainement pas fourni 5o kilos de caoutchouc par an, la saignée n’enlevant pas tout le latex contenu dans la liane.
En étudiant plus loin diverses lianes de la région du Kasai, nous reviendrons d’ailleurs sur les rendements, car plusieurs des agents de la Compagnie ont tenu à rechercher ce que pouvaient fournir par coupe et battage des vieilles lianes d’âge inconnu, et des lianes de semis d’âge déterminé.
Que pouvons-nous déduire des quelques observations que nous avons signalées ici ?
Nous nous trouvons en présence de trois modes d’exploitation des lianes.
Lequel faut-il choisir ?
Le premier mode : la saignée, n’est pas à conseiller pour les lianes, parce qu’une partie du latex reste dans la plante et que la saignée fait du tort à la liane dont elle amène souvent la mort.
Le second mode ; la coupe, est déjà meilleur au point de vue de la quantité de produit obtenable • la coupe bien effectuée n’empêchera pas la repousse et elle permet, par égouttage, l’extraction d’une bien plus grande quantité de latex et, par suite, l’obtention d’une proportion plus considérable de caoutchouc.
Le troisième mode est encore préférable; l’extraction mécanique du caoutchouc contenu dans l’écorce ne laisse, en effet, rien ou presque rien échapper.
L’exploitation caoutchoutifère, du moins celle des lianes les plus communément cultivées au Congo {Landolphia owariensis, Klainei, et espèces afhnes), doit se résumer aux opérations : coupe et battage ou procédé mécanique d’extraction. Après la coupe on laissera repousser, on devra, en un mot, mettre la réserve caoutchoutifère en coupe réglée.
Nous trouverons, indiscutablement, de nombreux opposants à notre manière de voir, la plupart des gouvernements coloniaux ont d’ailleurs défendu, par des décrets, la coupe des lianes. Mais y a-t-il des arguments sérieux pour préconiser la saignée? Nous sommes persuadé que les gouvernements reviendront sur leurs décisions et reconnaîtront que la coupe fait moins de tort que la saignée, fut-elle faite dans les meilleures conditions par des ouvriers expérimentés.
M. le Dryepondt, qui pendant plusieurs années à étudié en Afrique tropicale, à titre de Directeur de la Compagnie du Kasai, l’exploitation du caoutchouc de lianes a pu dire avec raison ;
« L’impossibilité matérielle d’appliquer aux lianes les procédés méticuleux, précis, de l’exploitation des arbres, ressort à l’évidence du simple exposé des méthodes en usage pour ceux-ci. L’impossibilité absolue d’un procédé méthodique de saignée quelconque pour l’exploitation des lianes est d’ailleurs chose aujourd’hui reconnue par tous les auteurs qui font autorité en la matière (i), et les mêmes auteurs n’hésitent plus, aujourd’hui que la question a été mûrement étudiée, à préconiser comme seul mode d’exploitation logique des lianes à caoutchouc, la coupe de ces lianes et l’extraction complète de tout le caoutchouc contenu dans la partie coupée.
» Ces auteurs sont tous absolument d’accord ; la liane coupée à hauteur suffisante, c’est-à-dire au-dessus de la naissance des premières racines adven-
(i) Cf. De Wildeman et L. Gentil : Liants caouUhoutifires de l’État Indépendant du Congo, Bruxelles, 1904, pp. 35 et suiv.
tives, repousse parfaitement et même très rapidement ; au bout de quatre à cinq ans au plus, les rejets ont atteint l’épaisseur de la plante primitive. La coupe des lianes n’entraîne donc pas la mort de la plante.
» Cependant, la loi est formelle : la coupe des lianes est interdite ; le caoutchouc ne peut être récolté que par incision.
» Qu’arrive-t-il en conséquence? Pour extraire le caoutchouc d’une liane, il ne suffit pas d’inciser l’écorce à la base ; on n’extrait ainsi que le latex contenu dans les canaux correspondant à la partie incisée. Si l’on bornait ces incisions à la hauteur accessible, on ne pourrait songer à retirer au maximum plus de 5 grammes par plant. Pour extraire tout le caoutchouc d’une liane, il faut pratiquer une série d’incisions portant sur toute la longueur de la plante.
» La chose est-elle possible en laissant les lianes en état dans la forêt? La réponse de tous ceux qui connaissent les forêts congolaises doit être invariablement : non, et ne peut être que non.
» Que font donc, ajoute M. Dryepondt,les indigènes en présence de cette situation?
» Ils emploient un procédé aussi simple que radical. Ne pouvant aller à la liane, ils la font venir à eux. Ils s’y accrochent désespérément, tirent dessus à un ou à plusieurs, la secouent de toutes manières, jusqu’à ce qu’ils l’aient détachée des branches supérieures, et la font tomber de toute sa longueur sur le sol. Au besoin, un des plus agiles grimpe dans les arbres pour couper, à l’aide de quelques coups de « machette », les vrilles rebelles à se laisser détacher par les tractions exercées d’en bas.
» Une fois à terre, la liane est soigneusement étalée et soutenue de distance en distance par de petites fourches faites de branches bifurquées ; la plante est ensuite saignée à blanc.
» Le résultat de ce traitement est inévitable. C’est la mort de la malheureuse liane, irrémédiablement. Étalée à terre, elle pourrit rapidement et ne tarde pas à périr.
» Ce serait se faire de singulières illusions sur la mentalité des noirs que d’espérer un seul instant qu’ils iront raccrocher la liane aux cimes après l’avoir saignée. »
Et si même, par hasard, la liane était replacée, reprendrait-elle sa croissance? Nous en doutons fort!
Nous sommes donc totalement de l’opinion exprimée par M. le Dryepondt, avis que nous avons exprimé souvent sous diverses formes, quand il dit :
« La mesure préservatrice, défendant tout procédé de récolte autre que l’incision, a eu pour résultat la destruction des lianes, alors que les méthodes défendues de la coupe des lianes les auraient plutôt préservées. »
D’ailleurs, l’indigène n’a aucun intérêt à détruire les plantes productrices et ce que M. le D"" Dryepondt conclut nous a été souvent répété avant qu’il l’eût publié ;
« Nous pouvons affirmer qu’au Kasai les indigènes n’auraient garde de détruire les lianes, et si, malgré la loi et devant l’impossibilité de retirer le caoutchouc de certaines lianes à cause du manque de fluidité du latex, ils les ont coupées et en ont pilonné l’écorce pour en extraire le caoutchouc, c’est qu’ils avaient remarqué, bien avant nous autres blancs (et la leçon est bonne à retenir), qu’une liane coupée repousse et qu’une liane décrochée et abandonnée sur le sol périt inévitablement (i). »
En igo5 M. C. Waldau a publié dans « The India Rubber World », une notice (2), dans laquelle il a attiré l’attention sur la destruction rapide des réserves caoutchoutifères de l’Afrique. Faut-il se ranger à son avis ? Nous ne le pensons pas. Pour M. Waldau, dans une quinzaine d’années, donc en 1920, l’exportation du caoutchouc d’Afrique ne sera plus conséquente, toutes les forêts produisant du caoutchouc étant détruites. L’exportation ne cessera naturellement pas tout d’un coup, car des Landolphia et des Kickxia, trop jeunes actuellement pour produire du caoutchouc, pourront encore en donner ultérieurement pendant un certain temps et, en outre, beaucoup de lianes coupées ne sont pas mortes et donnent de nouvelles pousses que l’on pourra exploiter. Mais on ne pourrait cependant pas s’attendre, malgré ces repousses, à une grande augmentation durable de l’exportation. M. Waldau pense que la plupart des nouveaux producteurs seront probablement détruits par la première saignée qu’ils subiront.
(1) Pendant l’impression de ce texte la réglementation de la préparation du caoutchouc a été modifiée par un décret ayant paru dans le « Bull, officiel du Congo belge », n° 7, 25 mars 1910, celui-ci donne partiellement satisfaction à ceux qui proclament comme nous, depuis des années, la nécessité de la coupe des lianes; c’est un premier succès que nous enregistrons avec plaisir.
L’article 10 de ce décret dit :
« Le latex des arbres à caoutchouc ne peut être récolté qu’au moyen d’incisions ou d’entailles pratiquées dans l’écorce du tronc, sans pénétrer dans la région du cambium.
» Le caoutchouc des lianes ne peut être récolté qu’au moyen d’incisions, d’entailles ou par la coupe de la plante. Il est interdit d’arracher, inciser, entailler ou sectionner les racines de la plante et d’inciser, entailler ou sectionner la tige principale dans la partie qui s’élève jusqu’à ii»5o au-dessus du sol. »
Cet article qui ne vise pas les caoutchoutiers des herbes, remplace l’article 4 du décret du Roi Souverain du 22 septembre 1904 qui spécifiait :
« Le caoutchouc des arbres et des lianes ne peut être récolté qu’au moyen d’incisions.
» Il est défendu de couper les arbres et les lianes à caoutchouc, d’enlever leurs écorces et d’extraire le caoutchouc d’arbres et de lianes par le battage ou le broyage des écorces de lianes ou par tout moyen autre que relui prévu par l’alinéa premier du présent article. »
L’article 10 du nouveau décret tout en étant encore vague, il ne se rapporte pas aux caoutchoutiers des herbes et aux plantes assimilées, laisse de la latitude au collecteur, pour le plus grand bien de la conservation des plantes caoutchoutifères.
(2) The extinction of African rubbers in The India Rubber World, 1905, janvier.
La première partie de cette opinion n’est pas exacte pour la région du Kasai, qui a vu, par suite des méthodes employées, sa production se conserver. Quant à celle relative à l’augmentation elle ne peut entrer en ligne de compte, car les lianes naturelles peuvent donner une quantité de caoutchouc qui ne peut être dépassée, mais une augmentation est possible par la culture rationnelle des lianes.
Mais on le voit, en igo5 M. Waldau était de l’avis, que nous avons toujours émis, que la saignée est défavorable au développement de la plante et que si elle ne tue pas du premier coup, ce qui semble fréquent, elle ralentit sa croissance ; il est bien entendu que si nous parlons de mort de la liane, nous considérons la partie située au-dessus de la blessure, la base de la liane pouvant conserver sa vigueur et reformer de nouvelles tiges. Tous les auteurs ne sont cependant pas aussi pessimistes ; MM. C. et A. Spire, dans leur travail (i), croient pouvoir admettre qu’en Afrique, comme en Indo-Chine, il restera toujours des réserves suffisantes pour permettre la conservation et la propagation des essences caoutchoutifères. Les arguments que ces auteurs emploient ne peuvent servir pour l’Afrique, du moins pour les lianes africaines qui toutes, à l’exception des Penpioca nigrescens et Baissea gracillima sur lesquels nous reviendrons plus loin, n’ont pas des graines munies d’un appareil capable d’aider, peut-être, dans une certaine mesure la dispersion des plantes.
Les Landolphia africains ont des fruits dont les graines doivent tomber sous les plantes productrices, elles peuvent aussi être transportées par les animaux, friands de la pulpe qui les entoure et être rendues au sol après un passage dans le tube digestif, mais cette dispersion pourra-t-elle agir pendant longtemps et contrebalancer la destruction toujours grandissante ? Nous en doutons grandement.
Parmi les causes de la destruction de beaucoup de plantes à caoutchouc, il faut aussi citer les feux de brousses et les défrichements irrationnels effectués par l’indigène pour la culture des plantes vivrières.
Le meilleur moyen de protéger les arbres à caoutchouc serait, d’après M. Waldau, de donner à chacun d’eux un propriétaire. On pourrait partager l’espace de forêt entourant chaque village entre les familles de ce village : l’indigène aurait ainsi intérêt à préserver les plantes, tandis qu’actuellement sa première pensée est de prendre immédiatement autant de caoutchouc que possible, ce qu’il laisse étant destiné à être pris par un autre. Ce mode de récolte aurait été employé par les indigènes eux-mêmes dans certaines parties
(i) A. et C. Spire, Le caoutchouc en Indo-Chine. Paris, Challamel, 1906.
du Gabon. On l’a adopté aussi dans certaines localités du Cameroun, et M. Waldau a eu l’occasion, il n’y a pas longtemps, de se renseigner à ce sujet près des indigènes qui lui ont fait connaître le nombre d’arbres qu’ils possédaient chacun, quelle était leur grosseur et combien de temps ils devaient encore attendre avant de pouvoir commencer la récolte. Ils surveillent régulièrement les plantes, pour voir si rien ne leur arrive, et même sourient à l’idée qu’un autre pourrait saigner leurs arbres. Les voleurs seraient vite pris et sévèrement punis. Les caoutchoutiers sont donc en sûreté.
En pratique, cette méthode n’est pas possible partout et, même si elle était pratique, elle n’augmenterait guère l’exportation du caoutchouc.
Les mesures proposées par M. Aug. Chevalier et qui enjoignent à tous les chefs de constituer, dans les environs de leur village, des réserves de 8o à loo lianes, peuvent être prises en considération et si ces villages sont bien choisis, ces réserves mises sous la surveillance de blancs pourraient rendre des services. On pourrait peut-être essayer de réserver certains espaces pas trop grands, mais il ne faut pas attribuer une trop grande influence à des règlements édictés par les gouvernements coloniauxcar, dans la pratique actuelle, ces règlements sur la saignée et la récolte sont non seulement difficiles à observer par le collecteur surveillé et intelligent, mais surtout impossible à faire observer, car il faudrait pouvoir mettre un gendarme ou un inspecteur forestier à côté de tout collecteur.
La seule manière d’arriver, à notre avis, à maintenir la production, et peut-être à l’augmenter, est de planter sur une grande échelle. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que les indigènes soient très portés à cultiver des plantes qui ne peuvent leur rapporter qu’au bout d’un grand nombre d’années. Il faut donc leur donner l’exemple, et cette culture ne peut être entreprise que par les gouvernements ou les fortes sociétés qui peuvent attendre l’intérêt de leur argent, à moins que des conditions favorables d’exploitation soient faites.
La question très importante de la culture et de l’exploitation des lianes à caoutchouc, en particulier de celle du genre Landolphia, a déjà fait couler beaucoup d’encre et il est à craindre qu’elle en fera couler beaucoup encore. « Le Tropenpflanzer », dans son numéro 12, décembre igo5, a donné sur l’exploitation de cette plante, dans certaines régions de l’Afrique tropicale, des renseignements qui lui sont communiqués par M. J. Booth, sous le titre « Einiges über Landolphia ».
C’est dans le district de Songea (pays des Sakamagangas), fournissant du caoutchouc en abondance, que M. J. Booth a, dit-il, pu se rendre
compte des exigences de ces plantes. La liane, dont il ne nous dit pas le nom, ne se rencontre que dans la terre riche, rouge ; dans les terrains rocailleux à base de gneiss, elle manque totalement. La liane ne paraît pas pouvoir se développer facilement dans les grandes forêts, aussi ne la trouve-t-on pas communément dans de telles stations ; par contre, dans la forêt plus basse, dans la forêt brousse et dans la brousse elle se développe fort bien. Dans cette région il existe une zone caractérisée par la présence des bambous, dans laquelle on rencontre la liane s’accrochant aux tiges lisses des bambous, mais, malheureusement, elle devient là très souvent la proie des flammes.
De ces diverses remarques, nous pouvons donc conclure une fois de plus (i), qu’il ne faut pas essayer la culture des lianes caoutchoutifères en pleine forêt, mais en forêt éclaircie, si pas en brousse. Si l’on trouve des lianes en pleine forêt, c’est que ces lianes se sont développées en même temps que cette dernière.
La suppression de la forêt vierge et la formation de la forêt moins touffue qui succède, favorise le développement de la liane; par contre, l’apparition des bambous, qui est la suite de l’appauvrissement du sol, pour M. Booth, marque la fin du développement des lianes. La culture de l’Éleusine, qui se fait un peu partout en Afrique tropicale, aurait également son action sur l’appauvrissement du sol.
Nous sommes du même avis; dans la grande forêt les lianes ne peuvent se développer rapidement, soit qu’elles proviennent de graines, soit qu’elles proviennent de rejets de vieux pieds; il leur manque l’air et la lumière pour végéter et elles doivent s’étioler avant de pouvoir arriver à étaler au haut des grands arbres leurs feuilles et leurs fleurs.
M. J. Booth estime qu’aussi longtemps que l’on ne détruit pas les racines des lianes pour en extraire du caoutchouc, ce qui devient de plus en plus difficile dans les régions où l’on s’occupe sérieusement du maintien des richesses naturelles du sol, on peut conserver pour un long laps de temps les plantes productrices si on ne les saigne pas trop jeunes et si la saignée est faite soigneusement; par contre, si on saigne sans précaution et prématurément, l’avenir de l’industrie s’en ressentira. Pour cet auteur il n’y a qu’un seul moyen de protéger les lianes contre l’exploitation irrationnelle du noir, c’est de réserver les régions riches en plantes caoutchoutifères; et si déjà ces domaines sont envahis il faut arriver à refouler les noirs de la limite de ces domaines, là où les conditions naturelles de végétation des lianes manquent. Dans les régions ainsi protégées,
(i) É. De Wildeman. Notices sur des plantes utiles et intéressantes de la Flore du Congo, II, 1906, p. 65.
on devrait faire annuellement, sous le contrôle des blancs, un semis de graines mûres et prendre les précautions nécessaires pour mettre ces jeunes plantations à l’abri des feux de brousse.
Cela est fort bien dit, mais est-ce pratique, l’aire des lianes est très étendue, ces plantes sont dispersées et souvent on n’en trouve guère plus de 5 plantes à l’hectare, cela et les arguments que nous avons rappelés plus haut contre l’efficacité des réglementations suffisent, pensons-nous, à écarter la solution du refoulement proposée par M. Booth, qui a cependant du bon, quant au semis, ce conseil devrait être suivi.
Les lianes appartiennent indiscutablement à un groupe de plantes difficiles à introduire en plantations régulières, mais cela n’est peut-être pas impossible :
Aussi, partageons-nous totalement l’avis de M. Baudon, quand il dit :
« La culture des lianes pour la constitution des plantations d’essences caoutchoutifères après avoir été beaucoup préconisée il y a quelques années, semble être tombée dans un dédain injustifié. Il n’est pas douteux que ce ne sont pas des plantes de choix. Mais elles ne doivent pas pour cela être rejetées complètement, car il ne faut pas oublier qu’elles produisent des latex d’excellente qualité qui furent pendant longtemps les seuls exploités en Afrique, d’où l’on exporte de très bons caoutchoucs.
« Elles peuvent être avantageusement utilisées dans différents cas, par exemple en en faisant des semis au pied des arbres que l’on conserve dans un débroussement, ou bien, lorsqu’on plante des arbres à caoutchouc dans des allées forestières, près de ceux qui sont conservés comme abris. »
Sur la rentabilité des lianes les avis sont malheureusement encore très partagés.
Beaucoup d’agronomes et d’explorateurs africains estiment que cette culture est sans avenir, qu’il faut se contenter d’exploiter les lianes existantes, favoriser la reproduction en permettant aux jeunes plants de semis, si nombreux dans la forêt, de croître et cela en leur donnant un peu de lumière. Certes, on oublie généralement que les lianes de la forêt, celles qui ont acquis un développement suffisant pour être saignées n’ont pas grandi à l’abri du feuillage touffu, mais bien en même temps que les arbres au sommet desquels elles vont épanouir leurs fleurs et porter leurs fruits.
Mais est-ce là tout ce que l’on peut faire ?
S’il faut attendre que les jeunes semis, dont on aura favorisé le dévelop pement par l’éclairage, soient en âge d’être saignés, il peut se passer bien des années. ^
Nous sommes de ceux qui pensent que la culture des lianes peut avoir certains avantages en Afrique tropicale; d’abord, les plantes sont indigènes et
Planche V.
leur développement est certain, dans des conditions où la plupart des autres essences ne pourraient croître, ensuite, les soins que leur culture exige sont réduits, ils peuvent être facilement donnés par les noirs.
Dès lors, la culture des lianes peut être faite entièrement par l’indigène, le blanc, factorien ou exploitant, n’aurait à intervenir qu’au moment de la récolte. Quand un terrain couvert de lianes serait reconnu capable de produire du caoutchouc, le blanc aurait à se transporter sur place avec les appareils d’extraction pour recueillir les produits.
Si même le rendement est faible, il sera amplement suffisant pour payer les frais de l’exploitation et donner un bénéfice, le travail nécessité pour l’obtention du caoutchouc étant réduit à son minimum.
M. V. Lacourt, Directeur des Plantations Lacourt, a été un des premiers à préconiser la culture des lianes.
En 1897, alors qu’il se trouvait dans le Sankuru, il écrivit à l’honorable Secrétaire d’État de l’État Indépendant du Congo qu’il considérait la liane comme une essence parfaitement cultivable. Il répondait ainsi à l’affirmation de feu le Professeur Ém. Laurent qui, dans un rapport adressé à la même autorité, prétendait le contraire.
Depuis cette date, M. V. Lacourt fit cultiver toutes les espèces de lianes connues dans le Sankuru et donnant du bon caoutchouc, et, à certain moment, le chiffre des lianes plantées ainsi atteignit un million.
Les résultats ne furent pas toutefois ceux que l’on espérait, grâce aux conditions de la plantation.
Ces plantations doivent, en effet, être faites dans certaines conditions car, M, Sapin le dit très justement dans un de ses rapports : Il n’y a rien à espérer des plantations de lianes effectuées en forêts non déboisées. Les quelques plantes qui ont résisté ont avorté et n’atteignent même pas après 8 ans les dimensions de lianes de 3 ans plantées dans des conditions normales d’air et de lumière. Ces lianes avortées sont destinées à disparaître. Et il ajoute : Nous avons soumis des specimens de 8 ans à des essais de rendement. Nous jugeons presque inutile de dire que les parties aériennes ne donnent rien.
Quant aux racines de ces plantes avortées elles sont petites, du poids total de 3 à 400 grammes par plante. Or, 5 kilogrammes de ces racines, représentant environ i5 de ces plantes avortées, nous ont donné 85 grammes de caoutchouc sec de bonne qualité, soit seulement environ 7 grammes par plante et cela après 8 années.
Actuellement, on a reconnu que la culture doit se faire suivant une méthode différente, en pleine lumière, et les résultats sont infiniment meilleurs. Dans un champ de i5 hectares presque entièrement déboisé» le Landolphia Klainei pousse très bien à la Kondue.
La direction de la Compagnie du Kasai et des Plantations Lacourt est de l’avis, que nous avons fréquemment donné, qu’une plantation de lianes à caoutchouc pour être bien établie, doit être faite dans une forêt préalablement complètement débroussée,le manque d’air retarde considérablement la croissance des lianes. Dans la forêt de Madibi, telle que la fait transformer M. V. Lacourt, les lianes atteindront en trois ans le même développement que celles qui poussent dans les plantations étouffées, depuis 8 ans. Pour établir une plantation de lianes, il faut enlever tout le sous bois et couper les arbres qui ne peuvent servir de support aux lianes.
Ces indications M. A. Sapin les possédait, dès son dernier retour en Afrique il s’est occupé de la croissance des lianes, de ses observations il tire également la conclusion que les lianes plantées dans ces conditions normales d’air et de lumière et sans support croissent en touffes vigoureuses, elles donnent naissance à un fouillis inextricable de nombreuses petites tiges d’abord herbacées, mais qui vont en se lignifiant vers le centre de la touffe.
Une question se pose tout naturellement :
Y a-t-il avantage à laisser croître la liane en touffes ou bien au contraire, faut-il favoriser la formation d’une tige unique en plantant avec support vivant?
Comme le dit très judicieusement, M. Sapin, si l’on a en vue l’exploitation par saignées, il faut planter avec support, c’est-à-dire chercher à obtenir le plus rapidement une grosse tige; mais si l’on a en vue l’exploitation par battage et coupes réglées, la culture en touffes paraît préférable (PI. III, fig.4). La plante ainsi cultivée donnera naissance à de nombreuses tiges relativement minces, mais qui, une fois ligmfées, donneront un rendement en p. c. de leur poids plus fort que les grosses tiges, comme le démontrent des essais antérieurs. Il y aura ensuite lieu d’élucider la question importante : laquelle des lianes caoutchoutifères cultivées en touffes ou sur support, fournira le plus rapidement son maximum de rendement ?
La Direction générale des Plantations Lacourt espère que d’ici à deux ou trois ans l’importante question de la culture des lianes sera solutionnée.
Nous en venons ainsi à reformuler la conclusion toujours soutenue par nous, que, dans l’état actuel, la culture en grand des lianes n’est pas à conseiller, à moins qu’il ne soit possible d’opérer l’extraction du caoutchouc mécaniquement et de pouvoir soumettre les plantations à des coupes réglées, comme le sont nos forêts et comme cela avait déjà été préconisé dans le temps par Godefroy-Lebeuf. Mais pour installer ce mode d’opération, dans toute son intégrité, il faudra faire quelques expériences pour répondre à ces questions
Au bout de combien de temps une liane de semis peut-elle être exploitée par coupe, dans différentes conditions de vie?
Au bout de combien de temps les rejets de la première taille seront-ils capables de produire un latex exploitable ?
Il faudrait naturellement inventer des machines capables de traiter les produits de cette culture ou modifier dans ce sens celles qui ont été préconisées jusqu’à ce jour.
Divers agents de la Compagnie du Kasai nous ont apporté sur ces questions des documents précis, que nous détaillerons plus loin, mais ils ne sont pas toujours suffisants pour permettre de présenter, dès maintenant, un schéma d’ensemble de la culture des lianes caoutchoutifères pour la coupe, bien qu’ils soient probants pour certifier la rentabilité de ce mode d’exploitation qui sera celui de l’avenir.
Il nous sera donc permis de répéter ce que nous avons dit : « Le jour où la coupe sera permise, où les forêts d’essences caoutchoutifères seront mises en coupes réglées comme nos forêts européennes, et qu’ayant déterminé un roulement, on saura d’une façon précise quelle région peut être mise en exploitation, bien des abus cesseront d’eux-mêmes. Ce jour est peut-être plus proche qu’on ne le pense (i) ».
Souhaitons, pour le maintien de la richesse des colonies africaines, peutêtre même pour celle des autres régions caoutchoutifères, que la méthode sur laquelle nous avons déjà souvent insisté soit mise en vigueur partout à bref délai.
Nous ajouterons : si la coupe est reconnue nécessaire, il n’y a qu’un seul moyen pour extraire tout le caoutchouc contenu dans les fragments de lianes, c’est le procédé mécanique d’extraction. Ce dernier procédé est pour nous un des procédés d’exploitation de l’avenir ; mais les machines qui ont été préconisées ont toutes certains défauts ; elles doivent être encore modifiées avant d’entrer dans la pratique courante. Même la machine de MM. L. Guiguet et D. Levât, une des plus récentes, dont la construction a été décrite dans la Dépêche coloniale illustrée (2) et dans les actes du Congrès pour l’Avancement des Sciences, à Clermont-Ferrand, demande à être simplifiée, afin de pouvoir être facilement transportée en différentes places et maniée par le noir. C’est sur place qu’il faut travailler les écorces ; il faut bien se faire à l’idée que par ce procédé il ne peut être question de traiter des écorces en Europe, fussentelles même relativement riches en caoutchouc ; les frais de transport de la matière sans valeur rendraient cette industrie peu rentable.
(1) Cf. supra et « Bull, officiel du Congo », 1910, n° 7.
(2) D. Letat ; Les écorces et rhizomes caoutchoutifères, in « La Dépêche Coloniale illustrée », Paris, i5 juin 1908, p. 174.
Récolte et préparation du latex
Quelques notes sur la récolte du latex et la préparation du caoutchouc soit par l’indigène, soit d’après les instructions du blanc.
Récolte et préparation sont très variables et comme les procédés de préparation indigènes vont disparaître petit à petit il n’est pas sans intérêt d’en tenir compte afin de pouvoir en retenir ce qui peut être utile.
En 1904, M. Éd. Luja, des Plantations Lacourt, avait réuni sur cet objet des renseignements dont nous extrayons les notes suivantes : Quand l’indigène travaille les lianes du groupe du Landolphia owariensis, il incise généralement les tiges, laisse coaguler le latex sur l’incision même et retire le latex coagulé de l’incision pour en faire des boules.
Le plus beau caoutchouc rouge du Kasai serait donc obtenu par saignée et non par battage. Si l’on procède autrement on obtient un caoutchouc plus ou moins mélangé d’écorces, surtout si l’on n’a pas opéré un lavage. La présence de ces fragments d’écorces dans le caoutchouc n’est pas un danger, mais un bien pour beaucoup d’essences laticifères. Ces fragments en se desséchant se resserrent et laissent des vides par où l’air pénètre, ce qui assure le séchage du caoutchouc.
Le latex peut aussi après avoir été récolté dans un récipient quelconque, être bouilli et donner un très beau produit.
Quelques expériences faites par M. Sapin ont démontré que ce dernier procédé n’est guère à conseiller. Il est bien plus avantageux de diluer le latex avant de le faire bouillir, on court ainsi moins de risques de prise en masse et le caoutchouc est moins sujet à renfermer dans ses mailles du latex non décomposé, il est plus compact. A titre expérimental, M. Sapin a fourni par les deux méthodes : ébullition du latex pur et ébullition du latex dilué, deux boules de caoutchouc qu’il a aplaties et séchées côte à côte ; toutes les deux ont pris extérieurement le même aspect noirâtre ; coupée transversalement, la plaque préparée par la deuxième méthode s’est montrée
compacte, sans alvéole et sans odeur nauséabonde, la plaque obtenue par le premier procédé est alvéolaire, et sa partie centrale possède encore actuellement une odeur très désagréable.
Quant aux caoutchoutiers produisant le caoutchouc noir, on enrécolte le latex qui est abondant dans les deux espèces ; l’une, qui serait probablement le Landoiphia Klainei, produit un fruit gigantesque atteignant la grosseur d’une tête d’homme, semble assez rare dans la région des Plantations Lacourt. Son latex est abondant et se coagule par simple application sur la peau. On en obtient aussi du bon caoutchouc noir en le faisant bouillir et une longue exposition à l’air le fait coaguler par évaporation de l’eau.
La deuxième liane à caoutchouc noir, beaucoup plus répandue dans la contrée, le Clitandra Arnoldiana, est celle que les nègres désignent sous le nom de « N’Kindandou ». Elle donne aussi un latex abondant qui, exposé au feu, dans un récipient, devient d’abord comme du lait caillé ; en continuant l’ébullition, les caillots s’agglomèrent et forment un masse compacte de bon caoutchouc qu’il faut laver à l’eau et faire sécher.
On obtient le même résultat en précipitant le latex dans l’eau bouillante, tout en continuant à faire bouillir l’eau jusqu’à ce que les globules s’agglomèrent en une masse compacte.
Ce caoutchouc, d’abord blanc, comme le précédent, devient noir au bout de quelque temps.
Les nègres ne voient pas de différence entre les deux espèces, car toutes les plantes se ressemblent plus ou moins par le feuillage pour un observateur superficiel, et mélangent les latex.
Les lianes à caoutchouc rouge sont exploitées intensivement par les nègres de la région de la Kondue, qui ne font aucun cas des lianes produisant le caoutchouc noir, en particulier du Clitandra Arnoldiana.
M. R. Vermeulen a, en igo3, envoyé sur les procédés de récolte des environs de la station d’Ibanshi les données suivantes, qui montrent bien l’action très importante des agents de la Compagnie du Kasai sur l’amélioration de la qualité du caoutchouc.
Au début, les indigènes venaient vendre des produits contenant beaucoup d’impuretés, morceaux de bois, terre, etc. Cela provenait indiscutablement du mode de récolte. En effet, les indigènes donnent plusieurs coups de couteau ou de machette dans la liane; lorsque le latex est coagulé à l’air, ils arrachent les boules avec des morceaux de bois et d’écorces restés adhérents et les apportent ainsi en factorerie. Le produit brut devait donc être nettoyé à la factorerie avant d’être livré au commerce ; il était souvent battu en sacs ou trié à la main. Pour arriver à éduquer la main-d’œuvre Baluba, on a fait venir un contingent de Bena-Lulua qui ont servi de guide. Ces derniers
opèrent à peu près de la même façon, mais avec plus de soins, ils font des incisions et lorsque le latex sourd, ils le répandent sur l’incision avec le doigt; le caoutchouc coagulé sur la liane à l’air libre est enlevé le lendemain, il ne contient aucune impureté et on en forme ces belles boules qui ont tant de valeur sur les marchés d’Europe.
Les Baluba font également du caoutchouc bouilli, probablement à l’aide du Clitandra Arnoldiana; ils coupent la liane et recueillent le latex dans un pot. Rentrés au village, ils font bouillir de l’eau et précipitent le latex recueilli dans cette eau bouillante, laissent refroidir un peu. Ils rejettent l’eau et obtiennent un bloc de caoutchouc qu’ils piétinent.
La plaque de caoutchouc ainsi obtenue est coupée en lanières avec lesquelles on forme des boules ou bien, les coupant en petits morceaux collés les uns aux autres, ou en forme des sortes de bâtons.
Deux choses sont importantes dans la préparation du caoutchouc ; exposition à la lumière et dessiccation.
L’exposition à la lumière, et surtout à la lumière solaire, favorise le poissage, une bonne dessiccation favorise la conservation. Il faudrait donc toujours éviter le transport du caoutchouc frais, celui-ci devrait être séché dans les petits postes d’acheteurs avant d’être expédié dans les factoreries.
Beaucoup de capitas acheteurs laissent le caoutchouc frais, c’est-à-dire humide, dans les moutetes, tel qu’ils l’ont acheté et cela pendant huit jours et même plus. Ensuite, ils l’envoient à la factorerie parfois éloignée de deux jours et naturellement en plein soleil. Il y arrive non poisseux, parce qu’il est humide. Le gérant ne remarque rien à l’arrivée. Mais ce caoutchouc, malgré ses apparences de bonne qualité, est malade. Il poissera en desséchant.
C’est là une précaution de la première importance à laquelle il importe de veiller.
Par la dessiccation, le caoutchouc perd naturellement beaucoup de son poids. M. A. Sapin, a étudié la marche de la dessiccation et par suite de la perte de poids de lo kilogrammes de caoutchouc battu, genre Loando, et a opéré comme suit : la masse bien exprimée a été découpée en cubes de 2 centimètres environ ceux-ci ont été disposés sur des claies en une seule couche dans un séchoir bien aéré. Ces lo kilogrammes ont perdu :
Après 24 heures » 48 »
24 pour cent.
Après le quatrième jour il n’a plus été constaté de perte de poids.
De cet essai, il faut retenir :
1° Le taux de dessiccation totale 40 p. c. ;
2° La grande perte de poids les premiers jours ;
30 La grande fkcilité de dessiccation du caoutchouc battu due à sa nature spongieuse.
M, A. Sapin a également montré que la coction prolongée de certains caoutchoucs, après leur préparation, avait pour effet de conserver au caoutchouc ses bonnes qualités, c’est une véritable aseptisation du produit qui a donné à M. Sapin de bons résultats, surtout avec le Clitandra robustior. M. le Dryepondt certifie avoir tenu pendant six mois des échantillons de caoutchouc obtenus de cette façon qui ne présentaient pas trace de poissage. Nous avons eu en mains, des morceaux de caoutchouc recueillis depuis plus d’un an, conservés sans soin et qui n’avaient rien perdu de leurs qualités.
Pour Brisac, une liane n’est guère exploitable avant d’avoir atteint 20 centimètres de circonférence, nous avons vu que cela n’est pas exact puisque M. Sapin a pu démontrer que dès que le bois est bien développé, que les tiges sont aoûtées, il est possible d’obtenir du caoutchouc par battage. Brisac aurait donc dû dire «exploitable par saignée ».
Pour Brisac, la caducité des lianes commence quand elles atteignent 3o centimètres de circonférence. Il semble donc y avoir, comme l’a déjà signalé Ém. Laurent, un optimum de rendement qui serait en rapport avec la dimension des tiges et probablement l’épaisseur de l’écorce. D’après Brisac, une liane de 45 centimètres ne donnerait plus rien à l’incision et chose plus étrange ne fructifierait plus.
Des recherches faites en 1908, par M. A. Sapin, dans diverses zones de la région du Kasai on peut déduire le tableau des rendements.
A part le Clitandra Arnoldiana, qui a été traité en coupant la liane en tronçons et en recueillant le latex, toutes les autres lianes et rhizomes ont été traités par battage.
Les lianes et rhizomes avaient des dimensions moyennes ; le Clitandra robustior est, d’après M. A. Sapin, généralement travaillé lorsqu’il atteint la « grosseur du doigt », il l’a mis en expérience par voie humide et coction.
Les chiffres sont établis en p. c. des tiges ou racines sèches et en caoutchouc sec. Ils représentent la moyenne de plusieurs essais.