CORPS ÉTRANGERS ET CALCULS
dehors se sont introduits par accident, el; l'étroitesse cougcnitalc du méat inférieiu' et surtout des narines a contribué à les retenir dans la cavité des fosses nasales. Les autres doivent quelquei^ois leur origine à un coryza clironique et à la sécrétion devenue liabituellement trop abondante du mucus; niais, dans la plupart des faits cités, cette circonstance n'est pas mentionnée. Quelquefois on a trouvé, en même temps qu'un corps venu de l'extérieur, une ou plusieurs concrétions qui s'étaient formées sur place, comme si l'inflammation provoquée par la présence des premiers avait occasionné un excès de sécrétion dont les produits s'étaient ensuite déposés. C'est ainsi que, dans le cas de Blandin, outre la tumeur principale qui avait pour centre un noyau de cerise, on trouva un certain nombre de rhinolithes simples qui furent extraits séparément.
Symptômes et diagnostic. — Les symptômes dépendent de la place qu'occupe le corps étranger, de sa forme, de sa nature, de son volume : mou , il se gonfle et exerce sur les parties voisines uue compression égale, constante, et des plus incommodes; inégal ou anguleux, il les irrite et les fait saigner ; volumineux, il obstrue les fosses nasales et gène le passage de l'air. Les fosses nasales étant doubles et présentant une étendue assez considérable relativement au volume des corps qui y pénètrent ordinairement, ceux-ci peuvent y séjourner des années sans causer d'accidents, et ce n'est le plus souvent qu'après quelques mois qu'ils donnent des marques de leur présence. Les phénomènes par lesquels ils s'annoncent sont la gène de la respiration, le nasonnement de la voix, l'écoulement par la narine d'un liquide purulent présentant presque toujours une odeur fétide, quelquefois l'inflammation de la conjonctive et l'écoulement des larmes sur la joue , du côté oii siège le corps étranger. On aperçoit, en entr'ouvrant la narine, et le plus souvent à peu de profondeur, une tumeur grisâtre ou noirâtre. Le petit doigt peut quelquefois pénétrer assez loin dans la cavité pour apprécier la consistance du corps étranger. S'il est solide, le stylet ou une sonde de femme portés sur lui rendent un son comparable à celui qui résulte de la collision d'un instrument métallique et des calculs vésicaux.
La présence des corps étrangers dans les fosses nasales a souvent été méconnue, soit qu'ils n'aient occasionné aucun trouble fonctionnel , soit que les symptômes auxquels ils ont donné lieu aient été rapportés à d'autres causes. Ainsi quelques-uns ont été rendus pendant des eil'orts d'élernueraent sans qu'on ail même soupçonne leur présence;
d'autres ont causé , avec le gonflement du nez, une suppuration intérieure et continue, pour laquelle on a essayé mille remèdes inutiles, et quia fait croire à des ulcères incurables. Dans presque tous les cas connus, on a cru d'abord à un polype, parce qu'en effet les signes fonctionnels et l'aspect sont les mêmes. Le diagnostic est bientôt établi quand on songe à introduire le doigt ou un stylet dans la narine, car les corps étrangers donnent une résistance que n'offrent pas les polypes. On est d'ailleurs guidé par le commémoratif , lorsque le corps est venu de l'extérieur. Il est bon toutefois de se tenir en garde contre les récits faits par certaines personnes hystériques , qui , dans leurs inexplicables fantaisies, se plaisent à induire en erreur leur famille et leur médecin.
L'erreur est à peu près inévitable dans les cas oii, le corps étranger étant mou, comme, par exemple, un haricot, un pois, le malade ne donne aucun renseignement. La nature du mal n'est alors reconnue qu'après l'extraction. A. Bérard cite, dans le Dictionnaire de médecine (t. xxi), deux faits de ce genre, empruntés l'un à Boyer, l'autre à M. Jacquemin. Dans le premier, il s'agissait d'un pois qu'un enfant s'était introduit dans le nez et qui avait poussé dix ou douze racines : on opéra comme pour un polype, et l'on reconnut ainsi la méprise. Dans le second , c'était une fève de marais, dont la présence occasionnait une suppuration des plus fétides : l'enfant ne donnait aucun renseignement ; plusieurs chirurgiens avaient cru à une tumeur maligne et avaient refusé d'y toucher ; l'extraction fit reconnaître qu'on s'était trompé.
Traitement. — Le traitement est simple : il faut, dans tous les cas, retirer le corps étranger. On se sert pour cela de piuccs à polypes ou de pinces à pansement, avec lesquelles on le saisit et on l'extrait, soit en entier, soit par fragments. Le plus souvent, il se morcelle entre les branches de l'instrument qu'on est obligé d'introduire à plusieurs reprises. On se guide, pour celte introduction et pour le reste de l'opération, d'après les règles que nous indiquerons pour les polypes. Lorsque la narine est très-petite, comme cela a lieu chez les enfants, les pinces ne peuvent manœuvrer, surtout si le corps est placéun peu profondément. Dans un cas de ce genre, nous avons réussi à retirer un noyau de cerise en recourbant en crochet l'extrémité d'une sonde cannelée. On pourrait avec avantage se servir d'une curette. Si le corps étranger était trop volumineux pour franchir l'ouverture antérieure, nous pensons qu'il n'y aurait aucun inconvénient, soit à le pousser d'avant en arrière et à le précipiter dans le pharynx, d'où il serait
MALADIES DES FOSSES NASALES
expulsé par la bouche, soit à pratiquer sur les narines ou sur le lobule quelques débrideraents. Après l'extraction, on ordonne quelques lotions ou injections pour faire disparaître complètement lïnflammation qu'avait provoquée le corps étranger.
Art. II, — Bosses sanguines et abcès de la cloison.
Quelquefois à la suite de coups violents sur le nez, le sang s'amasse au-dessous de la pituitaire qui tapisse la cloison : de là une tumeur noirâtre, qui remplit une des fosses nasales , s'avance vers la narine, et met obstacle au passage de l'air ; elle peut même occuper les deux fosses nasales en même temps , si la cloison a été perforée. Cette tumeur est molle, mais élastique : lorsqu'on la presse beaucoup avec un doigt, elle se laisse refouler, puis le doigt éprouve la sensation de fluctuation par le retour du liquide. Si elle proérainait des deux côtés à la fois, on devrait, pour sentir la fluctuation, porter un doigt dans chaque narine.
Ces collections sanguines ne peuvent guère être prises pour des polypes ou pour d'autres tumeurs, à cause du commémoratif.
Abandonnées à elle-mêmes, elles disparaissent en général spontanément. Elles ne réclament donc pas d'autre traitement que l'application de compresses résolutives sur le nez. Si cependant la douleur était vive, si la respiration était fort embarrassée, ou si la résolution tardait trop à se faire, on pourrait sans inconvénient y plonger un bistouri, comme fit le C Fleming dans une des observations que renferme son travail sur les affections de la cloison [Gaz. médic, 1833, p. 798).
Les abcès de la cloison ont été bien étudiés par le même auteur, par M. Jules Cloquet (/o«<m. hebdomad. , 1830), et par A. Bérard dans son mémoire sur quelques tumeurs de la face ( /Irch. géa. de méd., 2" série, t. xiit, p. 410). Ils sont habituellement consécutifs aux coups et aux épancbemcnts sanguins dont nous vouons de parler ; d'autres fois ils se développent spontanément ou à la suite de maladies de la cloison.
Ces abcès donnent au premier abord l'idée de polypes, parce qu'ils ont la même coloration : mais ils s'accompagnent d'une douleur, d'une chaleur et d'nu gonflement, avec couleur luisante du nez, que ne donnent pas les polypes; un stylet, conduit par la narine, permet de reconnaître que la tumeur est iaiplantée sur une large base , qu'elle adhère eu dedans et non pas en haut ou en dehors, comme f jnt ordinairement les polypes ; en outre , il y a uue fluctuation d'autant plus facile à sentir que , dans la plupart des cas, l'abcès proémiue des deux
côtés à travers quelque ouverture ou perforation de la cloison, et l'on constate à droite et à gauche, de chaque côté de la cloison et vers l'orifite nasal, une saillie symétrique.
La tumeur résultant de cette collection purulente intercepte le passage de l'air et nuit à l'odorat et à la respiration. C'est une maladie ordinairement peu dangeureuse, mais qui expose cependant a l'exfoliation des os et des cartilages et à une déformation consécutive. Aussi est-il indiqué d'agir de suite.
La maladie une fois reconnue, on fait une ponction avec une laucette ou un bistouri. Si on voit que la tumeur ne se vide pas bien , on en pratique une seconde du côté opposé. Quelques lotions avec l'eau tiède ou l'eau de guimauve complètent le traitement. Si la cicatrisation se faisait trop attendre, on pourrait, à l'exemple de Fleming, faire quelques injections délersives dans le foyer, ou bien passer, comme Ta fait A. Bérard, un séton de l'un à l'autre côté à travers l'ouverture de la cloison.
SECTION II