USURE
dent qui avait été extraite n'était pas tout à fait dessécliée; mais, comme elle était tombée par terre et qu'elle avait été quelque temps dans la poche, elle était très-sale. Je la plongeai immédiatement dans l'eau chaude, et après l'y avoir laissé séjourner pour qu'elle se ramollit, je la nettoyai aussi bien que possible, et je la replaçai, après avoir introduit une sonde dans l'alvéole pour briser le caillot sanguin qui la remplissait. Je liai alors cette dent à la première bicuspidée et à la première grosse molaire avec un fil de soie qui l^ut laissé en place pendant quelques jours et ôté ensuite. Au bout d'un mois, ces deux dents étaient aussi solides que toutes les autres, et sans le souvenir des circonstances qui viennent d'être rapportées, M... n'aurait aucune conscience de l'accident arrivé à ses dents. Il y a maintenant quatre années que cet accident est arrivé. »
Assurément il n'y aurait aucun inconvénient à imiter la conduite de J. Hunier, et à replacer dans son alvéole une dent qui en aurait été expulsée par accident; mais il ne faudrait pas compter sur un succès aussi éclatant que celui dont nous venons de faire mention, et qu'il est permis de considérer comme exceptionnel. En eitét, Hunter, partant de cette idée, que les dents conservent pendant un certain temps l'aptitude à reprendre la vie après leur .séparation complète, en avait conclu qu'on pouvait, dans le cas de carie douloureuse, enlever la dent, de manière à détruire toutes ses connexions nerveuses, puis la replacer de suite; il avait, de plus, été amené à proposer la transplantation, c'està-dire le placement dans l'alvéole, après l'arrachement d'une dent gâtée, d'une homologue prise sur la mâchoire d'un autre individu, et il parle de cette pratique comme s'il en avait obtenu des succès positifs. Or ses contemporains, ses annotateurs euxmêmes, ont signalé des insuccès et même des accidents à la suite de ces transplantations. Nous nous demandons donc si Hunter, qui, sans aucun doute, s'est laissé induire en erreur dans les cas de ce genre, n'a pas été également trompé dans les autres; si, par exemple, il a réellement observé avec tout le soin désirable le malade dont nous avons relaie l'observation. Ce n'est cependant pas une raison, nous le répétons, pour ne pas essayer la reposition, dans le cas d'arrachement accidentel.
M. Oudet assure, de son côté, qu'il a vu deux personnes chez lesquelles une incisive, ôlée par méprise dRns leur enfance, avait été replacée huit heures après l'accident. Ces dents, qui n'avaient pas encore acquis leur longueur complète, reprirent si bien leur vitalité, qu'elles continuèrent à sortir régulièrement de leurs alvéoles. A l'époque où M. Oudet les a examinées, c'est-à-dire de vingt
à vingt- cinq ans, elles étaient très-solides et avaient leur sensibilité et leur couleur normales. Ces nouveaux faits publiés par un observateur dont nous connaissons l'exaclitude sont de nature à faire adopter le précepte que nous avons admis, do tenter le replacement.
Cependant on ne doit pas oublier que les dents ainsi replacées ont quelquefois provoqué des phénomènes inflammatoires locaux et des symptômes généraux inquiétants; il faudrait donc, après cette opération, surveiller les malades et ne pas hésiter, si des accidents arrivaient, à enlever la dent cause de tout le mal.
Art. IV.
Usure.
Il est dans la destinée des dents de s'user à la longue, par la pression réciproque de celles de la mâchoire supérieure contre celles de la mâchoire inférieure.
Chez tous les vieillards qui ont conservé leurs dents , les incisives .sont réduites aux deux tiers ou à la moitié de leur hauteur ; les canines sont complètement dépourvues de la pointe saillante qui forme, dans le principe, leur extrémité libre; les molaires sont privées de leurs tubercules OH cuspides , et présentent sur leur poi tion libre une surface lisse et polie, au lieu des bosselures et des inégalités qu'elles offraient d'abord. Ce n'e.st pas de celte usure sénile et naturelle que nous voulons parler, mais de l'usure prématurée, c'est-à-dire celle qu'on observe chez les sujets jeunes encore, et qui, apparaissant de bonne heure, arrive assez vite à des proportions telles, que des symptômes plus ou moins fâcheux en lésultent.
Le plus souvent, cette usure prématurée, de même que l'usure sénile, a lieu au niveau de la portion libre de la couionne et aux dépens de l'émail qui la constitue. Les causes qui la produisent sont : la texture délicate des dents, les frottements rudes de ces organes contre des corps durs ou des aliments trop solides, l'habitude qu'ont certaines personnes de grincer des dents pendant le sommeil, l'emploi de poudies dentifrices qui ne sont pas assez fines ou qui contiennent des acides, l'usage des tuyaux de pipes cylindriques, principalement ceux de terre, et enfin l'habitude de toujours mâcher du même côté.
D'antres fois l'usure, au lieu d'occuper le bord libre, se trouve au voisinage des gencives , sur la face aniérieiire des dents, qui se trouvent alors légèrement cxcavées dans ce point, comme .si on avait entamé avec une lime et ensuite poli leur surface. C'est à cette espèce de lésion que J. Hunier a donné le nom de carie dénudante.
MALADIES DES DENTS
Selon M. Oudet, elle ressemble beaucoup plus à l'usure, et se développe sans cause appréciable; il la quelquefois observée cependant sur des individus qui faisaient usage de boissons très-cbandes, de brosses dures ou de poudres dentifrices insuflisaniment porpbyrisées {Dict. de méd. en 30 vol., t. X, p. 170).
Symptômes. — Tant que l'usure n'atleintpas la pulpe dentaire, le sujet n'éprouve rien de particulier; mais, quand elle a détruit une assez grande épaisseur de l'ûsléide, pour que la pulpe se trouve à nu ou ne soit plus protégée que par une enveloppe miuce qui laisse pénétrer les fluides extérieurs, alors la dent devient sensible aux impressions de chaud it de froid, et à celles de substances acides ou sucrées; quelquefois même le malade souffre pendant la mastication, par le simple choc des arcades denlaires l'une contre l'autre on par la rencontre impi'évue d'un corps dur. On a même vu l'usure, quand elle était très-profonde, déterminer des douleurs névralgiques telles, qu'on a été obligé d'avoir recours à l'extraciion de la dent pour les faire cesser.
Traitement. — Il consiste dans l'emploi de moyens dont les uns peuvent prévenir ou arrêter cette lésion, les autres en pallier les inconvénients.
1° Pour prévenir l'usure prématurée des dents et eu arrêter les progrès, lorsqu'elle a commencé, il faut éviter les causes qui la déterminent. Si , par exemple, le malade a l'habitude d'employer, ponr nettoyer ses dents, des poudres irritantes, on s'empresse de le faire renoncer à leur emploi; s'il est disposé aux grincements des dents pendant le sommeil, on place enti-e les molaires une plaque de liège ou des caloites d'or ou de platine garnies d'un rouleau de soie, que l'on retire tous les malins. Si une dent, eu appuyant sur celle qui lui est opposée, était la cause de l'usure, il faudrait la limer, pour arrêter ies progrès de cette dernière.
2° Pour diminuer les inconvénients de cette lésion, lorsqu'elle est bien prononcée, le malade doit éviter les aliments trop chauds, trop froids, trop acides. Daps le cas où la dent usée serait ouverte et laisserait arriver les corps irritants dans .sa cavité jusqu'à la pulpe, il conviendrait de la plomber ou de la cautériser. Cette dernière petite opération, qui aurait pour but de déiruire la parlie sensible de la dent, serait la plus avantageuse si le malade y consentait , car elle donnerait une guérison définitive et n'exposerait pas aux l'écidives , comme fait le plombage lorsque le corps étranger qui sert à le former vient à tomber. Pourtant la cautérisation serait plus nuisible qn'ulile,
si la gencive était fortement enflammée au voisinage de la dent usée, et l'un devrait l'ajourner jusqu'au moment où ces phénomènes inflammatoires auraient disparu.
Si la dent u.sée présentait quelque saillie inégale qui irritât la langue ou la muqueuse buccale, il serait bon de faire disparaître avec la lime toutes ces irrégularités.