‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 124 sur 177 · ÉBRANLEMENT TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

ÉBRANLEMENT TRAUMATIQUE

tiques, l'infiammation que la contusion des parlies eiivironiianics aura produite; tics que les accidenls auront cessé, on limera la dent au niveau des gencives, alîn de la mettre en état de recevoir une dent artificielle à pivot. Si le malade est un enfant, et qu'il s'agisse d'une dent de lait, on combat encore la douleur avec les narcotiques; mais tout autre moyeu est inulile, puisque la racine est destinée à tomber. Lorsqu'il s'agit d'une dent de seconde dentition, fûl-ce même une incisiye, il vaut mieux , au lieu d'exposer l'enfant aux ennuis prolongés d'une dent arlilicielle , proposer de suite, et faire, si elle est acceptée, l'extraction de la racine. i\i. Oudet, qui donne ce précepte, s'est assuré en effet que, clans le jeune âge, les dents voisines de celles qui ont éié arrachées sont susceptibles de se rapprocher, surtout si l'on a soin de favoriseï' ce travail par une action mécanique, celle d'un fil avec lequel on atlache les deux dents voisines de celle qui a été enlevée {Dicl. de méd. eu 30 vol.).

Suppiisons maintenant que la dent cassée soit une molaire. On n'aurait pas à se pi'éoccuper d'une tiifl'ormité consécutive , et en conséquence il n'y aurait lien ni à placer une dent artificielle , ni à arracher la racine pour obtenir le rappi'ochement des dents voisines ; la seule indicaliou serait de limer les parties saillantes, pour les empêcher d'irriter la langue.

Si par hasard le fragment était resté <à sa place, et qu'il eût conservé des connexions avec la gencive, on pourrait essayer de le maintenir tlaus sa position, alin de tenter la consolidation des parties séparées ; l'appareil qui nous parait le pins conveuahie pour arriver à ce but est la goultiére en guita-percha de M. Morel-Lavallée, dont nous avons donné la description et le mode d'emploi à la pa^e 598, à propos des factures de la mâchoire inféi'ieure.

3° Lorsque lafraclure correspond à la racine, il est encore indiqué de fixer la dent, pour en favoriser la consolidation ; mais on doit se rappeler que celle-ci est très-difficile à obtenir et que souvent la dent finit par tomber. ^]. Oudet, qui en rapporte des exemples, fait observer avec raison que la fracture dont il s'agit ni; peul pas avoir lieu sans que la pulpe ait éprouvé une déchirure qui ne ll|i permet plus de continuer à vivre et à eniretenir la vitalité de la dent , ou sans que |es parties molles aient subi des désordres qui obligent à pratiquer de suite l'exlraclion de la dent, il est vrai cependant que, d'un autre côlé, Jourdain, liohu et Duval, rapportent dus exemples de guérismi. C'est pourquoi il est toujours indiqué de tenter la consolidation, quitte à en venir plus lard, si ce'a est né-

ce-ssaire, à l'exlraclion et à l'emploi d'un dent arlificielle.

Du\al s'est servi, chez une dame qui s'était fracturé la racine d'une incisive, d'une plaque mélalliquc qu'if a fixée sur les dents voisines, et qu'il a fait porler pendant huit mois ; au bout de ce temps, la consolidalion élait parfaite. Ou pourrait employer, avec autant d'avantage, la gontlicre en gulla-percha.

Art. If.

Ehranlement.

L'ébranlement est la lésion dans laquelle les dents ont perdu la solidité de leur implanialion, de manière à devenir mobiles et vacillantes. Les causes traumatiques capables de le produire sont les mêmes que celles qui occasionnent les fraciures, seulement elles sont moins violenles. Quelquefois leur action est préparée par une maladie des gencives ou de l'alvéole , qui a déjà affaibli les connexions de la racine, sans que cet affablissement ait été porté jusqu'à la mobilité et sans que le malade ait pu s'en apercevoir. L'iulerventi(ui d'un coup ou d'un choc suffit alors pour achever de produire l'ébranlement préparé par ces altérations antérieures.

Le mécanisme de celle lésion n'est pas parfaitement connu, et peut se comprendre de plusieurs façons. Quand on songe à la solidité d'implanlaiion des racines, on doute que l'ébranlement tranmatique , le seul dont nous nous occupons en ce moment, puisse être dû à autre chose qu'à la fracture partielle d'une alvéole, et il est probable que dans certains cas, en effet, il arrive de cette manii'xe; mais on comprend aussi qu'il puisse se produire par un mécanisme analogue à celui de l'ébranlement spontané, surtout quand les lésions capables d'occasionner ce dernier exislaient à l'avance, c'est-à-dire que la racine peut perdre', soit à la suile d'une violeule impulsion d'avant en arrière, soit à la .suite d'une rotation forcée, ses connexions avec la gencive et le périoste alvéolo-denlaire.

Qnoiqu'ilen soit, cette lésion n'a pas d'autres symptômes qu'une douleur plus ou moins vive lorsqu'on essaye de mâcher sur la dent ou les dents ébranlées, et une mobilité de ces dernières que l'on consiate en saisissant la couronne enlre le pouce et l'index, et lui iuiprimanl des mouvemrnis d'avant en arrière et d'arrière en avant, comme nous l'avons dit à propos des fractiu'es de la mâchoire supérieure, page 556.

Les suiics sont ordinairement assez simples dans la plupart des cas. Lorsque le malade prend les soins et les précautions convenables, la racine reprend sa solidiié et l'ébranlement cesse ,

MALADIES DES DENTS

ce qui se comprend encore mieux dans la supposition d'une fracture limilée à l'alvéole que dans celle d'un affaiblissement de la gomphose. Pourtant, lorsque l'ébranlement est très-considérable ou lorsque le malade ne se soigne pas, la dent s'ébranle de plus en plus et finit par tomber au bout de quelque temps, et presque toujours sa chute est précédée d'im travail de suppuration qui la détermine ou l'accélère.

Le traitement consiste dans l'emploi de tous les moyens qui peuvent empêcher la vacillation d'augmenter, c'est-à-dire qui agissent en immobilisant la dent. Le malade doit donc, pendant les premiers jours, éviter la mastication d'alimenis trop solides, et manger avec lenteur et précaution ceux qui nécessitent des efforts moins considérables. Si l'on ne pouvaii pas compter sur la tranquillité du malade, comme dans les cas où il s'agit d'un enfant indocile , on ferait bien d'assurer l'immobilité au moyen de la fronde; si même rébranlement était tellement considérable, que ce dernier moyen parût devoir être insuffisant, on pourrait recourir à la gouttière en gutta-percha.

AuT. IIL — Luxation.

La luxation est un degré plus prononcé de l'ébranlement, c'est-à-dire qu'elle se produit lorsque la cause traumatique a été assez puissante pour faire sortir la racine de son alvéole, sans cependant détruire toutes les connexions, la dent restant fixée par quelques adhérences soit de la gencive, soit du périoste alvéolo-dentaire.

Cette lésion peut être le résultat d'un accident, ce qui est très-rare, et alors elle occupe une des incisives ou des canines. D'autres fois elle est occasionnée par une opération d'arrachement, dans laquelle la dent , au lieu d'être enlevée du premier coup, se renverse en dehors ou en dedans, en présentant à l'extérieur une partie de sa racine, et reste dans cette position. La luxation produite par ce mécanisme ne se voit guère que sur les molaires. Elle ne constitue pas une maladie réelle, si la dent luxée est bien celle qui doit être arrachée; mais il n'en est pas de même quand l'instrument a luxé , par erreur, une dent voisine de celle qui devait être enlevée.

Cette maladie a souvent les mêmes suites que l'ébranlement, c'est-à-dire que la racine, une fois remise eu place, peut, malgré la déchirure du cordon vasculo-nerveux qui a eu lieu , reprendre ses adhérences et la dent sa vitalité; mais il arrive aussi quelqi:efois, surtout lorsqu'il est resté peu d'adhérences, que la solidité ne se rétablit pas, et que la dent tombe ultérieurement.

L'indication est de remettre la dent en place , et de la tenir immobile à l'aide des précautions ou des moyens dont nous avons parlé dans l'article précédent.

Art. IV. — Arrachement.

On donne ce nom à la lésion caractérisée par la sortie complète des dents hors de leurs alvéoles ; c'est par conséquent un degré plus avancé encore des deux lésions précédentes. Nous parlons, bien entendu , non pas de l'arrachement thérapeutique, mais seulement de l'arrachement accidentel , celui qui est produit par une violence agissant avec assez de force pour faire céder toutes les adhéi'cnces de la dent , et amener l'issue de cette dernière hors de la bouche; en pareil cas, l'alvéole est ordinairement fracturée sur un ou plusieurs points, et il n'est pas impossible que l'issue de la dent complique une fracture complète de la mâchoire.

Dans les cas ordinaires, l'observation de ce qui se passe tous les jours après l'extraction volontaire des dents gâtées indique que cette maladie n'a rien de grave et que ses suites sont simples ; l'alvéole restée vide revient sur elle-même, se comble , et les deux bords opposés de la gencive , en se cicatrisant, achèvent d'effacer la cavité primitive. Le traitement doit donc se borner à l'emploi de quelques lotions émollientes, et des mêmes précautions qu'à la suite de l'ébranlement et de la luxation, et il semble que nous n'ayons pas à nous appesantir sur d'autres détails. Cependant il n'est pas sans intérêt de revenir sur une question quia été discutée du temps de J. Hunter, et sous l'impulsion de ses travaux et de ses idées. Ce grand chirurgien , convaincu de la puissance du mouvement vital dans nos organes, a fait tous ses efforts pour démontrer que certaines parties du corps, après avoir été tout à fait séparées, pouvaient, une fois remises en place, reprendre leurs anciennes connexions et leur vitalité. Les dents sont les organes pour lesquels il a le plus particulièrement admis cette pi'opiiété; quoiqu'il donne le précepte formel de replacer, dans tous les cas, une dent arrachée par accident ou par mégarde, il n'en cite cependant qu'un exemple, ainsi exposé dans ses OEuvres complètes (t. ii, p. !33). «M... reçut un coup qui chassa la première bicuspidée hors de l'alvéole et luxa la seconde. La première était tombée dans sa bouche ; il la cracha par terre, la ramassa aussitôt et la mit dans sa poche. Quelques heures après, il me fit appeler, me raconia l'accident et me montra la dent. En examinant sa bouche, je trouvai la seconde bicuspidée très-mobile, mais assez bien à sa place. La

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