CHAPITRE SIXIÈME
MALADIES DE LA LANGUE
La langue , organe remarquable par l'extrême mobilité et la situation assez superficielle de sa moitié antérieure , qui comprend son corps et sa pointe, est au contraire fixe et trop profondément située par son extrémité postérieure , qu'on appelle sa base, pour être aussi facilement accessible aux doigts et aux instruments du chirurgien. Son parenchyme, presque exclusivement formé de fibres musculeuses, ne possède qu'iuie très-petite quaniité de tissu cellulaire, ce qui explique la rareté des maladies qui , comme le phlegmon et les abcès , ont leur point de départ dans ce tissu. Sa surface , revêtue par la muqueuse buccale, qui s'y modifie profondément pour devenir l'organe du goût, pariicipe aux maladies de la muqueuse buccale , et n'est exposée qu'à un petit nombre d'affections qui soient du ressort de la chirurgie.
SECTION I
LÉSIONS TRAUMATIOUES.
La situation profonde de la langue et la protection que lui fourni.ssent les arcades dentaires la mettent à l'abri des violences extérieures. Elle n'est en réalité blessée que dans deux circonstances, savoir : dans les coups de feu, ou par l'interposition de l'organe enire les deux arcades dentaires, lorsque par accident le malade vient à se mordre la langue. Nous n'avons pas à revenir sur les coups de feu puisqu'il en a été queslion à la page 506 de ce volume ; seulement nous aurons, comme complément de ce qui a été dit sur ce sujet , à parler des corps étrangers fixés dans la langue, après avoir dit quelques mots des plaies par morsure.
PLAIES
Art. P
Pla
les.
Les plaiesde la langue parinsiruments piquants sont très-rares, et, cpiand elles ont lieu, ne présentent habituellement aucune suite ni aucune complicaiion sérieuse. Il faut considérer comme tout à fait exceplioniielle l'Iiémorrhagie à laquelle Brasdor eut à remédier dans un cas de ce genre, dont nous empruntons la citation à Boyer, t. i, 5*^ édit. , p. 670. Une domestique, qui tricotait devant la maison de son maiire , tenait dans sa bouche une aiguille à iricoier; une autre personne lui enfonça celte dernière assez profondément pour que le sang coulai aussitôt en abondance par la plaie faite à la langue. L'hémorrhagie durait depuis vingt-quatre heures et avait résisté aux divers moyens mis en usage, lorsque Brasdor, après s'être bien assuré que le sang soi'lait par une petite plaie de la partie inférieure et antérieuie de la langue, porta sur cet endroit un stylet bou-
tonné rougi au feu ;
l'hémorrhagie fut arrêtée à
l'instant même et ne reparut plus. On pourrait, en cas pareil, faii'e une incision sur la piqûre, afin de porter jusqu'au fond de la plaie un tampon ou un pinceau imbibé de perchlorure de fer.
Les plaies accidentelles par instruments tranchants ordinaires sont également très-rares; les plus communes sont celles qu'on se fait avec les dents, qui agissent alors tout à la fois comme instruments tranchauts et comme instruments contondants.
On peut se mordre la langue en mangeant; mais cet accident n'occasionne qu'une contusion légère, douloureuse au premier moment, et sans autre conséquence. D'autres fois, au lieu d'une conlusion , c'est une plaie qui eu résulte au niveau de la partie qui a subi la plus forte pression; mais celle plaie reste habiludlement superficielle, n'est suivie d'aucune hémorrhagie, et guérit assez vite, après avoir gêné pendant quelques jours la mastication et la prononcialion.
Si on se mord la langue en tombant, comme cela arrive quelquefois aux enfants, la plaie reste encore superficielle et guérit facilement.
Les morsures les plus sérieuses sont celles que se font les épilepiiques, lorsque la langue se trouve, peudant un accès, seirée entre les arcades dentaires. La contraction spasmodique est alors tellement violente, que les dents creusent un sillon profond sur la face supérieure et les bords de cet organe. Il est rare cependant que la plaie fournisse beaucoup de sang; cela tient sans doute à ce que la section a lieu au niveau de la partie antérieuie de l'organe , là oîi l'artère ranine s'est plusieurs fois
divisée et a trop perdu de son volume pour donner un écoulement de sang difficile à arrêter.
Ces sortes de plaies se cicatrisent encore sans difficulté et sans accident, mais après suppuration. Souvent l'inflammation, dont elles sont le point de départ, se propage à toute la muqueuse buccale, et il y a de la salivaiiou pendant quelques jours Le gonflement dont la langue devient le siège est en même temps fort incommode, surtout quand il est assez considérable pour gêner la respiration. Néanmoins la guérison est la règle, et les seuls soins qu'on ait à enqîloyer sont les lavages fréquents de la bouche, pendant la période de suppuration, avec de l'eau de guimauve dirigée sur la partie malade au moyen d'une seringue, ou tout simplement en gargarismes. La chirurgie n'aurait à intervenir plus activement que si la plaie était à lambeau, et si le lambeau était assez flottant pour faire craindre un cicatrisation vicieuse. On pourrait alors le fixer à sa place avec un ou deux points de suture séparée, dont on retirerait les fils le quatrième ou cinquième jour.
Si par hasard on avait à arrêter une hémorrhagie, on se servirait du perchlorure de fer, que l'on conduirait et maintiendrait quelque temps sur la plaie avec un pinceau de charpie. Si l'écoulement de sang ne s'arrêtait pas, il faudrait, comme nous l'avons déjà dit à la page 509 , comprimer les deux artères carotides primitives pendant l'application de l'agent hémostatique, afin de donner aux caillots le temps de se former et de prendre une certaine consistance avant de les soumettre aux chances d'expulsion par le courant artériel.
Si l'hémorrhagie résistait , on pourrait essayer de placer une ligature sur les vaisseaux principaux qui fournissent le sang; et si l'on ne réussissait pas encore , on aurait la ressource de la caïuérisaiion avec le fer rouge.
Lorsqu'un épileptiqiui s'est mordu la langue ua certain nombre de fuis, les cicatrisations successives peuvent amener la formation d'un sillon permanent, et, par suite, lorsque ce sillon devient un peu profond , une certaine lenteur dans les mouvements de l'organe, et une gêne de la circulation veineuse, d'oii résulte un gonflement habituel assez incommode. Dans un cas de ce genre rapporté par M. Maisonneuve dans une thèse pour le concours de clinique chirurgicale à la Faculté de Médecine de Paris en 1848, la partie de la langue placée au devant du sillon cicatriciel était assez gonflée et gênait assez l'exercice de la parole pour que le malade ait désiré s'en faire débarrasser. M. Maisonneuve, après avoir attiré l'organe au dehors , passa trois anses de fil en arrière du silloa pour étrangler le pédicule, et coupa ensuite
MALADIES DE LA LANGUE
avec des ciseaux courbes, au devant de ces anses. Le malade parla plus facilement après cette mutilation qu'il ne le faisait auparavant. Aujourd'hui, si l'on avait de nouveau à pratiquer cette opération, on ferait mieux d'employer l'écraseur linéaire de la façon que nous indiquerons plus loin (voy. p. 7Û).
Art. n. — Corps étrangers.
Quelquefois un corps étranger séjourne dans la langue, à la suite des blessures par armes à feu. On en est habituellement averti, dès le début, par les douleurs, la gêne de la prononciation, le gonflement, et la résistance particulière du point où se trouve arrêté le corps étranger. Les explorations avec les doigts ei les instruments achèvent de faire reconnaître la préseuce de ce dernier.
Mais, dans quelques cas, le corps étranger n'a pas révélé sa présence immédiatement après la blessure, ou bien n'a pas été reconnu, faute d'une exploration suffisante ; il est donc resté dans l'épaisseur de l'organe et a simulé une tumeur. Biiyer raconte qu'un homme qui avait servi dans les armées françaises fut reçu à l'hôpital de la Charité pour une tumeur très-dure de la partie latérale droite de la langue, tumeur qui était restée après la cicatrisation d'une blessure par arme à feu. Un orifice fistuleux se trouvait sur la partie moyenne du bord droit de l'organe , et un stylet, introduit par cette ouverture, arriva sur un corps dur, que Boyer jugea être un pi-ojectile. Il lit sur le bord de la langue une incision , et retira en effet une balle. La plaie fut guérie en peu de jours. Dans une intéressante observation publiée par M. le D'' Herbert, de Tillières [Moniteur des hôpil., 1855, p. 941), lecorps étranger qui avait ainsi séjourné était un fragment de couronne dentaire. Le malade se présenta à lui avec un gonflement général de la langue, plus prononcé à gauche qu'à droite. Sur la face supérieure , et à 2 centimètres environ de la pointe, se voyait un petit ulcère de 3 à 4 millimètres de diamètre, d'un aspect gcisâtre, d'où s'écoulait un pus d'assez mauvais goût pour obliger le malade à cracher à tout instant. La douleur était continue et augmentait pendant la mastication. Une sonde, introduite par l'ulcère fisiuleux , rencontrait un corps dur, qui résonnait sous le choc. En questionnant le patient, M. Herbert apprit qu'il s'était fait arracher une dent par un charlatan onze mois auparavant; que sur le moment même il avait éprouvé une vive douleur à la langue; que les jours suivants celle-ci s'était gonflée , et qu'enfin, depuis ce temps, il en souffrait conlinueliement.
Après avoir obtenu ces renseignements, M. Herbert fit une incision au niveau de l'ouverture , et retira la moitié de la couronne de la première grosse molaire.
L'un de nous a eu l'occasion devoir en 1841, à l'hôpital de la Charité , un malade chez lequel un gonflement dur et douloureux de la langue , avec un petit orifice fistuleux , était causé par la présence d'une couronne dentaire, qui avait été entraînée, quelques années auparavant, par un coup de feu. Celui-ci n'avait pas causé d'autres désordres. M. Velpeau fit une incision et retira le corps étranger.
SECTION II
LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES
Nous avons à parler ici de la glo,ssite , des ulcérations et tumeurs syphilitiques, des ky.stes, et du cancer. Les tumeurs anévrysmales, fibi'cuseset graisseuses, seront réiuiies dans un dernier article intitulé Tun-eurs diverses. Le prolongement de la langue hors de la bouche, l'absence de cet organe, sa bifidité, ses adhérences et son hypertrophie , seront décrits à propos des vices de conformation.
Art. l". — Glossite aiguë parenchymateuse.
La glossite est l'inflammation de la langue.
Cette inflammation peut être superficielle, c'està-dire occuper seulement la membrane muqueuse, connue cela arrive dans le cours des maladies aphiheuses et des stomatites raercurielles légères. Cette variété n'exige pas de description spéciale.
La glossite peut être profonde, c'est-à-dire occuper le parenchyme même de l'organe. On lui a donné aussi le nom de glossite plilegmoneuse ou œdénmio-phlegmoneuse. Mais, comme le tissu cellulaire est peu abondant au milieu de la langue, et que cependant l'inflammaiion dont il s'agit produit une augmentation considérable du volume de l'organe, on peut douter que la maladie occupe le tissu cellulaire, et en conséquence la dénomination de phlegmoneuse ne doit pas lui être appliquée ; nous l'appellerons plutôt glossite profonde ou parenchymateuse .
C'est d'ailleurs une maladie qui peut être aiguë ou chronique. Nous ne nous occuperous ici que de la forme aiguë, la forme chronique se coufoiidaut avec le prolongement dont il sera question plus loin.
«SLOSSITE AIGU IL Ih'
Eiiologie. — La glossite aiguë pareuchymateuse est quelquefois d'nrigiiie traumalique ; on l'a vue survenir par exemple après les coups de feu dans la bouche, ou bien à la suite des morsures que se font les épileptiques dans leurs accès.
Dupuytren a cité dans la Nouvelle bibliothèque médicale (juillet 1828) l'observation d'un malade qui eut une glossite aiguë terminée par suppuration , à la suite de la cautérisation d'un bouton de la langue avec le sulfate de cuivre. Dans certains cas , qu'on peut considérer comme exceptionnels, la maladie a éié causée par la morsure d'animaux venimeux. Delamalle, dans son mémoire Sur te Gonflement de la langue et le moyen le plus efficace d'y remédier {^Acad. dechir., in-4°, t. V. p. 513), parle d'une glossite qui fut causée par la bave d'un crapaud chez un jeune homme qui avait parié mâcher un crapaud vivant en commençant par la tète ; il gagna en effet son pari , mais il fut pris d'une stomatite générale avec vm gonflement considérable de la langue, auquel il fallut remédier par des incisions. On lit dans le Bulletin chirurgical de M. Laugier (t. I, p. 103) qu'un individu avait été mordu à la langue par une vipère dont il avait introduit la tète dans sa bouche. Il survint un gonflement douloureux si énorme de la langue et des régions circonvoisines, que la vie du blessé fut mise en danger par la suffocation, et que le D"" Weger, qui lui donnait des soins , dut recourir promptement à la trachéotomie. Le malade fut sauvé.
D'autres fois la glossite aiguë est causée, comme nous l'avons dit plus haut , par les préparations mercurielles.
Enfin elle peut être spontanée ou de cause inconnue. On l'a par exemple expliquée quelquefois par un refroidissement brusque, quand elle survenait chez des sujets en pleine santé, comme dans le fait de M. Enright, publié en février 1 840 par le Dublin med. press , et reproduit par les Jrchives gén. de médecine, Z'^ série, t. Vlll. On l'a également observée dans le cours de la petite vérole et au déclin des fièvres graves , comme des exemples en ont été cités par Robert Graves {Archives gén. de niéd., juillet 1828) et par j. Carron (journal de Sédillot, t. xxviii). On en trouve également des exemples dans le mémoire déjà cité de Delamalle.
Symptômes. — La glossite aiguë commence par un gonflement de la totalité de l'orgaue. Ce gonflement s'accroît très-vite. Au bout de quarante-huit heures ou de trois jours, il est devenu tellement considérable, que la langue ne peut plus
HiiNCHYMATliLlSE. 701
tenir dans la bouche et sort entre les arcades dentaires. La mastication devient de suite impossible, ainsi que la prononciation des sous; les liquides seuls peuvent être avalés, et encore avec beaucoup de peine. La face supérieure de l'organe est couverte d'un enduit blanchâtre, probablenumt épiderraique; ses bords, sa pointe et sa face inférieure sont rouges ; le palais et le pharynx sont inaccessibles aux yeux, parce que la face supérieure de la langue touche le palais. La salive s'écoule de la bouche en quantité plus ou moins grande, suivant que la maladie est d'origine mercurielle ou qu'elle tient à une autre cause. Dans quelques-unes des observations qui ont été publiées, le gonflement occupait non-seulement la langue, mais encore toute la région sushyoïdieime, l'une des régions parotidiennes ou toutes les deux.
Faut-il altribuer ces lésions concomitantes à l'envahissement simuliané de la langue et du tissu cellulaire de ces régions par le travail inflammatoire, ou bien à une adénite avec propagation de la i hlegmasie au tissu cellulaire environnant les ganglions? C'est ce que les auteurs n'ont pas jusqu'ici bien indiqué.
Lorsque la maladie est d'origine mercurielle , les symptômes précédents sont accompagnés de gingivite et de stomatite générale. Il parait en avoir été de même lorsque la glossite a été causée par morsure d'animaux venimeux. Dans certains cas, elle a été précédée d'une angine et coïncide avec elle. Dans la plupart des autres, la muqueuse buccale n'a pas participé à l'inflammation, et la langue seule a été malade.
La vue d'un sujet qui a la langue volumineuse, projetée hors de la bouche, qui par suite ne parle qu'avec beaucoup de peine, qui ne peut faire aucun mouvement des mâchoires ou de déglutition sans éprouver de vives douleurs, est un spectacle des plus pénibles. Ce spectacle devient encore plus triste lorsque la suffocation vient aggraver la position. Prompiement en effet, c'est-à-dire au bout de trois ou quatre jours , la respiration devient difficile, fréqiiente, et s'accompagne d'un ronflement péuible; en même temps, la face est vultueuse, les lèvres sont violettes, et si la chirurgie n'intervient pas activement, l'asphyxie est imminente.
Abandonnée à elle-même, la glossite aiguë parenchyraaleuse peut se terminer par résolution et par rétablissement progressif des fonctions que gênaient l'augmentation du volume de la langue. Elle peut également se terminer par suppuration et formation d'un abcès au centre de l'organe. Nous en avons déjà cité un exemple tiré de
MALADIES DE LA LANGUE
la pratique de Dupuytren. M. Maisonneuve en rapporte, dans sa thèse déjà citée, cinq aulres, qu'il emprunte à divers auteurs. Dans tous ces cas, l'ab- , ces fui précédé des accidents fonctionnels et du gonflement dont nous venons de parler; il vint proéminer sur la face supérieure ou sur l'un des bords de la langue , en y formant une bosselure grisâtre, plus molle que les points circouvoisins de l'organe. Quand il s'ouvrit ou fut ouvert par le cliiiiirgien , il s'en écoula une ou deux cuillerées d'un pus fétide, comme l'est presque toujours le pus des abcès de la bouche. Dans tous eulin, une prompte amélioration a suivi l'ouverture du foyer, la langue n'a pas tardé à se dégorger, la phonation et la déglutition sont redevenues faciles, et la cicatrisation s'est faite sans difficulté et sans soins particuliers.
Ld'sque l'une des terminaisons favorables qui viennent d'être indiquées n'a pas lieu, la glossite se termine par la mort, et celle-ci est occasionnée par la gêne de la respiration et l'asphyxie, que produit mécaniquement l'augmentation de volume de la langue.
Traitement. — Tant que lo gonflement n'est pas assez considérable pour gêner la respiration, il faut s'en tenir aux émollients, aux aniiphlogistiques et aux dérivatifs, c'est-à-dire faire gargariser la bouche avec de l'eau de guimauve ou injecter cette eau avec une seringue ; appliquer une ou deux fois, suivant l'âge du malade et l'iutensiié de la phlegmasie, des sangsues au cou, au nombre de 15 à 30 ; employer les purgatifs , et, dans le cas où la déglutition serait trop difficile, des lavements laxatifs. L'opiun>, s'il y a beaucoup de souffrance et de l'insomnie, doit également être mis en usage. Loi'sque le gonflement est devenu assez volumineux pour que la respiration soit gênée, et qu'en conséquence l'asphyxie soit imminente, il ne faut pas hésiter à faire deux ou trois incisions longues et profondes sur la face supérieure de la langue. Pour cela, on fait ouvrir la bouche autant que la maladie le permet, ou maintient la langue avec deux doigts garnis d'une compresse, on glisse avec pré'auiion et aussi profondément qu'on le peut uu bisiouri étroit jusqu'au fond de la bouche, et l'ou incise d'arrière en avant sur toute la longueur de l'organe et à la profondeur d'un demicentimètre en\irim. On faii d'abord deux incisions, une de chaque côté, et, s'il ne s'écoule pas une trop grande quantité de sang, on peut en pratiquer une troisième. En général celte opération est suivie d'uue diminution assez prompte du volume de l'organe pour que la respiration redevienne bientôt facile.
S'il y avait un abcès, et que les incisions fussent rendues nécessaires par l'imminence d'asphyxie , on les pratiquerait de préférence sur le point oîi une mollesse particulière indiquerait la présence du pus. De même si, le malade n'ayant point de suffocation, les signes physiques autorisaient à croire à un abcès, il faudiait ouvrir et donner à l'incision une certaine étendue; car, l'ouverture devant avoir, comme toutes les plaies de la bouche, une tendance à se cicatriser promptement, on pourrait être obligé , dans le cas où l'incision aurait été trop petite, d'en faire une nouvelle quelques jours après.
Art. II. — Ulcères,
On observe sur la langue, comme sur d'autres parties du corps, des ulcères de cause générale et d'autres de cause locale.
I. Les premiers sont ordinairement syphilitiques. On peut rencontrer sur cet oigaue des chancres primitifs, des ulcères secondaires et des ulcéi'ations tertiaires.
1" Le chancre primitif est plus rare que celui des lèvres; ainsi, sur les 824 cas de chancres relevés par M. Fournier, il y en avait 6 de chancres linguaux, tandis qu'il y en avait 12 de chancres labiaux. Cette différence peut s'expliquer par l'entraînement facile du pus virulent lorsque , déposé dans la bouche, il se mélange avec la salive, tandis que siu' les lèvres et les autres régions de la face, il n'est entraîné par auciui liquide. Peut-être aussi la langue offie-t-elle plus rarement que les lèvres des fissures et des écorchures propres à recevoir l'inoculation.
Les chancres linguaux occupent presque toujours la pointe de cet organe et sont habituellement solitaires. Ils ont une forme arrondie , une surface creuse, un fond grisâtre, et présentent très-habituellement sur leur base et sur leur contour l'induration caractéri^tique du chancre infectant et l'engorgement indolent des ganglions sous-maxillaires, delà même façon que le chancre induré du gland s'accompagne d'adénopathie inguinale indolente.
Après une période d'accroissement qui dure à peine une quinzaine de jours , les chancres de la langue arrivent à leur période de cicatrisation, et celle-ci s'accomplit assez rapidement. On n'a pas remarqué jusqu'à présent la lenteur de la cicatrisation ni le phagédénisme qu'on observe quelquefois dans les autres régions.
Le diagnostic n'est difficile que parce que ce genre d'affection étant rare , on n'y songe pas, et
ULCERES
parce que les malades se gardent bien de nous nielire sur la voie de la cause présumée du mal.
Tout d'abord on est disposé à croire qu'il s'agit d'une affection cancéreuse ; mais l'âge du malade, sa boinie sanié antéiieure et actuelle, la conservation de son embonpoint, et enfin l'analogie avec des chauci'es indurés génitaux, sont autant de circonstances qui doivent meilre sur la voie. Si d'ailleurs on avait quelque doule , la cicatrisation prompte de l'ulcère et l'apparition sur d'autres points du corps des manifestations syphilitiques ne tarderaient pas à les faire disparaître. Car c'est une chose remarquable que cette coïncidence ordinaire des chancres liuguaux, aussi bien que de tous les autres chancres céphaliqnes, avec la syphilis constitutionnelle. On pourrait encore considérer le chancre comme un ulcère de cause locale , causé et entietenu par une dent inégale ; mais le chancre lingual occupe habituellement la pointe, qui est rarement en contact avec des dents irrégulières, tandis que les ulcères dont uous voulons parler sont placés sur l'un des bords latéraux, qui sont bien plus exposés, par le voisinage des molaires cariées, à une irriiation permanente capable d'entretenir une ulcération. D'ailleurs l'apparition des accidents secondaires de la syphilis viendrait encore au besoin éclairer le diagnoslic.
2" Les ulcérations secondaires sont beaucoup plus rares que celles du voile du palais et des amygdales. Celles qu'on rencontre apparaissent sur les plaques muqueuses, de telle sorte qu'il s'agit plutôt de plaques muqueuses excoriées que d'ulcéiations proprement dites. Nous y reviendrons donc à propos des premières.
3° Quant aux ulcérations tertiaires, elles sont consécutives aux gommes et aux tumeurs dont il va èlre question tout à l'heure. Par leurs caractères physiques, elles ressemblent assez aux chancres priniiiifs, c'est-à-dire qu'elles ont l'aspect grisâtre, le fond creux, la base et le contour assez durs, quoique cependant la consistance ne soit pas aussi ferme que celle de l'induration chancreuse. Le diagnoslic peut donc offrir quelque difliciilté; mais lorsqu'il s'agit d'un chancre primiiif, lesganglions sous-maxillaires présentent habiluellement l'adénopathie indolente, tandis que l'adéiiopathie manque habituellement dans les cas d'accidents tertiaires. D'un autre côté, le chancre primitif est presque toujours solitaire , tandis que les ulcérations tertiaires sont multiples, ou du moins couicident avec un certain nombre d'autres indurations superficielles ou profondes de la langue. Ou pourrait encore confondre cette variété d'ulcération d'avec celle de cause locale dont il nous
reste à parler, et à propos de laquelle nous compléterons celte partie du diagnostic.
Il ne sera pas nécessaire d'insister longuement sur le traitement, qui est celui des autres affections syphilitiques.
Rappelons seulement ici que, comme pour tous les autres ulcères syphilitiques consiitulionnels , le traitement général par les raercuriaux est ce qu'il y a de plus important à faire. On peut ajouter, pour favoriser la cicatrisation, l'emploi des gargarismes émollients portés avec une seringue ou de toute autre manière. Lorsqu'il s'agit d'un ulcère tertiaire, l'iodure de potassium seul ou associé au mercure, dans le cas oîi le malade n'en a pas encore pris une suffisante quantité, mérite la préférence. On doit avoir recours à ces modes de traitement , non-seulement dans les cas d'ulcères démontrés syphilitiques , mais aussi dans ceux où la chose reste douteuse; car tous les praticiens ont vu de ces ulcères qui avaient beaucoup de ressemblance avec le cancer, et qui néanmoins ont été guéris par les mercuriaux et l'iodure de potassium.
II. Les autres ulcères, ceux de cause locale, sont des solutiims de continuité déterminées et entretenues par le contact d'une dent rendue irrégulière par la carie.
On les observe de préférence sur l'un des bords de la langue, au voisinage des molaires; ils se produisent lorsqu'une de ces dents offre une inégalité à bord tranchant, |iar laquelle la langue est déchirée. La plaie une fois produite, ce même bord , agissant à la manière d'une épine ou d'un corps étranger , empêche la cicatrisation et entretient une irritation sous l'influence de laquelle l'ulcération s'agrandit, et sou contour s'engorge et durcit. Il y a donc alors glossile partielle avec ulcération.
Celle maladie occasionne, comme le font toutes les inflammations avec gonflement de la langue et tous les ulcères de cet organe, de la dilficulté pour parler, pour mâcher et pour avaler, et ces troubles fonctioiHiels sont d'autant moins prononcés que l'ulcère est moins étendu. Ils se prolongent, ainsi que le gonflement, tant que .subsiste la cau.se qui lésa produits, et même ils s'aggravent avec le temps en prenant de plus en plus l'aspect des affections syphilitiques tertiaires ou celui des alfections cancéreuses.
Diagnostic. — Cette maladie a été souvent confondue avec le cancer ulcéré; elle en diffère par la localisation du mal au voisinage d'une dent cariée et irrégulière, et l'absence d'induration sur d'autres points, par la conservation del'embon-
MALADIES DE LA LANGUE
puiut et de la bonne santé, tandis que, dans le cancer , d'une part l'engorgement s'éleud au loin et se montre sur plusieurs points à la fuis, et d'autre part le malade maigrit assez promptement. Ces moyens de diagnostic ne sont pas aNsez sûrs pour permelti'e d'établir d'emblée un diagnostic positif, et le plus sage, lorsqu'on voit une ulcération à bords plus ou moins calleux au voisinage d'une denl malade, est de ne pas se prononcei' avant d'avoir arraché cette dent , et examiné, pendant quelques semaines après, si le mal s'accroît, reste stationnaire ou diminue. Les caractères physiques étant les mêmes que ceux des ulcères syphilitiques tertiaires, on devra, pour s'éclairer, rechercher les antécédents , voir si le malade porte encore actuellement quelque autre symptôme constilutiouuel, et, si l'on ne trouve rien, attendre encore, pour décider que le mal n'est pas syphilitique , les effets de l'ablation de la dent malade.
Traitement. — Lorsqu'une dent malade se trouve en lappoit avec un ulcère de la langue, et qu'on a lieu de considérer ce dernier comme enireienu par la dent, il faut extraire celle-ci, recourir etisuite pour l'ulcère aux lotions émollientes et à quelques cautérisations avec la pierre infernale, avant de se décider à traiter la maladie comme syphilitique.
Art. in. — Tumeurs et productions syphilitiques de la langue.
Outre les ulcères dont il vient d'être question, la syphilis constitutionnelle occasionne quelquefois des maladies de la langue qtii se présentent sous l'aspect d'élevures légères ou de tumeurs volumineuses et dures.
1° Les premières, c'est-à-dire les élevures de la surface de la langue, sont des manifestations secondaires , et appartiennent à la catégorie des plaques muqueuses ; elles se présentent sous la forme de taches grisâtres, tantôt arrondies, tantôt allongées, sur les bords et la face inférieure de la langue, quelquefois sur la face supérieure, mais plus près de la pointe que de la base de cet organe. Elles restent habituellement couvertes d'épithélium, mais quelquefois aussi, ce dernier disparaissant, la petite tumeur se trouve excoriée et rosée.
Le diagnostic est établi par la couleur grisâtre et la situation superficielle des élevures, leur multiplicité, leur coïncidence avec des élevures semblables, mais plus larges , sur la face interne des lèvres et des joues, ainsi que sur les amygdales,
et enfin par l'existence concomitante des accidents secondaires sur d'autres parties du corps.
2" Les secondes, c'est-à-dire les tumeurs qui se développent soit aux dépens des couches profondes du derme, soit aux dépens de la couche musculaire elle-même de la langue, appartiennent à la catégorie des accidents tertiaires, c'est-à-dire de ceux qui se développent non pFus à la surface des téguments, mais dans leurs couches profondes et les tissus sous-jacents.
Ces tumeurs, quoique toujours moins siqierficielles que les précédentes , sont cependant plus ou moins profondes. Quelques-unes sont immédiatement sous la muqueuse de la face supérieure de l'organe et semblent faire corps avec elle; elles sont ou solitaires et médianes , ou multiples et bilatérales. Un de nous a eu l'occasion de soigner à l'hôpital de Lour'cine une femme atteinte de syphilis constitutionnelle, qui avait de chaque côté de la ligue médiane de la langue une induration allongée, qui semblait faire corps avec le deime; sur la ligne médiane, ou voyait un sillon profond, intermédiaire aux deux indurations; celles-ci furent considérées comme tertiaires, et disparurent en effet après six mois de traitement mixte d'aboi'd par le mercure et l'iodure de potassium, ensuite par les frictions avec le chlorure d'or pendant huit semaines. M. Lagneaufils, dans le mémoire qu'il a publié récemment s'ir les tumeurs syphilitiques de la langue [Gazette Hebdomadaire , 1859, u°' 32, 33 et 35), rapporte également plusieurs exemples d'indin-ations tertiaires peu profondes, dont il place le siège dans le muscle lingual superficiel. Aucune autopsie n'est encore venue démontrer si le mal occu|.ait, en pareil cas, plutôt le muscle lingual superficiel que la couche profonde du derme; mais il nous a semblé, dans le cas dont nous parlions tout à l'heure et dans quelques autres, que la tumeur était plutôt constituée par une sorte d'hypertrophie du derme lingual.
D'autres fois les tumeurs sont plus profondes, et ou peut admettre alors qu'elles se développent dans l'épaisseur des fibres musculaires de la langue. M. le professeur Bouisson a fait remarquer, avec raison, dans son travail sur les tumeurs syphilitiques des muscles [Gazette niédic, 1846), que les tumeurs profondes de la langue étaient les mêmes que la plupart de celles des muscles de la vie animale. Elles se présentent sous forme de noyaux durs , gros comme des noisettes , ordinairement multiples, plus près les uns de la face supérieure, les autres de la face inférieure de la langue. Peu à peu ils se rapprochent de la superficie de l'organe, et ensuite ils s'ulcèrent. L'ulcétion est habituellement précédée et suivie, pendant
KYSTES
un certain temps, d'une inflammation parenchyraateusederorgane,i|iii augmente de volume comme dans la glossite ; elle persiste pendant des mois ou des années, et ne se cicatrise, comme les tumeurs gommiuises des autres régions , qu'après l'expulsion du produit dont la formation avait donné lieu à la tumeur.
Les troubles fonctionnels sont les mêmes que dans la plupart des affeclions chroniques de la langue : d'abord une gène modérée de la prononciation et de la mastication ; plus tard, c'est-à-dire à la période d'ulcération , une difficulté plus grande de ces fonctions par suite de la glossite concomitante.
Diagnostic. — Tant que les tumeurs syphilitiques tertiaires de la langue ne sont pas ulcérées, on peut les confondre avec l'hypertrophie partielle, les productions fibreuses, et le cancer parencbyraateux ; mais la rarelé de l'hypertrophie partielle et des productions fibreuses, tandis que les affections syphilitiques sont plus fréquentes, doit faire penser qu'il s'agit plutôt de ces dernii^res que des premières. Quant au cancer, il se distingue par l'amaigrissement habituel du malade et la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires , tandis que les affections syphiliiiques tertiaires ne sont pas accompagnées d'une altération aussi prompte de la sauté et donnent lieu plus rarement aux adénopaihiesde voisinage. On est en outre guidé, comme toujours, dans les cas où la maladie est syphilitique, par les commémoratifs et les accidents concomitants.
Lorsque les tumeurs sont ulcérées , elles ressemblent bien plus au cancer que dans les cas précédents. Les caractères physiques sont les mêmes, et s'il fallait s'en rapporter aux indications qu'ils fournissent , ou n'aurait pas plus de motifs pour croire à l'une qu'à l'autre de ces affeclions. On n'est bien éclairé que par la coexistence d'autres symptômes syphiliiiques et l'absence des engorgements ganglionnaires dont nous parlions tout à l'heure ; et si par hasard les commémoratifs manquaient, si un léger engorgement ganglion- "naire causé par la glossite concomitante laissait dans le doute, l'adminislraiion de l'iodure de. potassium à haute dose serait le seul moyen de résoudre le problème.
Nous avons déjà dit les moyens de diagnostic avec les ulcérations causées par les dents.
Pronostic. — Il n'est grave que dans les cas où, la maladie étant méconnue et prise pour un cancer, on n'emploie pas le traitement qui couvieul ; elle reste alors stalionnaire ou augmente. Les ulcérations et la glossite qui les accompagnent reu-
dent la mastication et la déglutition de plus en plus diflicile; le malade maigrit, s'affaiblit, et tombe dans l'état de cachexie syphilitique. Bien traitées, les tumeurs disparaissent au bout d'un temps plus ou moins long; les superficielles nous ont paru plus longtemps rebelles que les profondes.
Traitement. — Le traitement habituel des accidents tertiaires , c'est-à-dire l'administratioa de l'iodure de potassium à la dose de 2 à 4 grammes, convient essentiellement ici. Le mercure doit en même temps être prescrit, s'il n'a pas été jusque-là fait convenablement. Dans le cas où les mercurianx auraient été pris et seraient restés insuffisanis, on pourrait les remplacer par les préparations d'or, c'est-à-dire par une friction, tous les jours, avec du chlorure d'or. Ce traitement se fait de la manière suivante : on mélange 5 centigrammes de chlorure d'or et de sodium avec 10 ou 15 centigrammes de poudre d'amidon ou d'iris, et on divise le tout en 16 paquets. On fait chaque jour une friction sur la face supérieure de la langue, avec un de ces paquets, pendant quinze à trente secondes, eu se servaut tout simplement du doigt indicateur, et l'on recommande au malade d'avaler sa salive, au lieu de la cracher. Lorsque les 16 paquets sont employés, ou fait, avec les mêmes doses, 12 paquets seulement, puis 8 et 4 , de manière à augmenter peu à peu la quantité de chlorure d'or. Ce iraitemeut, qui peut être mis en usage concurremment avec l'iodure de potassium, devrait être continué cinquante ou soixante jours.
Si les tumeurs étaient accompagnées d'une chloro-anémie ou d'un commencement de cachexie, on devrait combiner les ferrugineux avec les moyens précédents ; on prescrirait d'ailleurs une alimentation fortifiante, aussitôt que le volume de l'organe aurait assez diminué pour rendre la mastication plus facile.
Art. IV. — Kystes.
Les kystes qu'on a rencontrés jusqu'à présent à la surface ou dans l'épaisseur même de la langue contenaient un liquide transparent, visqueux, semblable à du blanc d'œuf, et tout pareil à celui qu'on trouve dans la tumeur du plancher de la bouche, connue sous le nom de gre nouille ite. Quelques chirurgiens les ont, à cause de cela, nommés grenouillettes linguales.
Ils ne se montrent guère que sur la moitié antérieure de la langue, et à sa face inférieure plutôt qu'à la supérieure. Quelques-uns , placés profondément, ont pu être considérés comme ayant pris
MALADIES DE LA LANGUE
Baifsance dans l'épaisseur même de cet organe-, mais, dans la plupart des cas, la tumeur était assez supeificielle pour qu'un n'ait pas eu de doute sur son développement aux dépens soit de la muqueuse de la face inférieure , soit du tissu cellulaire qui la double.
Quelquefois la tumeur s'est trouvée médiane, d'auti es fois elle était latérale.
Les faits de ce genre n'ont pu être étudiés assez minutieusement pour que nous soyons en mesui'e d'indiquer positive.nent le point de départ des kystes. Se forraeui-ils aux dépens du canal excréteur dilaté de la glande sublinguale de Bianiiin , on bien aux dépens de quelqu'une des autres glandules sans nom qu'on trouve le long du bord et "de la face inférieure de la langue? ISe seraient -ce pas plutôt des produits de nouvelle formation dans le tissu cellulaire sous-lingual? Ces questions, BOUS le répétons , n'ont pas été éclaircies par la dissection. Mais l'analogie avec la grenouilleite , d'une part, et avec les autres kystes légumenlaires, d'autre part, nous autorise à penser que les kystes dont nous nous occupons sont formés par l'oblitération du goulot ou du canal excréteur d'une glandule salivaire, et par l'accumulation progressive du liquide dans la cavité La consistance visqueuse du contenu tiendrait à une modification particulière de la sécréiion , ou à une résorption de la partie la plus ténue ou la plus aqueuse du produit.
Dans un cas qui est peut-être unique , et dont on doit la relation à M. Paul Dubois [Gazette médicale, 1833, p. 133,1, la maladie a été observée sur un nouveau-né de deux jours , chez lequel la succion , empêchée par la présence de la tumeur à l'estrémiié de la langue, devint possible après l'évacuaiiou obtenue par une ponction avec le bistouri. INous en avons observé un exemple sur une petite fille de 8 ans ; on en a rencontré aussi sur des sujets plus avancés en âge.
La tumeur formée par un kyste de la langue est arrondie, mollasse, légèrement élastique, indolente, d'une fluctuation difficile à constater; elle gène la mastication, et, lorsqu'il s'agit d'un nouveau-né , comme dans le fait de M. Dubois , elle peut, en s'opposant à l'alimentation , menacer les jours du malade.
Si l'on n'avait pas constaté de fluctuation, on pourrait croire à une tumeur solide, par exemple à un nodus syphilitique ou à un cancer; mais, avec un peu d'attention, on reconnaît bientôt que la tumeur est plus molle, moins irrégulière et moins bosselée que les précédentes.
Pour le traitement, il est nécessaij:e de se laisser
guider par les mêmes idées que pour celui de la | grenouillette. La guérison radicale est aussi dif- 1 Bcileà obtenir, pour deux raisons : d'abord parce que l'ablation complète, qui sérail le moyen par excellence, est impossible, à cause des connexions étroites de la muqueuse a\ec le kyste, et à cause de la difficulté de disséquer sur cet organe si mobile ; ensuite parce qu'après l'incision et l'excision, les burds de la plaie se réunissent prompteme.nt, avant que la cavité ait été oblitérée par l'inflammation suppurative. Le meilleur mode opératoire con^iste à faire sur la portion libre du kyste une perte de substance étendue , en l'embrochant avec uu lénaculum et coupant avec des ciseaux courbes derrière cet instrument, de manière à enlever toute la partie embrochée. On voit alors s'écouler la matière albumineuse caractéristique, et on cautérise de suite le fond de la poche avec le nitrate d'argent. Les jours suivants, on introduit un stylet entre les deux bords déjà rapprochés de la poche, et on porte de nouveau sur eux, ainsi que sur le fond, le crayon de nitrate. En répétant cette petite manœuvre tous les . jours ou au moins tous les deux jours , on empêche l'ouverture de se fermer avant que le fond, excité pai" la cautérisation, se soit cicatrisé luimême, et on obtient la disparition complète de la poche. Si le malade est indocile et ne consent pas à ces soins consécutifs, qui sont assez douloureux, la récidive est à craindre. C'est surtout avec les enfants que des difficultés de ce genre se rencoutreut.
Art. V. — Cancer.
Variétés anatomiques . — Le cancer de la langue présente, d'après sa situation, deux formes principales, l'ime superficielle, l'autre profonde.
1" Le cancer superficiel offre lui-même deux variétés : le cancer non ulcéré, et le cancer ulcéré ou l'ulcère cancéreux.
Le caucer non ulcéré est sous forme tantôt de tubercules sessiles plus ou moins saillants , tantôt de grains très-petits et multipliés, tantôt de tun.'eurs pédiculées ayant la forme d'une poire ou d'un petit champignon. Cette dernière variété , qui est la plus rare, s'est reucontiée une fois, à l'hôpital des Cliniques, sur un humme de 58 ans, qu'un de nous, ALGosselin, eut à traiter en 1847. La tumeur avait un pédicule long d'un centimètre , étroit , inséré à la face inférieure de la langue. L'ablation en fut faite aisément avec des ciseaux courbes ; mais, quelques mois plus tard, un cancer volumineux des ganglions du cou ramenait le malade à l'hôpital , oii il ne tarda pas à
CANCER
succomber par suite des progrès de cette nouvelle tumeur.
Le cancer superficiel ulcéré a ordinairement la forme d'une plaque dure, large comme une pièce de 20, 50 centimes ou plus, qui présente à sa surface une suluiion de continuité creuse, à fond grisâtre, ou bien simplement des fissures plus ou moins nombreuses et profondes ; il occupe l'une des faces de l'organe, et plus souvent un des bords. Tantôt le mal a débiiié par une induration du derme, qui s'est ulcéré plus lard; tantôt, comme cela a lieu si souvent pour le cancer cutané, il a commencé par une ulcération dout le fond s'est ensuiie induré.
Le cancer ulcéré peut être limité à la langtie, mais il se propage souvent aux organes voisin.s, et particulièrement au plancher de la bouche, à l'une des amygdales, à l'un des piliers antérieurs du voile du palais.
Toutes ces variétés du cancer superficiel de la langue, examinéiis au microsco|)e , ne renferment souvent que des cellules épiihé.iales. Elles rentrent donc dans la catégorie des tumeurs épiibéliales ou cancroïdes des micrographes ; seulement l'expérience a démontré que, malgré cette composition microscopique , les tumeurs dont il s'agit étaient sujettes à récidiver sur place et au loin , à envahir au bout d'un certain temps le parenchyme delà langue et les ganglions lymphatiques, à s'ulcérer, à fournir des hémorrhagies, à se propager aux orgaues voisins, et enfin à se comporter comme les cancers les plus graves. La langue, bien différente en cela des lèvres, est donc un des orgaues sur lesquels se justifie le mieux cette proposition, que les tumeui's ont une structure microscopique en rapport avec la nature des tissus sur lesquels elles preunent naissance, mais que leur malignité et leur gravité dépendent bien plus de la nature particulière de la maladie que de sa forme anatomique.
2" Le cancer profond ou interstitiel se présente sous la forme de masses assez dures , inégales, bosselées , qui occupent tantôt la partie médiane et tantôt l'une des moitiés latérales de l'organe, plus ou moins près de l'un des bords ou de l'une des faces. La distinction la plus importante pour la médecine opératoire est fondée sur la situation en avant ou en arrière. Tantôt en effet la tumeur occupe la portion libre de l'organe, tantôt elle occupe sa portion adhérente en se prolongeant plus ou moins vers l'os hyoïde ; elle peut également se propager aux parties circonvoisines, et particulièrement au plancher de la bouche , au voile du palais , à la màchoiie inférieure.
; Le volume de la tumeur est quelquefois consi- ! dérable; dans d'auiies cas, il l'est tiès-peu, ou \ même il est assez noiablemcnt diminué, pour que i la maladie présente lescaracièiesdu caucer atroj phique, comme M. Maisonneuve en rapporte un
exemple à la page 174 de sa thèse.
I A son début , le caucer profond n'est jamais ulcéré; quand il le devient, c'est par les piogiès naturels de l'affection, il n'y a doi:c pas lieu de faire, comme pour le cancer superficiel, une variété du cancer ulcéré.
A l'examen microscopique, on trouve des cellules cancéreuses véritables, et très-peu ou point de cellules épithéliales.
Symptômes. — Le cancer non ulcéré de la langue forme une tumeur îaniôt superficielle, tantôt profonde, qu. Iquefois unique, d'autres fois nuiltiple. Dans le cas de tumeur unique, celle-ci est plus ou moins volumineuse ; dans celui de tumtur multiple, on obsei've à la surface de l'organe trois ou quatre noyaux, tubercules ou grains réparés les uns des autres par des intervalles, au niveau desquels la dureté est moins grande ; ou bien on trouve un noyau superficiel bien distinct, et plus profondément un autre évidemment parenchymateux. Souvent il n'y a pas de douleur, et l'on observe comme troubles fonctionnels un certain embarras de la parole, de la mastication et de la déglutition. Ces derniers troubles sont plus prononcés dans les cas où le cancer se prolonge loin sur la base de la langue, parce que, les mouvements d'élévation et d'abaissement nécessaires pour la déglutition étant douloureux , le patient ne les exécute c|u'avec beaucoup de peine.
Lorsqu'une ulcération s'est formée , le malade a de plus un suiniemenl ichorcux fourni par la solution de continuité, et perd une notable quantité de salive, ce liquide étant sécrété en excès par suite de l'irritation continuelle de la bouche. Un certain nombre de ganglions lymphatiques sous-maxillaires ne lardent pas à s'engorger. Le malade maigrit rapidement, tant à cause du trouble général de la sanié , qui accompagne presque toujours le développement du cancer, qu'à cause de l'impossibilité où se trouve le sujet de se nourrir convenablement. Quelquefois des hémorrhagies, fournies par l'ulcère, viennent encore ajouter il l'affaiblissement produit par l'insuffisance de l'alimentation. Dans certains cas enfin, le malade a succombé par la propagation de l'inflammation au larynx et le développement d'une laryngite œdémateuse ou suffocante.
Diagnostic. — Tllcéré ou non ulcéré, le cancer
MALADIES i)K LA LAiNGUE.
de la langue ressemble aux accidents tertiaires de la syphilis , c'est-à-dire aux nodus ou tubercules superficiels et profonds dont il a été question plus haut. En effet , les deux maladies se présentent sous la forme d'indurations solitaires ou multiples, dont les caractères, appréciables par le toucher et la vue, sont les mêmes. Le diagnostic est établi surtout par l'examen des ganglions lymphatiques et celui des parties circonvoisines : lorsque les ganglions sont gonflés, c'est l'indice à peu pi'ès certain d'un cancer, car ils ne se tuméîient pas dans les cas de syphilis tertiaire de la langue ; de même , lorsque les parties voisines , telles que le plancher de la bouche , la face interne de la mâchoire inférieure, le pilier antérieur du voile du palais el l'amygdale, sont envahies par l'induration et l'ulcération , c'est encore la preuve d'un cancer; car très-rarement ces parties deviennent le siège des dépôts plastiques de la syphilis tertiaire, ou, si cela a lieu, la langue n'est pas prise en même temps. L'existence simultanée de la maladie de la langue et des autres signes de la syphilis constitutionnelle est, d'autre part, favorable à l'opinion qu'il s"agit d'accidents tertiaires; mais l'absence de ces signes ne prouve pas absolument qu'il s'agit d'une altéciion cancéreuse. Si donc on avait affaire à un malade chez lequel la syphilis tut possible sans être démontrée, et chez lequel les indurations, ulcérées ou non, fussent limitées à la langue , saus engorgement des ganglions et des parties circonvoisines, le diagnostic absolu ne serait pas possible immédiatement , et ne pourrait être établi qu'à la suite d'un traitement de six à huit semaines par les mercuriaux et l'iodure de potassium.
Nous avons dit plus haut qu'on pouvait aussi prendre pour un cancer de la langue un ulcère bénin entretenu par une dent irrégulière. Le cancer ne doit donc être admis, dans les cas d'ulcération et d'induration de mauvais aspect au voisinage d'une dent gâtée, qu'après l'avulsion préalable de celle-ci et après la certitude acquise que l'opération n'a point amélioré l'état de la langue. La règle, en un mot , est de chercher, par tous les moyens possibles , si la maladie ne peut pas être considérée comme bénigne , et de n'admettre l'affection maligne ou cancéreuse qu'après avoir épuisé tous les moyens d'investigation.
Pronostic. — Le cancer de la langue est toujours très-grave, quelles que soient sa forme extérieure et sa composition microscopique. Tous ceux (jue nous avons opérés ou vu opérer ont eu des récidives promptes qui ont entraîné la mort , et ceux chez Ic'^quels l'tipération a été considérée
comme impossible ont également succombé assez vite. Pourquoi la langue diffère-t-elle sous ce rapport de certains autres organes, tels que les lèvres et le col utérin , sur lesquels nous voyons quelquefois le cancroïde guérir ou ne récidiver que très-tardivement ? Il nous est impossible de donner l'explication de cette mystérieuse difficulté.
Traitement. — En présence de cette gravité du pronostic, on serait tenté de s'abstenir de toute opération et d'abandonner les malades à leur triste sort; mais, d'un autre côté, la facilité de certaines opérations, l'espoir involontaire que l'on conserve toujours de débarrasser déiinitivement d'un ma! qu'on enlève en totalité , et le besoin qu'on a de ne pas laisser croire aux paiieuts que leui- afi^ciion est désespérée et incurable, ont jusqu'ici décidé presque tous les chirurgiens à offrir aux malades les ressources de la médecine opératoire.
Il faut distinguer deux ordres de faits : tantôt la tumeur est facilement accessible et peut être enlevée sans danger; telle est par exemple celle qui occupe la partie antérieure de la huigue , et encore, parmi celles qui occupent cette position, faut-il établir une distinction entre celles qui sont superficielles et pédiculées, superficielles et non pédiculées, et celles qui sont interstitielles ou parenchymateuses ; tantôt la tumeur est difficile à atteindre et à opérer : c'est ce qui arrive surtout dans les cas oii elle occupe la base de l'organe, en se prolongeant plus ou moins vers l'os hyoïde.
I. Toutes les fois que la tumeur est facilement accessible, on doit l'enlever avec les instruments tranchants. S'agit-il d'un cancer pédicule et superficiel , on fait ouvrir largement la bouche du malade, et, si l'on ne croit pas pouvoir compter sur sa docilité , on lui place un bâillon entre les dents ; on saisit ensuite la tumeur non loin de son pédicule avec une pince à griffes , et on l'excise avec des ciseaux courbes, en ayant soin d'emporter, en même temps que le pédicule , une partie du tissu sain de la langue. S'agit-il d'un cancer superficiel à large base (bouton cancéreux), il est nécessaire de circonscrire la tumeur avec un bistouri par deux incisions semi-elliptiques, et de disséquer en creusant un peu dans la profondeur de l'organe ; mais, comme l'opération , pour être ainsi faite, exige un certain temps, et que la langue pourrait bien se déplacer et fuir, il est bon de passer préalablement , au moyen d'une aiguille, un fil double à travers l'épaisseur de la pointe. Ce fil sert à retenir la langue et à la porter dans toutes les directions. Il faut en outre se préoccuper de l'hémorrhagic consécuiivc, et, pour
CANCER
raiTcter on la prévenir, cautériser avec le fer rouge.
S'agit-il enfin d'un cancer profond ou parenchymateux de la pointe de l'org.me, il est à peu près impossible de songer à l'ablation du mal sans enlever avec lui une partie du tissu de la langue. On a ici le choix entre deux procédés, savoir :
1° Le procédé de Louis, ou transversal, qui consiste à passer un fil , comme nous l'indiquions tout à l'heure, à travers la pointe de l'organe, ou à l'attirer avec une pince de i\luseux ; à couper en travei's avec un bistouri derrière la limite du mal, et à enlever complètement la partie antérieure de la langue. Si la plaie fournissait une notable quantité de sang, on la toucherait avec plusieurs fers rougis à blanc, qu'on aurait préparés à l'avance. L'opération, au lieu d'être faite avec le bistouri, pourrait l'être avec l'écraseur linéaire deM. Chassaignac ou avec l'instrument dont se sert M. Maisonneuve pour la ligature extemporanée. Ce mode de section «aurait l'avantage de faire perdre une moins grande quanlité de sang, mais il a l'inconvénient d'exiger beaucoup de temps et d'être fort douloui'eux, à njoins d'employer le chloroforme. Or, ayant d'un côté ci craindre, comme pour les autres opérations dans la cavité buccale, le passage dans les voies aériennes d(; la petite quantité de sang qui, malgré le mécanisme de l'écrasement, s'écoule toujours de la surface de section, et, d'un autre côté, l'inhalation offrant quelques difficultés, lorsqu'on agit sur la bouche, le chirurgien sera plus à l'aise avec l'autre mode opéi'atoire, qui est plus rapide et qui n'exige pas l'anesthésie. On ne doit pas perdre de vue d'ailleurs que la perte de sang après la section par l'inslrument tranchant n'est pas considérable , et peut être arrêtée facilement avec le fer rouge ; nous n'aurions recours à l'écraseur linéaire que dans le cas oîi le malade redouterait cette cautérisation, dont il faudrait bien lui annoncer à l'avance l'opportunité.
2° Le procédé de Boyer ou antéro-postérieur, qui consiste à circonscrire la tumeur entre deux incisions obliques réunies à angle en arrière, ou formant, si l'on veut, un V à sommet postérieur et à base antérieure ; puis, la tumeur une fois enlevée, à réunir avec deux ou trois points de suture. Pour l'exécution, ou fixe la langue avec une pince de Museux, et l'on fait, avec de bons ciseaux droits , une section à gauche de la tumeur, une autre à droite. Pour mettre les points de suture, on saisit successivement chacune des lèvres de la plaie avec une pince à griffés, et on les traverse avec une aiguille armée d'un fil. Du temps de lîoyer, on se servait de fil de lin ou de soie; aujourd'hui lefil d'argent devrait avoir la préférence.
Il est clair que le choix entre les deux procédés qui viennent d'être décrits dépendra de l'étendue du mal. Pour les tumeurs larges et occupant la plus grande partie de la pointe, le premier serait préférable ; pour les tumeurs plus circonscrites, le second vaudrait mieux.
IL Lorsque le cancer occupe la partie postérieure de la langue en s'avancant plus ou moins vers l'os hyoïde, l'ablation est plus périlleuse, d'abord parce que la plaie , profondément située, est difficilement accessible aux instruments, et surtout aux moyens hémostatiques, dans le cas où une hémorrhagie primitive ou consécutive aurait lieu, ensuite parce que l'inflammaiion, traumatique peut se propager au larynx et y prendre la forme de laryngite suftbcaule. Dans bien des cas d'ailleurs, on ne peut enlever complètement le mal qu'au moyen d'une opération compliquée et assez grave.
Celte opération peut être une ablation ou amputation partielle de la langue avec le bistouri, ou une ligature.
1° ylblailon avec le bistouri. — A. Après ligature préalable de l'artère linguale. Roux et Flaubert, de Rouen, ont tous deux eu l'idée de se mettre à l'abri de l'hémorrhagie, eu liant préalablement l'artère linguale du côté correspondant au cancer. Dans les deux cas , la tumeur occupait une des moitiés de la langue depuis la pointe jusqu'à la base, au voisinage de l'os hyoïde. Dans un premier temps, l'artère linguale fut liée audessus de l'os hyoïde par un procédé qu'il ne nous appartient pas de décrire ici ; dans un deuxième temps , la tumeur fut séparée de ses connexions avec le plancher de la bouche, aussi loin que possible en arrière ; dans un troisième, la tumeur fut s('parée de la moitié saine de l'organe par une section antéro-postérieure; enfin le dernier temps a consisté à couper transversalement en arrière des limites du mal , après avoir attiré préalablement avec une ou plusieurs pinces-éiignes le lambeau devenu flottant, dont il fallait achever la séparation.
B. Après section préalable de l'os maxillaire inférieur. M. Sédillot a rapporté [Gazette médicale, t. xii) une observation dans laquelle, pour un cancer occupant la moitié gauche de la langue jusqu'il l'épiglotte, il incisa la lèvre inférieure dans tonte son épaisseur et toute sa hauteur, au niveau de la première incisive gauche inférieiu-e , scia l'os dans le même point , fit écarter les deux fragments, détacha les parties molles de la face interne du maxillaire, puis coupa la langue d'avant en arrière, et ensuite transversalement au-dessus de l'os hyoïde. Lartère linguale fut liée consécutivement. Les suites de l'opération paraissent avoir été heureuses.
MALADIES DE LA LANGUE
La même opération a été exécutée par M. Goyrand, d'Aix,p.n 1854 [Moniteur des hôp.). La seclioa de la lèvre inférieure fut faite sur la ligne médiane, et la synijibyse du menton fut sciée, après arrachement préalable des deux incisives moyeuiies. Les deux moitiés de l'os furent écartées par des aides; la langue, qui était malade à peu près dans sa toialiié , fut saisie avec une pince de.Museux, détachée du plancher buccal d'avant en arrière, et sépaiée par une seciion oblique de gaucbeà droite et un peu d'arrière eu avant. La malade, âgée de 52 ans, a succombé, le vingt-unième jour, à une infection purulente.
M. Maisouneuve a fait connaître aussi en 1852 [Gaz. deshàp., 1852, p. 568) un fait dans lequel il avait divisé le maxillaire inférieur sur la ligne médiane, pour atleiudre et enlever un cancer ulcéré qui occupait toute l'étendue transversale de la langue, mais qui n'allait guèreau delà de la jonction du tiers moyen avec le tiers po>térieur. L'abl.itiou eùi sans doute éié iuqjossible sans la section préalable de la mâchoire, par celte circonstance, que l'organe malade était comme collé au plancher de la bouche , et ne pouvait être attii'e au dehors.
Il u'est question dans cette dernière observation, non |j1us que dans celle de .M. Goyrand, d'hémorrhagie ni d'opérations hémostatiques.
G. Ablation, par la région sus-hyoïdienne ou sous-maxillaire. Cette opération a été exécuté pour la première fois par Regnoli, de Pise, sur une femme qui avait une tumeur cancéreuse de la grosseur d'un œuf, au côlé gauche de la langue, et chez laquelle le chirurgien craignait de ne pouvoir ari'èter l'hémorrhagie après lablaiion par la bouche. Il fit tuie incision sur la ligne médiane depuis la symjihy-e ilu nit-nlon jusqu'à l'os hyoïde, et mie seconde tout le long du bord inférieur de la mâchoire à droite et à gauche; piùs, disséquant les deux branches horizontales du T, il arriva derrièi'e la symphyse, sur les attaches des muscles digastriques, génio-hyoïdiens et géuiojjlusses , qu'il coupa. Il sépara ensuite les deux milo-hyoïdieus, et divisa la muqueuse buccale; il introduisit par l'hiatus ainsi obtenu une pince deMiiseux, accrocha la pointe de la langue, l'attira au dehors, et fit la section en airière des limites du mal , après avoir serré avec une ligatui'e transversale le côté gauche de la base de la langue, le .seul qui devait être tak\'é [Gazette médicale, 1838, p. ViJ6).
La même opération a été faite par M. Giametti (Revue médico-cliiritrg. , t. Xil-), qui parait avoii' eu quelque ùifdculté à fiii'e sortir la langue par l'hiatus sus-hyoïdien , et qui termina par une cautérisation avec le fer rouge.
2° Ablation par la ligature. — La ligature peut être employée de deux manières : ou bien avec l'intention de gangrener la tumeur peu à peu et de la détacher, au moyen d'un fil qui la coupe dans l'espace de huit à douze jours, ou bien dans le but de la couper et de la séparer proniptement, c'est-à-dire en une demi- heure ou trois quarts d'heure. Dans le premier cas, il s'agit de la ligature progressive; dans le second, de la ligature exiemporanée.
A. Ligature progressive. On ne peut songer à lier, par les procédés ordinaires, un cancer qui se prolonge plus ou moins loin sur la base de la langue. Les adhérences de cet organe avec le plancher de la bouche , et la nécessite de conserver les portions restées .saines, rendraient l'opération impossible. C'est pourquoi les chirurgiens que la crainte de l'hémorrhagie empêchait d'agir avec rinslrumenl tranchant, et qui n'avaient pas encore la ressource tonte moderne de la ligature exiemporanée ou écrasement linéaire, se sont-ils appliqués à imaginer des procèdes dont plu.viciu'S sont fort ingénieux. Ainsi Récamier a eu 1 idée de sei'rer la partie malade au moyen d'anses multiples, résultant chacune de la jonction par un nœud de deux fils qui avaient traversé la langue à deux ou trois centimètres les uns des autres. Blandin a imaginé son procédé de ligature à anses excentriques, dont l'idée fondamentale, celle de serrer le contour du cancer au moyen d'une série d'anses, ressemble à celle de Récamier. MM. Cloquet et Arnolt ont engagé les fils de bas en haut par la région .soushyoïdienne. 11 serait supeiflu d'entrer dans les détails de ces opérations, dont chacune exigerait une description longue et difficile à comprendre, parce qu'elles sont aujourd'hui abandonnées et rtinpiacees à jamais par les procèdes de l'érrasenient linéaire. En effet, ces opérations par la ligature étaient suivies d'une douleur iiUense pendant plusieurs jours, d'nue phlegiuasie violeule de la langue et de la bouche, avec menace de suffocation par propagation aux voies aéi'iennes, d'une suppuration fétide dont les produits, en passant dans l'estomac, pouvaient donuer lieu à une intoxication ou infection putride. Or, la ligature exiemporanée n'ayant pas les mêmes inconvénients, et partageant avec la ligature ordinaire l'avantage de mettre à l'abri des hemorrhagies , il est évident que, si l'on ne veut pas se servir du bistouri, c'est à ce procédé qu'on aura recours de préférence. Nous renvoyons donc aux traités de médecine opéi aloii e de Lisfranc , MM. Velpean et Sédiliot, ainsi qu'à la thèse de M. Maisonneuve, les chirurgiens qui voudraient de plus amples détails sur les procèdes de la ligature progressive.
CANCER
B. Ligature extemporanée ou écrasement linéaire. La chirurgie moderne est redevable à M. Chassaignac d'un instrument très-ingénieux au moyen duquel les tumeurs peuvent être enlevées par un mécanisme et avec des avantages semblables à ceux de la ligature, mais beaucoup plus rapidement que ne le fait cetie dernière. Cet instrument, connu sous le nom A'écraseur linéaire, se compose, 1" d'un fil mélallique articulé, c'est-à-dire formé de petites pièces mobiles les unes sur les autres, comme le sont celles de la scie à chaîne; 2" d'un système au moyen duquel ce fil, après avoir embrassé une tumeur, est serré progressivement. M, Maisonneuve a remplacé le fil articulé par plusieurs fils de fer enroulés les uns autour des autres , et a pris comme moyen de constriction la vis du serre-nœud de Graefe. Pour les ablations des cancers voisins de la base de la langue, le premier de ces instruments nous paraît de beaucoup préféi-able , parce que les nombreuses pièces mobiles qui forment le lien constricteur permeitent mieux de l'adapler sur la tumeur dans cette région , où les doigts le guident difficilement.
Avant de pratiquer l'opération, M. Chassaignac recommande avec raison d'habituer le malade au cathéiérisme œsophagien. Il peut arriver en effet que, les jours suivants , la déglutition devienne impossible et que l'introduction d'une sonde soit nécessaire. Il est donc utile que les parties y aient été préparées à l'avance. On peut soumettre les malades à l'anesthésie; mais, comme l'opération est de longue durée, il vaut mieux ne donner le chloroforme qu'après avoir placé d'abord un ou deux des écraseurs au moyen des piqûres , qui constituent la partie la moins douloureuse de l'opération.
Manuel opératoire. On doit suivre les règles posées par M. Chassaignac dans le travail qu'il a publié sur ce sujet en 1855(^;'c7«V. gén. de méd., 1855, t. il, p. 684 ). Ces règles diffèrent un peu suivant qu'il s'agit d'enlever la tolalité ou seulement une moiiié latérale de la langue.
1° Pour l'ablation de la totalité de la langue, on fera bien d'avoir à sa disposiiion deux écraseurs destinés à couper l'un les attaches posiérieures , l'autre les attaches inférieures de l'organe. On place d'abord le premier; pour cela, ou passe de bas en haut une aiguille à manche à travers la peau de la région sus-hyoïdienne et les autres parties molles du plancher de la bouche; on en fait arriver la pointe dans une des rainures latérales qui séparent ce plancher de la langue. Celle aiguille a éié préalablement armée d'un fil auquel est attachée la chaîne d'un écraseur; la pointe de l'aiguille une fois arrivée dans la bou-
che , on en dégage le fil et ou la retire. Le fil est ensuiteengagé de nouveau dansle chas de l'aiguille; la pointe de celle-ci, conduite sur la rainure du côté opposé , est poussée de haut en bas à travers le plancher de la bouche, et vient sortir sur la ligne médiane de la région sus-hyoïdienne , par la première piqûre. On a donc ainsi placé une chaîne dout l'anse, située dans la bouche, embrasse la face supérieure de la langue au niveau de sa base, et dont les chefs pendeut à la région sus- hyoïdienne. Pour abréger la manœuvre, on pourrait avoir deux aiguilles armées chacune d'im fil , et leur faire traverser à toutes les deux, l'une après l'antre, le plancher de la bouche de haut en bas, en les enfonçant au niveau de l'une des rainures latérales, et les poussant vers la ligne médiane de la région sus-byoïdienne, à peu de distance de l'os hyoïde. Les deux extrémités du fil mélallique sont articulées alors avec le reste de l'instri.menl, et ou n'a plus qu'à serrer peu à peu, en faisant marcher la crémaillère, et mettant ua intervalle de douze à quinze secondes entre chacun des temps de la manœuvre , de manière à achever la section dans l'espace de trente minutes environ. La chaîne une fois sortie par l'ouverture sus-hyoïdienne, les attaches postérieures de la langue sont nécessairement coupées, et il ne reste plus à couper que les aliaches inférieures. Pour cela on passe la chaîne de l'autre écraseur horizoatalement au bas de la première seclion, pendant que la pointe de la langue est fortement attirée eu avant par une pince de Museux ; ou en amène les deux chefs en avant en les engageant au-dessous de l'organe, et les faisant soriir avec lui par l'ouverture naturelle de la bouche, et on opère la section progressive.
Dans la manœuvre que nous venons de décrire, on fait marcher les deux écraseurs l'un après l'autre, ce qui demande cinquante ou soixante minutes. On peut quelquefois combiner l'opératioa de manière à faire marcher les deux écraseurs simulianément. Pour cela, au moyeu de l'aiguille à chas présentée à plat dans le sens transversal, on circonscrit les attaches inférieures de la langue, en passant directement d'une des rainm'es buccolinguales dans l'autre. De cette manière, on place l'écraseur destiné à agir horizontalement. On met ensuite en place , par le procédé indiqué , l'écraseur destiné à agir verticalement. Ce mode opératoire ne serait applicable que si le mal était assez peu prolongé en arrière pour qu'on pût placer convenablement l'écraseur horizonial , avant que la section verlicale fût opérée.
2" Pour l'ablalion de l'une des moiliés latérales de la langue , trois sections sont nécessaires : une
MALADIES DE LA LANGUE
transversale et verticale en arrière , une médiane anléro-postérieure, et iinetiorizontale. Pourplacer I ecraseur destiné à la première, on peut à la ligueur ponctionner la langue, par la bouche, de bas en haut, aussi en arrière que possible, avec Taiguille à manche, après avoir fait attirer la langue en avant avec une érigne de Museux; mais, si l'on avait reconnu à l'avance que le mal est trop rapproché de l'os hyoïde pour le circonscrire de cette façon, il serait nécessaire de conduiie l'aiguille armée du fil et de la ligature métallique à travers la région sushyoïdienne. Quant à Técraseur destiné à la section antéro-postérieure , on le place en ponctionnant la langue de bas en haut par la bouche. Les deux sections peuvent à la rigueur être faites simultanément, lorsqu'on a deux écraseurs à sa disposition, et qu'on a pu les mettre en place facilement. Les adhérences postérieures et médianes une fois coupées, on place aisément la chaîne destinée à la section horizontale et on opère cette dernière.
Malgré le mécanisme suivant lequel agit Técraseur, la plaie fournit quelquefois une hémorrhagie, soit parce qu'on a opéré les sections trop promptement, soit parce que les vaisseaux sanguins du .sujet ne se sont pas prêtés à l'oblitération qui réus- ,sit habituellement chez les autres. Lorsqu'il en est ainsi , on doit essayer les attouchements prolongés avec de la charpie trempée dans le perchlorure de fer, en ayant soin de ne pas en laisser avaler au malade, et en prenant la précaution de faire comprimer en même temps les deux carotides. On pourrait également toucher la plaie avec des morceaux de glace, et dans le cas où la plaie serait .suflisamment accessible, la cautériser avec le fer rouge, eu attirant fortement le moignon en avant au moyen de l'érigne de Museux.
Soins consécutifs. On nettoie la bouche au moyen des injections émollientcs, et, si la déglutition ne peut avoir lieu, on introduit chaque jour une fois ou deux une sonde œsophagienne , par laquelle ou injecte du bouillon ou du lait. Dans le cas où la sonde ne pourrait être placée ou ne serait pas supportée par le malade , on soutiendrait les forces avec de petits lavements de bouillon,
Résultats des opérations qui précèdent.
— Appréciation. Quand on n'a fait qu'une ablatfon partielle de la langue, ce qui en reste suffit pour les fonctions relatives à la digestion; la parole en outre est conservée et n'est que faiblement embarrassée. Lorsqu'on a enlevé une portion considérable ou même la totalité de l'organe, il .semble que la mastication et la déglutition doivent
être empêchées, et la prononciation à peu près abolie. Cependant il parait n'en avoir pas été ainsi dans les faits publiés par les observateurs dont nous avons rapporté les opérations. Faut-il l'attribuer à ce qu'ils avaient en réalité laissé une plus grande portion de la base de la langue qu'ils ne l'avaient cru ? ou faut-il admettre qu'on se passe de cet organe plus aisément que la physiologie ne permet de le penser ? Quoi qu'il en soit, les faits qui ont été observés nous autorisent à dire que ce n'est pas la crainte de la perte des fonctions de la langue qui doit empêcher les chirurgiens d'entreprendre les opérations dontil vient d'être question.
Doit -on se laisser arrêter par la possibilité d'accidents consécutifs graves ? Sans doute il a A\x arriver quelquefois des héraorrhagies consécutives qui ont entraîné la mort, ou des infections purulentes et putrides, ou des inflammations œdéma- ' teuses du larynx, qui ont amené le même résuhat; mais le chiffre des guérisons est encore assez considérable pour qu'on soit autorisé à passer outre, en présence d'une maladie aussi grave que l'est le cancer de la langue.
Le seul motif qui militerait en faveur de l'abstention est la chance trop probable des récidives. En effet, nous devons le dire, nous ne sommes pas éclairéssur les résultats définitifs. D'une part, on a publié un certain nombre de guérisons encore récentes, et l'on n'a plus entendu parler des malades. D'une autre part, les chirurgiens qui ont pratiqué de ces ablations, et à qui l'on demande des nouvelles de leurs opérés, répondent presque tous que des récidives mortelles ont eu lieu. Nousmêmes, dans notre propre observation, nous n'avons pas de guérisou durable. Il nous reste donc de l'incertitude sur la valeur des résultats obtenus. Mais, celte incertitude laissant encore une place à l'espérance, nous comprenons qu'on se laisse aller à pratiquer, pour un mal reconnu incurable, l'ablation plus ou moins étendue de la langue.
Mais , l'opération étant décidée , laquelle doiton choisir? Nous avons déjà fait pressentir que pour l'ablation d'une petite portion , à la partie antérieure de la langue, l'écrasement linéaire pouvait être mis en usage , mais que cependant l'ablation avec le bistouri, suivie d'une cautéri.sation , était autant, sinon plus avantageuse. Quant aux canceis propagés vers la base, nous avons rejeté la ligature ordinaire, à cause de ses dangers , et l'écrasement linéaire nous parait de beaucoup préférable à l'ablation avec le bistouri, parce qu'il met à l'abri de l'un des accidents les plus redoutables à la suite de cette dernière, l'hémorrhagie.
YICES DE CONFORMATION.
Art. VI. — Tumeurs diverses.
Nous rangerons sons ce titre un certain nombre de maladies qui n'ont été observées à la langue qu'exceptionnellement , et dont les exemples sont trop rares pour qn'il soit possible et même utile de donner la description isolée de chacune d'elles.
I. Jnévrysmes. — On ne connaît qu'un seul exemple d'anévrysme spontané de la langue; il est rapporté dans les œuvres médico-chirurgicales de Collomb, qui exerçait à Lyon à la fin du siècle dernier. La tiimeur, qui était grosse comme une petite noisette , occupait la partie moyenne de la face supérieure de la langue et offrait des pulsations; elle augmentait de volume lorsque le malade parlait avec force, d'où résultait un embarras de la parole.
Cette tumeur fut ouverte après qu'on eût préalablement, au moyen de deux ligatures comprenant tout à la fois le tronc artériel et une partie du (issu de la langue, assuré l'interception du cours du sang.
II. Tumeurs fibreuses. — Dans un cas observé par M. A. Richard, et rappoité par la Gazette (les hôpitaux ( 1855, p. 453 ) , un malade de 3 2 ans portait, sur le bord droit de la langue, à deux travers de doigt de la pointe, une tumeur grosse à peu près comme la moitié de cet organe, trilobée à sa surface , probablement à cause de la pression exercée par les dents voisines, et qui était pédiculée. Le pédicule , qui se prolongeait assez loin dans l'épaisseur de la langue , fut cerné par deux incisions semi-ellipliques , disséqué et détaché de ses insertions ; l'examen de la tumeur, tant à l'œil nu qu'au microscope, permit de ci'oire qu'il s'agissait d'une production exclusivement fibreuse, qui, à cause de son pédicule, aurait mérité le nom de polype.
M. Notta a envoyé à la Société de chirurgie, en 1856 {Gaz. deshûp., p. 468), l'observation d'une tumeur fibreuse sessile qui s'était développée au milieu de la portion libre de la langue, sur un garçon de 29 ans, et qui avait à peu près le volume d'une noix. Quoiqu'il n'y eûl pas d'antécédents syphilitiques , on administra d'abord l'iodure de potassium ; puis , au bout 'd'un mois , la tumeur n'ayant pas diminué, le chirurgien procéda à l'ablalion. Après avoir l'ait attirer et maintenir la langue avec des érignes, il fil une incision sur la tumeur, et put l'énucléer avec facilité. La guérison eut lieu rapidemenl.
III. Tumeurs graisseuses. — On trouve dans le tome ni (p. 212) de l'Anatomie pathologique de M. Cruveilhier, une observation de lipome souslingiial, dans laquelle la tumeur graisseuse s'était développée plutôt dans le tissu cellulaire sousmuqueux du plancher de la bouche que dans celui de la langue. Mais nous connaissons un autre fait, probablement unique dans la science, dans lequel la production graisseuse appartenait bien à la langue elle-même. Il est vrai que la graisse n'y était pas aussi isolée que dans le lipome franc , et qu'elle se trouvait mélangée avec une assez grande quantité de tissu fibreux et avec un peu de tissu cartilagineux et osseux. Il s'agissait donc d'une tumeur fibro-o^téo-graisseùse ; mais la proportion de la graisse, par rapport aux autres éléments, était assez considérable pour que l'observation ait pu être publiée sous le titre de lipome de la langue. Ce fait a été observé en 1854 par M. le professeur Laugier, qui en avait très-habilement établi le diagnostic avant l'opération , et il a été publié avec beaucoup de détails dans le 29" volume des bulletins de la Société auatomique, par M. Bastien, alors interne des hôpitaux. La tumeur occupait la partie antérieure et latérale droite de la langue, était globuleuse, et avait le volume d'uu petit œuf de pigeon. M. Laugier établit d'abord qu'il ne s'agissait pas d'une tumeur maligne, parce que le malade, âgé de 25 ans, disait en être atteint depuis son enfance, et que sa sanlé n'était pas altérée ; la production morbide n'était devenue adhérente ni à la muqueuse ni au tissu lingual; elle n'était le siège d'aucune douleur, et n'occasionnait d'antre incommodité qu'une morsure arrivant de temps à autre, parce que le bord externe de la langue , devenu trop volumineux, ne se retirait pas à temps, au moment où les mâchoires se rapprochaient pendant la mastication. L'absence de fluctuation positive, la consistance variable de la tuineiu' dans ses divers points, éloignaient l'idée d'uu kyste. Enfin, après avoir fait une incision longitudinale .sur la muqueuse , pendant qu'un aide maintenait la langue au dehors avec ses doigts placés en arrière de la tumeur, M. Laugier vit se présenter le produit morbide , qu'il détacha facilement en coupant à droite et à gauche ses adhérences, dont la plupart étaient assez lâches, et dont quelques-unes étaient un peu plus fortes à la partie interne et supérieure de la tumeur. Aucune hémorrhagie n'a eu lieu.
SECTION III
VICES DE CONFORMATION
Les principaux vices de conformation de la lan
MALADIES DE LA LANGUE
gue dont la chirurgie ait à s'occuper sont les adhérences anormales et le prolongement chronique.
Akt. P"". — Adhérences anormales ou ankyloglosse.
On a donné le nom d'ankyloglosse à cet élat particulier de la lanijue dans ieiuel cet orgme est retenu au plancher de la bouche par des adhérences anormales. Ce vice de conformation est congénital ou acquis.
L Congénital, il tient habituellemet à ce que le frein de la langue, trop court et prolongé trop en avant, retient lorgane et limiie ses ranuvemenis en avant et en haut. On l'observe sur les enfants à la mamelle, qu'il empAche de léter, et on a fait remarquer avec raison que la difricnité ou rimpos>ibilité de prendre le sein n'exisiait pas pendant la première semaine, et ne se prononçait bien qu'au bout de deux ou trois mois.
On présente souvent aux praticiens de petits enfants qui ont de la peine à létc.r, et qu'à cause de cela on suppose aiteints de brièveté du frein. Mais tous n'ont pas ce vice de conformation ; chez un bon nombre même, la dilficulté de léier lient à d'autres causes. Pour déterminer si elle est due réellement au filet, on fait placer l'enfant en face de soi et on le regarde crier. Lorsque le frein est trop court, la pointe de la langue reste derrière l'arcade alveolo-dentaire pendant les ciùs, et ne remonte pas au niveau du bord libre des couronnes. En portant le doigt indicateur sur le filet, on constate qu'il a pins de résistance qu'à l'éiat normal , et si l'on place un doigt dans la bouche de l'enfant, on reconnaît que la succinn n'est pas bien faite, que la pointe de la langue ne peut pas s'appliquer sur ce doigt, au moment oii l'enfant cherche à sucer, aussi facilement que le fait le corps de l'organe. Si donc les explorations qui précèdent faisaient recounaiire que la pointe de la langue peut se porter en baul et en avant, et que la succion est possible , on devrait en conclure que la brièveté du frein n'est pas cause de la gène dont on se plaint, et il faudrait en chercher ï'explica- . tion dans la brièveté du mamelon on dans l'i.isuffisance du lait de la nourrice ; car les personnes du monde se laissent facilement induire en erreur sur ce dernier point et attribuent volontiers à la difficulté de la succion les cris et l'impatience d'un nouveau-né qui fait d'inutiles efforts pour attirer du lait.
On nous présente aussi très-souvent des enfants un peu plus âgés qui prononcent difticilement certaines syllabes ou qui n'apprennent pas à parler, et l'on nous pose la question de savoir si , comme
le veut la croyance vulgaire, la brièveté du filet ne doit pas encore être invoquée. Il en est rarement ainsi; car un filet assez court pour s'opposer à la prononciation aurait été trop court aussi pour permettre l'allaitement, et l'enfant ne serait pas arrivé à l'âge oii la parole se développe sans que le vice de conformation eût été reconnu et traité. iNéanmoins, pour s'assurer du fait, on porte le doigt sons la langue, afin d'apprécier la consistance du frein, qui est d'autant plus grande qu'il est plus court ; on engage le malade à faire sortir la langue de la bouche, à en diriger la pointe en haut, et ces recherches font bientôt voir si en réalité le frein est p'us court qu'il ne doit être.
Lorsque la brièveté du frein a été reconnue, l'indication est de l'allonger en lui pratiquant une section horizontale. Après cette petite opération, les mouvements ulteiieurs de la langue enqièchent les bords de la plaie de se réunir, et le fiein se trouve uécessairement allongé de tout l'espace qui est resté entre les deux bords de la plaie.
L'exécution de cette opération est très-simple. Elle peut se faire de deux façons : ou bien le chirurgien attend le mimient où l'enfant crie, en profite pour sou lever légèrement la langue avec l'indicateur delà main gauche, porte vivement des ciseaux bien tranchants au-dessous de la langue, et coupe le frein parallèlement à la face inférieure de celte dernière, dans l'étendue de 3 à î millimètres d'avant en arrière; ou bien le chirurgien, afin de mieux garantir la langue , et , en la soulevant, de mieux tendre le frein , se sert de la plaque de la sonde cannelée, plaque munie, comme l'on sait, d'une fente que J.-L. Petit lui a fait ajouter pour cet usage. On peut avoir recours à ce dernier procédé, que J.-L. Petit avait imaginé pour faciliter une opération exécutée très-souvent à son époque par des sages- femmes inexpérimentées; mais il n'est vraiment pas nécessaire, et le mode opératoire que nous avons indiqué d'abord est tout aussi facile et commode. Quant à l'hémorrhagie dont beaucoup d'auteurs se sont préoccupés, elle est très-rare, et les vaisseaux qu'on peut atteindre sont trop petits pour en fournir une qui soit sérieuse ou dd'ficile à arrêter. Lu attouchement avec la pierre infernale ou le percblorure de fer, ou le simple pincenient de la plaie entre deux doigts, suffiraient pour y remédier, si par hasard l'écoulement sanguin devenait trop considérable.
L'ankyloglosse congénital, au lieu d'être produit par une disposi: ion vicieuse du frein, petit êiredîi à une fusion entre la face inférieure de la langue et toute rétendue du plancher buccal, par suite d'une conformation vicieuse de la muqueuse