II
IVcvralgics.
Souvent les dents gâtées servent de point de départ à des douleurs névralgiques sur le trajet de l'une des branches du trifacial. Ces douleurs sont tantôt continues, tantôt rémittentes ou intermittentes. Chez quelques sujets, elles arrivent exclusivement pendant la nuit; chez d'autres, elles ont lieu nuit et jour, eu présentant les alternatives
d'augmentation et de diminution auxquelles sont exposées toutes les névralgies.
Ces douleurs se manifestent dans deux conditions différentes : lorsque la dent cariée est elle-même douloureuse, ou lorsqu'elle est indolenle. Dans la première de ces circonstances, la douleur névralgique se lie si étroitemeni à celle de l'odonlalgie, que le piaticieu est peu disposé à se laisser induire en eireur, c'est-: -dire à considérer comme idiopaihiqueou primitive une douleur névralgique conséculive à une douleur de dent. On devra prendre garde cependant de se laisser Iromper par l'interpi étation des malades. Beaucoup de personnes, les femmes surtout, admetieni difficilement que leurs dents soient cariées et douloureuses, et tiennent à mettre sur le compte d'une névralgie simple les douleurs qu'elles ressentent. Si on les intenoge, elles répondent avec assurance que les dents n'y sont pour rien, et qu'elles sont douloureuses, parce que la névralgie s'est portée de ce côté; mais, si on examine la bouche, et si, en percutant légèrement les dents les unes après les aulres, ou exaspère la douleur sur une ou deux d'entre elles qu'on trouve cariées, on peut prononcer sans crainte que le point de départ est là , et que les souffrances de la face en sont des irradiations.
Lorsque les dents gâtées sont indolentes , elles peuvent néanmoins devenir encore le point de départ de douleurs névralgiques, et cela dans deux circonstances différentes: 1" lorsque ces dents, indolentes habituellement, deviennent sensibles à la percussion d'un corps dur; 2° alors même qu'elles restent insensibles à toutes les manœuvres exercées sur elles. Nous avons vu plusieurs cas de l'une et de l'autre espèce. Dernièrement encore un de nous était consulté par une dame qui lessentait, tous les soirs en se couchant, et jusqu'à trois ou quatre heures du malin, des douleurs intolérables dans la joue, l'oreille et la tempe gauches. On ne trouvait dans ces régions aucune inflammation, et la douleur était tout à fait nulle dans la journée. Elle avait une carie indolente, même au contact du stylet, de la deuxième grosse molaire supérieure. La douleur ayant résisté aux narcotiques et au sulfate de quinine, il fut convenu quecettedentserait arrachée. Aussitôtaprès l'opération, la névralgie cessa de reparaître.
Nous n'avons fait allusion jusqu'ici qu'aux douleurs névralgiques arrivant à la tempe, à l'oreille et à la joue, du côté correspondant à la dent gâtée; mais il n'est pas sans exemple qu'elles se montrent du côté opposé, et toujours avec l'une des trois conditions indiquées tout à l'heure, savoir: la douleur spontanée de la dent, sa sensibilité à la percussion, ou .son insensibilité absolue.
MALADIES DES DENTS
Il résulte de ce qui précède que dans tous les cas de névralgie rebelle de la face, on doit chercher attenlivement si quelque dent n'en est pas cause. Le diagno>tic est facile lorsqu'il y a une dent cariée, et que le malade se plaint d'en souffrir, ou lorsque la douleur, habituellement nulle, est éveillée par la percussion; il donne un peu plus d'embarras lorsque la dent reste insensible à touies les explorations: alors, en effet, il est permis de supposer que la névralgie et la carie sont indépendantes l'une de l'autre, et rien ne peut servir à prouver qu'il en soit autrement, si ce n'est la résistance de la douleur à tous les moyens théra- ' peutiques appropriés. Le plus sage en pareil cas est d'admettre la relation si souvent prouvée par l'expérience, et d'agir en conséquence.
Lorsque plusieurs dents sont cariées, on peut considérer comme cause de la névralgie celle qui a été le plus souvent doidoureuse ou qui l'est encore actuellement. Si aucune n'est douloureuse ou ne l'a élé plus que d'auires, il faut considérer comme source de la douleur celle qui en est le plus rapprochée, et au besoin les condamner toutes.
En résumé, quand ou est certain, ou même quand on ne fait que soupçonner qu'une dent gâtée a occasionné et entrelient une névralgie, il ne faut pas hésiter à en cimseiller l'ablalion, et la névralgie ne doit èlre considérée comme idiopathique que lorsqu'on a déhari'assé le malade de toutes ses dénis gâtées. Ce précepte ne doit être modifié que dans les cas où le malade refuse absolument l'opération; il faut bien alors se contenter du plombage ou des autres soins que nous avons indiqués. A la longue la névralgie s'épuise; mais le patient doit être prévenu que ses souffrances peuvent durer longtemps.
s IV. — Accidents occnsioniiés par révolution difflcilc oa irréguliëre de la dent de sa- KCBse.
Lorsque la dent de sagesse se carie après une évolution régulière, elle peut occasionner à son niveau et dans sou voisinage tons les accidents dont il vient d'ôtre questiim; mais de plus, la sortie de celte dent rencontre quelquefois des obslarles, ou se fait irrégulièrement, et par suiie occasionne des maladies spéciales dont le praticien doit être en mesure de reconnaître la cause. Nous avons dit que iVI. Toirac s'était occupé de ce sujet dans un mémoire inléressaut publié par la Revue médicale en 1828.
Les accidents dont nous voulons parler peuvent se rencontrer sur les deux mâchoires, mais ils
sont bien plus fréquents sur l'infrricure que sur la supérieure. Ce que nous en dirons s'appliquera donc plus spécialement à la première. Ils sont d'ailleurs de diverses formes.
1° Quelquefois la dent pousse dans sa direction normale ; mais, rencontrant des parties trop résistantes, elle ne les traverse pas facilement, et, pressant sur elles de bas en haut, elle fait naiire des douleurs à forme névi'algique, qui s'irradient sur la joue, la tempe, et tout le côié correspondant de la face. Ces douleurs se prolongent plusieurs jours, se calment pour reparaître au bout de quelque temps, et reviennent tourmentei" les malades, tant que la sortie ne s'esl pas complétée. Dans ceitains cas, la douleur ne s'accompagne pas de rigidité; mais, dans d'autres, les malades ne peuvent plus ouvrir la bouche, à cause de la propagation vers les muscles temporal, masséter et ptérygoïdien, de l'irritation qui part de la dent arrêtée dans son évolution.
2" Chez beaucoup de sujets, la douleur ne paraît qu'à l'époque où la dent de sagesse a traversé déjà , mais incompléiement , la gencive. On aperçoit alors, si le malade peut ouvrir la bouche, une ou deux des cuspides de cette dent, mais le reste de la couronne est masqué par un bourrelet gingival rouge, douloureux, excorié ou même ulcéré profondément du côté qui .se trouve en contact avec la face supérieure de la dent. Les douleurs sont les mêmes, et parfois plus vives et plus tenaces que dans le cas précédent ; dans l'un et l'autre, elles ne cessent que quand la dent s'est dégagée complètement. Plusieurs semaines, quelquefois plusieurs mois, sont nécessaires pour que ce résultat soit obtenu.
Le diagnostic a élé obscur, tant que ces accidents n'ont pas élé bien décrits, et beaucoup de mai'ades, qui n'avaientpasautre chose qu'une sortie difficile de la dent de sagesse, ont été traités coiïnne atteints de névralgie ou de rhumatisme. Aujourd'hui le diagnostic est facile pour tous ceux qui connai.ssent les faits cités par M. Toirac. On est d'abord guidé par l'âge du mahide. La dent de .sagesse sortant de 18 à 25 ou 30 ans, il faut porter son attention de ce côié toutes les fois qu'un sujet de cet âge se plaint de douleurs maxillaires et périniaxillaires rebelles; on cherche ensuite si la carie d'une autre dent ne rendrait pas compte des symptômes. Enfin, lorsque le malade peut ouvrir la bimche, on reconnaît, en portant le doigt derrière la seconde grosse molaire, que la gencive est gonflée, rouge, douloureuse à la pression. Lorsque l'éruption est commencée, on y voit aussi une ulcération semi- lunaire à fond grisâtre. Si le malade ne peut pas ouvrir la bouche, le diaguos-