‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 127 sur 177 · III · texte numérisé non relu

III

paraît pas. Il est vrai que , la carie conlinuant à faire des progrès, la cavité qu'elle a creusée s'agrandit peu à peu, et qu'au bout d'un certaia temps le corps étranger, devenu trop petit, n'est plus retenu et s'échappe; d'où il résulte que la dent, exposée aux mêmes irritations extérieures, peut redevenir douloureuse. Il n'en est pas toujours ainsi cependant. On a vu .souvent des dents qui, après avoir été plombées à la suite de douleurs , cessaient de l'être par le motif que nous venons d'indiquer , et néanmoins restaient indolentes. Probablement le fait doit s'expliquer par la destruction du bulbe dentaire, destruction qui s'est opéi ée pendant que la dent était plombée.

Au lieu de soustraire la dent aux influences extérieures, on peut chercher à combattre l'autre condition de souffrance, savoir: la sensibilité excessive de la pulpe. Pour cela le moyeu le plus usuel est la cautérisation, opération quia pour but de détruire ou au moins d'atrophier la partie sensible de la dent. Cette cautérisation peut être faite avec le fer rouge ou avec un caustique liquide que l'on porte au moyen du coton aussi profondément que possible. En général on ne la pratique, de même que le plombage , qu'au moment où la cai'ie n'est pas douloureuse. En effet, on n'a jamais la certitude que le caustique détruira la pulpe toute entière. Or, si ce résultat n'éiait pas obtenu, une partie de l'organe sensible subsistant, la douleur pourrait êire exaspérée par le travail inflammaraatoii'e que doit provoquer la cautérisation.

Cette opération étant incertaine dans ses résultats immédiats, parce que les conditions anatomiques de la carie permettent rarement d'atteindre la pulpe assez loin, on ne doit pas la préférer d'une manière absolue au plombage. Dans la pratique de presque Ions les dentistes, elle n'est aujourd'hui qu'un adjuvant de ce dernier. En effet, en brûlant toul ce qui est accessible de la pulpe, et protégeant ensuite le reste avec un bouchon uiéiallique, on satisfait en même temps aux deux indications; nous verrons un peu plus loin (page 67 5) de quelle manière ces deux opérationss'exécutent. C. Lorsque les moyens palliatifs n'ont pas réussi, ce qui arrive quelquefois, ou lorsque la position sociale du patient ne lui permet pas de supporter les pertes de temps et d'argent que nécessite leur emploi , on bien encore si l'altératiea de la dent a été le point de départ d'abcès répétés, de fistules, de nécrose , de névralgies rebelles auxquelles le plombage et la cautérisation ne sauraient remédier , il faut faire disparaître la carie, c'est-à-dire la dent elle-même. On y arrive par l'opération de l'arrachement, que nous décrirons à lu page 677.

MALADIES DES DENTS

2° Chez les enfauts, pendant la première dentition, la douleur est rarement assez continue pour nécessiter l'arrachement. Comme, d'un autre côté, cette opération peutavoir riiicijuvénient,en ébranlant l'os maxillaire et avec lui le germe des dents permanentes, en arrachant même ce germe , ainsi que M. Oudetenacilé deux exemplesà l'Académie de Médecine {Jrcli.demécl., 1'® série, t. xviii, p. 12), de reiarder ou d'empêcher l'évolution des dents dont il s'agit, ce sont des raisons pour temporiser et puur s'en tenir aux calmanis et aux palliatifs quaod les douleurs arrivent. Si pourtant une des vingt dents de première dentition et particulièrement une des molaires était devenue le siège d'une carie putride, c'esl à-dire donnait à la bouche une odeur fétide et y exhalait des produits nuisibles , l'avulsion pourrait être faite avec avantage. De même, si un enfant avait plusieurs molaires cariées à la fois, et s'il était démontré qu'une ou deux d'entre elles, en gênant la mastication, contribuent à l'affaiblissement, il serait encore indiqué de les ôter. En un mot, le précepte général que nous posons , de ne pas arracher les dents de la première dentition, s'applique surtout aux caries sans fétidité, qui ne restent douloureuses que pendant un temps très-court, et qui n'empêchent pas l'alimentation.

3° Chez les enfants dont la seconde dentition est commencée et qui ont une carie de la première grosse molaire, de même que chez ceux dont les incisives et les canines repou.ssées sont devenues malades, l'indication générale est encore de temporiser et de recourir le plus possible aux palliatifs. Car on ne doit pas perdre de vue que les dents sont utiles, et que leur présence, même lorsqu'elles sont cariées, aide efficacement les fonctions nurtitives. Il y aurait donc inconvénient à priver l'enfant pour toujours d'un ou de plusieurs de ces organes, et il y a avantage à les leur conserver en arrêtant , autant que faire se peut, les progrès dela'carie, avec le plombage. Nous ne ferions encore exception que pour les cas où la carie serait trop fétide, et pour ceux où sa forme ne se prêterait pas au séjour des substances employées pour le plombage. Il va sans dire également que , si une dent permanente cariée se trouvait mal placée ou empêchait une dent voisine saine de prendre une position régulière, l'arrachement se trouverait tout naturellement indiqué.

Nous devons faire remarquer, en terminant, que les variétés analomiques dont il a été question plus haut exercent par elles-mêmes peu d'influence sur les déterminations du chirurgien. Ce sont bien plus la présence ou l'absence de la douleur, l'existence ou la noa-existence de la fétidité et de la

gêne de la mastication, que la nature particuli'ere de la carie, qui décident à ôter ou à conserver les dents.

Art. II. — Résorption de la racine.

Nous décrivons sous ce nom une lésion de la racine, qui a été bien décrite pour la première fois par Duval, sous le nom de consomption des dents, et qui consiste dans la disparition du sommet et d'une portion plus on moins considérable des racines. Comme celte disparition a lieu au voisinage et par le fait même des autres lésions, et qu'il sera nécessaire d'en parler à propos de ces dernières, il vaudrait peut-être mieux ne pas la mentionner ici. C'est le parti qu'a déjà pris M. Oudet dans son article du Dictionnaire en 30 volumes. Cependant, afin de mieux guider ceux de nos lecteurs qui, après avoir lu dans d'autres ouvrages les articles consacrés à la consomption des dents , chercheraient ici un éclaircissement sur celle maladie, nous croyons devoir résumer la question en peu de mots.

1" Lorsque par suite de causes qui nous sont inconnues , un kyste se développe au niveau du sommet d'une racine , et aux dépens du petit cordon vasculo-nerveux qui pénètre dans le trou de ce sommet, après avoir travei-sé l'alvéole, ce kyste, en se développant, presse, use et détruit toutes les parties dures avec lesquelles il se trouve en contact, aussi bien l'ivoire de la racine que la paroi de l'alvéole. Peu à peu la dent, après avoir été plus ou moins longtemps douloureuse, s'ébranle, et elle finit par lomber si la soiiftiance el la gêne qu'elle occasionne n'ont pas décidé le malade à s'en faire débarrasser. Telle est la maladie quia éié décrite par Duval (journal de Corvisart, Leroux et Boyer, janvier 1812): on y retrouve la variélé de kystes que nous avons signalée à propos des maladies du sinus maxillaire (p. 1 15), et a propos des maladiesdu maxillaire inférieur (p. 6(2). il serait évidemment inutile de répéter ce que nous avons dit à ces deux occasions.

2° Le .sommet de la racine des dents de lait s'use par résorption, lorsque celles-ci deviennent vacillantes et tombent ; mais c'est un phénomène physiologique dont nous n'avons évidemment pas à nous occuper ici.

3" D'aulres fois la racine disparait à la suite d'une inflammation qui occupe simultanément la gencive ei la cavité alvéolaire. M. Oudet {loc. cit.) pense que l'usure a lieu, en pareil cas, parce que l'iiiflamaiation envahit en même temps le cordon dentaire vasculo-nerveux et s'y concentre. Rien ne prouve que cette opinion soit inexacte ;

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