NECROSE PRODUITE PAR LE PHOSPHORE
joue et jusque dans le voisinage du rebord de Torbite, comme M. Sédillot en rapporte un exemple (Gaz. méd., 1846, p. 214). Le pus a même quelquefois fusé au loin vers la région parolidienne, dans l'articulation temporo- maxillaire, et jusque dans les cavités du rocher.
Dans une dernière période, mais à laquelle on n'arrive souvent qu'après plusieurs années, la portion mortifiée commence à s'ébranler; el le reste dans cet état pendant plusieurs mois, fournissant toujours une certaine quantité de pus fétide , puis à la longue elle se détache ; le séquestre comprend tantôt une portion seulement du bord alvéolaire, tantôt ce bord tout entier, et d'autres fois, avec lui, une partie considérable de l'une des mâchoires. On a vu, par exemple, tout un maxillaire supéi'ieur tomber, et avec lui une portion des os de la face, d'où est résultée, comme dans le fait de M. Sédillot, une grande perforation qui faisait communiquer la bouche, la fosse nasale et l'orbite. On cite de même des cas dans lesquels toute une moitié du maxillaire inférieur a été éliminée.
Après l'élimination, la nécrose est ordinairement terminée, et la perte de substance se comble peu à peu, mais toujours imparfaitement, par du tissu fibreux. On cite quelques cas exceptionnels dans lesquels le tissu osseux s'est reproduit par places, et même sur une grande étendue. Voici, par exemple, une observation dont l'aulheuticité est garantie par la réputation de l'analomisle qui l'a publiée, M. Virchow. Dans l'été de 1847, ce professeur examina te corps d'une jeune fille qui avait eu la moitié gauche de la mâchoire inférieure perdue à la suite d'une nécrose phosphorée, et qui était morte ensuite d'une maladie des poumons. L'os nécrosé n'avait pas été éliminé; mais il était très-mobile, et eut pu être extrait avec une grande facilité. A sa place primitive, se trouvait un maxillaire os nouveau, ferme, légèrement courbé, uni en avant avec la moitié restée saine de la mâchoire, mobile en arrière au niveau de l'articulation. C'était une régénération presque complète ; il ne manquait que les alvéoles et le canal dentaire.
Quelquefois la sortie d'un premier séquestre n'empêche pas nécessairement l'ostéite de continuer sa marche, surtout lorsque le malade n'a pas cessé ses occupations ou lorsqu'il y est retourné trop tôt; on voit alors se succéder de nouveau des phénomènes semblables à ceux qui ont été observés la première fois.
Durée, pronostic. — Cette maladie est excessivement lente et dure même un si grand nombre d'années, qu'il n'a été permis qu'à un petit
nombre d'observateurs de la suivre depuis son début jusqu'à sa terminaison. Quand elle finit heureusement, elle laisse après elle- une difformité qui est en rapport avec l'étendue de la perte de substance. On a vu quelquefois la moit survenir par suite de l'afFaiblissement qu'avait amené la suppuration, ou par quelque autre maladie , surtout la phthisie pulmonaire, au développement de laquelle l'affection de la mâchoire n'avait sans doute pas été étrangère.
Traitement. — Il peut être curatif ou préservatif. Le traitement curatif comprend, avant tout, la soustraction du malade à l'influence des émanations phosphoriques. On doit lui enjoindre de renoncer tout à fait au travail des allumettes; c'est le seul moyen d'éviter que l'ostéite se propage au loin. On lui conseille ensuite des gargarismes fréquents pour enirainei' le pus, et on lui recommande de ne pas avaler ce dernier. Une alimentation fortifiante, des médicaments toniques, des ferrugineux, doivent également être prescrits pour remédier à la débililation et à la chloro-anémie qui tendent toujours à se produire.
Ces divers moyens n'empêchent pas la nécrose d'exister ; la guérison ne peut s'achever que par l'élimination. On doit donc examiner de temps en temps, avec les doigts et le stylet, si l'os devient mobile, et, dans ce cas, en opérer l'extraction, en faisant préalablement, si la chose est nécessaire, un débrideraent de la muqueuse pour faciliter la sortie du séquestre. M. Heyfelder a même pris une fois le parti d'inciser la peau, pour un cas tout à fait exceptionnel. Il s'agissait d'enlever la mâchoire iuféiieure tout entière, atteinte de nécrose. Le chirurgien incisa d'abord transversalement tout le long du bord inférieui- de la mâchoire, ensuite obliquement en haut jusqu'au niveau des deux lobules des oreilles. Après avoir disséqué, et sans faire d'incision médiane sur la lèvre inférieure, il scia le séquestre sur la ligne médiane et enleva successivement la moitié droite et la moitié gauche en désarticulant. Il y eut, le jour même, plusieurs accès de suffocation , ce qui décida le chinu'gien à placer un fil dans l'épaisseur de la langue pour la maintenir en bas et en avant. La malade a guéri et s'est trouvée, pour la mastication et la prononciation, dans les conditions des sujets auxquels ona liiitl'ablatiou de la totalité du maxillaire inférieur. Cette observation est consignée dans le rapport de M. Huguier à l'Académie deMédecine(5«<//e//«, t. XXII, 1857) sur un mémoire de M. Heyfelder, concernant l'ablatiou totale de la mâchoire inférieure.
Quelle que soit la leuieur de la maladie, ou ue