‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 155 sur 177 · OREILLONS · texte numérisé non relu

OREILLONS

et peuvent être considérés comme exceptionnels.

Quelquefois, au moment où les oreillons disparaissent, ou peu de jours après qu'ils ont disparu, le malade est pris d'une orchite, le plus souvent unilatérale, offrant des caractères spéciaux, qui nous occuperont plus tard, et dont nous pouvons dire dès à présent que les principaux sont : la bénignité, l'indolence, et assez fiéquemment la terminaison par atrophie. On appelle mélaslalique l'orcliite qui se développe ainsi après les oreillons , et rien en elfet n'est plus favorable à la théorie de la métastase , c'est-à-dire du transport d'un des or{;anes vers l'autre, que ce développement d'une lésion lesticulaire à la suite d'une lésion parotidienne.

Dans quelques cas très-exceptionnels, on prétend que la maladie, après avoir quitté les testicules, est remontée de nouveau dans les parotides, pour revenir ensuite vers les organes de la génération.

Chez les jeunes filles , la métastase n'a pas lieu sur les ovaires, mais bien sur les mamelles, qui deviennent le siège d'une fluxion tout aussi bénigne que celle de la parotide ; seulement cette mammite, indiquée par Boyer et d'autres auteurs , est beaucoup plus rare que l'orchite. Boyer signale aussi pour les femmes une inflammation métastatique des parties extérieures de la génération; c'est encore un fait qui ne nous paraît pas avoir été suffisamment observé.

Le tableau symptomatique que nous venons de présenter offre d'ailleurs des variétés qui dépendent les unes du génie épidéniique, les autres des idiosyncrasies. Dans quelques épidémies par exemple, on a observé une fièvre piodromique intense; dans d'autres, le mouvement fébrile s'est continué pendant toute la durée de la période d'accroissemeut. On voit durant certaines épidémies , et nous en avons observé à l'état sporadique, des sujets chez lesquels le gonflement reste si modéré, la douleur de la déglutition si faible, elle malaise général si léger, qu'ils ne remarquent rien, et croient avoir eu simplement un mal de gorge.

Lorsque l'oreillon doit être suivi d'orchite, la santé n'offre habiiuellement rien de particulier qui avertisse le malade ou le praticien ; il n'en est autrement qnedans des cas très-rares. Rien de plus curieux sous ce rapport que la relation faite par M.' Trousseau, dans les Archives générales de médecine (1854 , t. i"''), de deux faits dont il a été témoin à plusieurs années de distance. Les deux sujets avaient eu des oreillons indolents et qui étaient restés inaperçus ; tout à coup ils furent pris d'une fièvre violente avec délire , prostration, et uu ensemble de symptômes qui faisaient

croire à une fièvre typhoïde du plus mauvais caractère ; bientôt un des testicules se gonfla, devint douloureux, et, cette orchite une fois déclarée, les symptômes graves s'amendèrent, et toute inquiétude cessa.

Diagnostic. — Lorsque l'oreillon est bien déclaré et qu'il existe des deux côtés, on ne le confond avec aucune autre maladie. On peut être induit en erreur, lorsque par hasard il est unilatéral , et lorsqu'en même temps quelque circoustance insolite en a modifié les caractères. Ainsi l'un de nous a rencontré dernièrement un jeune homme qui n'avait encore le gonflement qu'à gauche, et chez lequel ce gonflement s'accompagnait de rougeur et de chaleur, parce que des cataplasmes trop chauds avaient été appliqués les jours précédents. On eût pu croire à un phlegmon ; cependant l'absence de tension et d'empâtement nous faisait soupçonner un oreillon. En effet , la maladie ne tarda pas à se montrer à droite, et, les cataplasmes ayant été cessés, le retour de la pâleur nous fit voir qu'à gauche il s'agissait bieu de cette dernière affection et non pas d'un phlegmon.

Quelquefois il n'y a pas eu d'erreur, mais le diagnostic n'a pas été établi, parce que le malade a peu souffert et n'a consulté personne. En pareil cas , on ne peut être mis sur la voie que par les commémoraiifs, et il faut insister pour savoir si le malade n'a pas souffert en avalant et en mâchant, et s'il n'a pas eu quelque embarras du côté de la mâchoire. Ce diagnostic rétrospectif n'a d'intérêt (mais cet intérêt est très- grand) que dans les cas oii survient une orchite dont on ne voit pas la nature et la cause. Il est utile de savoir si cette orchite est métastatique, car un traitement énergique, en pareil cas, serait intempestif. Or, nous le répétons, on n'arrivera qu'à l'aide d'interrogations adressées au patient, et aux personnes qui, ayant vécu à côté de lui, peuvent avoir constaté un gonflement dont lui-même n'aurait pas eu connaissance ou n'aurait conservé aucun souvenir.

Pronostic, — - Il n'a pas de gravité, surtout si l'on n'affaiblit pas le malade par des moyens actifs, comme le faisaient peut-être ceux qui, méconnaissant la nature du mal, le traitaient comme un phlegmon.

Traitement. — La maladie étant très-bénigne lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, on doit s'en tenir à l'application d'une couche de ouate ou de flanelle sur les régions douloureuses, et à quel-

MALADIES DE LA REGIOIN PAROTIDIENNE.

mies onctions avec un liniment belladone ou lauaanisé. Le malade mangera peu ; on lui choisira des aliments faciles à mâcher, et un purgatif léger, vers le quatrième ou cinquième jour, complétera la thérapeutique.

Si l'on voyait survenir des accidents fébriles sérieux, semblables à ceux qu'a décrits M. Trousseau , il faudrait ne pas oublier que ces accidents sont peu graves, qu'ils s'amenderont après le développement de l'orchite, qn'enlin les boissons délayantes et quelques narcotiques sont encore les seuls moyens à mettre en usage.

Art. IV. — Hypertrophie.

A la rigueur, la parotide peut s'hypertrophier dans toute son épaisseur et dans tous ses éléments , et former ainsi une tumeur permanente ; mais les observations en sont tellement rares que nous ne saurions présenter les caractères cliniques d'une semblable maladie.

Nous doutons qu'elle ait été observée sur d'autres sujets que de très-jeunes enfants , et les notions que nous possédons à cet égard sont exclusivement anatomiques. A. Bérard a rappelé, dans sa thèse de concours, un fait observé par Tenon sur un enfant d'un an qui avait , depuis sa naissance , sur la joue gauche , une tumeur presque aussi grosse que le poing, étendue de l'oreille à l'angle des lèvres. Elle était molle, blanche, indolente , mobile , comme composée de grains glanduleux, et sa surface était parsemée de gros vaisseaux qu'on voyait à travers la peau. L'enfant étant mort , Tenon fit la dissection , et reconnut que cette tumeur était formée par la glande parotide, qui avait pris un développement extraordinaire, et qui se trouvait alimentée par des vaisseaux artériels nombreux et volumineux.

L'un de nous, M. Denonvilliers, a fait, de sou côté , une dissection qui ne laisse aucun doute sur ce genre de maladie : une petite fille de 2 ou 3 ans avait , dans la région parotidlenue droite, une tumeur presque du volume du poing, arrondie, résistante, d'une couleur rosée, et d'une assez grande consistance, qui prenait une teinte violacée et semblait augmenter un peu quand la petite malade criait ou faisait des efforts , et dont la compression réduisait légèrement le volume. A. Bérard, qui avait vu la malade, et plusieurs autres chirurgiens pensaient qu'il s'agissait d'une tumeur érectile. A l'autopsie , nous trouvâmes que la tumeur était constituée principalement par la glande parotide hypertrophiée, non altérée dans sa texture, si ce n'est que les granulations étaient plus grosses, et les conduits veineux qui la traversaient

très-développés ; les artères avaient conservé leurs dimensions normales, ainsi que nous avons pu nous en assurer en faisant une injection. (Voy. thèse de concours d'A. Bérard, p. 309; 1841.)

Art. V. — Tumeurs bénignes [adénomes et enchondrômes).

Une grande lumière s'est faite, depuis une dizaine d'années, sur les'tumeursde la région parotidlenue. Presque toutes étaient englobées dans la catégorie des squirrhes et des cancers, et bien que de temps à autre, on vit paraître des observations de tumeurs réputées cancéreuses qui n'avaient cependant pas eu la gravité de ce genre d'affections, les chirurgiens n'étaieut pas fixés sur les caractères distiuctifs des tumeurs vraiment cancéreuses et de celles qui n'en avaient que les apparences, et il en résultait un certaine difficulté dans le traitement et l'appréciation des résultats opératoires.

Un effort avait été tenté par A. Bérard dans sa thèse de 1841, que nous avons plusieurs fois citée. Avec la rectitude de jugement que nous lui avons connue, cet auteur avait compris que les chirurgiens devaient porter toute leur attention vers cette distinction ; seulement , les faits personnels lui manquant, il avait dîi se diriger d'après ceux qu'il avait rassemblés dans les auteurs et dans les recueils périodiques. Or la plupart d'entre eux étaient incomplets, et d'ailleurs ils avaient été publiés à des époques où l'anatomie pathologique était encore trop mal faite pour qu'on eût pris soin de bien indiquer les caractères anatomiques, et surtout de les placer à côté des caractères cliniques. A. Bérard n'a donc pu aller au delà de ce point de vue, que peut-être, parmi les affections considérées comme des cancers de la parotide, quelquesunes avaient appartenu aux ganglions lymphatiques et non à la glande, et avaient été formées soit en effet par du cancer, soit par quelque autre lésion de ces organes. Il faut bien dire d'ailleurs que, tout en se préoccupantdel'espècepathologique, A. Bérard avait principalement en vue, comme nous l'avons déjà fait pressentir, la médecine opératoire , et surtout la question relative à la possibilité d'enlever dans sa totalité la glande parotide.

Les études modernes ont, du même coup, résolu la question opératoire et la question pathologique, en montrant que parmi les tumeurs réputées cancéreuses de la parotide elle-même, un bon nombre ne l'étaient pas, et que c'étaient précisément celles-là qu'on pouvait enlever en totalité sans blesser la carotide externe. Aujourd'hui la

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