CONCRÉTIONS CALCAIRES
partie qui aurait existé , celte lésion est due à un arrêt de développement, ou, si l'on veut, à une non-formation de l'émail sur certains points. C'est donc plutôt pour nous conformer à l'usage que pour exprimer un fait positif que nous nous sommes servi lia moi atrophie pour désigner celte variété de lésion.
Du reste, les rainures et dépressions attribuées à l'atrophie sont tout à fait irrémédiables et ne réclament aucun traitement. Leur existence doit seulement appeler l'atlenlion du médecin sur la santé générale de l'enfant. Car la maladie sous l'influence de laquelle cette lésion s'est développée peut avoir laissé dans la constitution quelques traces qui nécessiteraient un traitement tonique et fortifiant.
Art. VL — Concrétions calcaires.
Chez tous les sujets arrivés à l'âge adulte, le bord libre des gencives fournit ou sécrète une matière blanche jaunâtre, d'une consistance semblable à celle d'une pâte molle mélangée de quelques grains solides, de nature calcaire. Celte substance, qu'on appelle le larlre, se produit en quantité irès-variable, suivant les sujets. Les uns n'en forment pas ou en forment si peu qu'on ne ne le voit jamais, pas plus sur les molaires que sur les incisives et les canines. Les autres en produisent encore peu, mais assez pourtant pour qu'on puisse, avec l'ongle au avec un cure-dent, en détacher une certaine quantité sur l'une et l'auire face desdeuts,où elles ont été comme déposées au voisinage du bord iibre des gencives. Chez ceux-là, une certaine quantité de tartre est entraînée par la salive et les aliments au moment de la masiication, et il n'en reste sur les dents que la partie la plus concrète et la moins soluble; encore celle qui se trouve surla face anlérieureest-elle leplus souvent détachée par la brosse et les autres soins de propreté, de sorte que poui- trouver du tartre, il faut le chercher sur la face interne ou postérieure des dents, particulièrement sur celle des grosses molaires.
On ne sait pas positivement si le tartre est produit par la membrane gingivale. M. Serres nous a décrit autrefois des glandes tartareuses qui avaient pour usage de le sécréter ; mais ces glandes n'ont pas été vues par les autres anatomistes, et le plus grand nombre n'en admettent pas l'existence. Il faut donc ou que la muqueuse exsude ce produit sans organes sécréteurs spéciaux , ou que sa formation s'explique par un dépôt que laisseraient sur les couronnes la salive et les aliments. On pourrait aller même jusqu'à dire que le tartre, par cela même
qu'il manque chez les enfants et existe à peine chez certains adultes, est plutôt un produit pathologique qu'un produit physiologique : sur tous ces points, il y a matière à des recherches nouvelles.
Quoi qu'il en soit, tant que le tartre est peu abondant et mou , il n'occasionne aucun dérangement dans la santé; mais quelquefois il se modifie de manièi'e à devenir nuisible. Sa modification principale consiste en un épaississement et une transformation calcaire. Au lieu d'un tartre mou , on voit alors sur les dents, au voisinage de leur collet, et en même temps sur le bord libre de la gencive, un tartre dur. Quelquefois le dépôt a lieu sur les deux faces, c'est-à-dire aussi bien sur celle qui répond aux lèvres que sur celle qui répond à la langue; d'autres ibis il ne se produit pas sur la face antérieure, mais seulement sur la postérieure, au niveau de laquelle il n'est pas entraîné aussi facilement par la brosse. On le trouve d'ailleurs bien plus souvent sur les dents d'en bas que sur celles d'en haut.
Quand le dépôt est peu abondant et se réduit à une mince couche de substance calcaire, il ne • s'accompagne habituellement d'aucun phénomène digne d'aitention. Mais, quand il est considérable, il forme une saillie d'autant plus disgracieuse qu'elle est plus volumineuse, et gêne les mouvements des lèvres et ceux de la langue: on l'a vu s'accroître assez pour refouler la langue ou produire sur un point de cet organe des ulcérations rebelles, et eu même temps pour faire saillir eu dehors les joues ou les lèvres.
La couleur de ces concrétions est ordinairement jaune, qiudquefois d'un gris foncé; leur dureté est considérable, et s'explique par la présence d'une forte proportion de sels calcaires (environ 66 pour 100 de phosphate de chaux, et 9 pour 100 de carbonate de chaux). Elles sont solidement unies à la dent , surtout au niveau de son colbt; on peut cependant les en détacher assez facilement par un effort bien dirigé, dont nous indiquerons plus loin la manœuvre.
Le point le plus important dans l'histoire clinique de cette affection, c'est que le dépôt calcaire s'accompagne, sinon toujours, au moins très-habituellemeni, d'un état inflammatoire de la gencive, et de l'ébranlement d'une ou de plusieurs des dents encroûtées. Les malades éprouvent, à cause de ces lésions du voisinage, une certaine difliculté pour mâcher, et sont obligés d'employer beaucoup de précautions, de ne prendre par exemple que des aliments mous, de manger avec lenteur. Si l'on examine, on trouve, outre la couleur et la déformation dues au corps étranger, la rougeur et le gonflement des gencives, et celte vacillation des
MALADIES DES DENTS
dents dont nous avons indiqué plus haut le mode d'exploration.
Ici se présente un problème pathologique assez difficile à résoudre : i'ébrauleiiienl des dents estil indépendant du tartre? S'il est occasionné par lui, coiimient doit-on comprendre le phénomène? On ne peut considérer l'ébranlement comme étant sans relation avec la concrétion calcaire, par la raison que, si cette dernière est enlevée à temps, les dents reprennent ordinairement leur solidité. Pareille chose n'aurait sans doute pas lieu, si les deux maladies n'avaient aucune relation de cause à effet. D'après ce que nous avons dit plus haut (page 659), il est probable que, dans les cas de dépôt de tartre, comme dans les aulres, l'ébranlement s'explique par la gingivite, l'extension de la plilegm;isie au périoste alvéolo- dentaire, et une absorpiiou concomiiante du rebord osseux. Seulement on pourrait croire que la gingivite a précédé et occasionné le dépôt du tartre anormal, et considérer alors celte inflammation comme le point de départ et la cause de tous les désordres. Mais, s'il en était ainsi, on ne comprendrait pas encore comment l'ablation du tartre ferait si facilement disparaître tous les accidents. Cette dernière circonstance nous oblige donc à considérer le dépôt calcaire comme la lésion primitive, la gingivite comme un résultat de l'irritation produite par ce dépôt, sorte de corps étranger, et enfin l'ébranlement comme produit, d'après le mécanisme déjà indiqué, par cette gingivite. Mais, la question ainsi résolue, on se trouve encore en présence d'une autre, très-difficile à résoudre : D'où vient donc ce tartre dur, cause de tous les maux? s'il n'est pas déposé par la gencive préalablement malade, d'où vient-il? est-ce donc une substance qu'auraieiU abandonnée sur les dents la salive et les autres liquides de la bouche, altérés dans leur composition de la même manière que l'est l'urine, quand elle laisse déposer des calculs dans la vessie? Ne serait-ce pas , en un mot, une espèce de calcul salivaire? Nous sommes arrêtés ici par l'insuffisance des notions analomiques et physiologiques, et nous sommes obligés de déclarer que, ue sachant pas exactement conmieiit se forme le tartre mou, nous ne connaissons pas non plus l'origine du tartre dur. C'est ce qui justifie encore l'appel que nous faisions tout à l'heure à de nouvelles éludes sur ce sujet.
Symptômes. — Les concrétions calcaires, une fois produites, donnent lieuàdiverssymptômes, dont les uns dépendent de ces concrétions elles-mêmes, et les autres de l'état des geucives et de l'ébranlement coQsécutif des dents. Parmi les premiers, se
trouvent : 1° la difformité ; elle est modérée lorsque les concrétions sont peu volumineuses, mais plus considérable lorsqu'elles ont pris un grand accroissement, lorsque, par exemple, elles repoussent les lèvres et les joues; 2" l'ulcération des parties molles qui sont en contact avec les concrétions ; M. Oudet a plusieurs fois observé des ulcérations profondes de la langue, qui n'avaient pas d'autre cause qu'un amas de tartre sur la gencive postérieure de l'arcade dentaire inférieure. Parmi les seconds , nous avons à signaler la rougeur des gencives, la snppuralion parfois fétide dont elles deviennent le siège , et eniin la gêne de la mastication produite par le défaut de solidité des dénis.
Quand la maladie est abandonnée à elle-même, ses progrès peuvent s'arrêter, c'est-à-dire que les concrétions, après avoir augmenté pendant un certain temps, cessent de s'accroître, et que l'ébranlement lui-même ne va pas jusqu'à la chute des dents. Mais, dans le plus grand nombre des cas , le mal fait des progrès incessants : tantôt la concrétion augmente peu à peu en volume, et ne se détache qu'avec les dents ébranlées elles-mêmes; tantôt, sans que les concrétions s'accroissent beaucoup , les dents s'ébranlent de plus en plus, par suite de la violence et de la ténacité de l'inflammation gingivale, et à la longue elles finissent encore par tomber.
La présence du tartre dur est donc l'indice d'une chute prématurée des dents, en même temps qu'elle est la source de tous les inconvénients attachés à la gingivite simple et suppurée.
Traitement. — Il y a d'abord un traitement préservatif, qui consiste à nettoyer les dents et les gencives avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Mais il est évident que ce moyen n'est pas également préservatif pour tous les sujets, puisque la maladie a été souvent observée sur des personnes du monde qui n'avaient jamais négligé les soins de ce genre.
Le traitement curât if se compose de deux indications essentielles : 1° l'ablation du tartre, 2° la cautérisation du bord des gencives. Pimr enlever le tartre, on se sert d'un de ces leviers spéciaux et ayant la forme de grattoir ou de rugine, que nous indiquons plus longuement à la page 672. A défaut de ces instruments, nous nous sommes servis plusieurs fois de la spatule ordinaire , dont nous faisions agir l'extrémité la plus large , de la même façon qu'un grattoir on une rugiae. Pendant que la bouche du malade est ouverte, et qu'un ou deux doigts de la main gauche, préalablement enveloppés de linge, appuient sur la portion libre des dents pour les soutenir, le chirur-