‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 131 sur 177 · II. — Abcès · texte numérisé non relu

II. — Abcès

Les dents cariées sont le point de départ de plusieurs variétés d'abcès, que nous distinguerons par les dénominations d'abcès gingivaux , abcès phlegmoneux sous-cutanés, et abcès ganglionnaires.

1" Les abcès gingivaux ou sous-muqueux sont ceux qu'on voit apparaître le plus près de la dent cariée. Ils se développent dans le tissu cellulaire sous-muqueux de la gencive (et de la gencive antérieure plus souvent que de la postérieure), par propagation à ce tissu cellulaire de l'inflammation partie des racines et de l'alvéole de la dent malade. Au début, il y a du gonflement et de la douleur parfois très-vive, parfois assez modérée; puis la petite tumeur se ramollit, devient fluctuante, et s'ouvre d'elle-même si l'art n'est pas intervenu à temps. Le pus qui s'écoule est quelquefois mélangé de sang et présente, comme la plupart des abcès situés au voisinage des cavités naiurelles, une odeur fétide. Quand l'os n'est pas dénudé ni voué à la nécrose, l'abcès .se cicatrise et ne laisse aucune trace; mais, lorsque l'alvéole est nécrosée, il s'établit une fistule du genre de celles dont nous avons parlé à la page 560. Ici il est bon de faire remarquer que la denudalion n'indique pas nécessairement l'existence de la nécrose et l'imminence de

la fistule. Nous avons plusieurs fois constaté, avec le stylet , celle dénudation au fond des abcès gingivaux dévelojipés près des dents cariées, et néanmoins la cicatrisation se com|)létait en tiès-peu de jours. Il est vrai que les malades sont alors exposés à des récidives, et finissent quelquefois, si la dent n'est pas arrachée ou ne tombe pas, par avoir cette nécrose.

En tout cas, l'indication thérapeutique, pour les abcès des gencives , est de les abandonner à euxmêmes et de les laisser s'ouvrir seuls lorsqu'ils sont peu volumineux, et modérément ou point douloureux, de les ouvrir au contraire de bonne heure lorsqu'ils grossissent beaucoup et occasionnent de violentes sotifti-ances.

Pour éviter les récidives et faire disparaître la fistule, lorsqu'elle s'est établie, il est en outre nécessaire; comme nous l'avons dit plusieurs fois, d'enlever la dent cariée.

2° Les abcès sous-cutanés sont ceux que l'on voit apparaîire dans la fosse canine pour la mâchoire supérieure, à droile et à gauche du menton pour la mâchoire inférieure. D'après leur situation, il est évident que ces abcès ont leur siège dans le tissu cellulaire et non dans les ganglions, et leur marche , quand on est appelé à la suivre, est celle des phlegmons suppuiants. La maladie présente deux phases : l'une d'inflammation, l'autre de suppuration. Pendant la première, on observe le gonflement, la dureté, la douleur, en un mot, les symptômes ordinaires du phlegmon. Rarement cependant ces symptômes sont très-aigus ; dans la plupart des cas, le gonflement n'augmente qu'avec lenteur, la douleur reste assez modérée, il ne survient point de fièvre, et quinze jours ou trois semaines se passent avant que l'on constate la fluctuation caractéristique de la seconde période. Pour établir le diagnostic , il faut chercher deux choses : d'aboid si la tumeur inflammatoire est bien causée par une dent gâtée , ensuite si cette tumeur est une fluxion ou un phlegmon. Pour le premier point, on est d'abord guidé par l'exploration de la bouche et les antécédents : si l'on trouve non loin du phlegmon une dent cariée, c'est une raison pour considérer cetle dernière comme le point de départ du mal ; si l'on apprend que celte dent a été douloureuse depuis quelque temps, c'est une présoiiipiion de plus; pourtant il faut savoir aussi que les dents gâtées déterminent souvent des abcès sans avoir été douloureuses. Pour le second point, le phlegmon ou abcès commençant diffère de la fluxion simple par sa consistance, qui est plus grande, et par l'exisience dune douleur à la pression , tant au niveau de la tumeur qu'au niveau de la gencive voisine de la

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