‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 115 sur 177 · III. Résnltnis généraux de l'opéralion · texte numérisé non relu

III. Résnltnis généraux de l'opéralion

— Pour apprécier la valeur de la résection de la mâchoire, et voir jusqu'à quel point celte conquête de la chirurgie moderne a rendu service aux malades, il est utile de chercher dans quelles proportions elle a causé la mort, et dans quel étal elle a laissé ceux qui ont survécu.

Pour la première de ces appréciations, les documents nous manquent. Nous trouvons bien dans la science quelques statistiques. Ainsi M. Velpeau, en 1839, dans sa Médecine opératoire, a l'ait un relevé de 160 cas de résection de la mâchoire inférieure, sur lesquels il a compté 40 morts et 120 guérisons, ou 1 mort sur 4 opéréS'. M. Malle, de Strasbourg , en 1841, est arrivé, en consultant les auteurs et les journaux, à 168 observations, dont un certain nombre sont les mêmes que celles de M. Velpeau ; or, sur ces 168 opérations, il compte 68 morts et 100 guérisons, c'est-à-dire presque 1 mort sur 2 opérés. Enfin Dupuytren, sur 18 opérés, assure n'en avoir perdu qne 3, c'est-à-dire 1 sur 6.

Mais ces relevés statistiques ne donnent, selon ftous, qu'une idée très-incomplète, et peuvent même donner une idée fausse des résultats. D'abord il est certain que toutes les observations n'ont pas été publiées , et il est très-probable que si l'on connaissait tontes celles qui sont l'estées dans l'ombre, les chiffres seraient modifiés. Ensuite les deux premiers auteurs que nous venons de citer ont groupé tous les cas de résection qu'ils ont trouvés dans les recueils divers , sans tenir compte des différences de siège et d'éiendue de la perte de substance, de l'âge des malades, de la cause de la mort, quand elle a eu lieu ; enfin ils ont très-probablement compris parmi les résections de simples extractions de séquestres. Pour ces raisons, et aussi à cause de la différence même qui exista eutre les proportions de M. Velpeau et celles de M. Malle, nous déclarons que dans l'état actuel de la science, il n'est pas possible de donner autrement que d'une manière approximative les chances possibles de mort à la suite de cette opération. On n'arrivera à des données positives à cet égard que le jour où un certain nom-

bre de chirurgiens viendront , à l'exemple de Dupuytren, donner toutes leurs observations et tous les résultats de leur piopre pratique; en réunissant ces statistiques individuelles, on arriverait à une statistique générale, qui aurait de la valeur, il est moins difficile d'apprécier les résultats relatifs au rétablissement des fonctions de la mâchoire inférieure. Quand la résection a porté sur la portion mentonnière , la région reste déprimée, aplatie, et est dépassée en haut par l'arcade dentaire supérieure ; il en résulte souvent un écoulement involontaire de salive , de la gêne pour la prononciaiion de certains mots et pour la mastication. On peut, jusqu'à un certain point, corriger ces inconvénients au moyen d'un appareil prothétiquc, consistant en une mentonnière en gutta-percha ou en aigent. Si la résection a été plus étendue et a compiis la plus grande partie de la mâchoire, la difformité du bas du visage sera apparente, quoi qu'on en ait dit ; mais il est juste d'avouer que cette difformité n'est pas aussi grande que l'on aurait lieu de s'y atlendre. Il est possible que la langue ait conservé la liberlé de ses principaux mouvements; cependant cet organe est, eu général , gêné dans son transport en avant. L'arliculatioa des sons, surtout celle de certains mots, est nécessairement difficile et confuse, et dans les mouvements qu'elle nécessite, la difformité s'exagère par la contraction des muscles. La mastication est la fonction la plus compromise , et si l'ablation de l'os a été étendue, elle est totalement impossible : c'est alors que l'on a songé à remplacer la mâchoire qui manque par un appareil prothétiquc. Celui qui a été construit par MM. Prêter et Fowler pour le nommé Isamat, opéré par M. Maisonneuve, est ingénieux et fonctionne bien. Cet appareil, qu'on a montré à presque toutes les académies et sociétés savantes, se compose essenliellcment de deux pièces articulées au moyen d'une charnière de chaque côté et maintenues par des ressorts latéraux; la pièce supérieure s'adapte à la paitie interne de l'arcade dentaire supérieure, l'inférieurereprésente un maxillaire inféi'ieur garni de ses dents, (y ov .Gazette des hôpitaux, 1856, p. 582.)

IV. appréciation et choix des procédés. — Nous avons, en décrivant les divers procédés, suffisamment indiqué notre préférence sur le mode d'incision des parties molles et de section de l'os. D'un autre côié, le choix du procédé est le plus souvent commandé par la nature, le siège et l'étendue de la lésion ; nous devons donc nous borner ici à quelques indications très -générales.

Lorsque' l'opération est nécessitée par une ma-

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