ÉBRANLEMENT SPONTANÉ
en tout cas, la mention des faits de ce genre Iroiiyera plus naturellement sa place dans les articles que nous consacrons plus loin à 1 ebranleineut des dents et à la péiiodouiite.
Art. III. — Ébranlement spontané.
Les dents s'ébranlent spontanément, c'est-àdire sans l'inlervention d'aucune cause traumaliqne, dans deux circonstances différentes: 1° sans inflammation et tout simplement par les progrès de l'âge ; 2° à la suite d'une iuflammatiou des gencives.
I. L'ébranlement sans inflammation est celui que nous observons chez les viediards, et qui pré- , cède la chute des dents, organes coudamnés par la naiure à disparaître plus ou moins longtemps avant la mort Le mécanisme intime de cette chute n'est pas connu dans tous ses détails, et eu particulier nous ne savons pas exactement ce qui se passe au niveau du cordon dentaire et du bulbe; nous ne connaissons un peu que les phénomènes apercevables du côié des gencives et du bord alvéolaire. Ces parties perdent de leur hauteur par suite d'un travail d'absorption moléoulaiie; il en résulte que la portion de racine voisine de la couronne devient apparente , et que la dent semble s'allonger. C'est à cet état qu'un donne le nom de déclinussemenl des dents. La racine, n'éiant plus emboîtée qu'incomplètement, est moins solide et devient vacillante, et il est probable que son ébranlement est aidé aussi par la destruction progressive du périoste alvéolo-deutaire, qui retenait à sa place la portion non encore déchaussée de la racine. Voici donc ce que remarque l'observateur : la gencive ne rougit pas et ne grossit pas au niveau de la dent; au contraire elle est pâle et revenue sur elle-même. Une partie de la racine se voitau-dessus,et, si l'on saisit la couronne entir, les doigts, ou lui imprime facilement quelques mouvements d'avant en arrière et d'arrière eu avant.
Nous aurions passé sous silence les déiails qui précèdent, parce qu'ils sont plus physiologiques que pathologiques, si uous n'a\ions pas à signaler un ébranlement sénile prématuré. On voit, en effet, des sujets qui, bien avant d'être arrivés à l'âge de 5.^ à60ans,auquelcommeucent^ébranlement et la chiUe physiologique des dénis, perdent quelques-uns de ces organes par le même mécanisme que chez les vieillards, c'est-à-dire sans rougeur, ni suppuiation, ni gonflement, par la diminution progressive de l'alvéoleen hauteur. Cette lésion est tout à fait irrémédiable, et à cause de cela il importe de la distinguer de l'ébranlement d'origine inflammatoire, auquel on peut remédier, comme
nous le verrons bientôt. Cet ébranlement, du reste, ne donne lieu àaucuusyinpiôme fâcheux. Les malades nesouffi'eotpas habituellement; ils sont seulement exposés à ressentir un peu de douleur lorsque, mangeant trop vite et sans précautions, ils exposent la dent mobile à un ébranlement qui tiraille son pédicule vasculo-nerveux et la gencive.
II. L'ébranlement par inflammation arrive à la suite d'une maladie appréciable des gencives qui s'est propagée dans les cavités alvéolaires. Tantôt c'est une gingivite simple, spontanée ou niercuiielle, qui, après a voir occupé exclusivement et pendant un certain temps toute la muqueuse exteriein-e des gencives, seprolonge dans l'alvéole au péiioste alvéolodentaire, dont elle modifie les connexions. TaïUÔt la gingivite n'occupe que le bord libre des gencives, oîi elle se reeonnail à la rougeur et à la présence d'une certaine quantité de pus; à un moment donné, l'inflammation se propage encore dans les alvéoles. D'autres fois la gingivite coïncide avec un dépôt calcaire sur le collet de la dent, dépôt sur la nature et l'origine duquel nous aurons à nous expliquer pluslom(p.66l). A mesure que ce dépôt augmente et que la rougeur de la muqueuse persiste ou s'étend, la dent se déchausse comme chez les vieillards, par suite d'une ab.sorption concomitante de l'alvéole et de la gencive. La dent .s'ebranie alors par le double mécanisme delà propagation du mal au périoste alvéolo-denlaire et de l'usure de l'alvéole. Dans tous ces cas, les dents s'ébranlent à un certain moment ; si la maladie ne s'arrête pas spontanément ou n'est pas arrêtée par les soins chirurgicaux , elles .s'ébranlent de plus en plus et finissent par tomber. Il serait intéressant de savoir si quelque lésion du bulbe et du cordon dentaire ne coïncide pas, djns ces cas, avec celle de la gencive et du périoste alvéolo-denlaire; il le serait également de chercher en quoi consiste exactement la lésion de ce dernier. Mais on n'a pas jusqu'ici fait sur ces divers points des investigations suffisautes.
Quoi qu'il en soit, cet ébranlement de cause inflammatoire coïncidant avec d'autres maladies, suit des gencives, soit des alvéoles, nous n'avons pas à indiquer ici tous les phénomèues morbides qui l'accompagnent. Coutentons-nons de faire remarquer que quand un malade se plaint à nous d'avoir une ou plusieurs dents ébranlées, il suffit et il est ordinairement facile de déterminer si cet ébranlementesldeuatnresénileou de nature inflammatoire. Quand il est sénile, la muqueu.se ne présente de rougeiu' et dégonflement en aucun point; on ne voit j)as non plus sur le bord festonné de la gencive la petite couche de pus que l'on trouve i dans certaines formes de gingivite ; enfia les cou-
MALADIES DES DENTS
rouiies n'ont pas à leur coilel le dépôt calcaire que, l'on trouve dans d'autres gingivites. C'est donc l'absence des phénomènes caractéristiques de la gingivite et de ses variétés qui permet de recouuailre bi l'ébranlement est sénile, et c'est la présence actuelle et ancienne de ces phénomènes qui autorise à prononcer qu'il est d'origine inflammatoire.
Uuelle que soit d'ailleurs la variété de phlegmasie qui ait amené l'ébranlement, celui-ci, tant qu'il n'est pas très-con^idérable, peut disparaître et la dent rester à sa place, si l'inflammation vient à s'arrêter. L'expérience nous a démonlré qu'api'ès la stoujatite mercurielle en particulier, les dents inomenianémenl ébranlées reprenaient assez souvent leur solidité. Dans la plupart des cas cependant, lorsque l'art n'intervient pas, la malailie primitive persiste, l'ébranlement augmente, et tôt ou tard les dents tombent.
Pour empêcher ce résultat, il convient de traiter la gingivite et la périodontiie par les moyens locaux et généraux que nous indiquerons en leur lieu et place. Parmi les moyens locaux, ceux qui contribuent le mieux à rendre à l'implantation des dents la solidité qui leur manque sont l'ablation du tartre, quand il en existe, et, dans tous les cas, la cautérisation du bord libre des gencives avec lin petit fer rouge, ou, ce qui est plus commode et plus prompt, avec un pinceau trempé dans l'acide chlorhydrique. Il nous a sufli souvent de renouveler cinq ou six fois cette cautérisation à quatre jours d'intervalle pour avoir, au bout de quelques semaines, les dents raffermies. Si cette cautérisation était douloureuse, ou pourrait, au lieu d'acide chlorhydrique pur, se servir d'un mélange, à parties égales, d'acide chlorhydrique et de miel rosal. Cette nioditicalion est plus particulièrement nécessaire chez les enfants.
Art. IV. — Hypertrophie de l'émail, exosiose, dents verruqueuses .
On a désigné sous les trois dénominations qui précèdent une lésion consistant en saillies plus ou moins volumineuses, dues à une accunmlation exagérée de rémail sur la couronne des dents. La plupart des classiques modernes ont comparé ces saillies à des exostoses; mais les différences de structure et de vitalité qui existent entre les dents et les os se retrouvent entre les deux variétés de tumeurs, et ne légitiment pas cette comparaison. M. Salter a pensé, dans ces derniers temps, qu'il valait mieux comparer ces tumeurs à des verrues, et il a nommées verruqueuses {Jrcli.gén. deniéd., février 1859, p. 23 3) les dents qui les présentaient.
On ne connaît aucune cause spéciale de ces productious, qui sont d'ailleurs assez rares. Quand les bosselures qu'elles forment sont peu volumineuses, elles ne gêuent pas, et il n'y a point à s'en occuper; mais, si par hasard un accroissement assez considérable avait lieu, ou si des saillies du même genre se développaient à la fois sur la face externe et la face interne d'une couronne, il pourrait en résulter une grande gêne de la mastication, une difformité choquante, et même, comme dans un cas cité par M. Salter, une impossibilité de fermer la bouche et de rapprocher les dents. Eu pareille circonstance, le diagnostic offrirait quelques difficultés, qu'une observation attentive ferait bientôt disparaître. M. Salter cite cependant un malade auquel on fit une résection de la mâchoire, parce qu'on avait cru à une tumeur de cet os, tandis qu'il s'agissait d'une hypertrophie volumineuse de l'émail. Il est clair que, si le malade était trop incommodé par une tumeur de ce genre, l'ablation de la dent serait la seule opération nécessaire.
Art. y. — Atrophie de l'émail.
L'atrophie de l'émail peut être considérée comme ayant eu lieu, lorsqu'on aperçoit sur la couronne des rainures longitudinales ou transversales, ou bien simplement un ou plusieurs enfoncements irès-limités, comparables à des piqûres, rainures et enfoncements nu niveau desquels il est évident que la couche d'émail est moins épaisse que sur les autres points de la coui'onne.
Si l'on questionne les sujets qui ont ces sortes d'altérations, on apprend qu'elles datent presque toujours de l'enfance, et d'une époque pendant laquelle est survenue une maladie grave, ou qu'au moins la constitution a été délicate pendant la formation et l'éruption des dents permanentes. Quelquefois les dépressions se sont produites après l'éruption , mais c'est le cas le plus rare ; ordinairement les dents de remplacement .sont sorties avec les érosions, lesquelles se sont formées à l'époque où la couronne était encore enfermée dans l'alvéole : or cette époque a été précisément celle pendant laquelle les enfants ont eu soit une maladie aiguë grave, suivie d'une longue convalescence, telle qu'une fièvre typhoïde, une fièvre éruptive compliquée, une méningite; soit une chloro-anémie prolongée. En tenant compte de la fréquence de ces cas, dans lesquels les rainures et dépressions paraissent être le résultat d'une mal formation de l'émail, et de la rareté de ceux dans lesquels nous assistons à la disparition de cette substance, il est permis de croire qu'au lieu d'une atrophie , c'est-à-dire de la diminution progressive d'une