‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 154 sur 177 · OREILLONS · texte numérisé non relu

OREILLONS

qu'on observe dans les adénites , et parce qu'ensuite on constate ce ;;onflement général et sans bosselures qui caractéiise les ioflamniatious du tissu cellulaire, et, dans certains cas, celles des parenchymes ylauduleux.

Quant au diagnostic difFéreuliel entre l'inflammation phlegmoneuse sons-cutanée ou extra-parolidieune et l'inflammation parotidienne proprement dite, il nous est difficile d'en indiquer les bases. La parotidite franche semble devoir former, dans le principe , une tumeur plus profonde, et le phlegmon une tumeur plus superficielle; mais, dans la plupart des faits dont nous avons été témoins, la différence n'a pas été saisie. Il peut y avoir en effet des phlegmons qui, envahissant les couches extérieures de la parotide, présentent les symptômes de l'iuflanimation de cette dernière , et de même des parotidites occupant assez les couches extérieures de la glande , pour que la diltérence de position ne puisse pas être appréciée. D'ailleurs u'arrive-t-il pas quelfois que la phlegniasie occupe en même temps la couche la plus extei'ne de la glande et le tissu cellulaire ambiant? C'est précisément parce qu'en clinique il est difficile de se prononcer, et parce que, d'aulre p.irt, des recherches cadavériques n'ont pas été faites, c'est pour ces raisons, disonsnous, que le plus souvent on admet sans preuve, et à cause de ce qu'elle a de plus rationnel, l'existence de la parotidite.

Pourtant doux des phénomènes cliniques dont nous avons fait mention peuvent, dans le cours de la maladie, donner un nouveau poids à celte opinion. Quelquefois on voit se former successivement plusieurs abcès qui, bien que situés trèsprès les uns des autres, n'en sont pas moins distincts et indépendants. Or ce n'est pas ainsi que se comportent les abcès phlegmoneux, et nous avons là une analogie avec les abcès de la glande mammaire, qui peut s'expliquer par un' point de départ identique, c'est-à-dire par le développement simultané ou successif de noyaux int^ammatoires dans divers points du parenchyme glandulaire ; d'autre part , quand on voit s'écouler pendant UQ certain temps de la salive , n'est-ce pas la preuve que le mal avait sou siège daus les lobules sécréteurs ?

Il est remarquable d'ailleurs que, daus la plupart des cas où l'on est autorisé à croire à l'existence de la parotidite, la maladie nelaissepas après elle de trouble appréciable dans la sécrétion et l'excrétion de la salive.

Traitement. — Dans la forme critique, et dans tous les cas oii la maladie est peu duulou-

reuse, il n'y a pas de traitement particulier à faire avant la suppuration ; mais , dans la forme douloureuse, il est indiqué d'employer l'ojjiura à l'intérieur, les frictions avec les liniments opiacés et chloroformés. Ou peut essayer aussi d'activer la suppuration et sa migration vers l'extérieur au moyen de cataplasmes maturatifs faits avec de l'oseille et du saiudoux, ou de l'oseille et des oignons cuits. Si les douleurs continuent malgré ces moyens, et que la fluctuation ne se montre pas, on peut faire une incision profonde en vue de débrider, et cette incision doit être transversale, afin d'éviter les grosses divisions du nerf facial.

Dans les cas où la formation du pus n'est pas douteuse, il faut ouvrir et pratiquer autant d'incisions qu'on trouve de foyers distincts, en proportionnant l'étendue de ces incisions à celle des foyers eux-mêmes, sans oublier cependant que dans cette région, chez les femmes surtout, on doit ménager les cicatrices. Sur la jeune dame dont nous avons parlé, nous avons mieux aimé faire cinq ouvertures très-petites qu'une seule grande. Chacune de ces ouvertures a donné une cicatrice comparable à celle d'une piqûre de sangsue, et la malade préfère beaucoup ces petites cicatrices à une seule, qui aurait eu une plus grande étendue.

Ou doit eu outre s'occuper de l'état général, et combattre, par le vin de quinquina, l'alimentatioa fortifiante, la bonne aération, l'affaiblissement qui a précédé l'abcès et qui pourrait augmenter à sa suite.

Art. III. — Oreillons.

On donne ce nom à une maladie diflîcile à classer, qui tient plutôt des fluxions que des inflammations, et qui se caractérise surtout par un gonflement incolore et indolent des régions parotidiennes, avec des douleurs pendant la déglutition et la mastication.

Éiiologie. ■ — C'est une maladie spéciale aux enfants de 10 à 15 ans, et aux adolescents jusqu'à 20 ou 25 ans; on l'observe principalement dans les écoles, les pensions, les collèges, les régiments.

Elle est quelquefois sporadique , mais le plus souvent elle est épidémique , de sorte que dans les maisons d'éducation , on la voit presque toujours survenir chez un certain nombre d'individus à la fois , et , dans les familles , se montrer successivement sur plusieurs frères et sœurs. Elle est peut-être contagieuse, mais la démonstration n'en a pas été donnée jusqu'à présent.

Ou ne sait pas quelle est la cause occasionnelle

MALADIES DE LA RÉGIOiN PAROTIDIENNE.

des épidémies ; elles arrivent en général au printemps ou à l'automne, et plus souvent dans cette dernière saison que dans la première. Mais il est impossible de dire pourquoi, à la même époque de l'année , certaines villes en sont atteintes, tandis que les autres n'en offrent aucun exemple.

Quant aux oreillons sporadiques, nous ne leur connaissons non plus aucune cause occasionnelle, autre que le froid et l'humidité. Quelquefois les oreillons sont survenus après une orchite dont la cause était restée ignorée ou qui avait paru blennorrbagique. M. Billoir en cite un exemple dans la Gazelle des hôpitaux (1859, p. 499), et rappelle, à cette occasion, deux cas analogues observés par A. Bérard et par le D"" Lyncb. Nous verrons bientôt que l'inverse, c'est-à-dire le développement de Torchite , à la suite de l'oreillon , s'observe plus fréquemment.

Symplômes. — La maladie débute quelquefois simultanément dans les deux régions parotidiennes ; plus souvent elle commence d'un coté, et n'envahit l'autre qu'après être arrivée sur le premier à son maximum d'intensité.

Elle s'annonce habituellement par du malaise, de la courbature , de l'inappétence, quelquefois, mais non conslamment, par un léger mouvement fébrile ; puis un gonflement mal circonscrit, et qui échappe souvent à l'atteniiou, survient sur un des côtés delà face; enmêmetemps, le malade ressent un peu de gène lorsqu'il veut mâcher et avaler. Le gonflement augmente pendant deux ou trois jours, durant lesquels la fièvre continue, habituellement légère, quelquefois avec de l'agacement ou des phénomènes nerveux. La gêne de la mastication et de la déglutition se transforme en une véritable douleur quiempêche ou rend très-pénible l'accomplissement de ces fonctions.

Le gonflement est bizarre et tout à fait caractéristique ; il est sans rougeur, et ressemble , pour l'aspect, à un œdème considérable; mais on est étonné, en portant la main, de ne pas trouver l'empâtement caractéristique de ce dernier. Il est sans chaleur et sans douleur à la pression , la souffrance pendant la mastication et la déglutition étant la seule que le malade accuse. La peau est souvent luisante. Tout d'abord , à la vue de celte tuméfaction luisante, on croirait qu'il y a de la tension etdelarénitence; il n'en est point ainsi. La main , portée sur la tumeur, trouve, à peu de chose près, la souplesse et la mollesse de l'état normal.

Parfois, en examinant le fond de la bouche, on trouve une rougeur érythémateuse sur les amygdales et les piliers; mais ce phénomène n'est pas

assez constant pour qu'on soit autorisé à regarder l'oreillon comme consécutif à une phlegmasie de l'arrière-bouche.

L'oreillon offre donc quelques-uns des caractères de l'inflammation, savoir : le gonflement et une douleur de voisinage ; mais les autres symptômes de l'inflammation, savoir : la chaleur, la rougeur, la douleur à la pression, et l'empâtement, maaquent. Comme d'autre part la fièvre n'existe pas ou est très-modérée, on a coutume de considérer celte affection plutôt comme une fluxion que comme une phlegmasie, et la fluxion se présentant encore ici avec des caractères qu'on ne trouve pas sur les autres points de notre économie, il faut admettre qu'elle est d'une nature spéciale , et que les tissus de la région parotidienne en deviennent le siège, en vertu d'une aptitude qui leur est particulière, et qui est tout à fait inexplicable.

Mais quelest, parmi ces tissus, celui qui estplus particulièrement atteint du mouvement fluxionnaire? Les recherches anatomiques ne l'ont pas encore démontré. Pourtant, en tenant compte de cette circonstance, que l'esprit admet difticilement dans le tissu cellulaire et les ganglions de cette région une aptitude pathologique que l'on ne rencontre pas dans d'autres parties du corps , oii ces mêmes éléments s'otî'rent à nous avec une strucliu-e identique ; que là se trouve au contraire un tissu spécial, le parenchyme glandulaire, qui peut avoir ses aptitudes morbides spéciales, et qu'enfin les douleurs de voisinage observées pendant la déglutition et la mastication s'expliquent mieux par un gonflement général et profond de la glande que de toute autre manière , il est permis, en attendant des documents anatomiques plus précis , de croire que le siège de l'oreillon est la glande parotide elle-même.

Après deux ou trois jours d'accroissement, pendant ou après lesquels l'autre côté se prend habituellement, la tuméfaction reste stalionuaire; puis elle décroît, et, après une durée totale de huit à dix jours, quelquefois moins, tout a disparu. C'est en effet, avec l'absence de symptômes généraux inquiétants, un autre caractère remarquable de cette maladie, que de se terminer toujours par résolution. Nous n'avons, quant à nous, jamais observé ni suppuration ni induration consécutive, et nous lisons avec eionnement, dans une leçon de M. leD''Bouchut(Ga3e^/e des hôpitaux, 1853, p. 200), que pendant une épidémie observée dans le pensionnat des demoiselles de Saint-Cyr, au siècle dernier, Diouis avait vu plusieurs fois des terminaisons par suppuration. Si ces faits ont été réellement bien observés, ils diffèrent essentiellement de ceux dont nous sommes témoins aujourd'hui,

Page 1