LÉSIONS TRAUMATIOUES ET PHYSIQUES
Ici se présentent, comme lésions (raumatiques proprement dites, les fractures, l'ébranlement, les luxations, l'arrachement; et comme lésion purement physique ou mécanique, l'usure.
Art. P^ — Fractures.
La dureté et la résistance du tissu dentaire le mettent certainement à l'abri des solutions de continuité , et expliquent pourquoi celles-ci sont assez rares; elles n'arriveut en effet qu'à la suite de percussions ou de pressions très-violentes, lorsque les dents sont saines, et des causes plus légères ne peuvent suffire pour les produire que dans les cas où elles sont préalablement altérées.
Étiologie. — Ou a signalé comme cause prédisposante une fragilité toute spéciale, sans carie préalable, du tissu dentaire. Duval et M. Oudet (Dictionn. en 30 vol., art. Dents) citent des cas de ce genre, dans lesquels les dents se sont cassées facilement pendant la mastication d'aliments qui offraient peu de résistance et ne demandaient aucun effort La carie est une cause prédisposante
plus commune ; quand elle a détruit la couronne dans sa portion libre, mais surtout au niveau de sa jouction avec la racine, au point de l'avoir réduite à la moitié ou au tiers de son volume ordinaire , une pression modérée peut suffire pour en amener la fracture.
Les causes occasionnelles sont , quand les dents sontsaines, une chute d'un lieu élevé, uu coup trèsvioienf porté sur la face; quand elles sont fragiles ou cariées, la rencontre imprévue d'un coips dur, tel qu'un noyau de fruit, un morceau d'os, de pierre ou de métal, pendant la mastication. Les causes de la première catégorie occasionnent surtout la fracture des incisives et des canines; celles de la seconde, la fracture des molaires.
L'accident peut encore être produit par une tentative d'arrachement dans laquelle, au lieu de luxer la dent, on la casse.
Fariélés anatomiques. — La fracture peut occuper la couronne, le collet ou la racine.
1° La fracture de la couronne est quelquefois incomplète. M. Oudet en a cité des exemples et a fait des expériences sur les animaux pour prouver que la consolidation était possible. Le plus ordinairement elle est complète, et alors elle peut être transversale ou oblique, simple ou comminutive ; eu tout cas, le fragment ou les fragments devenus libres se séparent inévitablement du reste de la deut.
2° La fracture du collet peut aussi être transversale ou oblique. Quand elle est transversale, il est assez habituel que la violence qui l'a produite ait amené en même temps la rupture des connexions de ce collet avec la gencive, et qu'en conséquence la couronne se détache tout entière et tombe; mais, lorsque la fracture est assez oblique de bas en haut pour se prolonger plus ou moins loin sur la racine , la gencive a quelquefois conservé des adhérences suflisantes pour maintenir le fragment.
3° La fracture des racines est beaucoup plus rare que les précédentes, et peut comme elles être complète ou incomplète , transversale ou oblique; mais les faits de ce genre sont exceptionnels, et, à cause de cela, n'ont pas été assez observés pour qu'il nous soit permis de les décrire longuement.
4° Il n'est pas impossible que la solution de continuité occupe tout à la fois la couronne, le collet et la racine; elle est alors tout à fait verticale et divise la dent eu deux fragments, l'un droit , l'autre gauche. Cette variété, qui est également très-rare, n'a d'ailleurs , à notre connaissance , été observée que sur les incisives, les canines et les petites molaires.
Sfmpidnies. — ^ La fracture incomplète ou fêlure ()e la couronne ne donne habituellement lieu à aucun symptôiiie spécial. La fracture complète de la niêiiic partie étant nécessairement suivie de l'expulsion du fragment devenu libre, on a pour syinplôrae principal la difformité causée par cette expulsion, lorsqu'il s'agit d'une dent de devait; en ouiro, la lèvre on la langue est quelquefois blessée ou simplement irritée par les pointes inégales que peut offrir la portion restante de la dent; enlin, dans certains cas, la pulpe est mise à nu, et l'exposition de cette paiiie à l'air et au contact des aliment^ oqcssioniiQ des douleurs plus "DU moins vives.
Les fractures dii collet et de la racine diffèrent peu des précédentes lorsque le fragment, en grande partie formé par la couronne, se détache; mais on n'a pas oublié que quelquefois, de nièmc que dans les fractures verticales intéressant simultanéinent la couromic, le collet et la raciiie, les fragments ne s'abandonnaient pas. En pareil cas, le malade éprouve une douleur qu'augmentent les mouvements imprimés à la couronne par les doigts ou par les efforts de mastication, Si l'on fait ouvrir Ig bouche et qu'on porte un doigt sur la dent malade, on trouve facilement de la mobilité. Mais comment distinguer si cette mobilité est due à une fracture ou cà un simple ébranlement? D'abord l'inspection permet quelquefois de voir sur la couronne une des extrémités du trait de la fracture et de reconnaître que les mouvements anormaux se passent dans cet endroit; en outre, quand on ne voit pas la fracture, on peut constater que ces mouvements communiqués à la couronne ont bien leiu' centre au niveau du collet, et se produisent plus facilement que ceux qu'on imprime à la suite d'un ébranlement.
Cette variété de fracture présente des phénomènes consécutifs qui varieiit suivant les sujets et les soins qui sont donnés. Souvent la couronne, restée adhérente dans le principe, se détache au bout de quelques jours, soit parce que les connexions qui l'unissaient encore à la gencive ont été détruites par une inflammation suppurative, .soit parce que le malade a mangé sans précaution; dans des cas plu? r,ires, le fragment reste ;i sa place et se consolide. M. Oudet, à la suite des expér riepces dont il a soumis les pièces à l'examen de la Société médicale d'émulation, en 1825, a montré que la consoliilation était possible quand les fragments restaient ainsi en rapport; il parait seulement résulter des recliei-ches de cet auteur qi|e le cal qui se produit n'est ni interfragmentaire ni exiéi'ieur, mais qu'il est formépar un certainnQipbredecouches nouvelles d'ivoire, qui sont fournies par Ig pulpe,
MALADIES DES PENTS.
et qui, en prenant des adhérences à l'un et à l'autre fragments, les maintiennent avec solidité. Il semble donc que le tissu dentaire lui-même n'offre pas le^ conditions de vitalité nécessaires pour fournit' le^ matériaux d'un cal, et que le bulbe seul soit apte à former ce dernier ; en tout cas, il est certain que l'émail ne se reproduit pas. Nous avons sous les yeux une jeune femme qui a eu la première incisive latérale droilQ fracturée verticalement, dans son enfance, par un coup de pierre, et chez la^ quelle la dont , devenue très-solide, conserve sup sa face antérieure une fissure bien apparente, i\é.ponrvue d'émail , et au fond de laquelle ou aperr^ coit l'ivoire.
Pronostic. — Il est sans gravité; la blessurp. n'a pas d'autre inconvénient, dans la plupart des cas , que d'occasionner une diffurnnté. il est clair qu'elle est d'ailleurs beaucoup moins fàcheiise sur les dents de la première dentition qtie sur celles delà seconde. Ajoutons que pour ces dernières, lorsque les fragments reslent en place, la consolidation 3 d'auignt plus de chance d'êtpe obtenue, que le sujef est plus jeune.
Trnilement. ■ — La conduite à tenir dans le traitement des fractures dentaires varie suivant les variétés que nous avons indiquées.
1" Lorsque la lésion affecte la couronne et qu'elle est incomplète, c'est-à-dire lorsqu'elle consiste en une simple fêlure , il n'y a pas autre chose à faire qu'à recommander au malade de ne mangpr, pendant quelque temps, que des aliments faciles à broyer, afin d'éviter, autant que possible, les efforts violents de mastication.
Si au contraire la fracture de la couronne est complète, et que le fragment soit entièrement séparé du reste de la dent, on doit d'abord limer les aspérités qui pourraient blesser la langue ; de plus, comme la substance nerveuse se trouve à découvert, et que par le moindre contact des corps extérieurs, ou simplement par son exposition à l'air, elle devient le siège de douleprs irès-vives, il est indispensable, pour faire cesser ces dernières, de loucher avec le cautère actuel ou tout antre caH."!lique. On pourra ensuite, s'il s'agit d'une dent (jfi devant, préparer la racine de manière à poser plus lard une dent à pivot.
2° Quand la fracture affecte Ifi collet et que le fragment s'est détaché, la conduite à tenir est dif: férente .selon l'âge du sujet et l'espèce de cjent.
Supposons d'abord que la dent cqssée spit \i\](^ incisive ou une canine. Si le malade est un fldulte, on cautérisera la pulpe dentaire et on combattra, par l'einplqi deç prgarismes éipollients e|. parpo-: