‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 24 sur 177 · HYDROPISIE · texte numérisé non relu

HYDROPISIE

el à Deschamps fils (Thèses de Paris, 1804) qu'il faul rapporter les premières descriptions de cette maladie et le nom d'hydiopisie du siuus qui lui a ét(; conservé depuis , nom impropre cependant, puisque , d'une part c'est, dans beauconp de cas, du mucus qui est contenu dans la poche, et que , d'un autre côté , il reste encore bien des doutes sur la nature même et le siège précis de cette poche.

Il faut convenir en effet que , malgré les descriptions dogmatiques données par Jourdain et par Deschamps, et, après eux , par Boyer et par les auteurs contemporains , cette maladie n'est pas encore bien connue, parce qu'on ne l'a pas suffisamment étudiée sur le cadavre. On la rapporte à l'accumulation du mucus dans le sinus, où cette matière serait retenue par l'oblitération de l'ouverture naturelle; mais la chose est-elle bien certaine et démontrée par l'exaraeu analomiqne? Nous ne le pensons pas. Il nous est bien quelquefois arrivé, dans les recherches nombreuses auxquelles nous nous sommes livrés |)our la rédaction de ce travail , de trouver le sinus maxillaire rempli par un liquide jaunâtre et légèrement visqueux, et il est à la rigueur possible de voir dans cet état un premier degré de maladie; toutefois ce n'est là qu'une hypothèse plus ou moins plausible, etnous en sommes encore à chercher l'exemple d'une autopsie daus laquelle on ait trouvé l'orifice du sinus oblitéré, en même temps que sa cavité remplie et distendue par du mucus, ses parois déjetéts , déformées , amincies ou perforées.

Lhistoire de l'hydropisie du sinus maxillaire a évidemment été faite d'après l'observation clinique; or il est d'autres lésions qui donnent lieu à des phénomènes assez semblables à ceux qui résulteraient d'une accumulation de liquide dans le siuus pour qu'on ait pu sur le vivant confondre les deux modes d'affection : nous voulons parler ici des kystes osseux et des kystes rauqueux développés au voisinage ou dans l'épaisseur même des parois du sinus maxillaire.

Les kystes osseux ont été signalés par Dupuytren , qui a eu l'occasion d'en observer un exemple sur le cadavre d'une jeune fille {^Leçons orales de clinique cliirurg. , t. il , p. 1 35) , par Delpech , ainsi que par M. Diday , dans sa thèse de concours pour l'agrégation (Paris, 1839). Delpech, dans son mémoire sur les kjii(ti[Chirurgie clinique de Montpellier t. il, p. 119), admet pour ces tumeurs de la mâchoire une étiologie particulière. Il suppose qu'elles se développent dans la pulpe dentaire ou dans son cordon vasculo-nerveux , et que le liquide , en s'accumulant , écarte les os , comme on suppose que le ferait le liquide

de l'hydropisie. On trouve dans les Thèses chirurgicales de Haller une opinion analoque émise par Kunge, à l'occasion d'une observation tirée de la pratique de son père et dont voici les points principaux. L'incision d'une tumeur placée au-dessus de l'arcade dentaire avait donné issue à une matière muqueuse sans goût et sans odeur, et l'on avait , à plusieurs reprises auparavant, enlevé à la malade des dents molaires , à l'extrémité de la racine desquelles se trouvait une petite tumeur enkystée, rouge. L'auteur suppose qu'une tumeur de ce genre , née de la racine d'une molaire , s'était étendue jusqu'au sinus el l'avait dilaté. Dans sa thèse déjà citée plus haut, M. Diday rapporte à l'appui de cette opinion deux faits, tirés, l'un du service de M. Laugier , l'autre du service de Blandin.

Des kystes muqueux se développent quelquefois daus le sinus maxillaire. Nous y avons souvent trouvé, particulièrement sur la paroi interne, des tumeurs grosses comme un pois ou un haricot , qui contenaient une matière muqueuse blanchâtre, et qui paraissaient avoir pour origine l'oblitération du goulot d'un follicule. Ces tumeurs sont-elles susceptibles de prendre assez d'accroissement pour remplir entièrement la cavité et plus tard écarter ses parois? C'est ce qu'on ne saurait affirmer aujourd'hui. Toutefois la chose est possible, nous disons même probable; et quelques faits récemment observés, un entre autres qui a été présenté à la Socié!é de biologie le 3 mai 1851 par M. Béraud , nous font espérer que cette question recevra prochainement une solution.

En présence de ces faits, il est naturel que quelques doutes s'élèvent relativement à l'interprétation des observations regardées jusqu'ici comme des exemples d'hydropisie , et l'on est tenté de se demander si cette maladie existe réellement telle que nous la présentent les auteurs, et s'il n'est pas plus probable qu'on a traité sous un même nom désaffections différentes par leur nature, quoique assez semblables par leurs symptômes et par le traitement qu'elles réclament. La question n'est pas au reste assez avancée encore pour qu'on puisse tracer à part l'histoire des kystes ou rejeter ce qui a été écrit sur l'hydropisie. Nous ne pouvons donc que reproduire la description classique, en faisant toutefois nos réserves et en appelant sur ce sujet l'attention des anatomo-palhologistes.

Étiologie. — L'hydropisie du sinus maxillaire se montre de préférence chez les jeunes sujets. Des trois individus que Boyer a observés , aucun n'avait atteint sa vingtième année. L'une^des malades citées par Delpech avait dix-sept ans ; celle

MALADIES DU SINUS MAXILLAIRE

de Blasius en avait vingt-deux ; celui de Sauvé , dixneuf [BuUelin de la Fac. de médecine, t. v, p. 9). On ne peut du reste assigner à son développement aucune cause positive. Dans certains cas , la tumeur paraît avoir été consécutive à un coup sur la face ; dans d'autres, à une carie dentaire. Dans deux cas observés , l'un par A. Dubois , l'autre par Blasius, ou peut invoquer l'irritation produite par la présence d'une dent qui avait poussé dans une direction anormale. Encore doit-on se demander si, dans ces deux faits, la collection occupait réellement le sinus ou simplement un kyste accidentel.

Quant à savoir si une plilegmasie est nécessaire pour donner naissance au liquide, si, dans le cas où la maladie occupe réellement le sinus, l'oblitération de l'orifice naturel a lieu préalablement , et comment celte oblitération s'opère , les faits ne permettent pas de résoudre actuellement ces difficultés.

Symptômes et marche. — La maladie présente deux périodes : la première , dans laquelle le sinus a conservé ses dimensions ordinaires; la seconde , dans laquelle ses parois sont refoulées en divers sens. Le liquide contenu dans le sinus est louche , grisâtre , plus ou moins épais , chargé dans quelques cas de paillettes de cholestérine , ainsi que l'ont vu A. Bérard et Fergussou. Tant cjue la quantité de ce liquide est modérée , le sinus ne s'agrandit pas et l'affection reste au premier degré ; mais , à mesure que la quantité du liquide augmente, il exerce une action excenlrique sur les parois de la cavité dans laquelle il se trouve emprisonné et les refoule eu même temps qu'il les ramollit et les amincit. Ce refoulement porte rarement d'une manière égale sur toutes les parois. La supérieure, quoique naturellement assez mince, est presque toujours épargnée, de telle sorte que l'œil n'est pas poussé hors de l'orbite. L'antérieure est celle qui se laisse le plus souvent écarter. On trouve aussi, dans la plupart des cas, un soulèvement de la partie postérieure du bord alvéolaire au voisinage delà voûte palatine. Quand la distension est portée très-loin, les parois osseuses commencent par s'amincir; puis, par l'effet d'un travail d'absorption , elles disparaissent complètement dans une étendue plus ou moins considérable , de sorte que l'os semble troué et que la membrane du sinus, accolée au périoste externe, forme seule la clôture du sinus. On ne cite qu'un petit nombre de cas dans lesquels toutes les parois se soient développées, et la tumeur avait alors acquis un volume considérable. Tel était le fait observé par A. Dubois et rapporté dans le Traité des mala-

dies chirurgicales de Boyer (5" édit., t. v, p. 105).

Peadant sa première période, la maladie ne s'annonce que par des symptômes peu prononcés et fort obscurs;. S'il existe alors des douleurs sourdes, on les attribue à quelque carie dentaire ou à une névralgie rhumatismale plutôt qu'à une lésion du sinus maxillaire.

La seconde période est caractérisée par une tumeur dure , immobile , indolente , égale , lisse , sans empâtement ni fluctuation, qui soulève la joue, et qu'on trouve couverte par la muqueuse de la bouche, en arrière de la lèvre supérieure. Cette tumeur augmente peu à peu, sans occasionner de grandes douleurs. A la dureté première, succèdent la mollesse et l'élasticité, et la pression exercée avec un doigt porté au-dessus de l'arcade dentaire produit un affaissement suivi bientôt du relèvement de la paroi, qui se redresse eu faisant entendre un bruit semblable à celui que donne le froissement du parchemin. Ce signe, qui est dil à l'amincissement de la paroi osseuse, disparaît, et la tumeur devient molle, rénitente comme un abcès, lorsque l'os a été complètement détruit. Si on applique alors deux doigts sur la saillie buccale ou bien un doigt sur cette saillie et un autre sur celle de la joue et qu'on presse avec l'un d'eux pendant que l'autre reste immobile , on peut sentir de la fluctuation.

Lorsque la tumeur a pris un certain développement, les dents correspondantes s'ébranlent, la narine du même côté se rétrécit , et le nez est repoussé du côté opposé. Il est remarquable que dans les faits publiés on n'ait pas noté de larmoiement ni de tumeur lacrymale concomitante. L'absence de ce symtùme est encore favorable à l'opinion qu'il s'agit plutôt de kystes que de collections dans le sinus, car il est difficile qu'une collection écarte les parois de cette cavité sans aplatir eu même temps le canal nasal.

Abandonnée à elle-même , cette maladie s'accroit incessamment et déforme de plus en plus le visage. Il est vraisemblable qu'elle finirait par s'ouvrir spontanément du côté de la bouche ; cependant nous ne connaissons pas d'exemple de ce genre : dans tous les cas rapportés par les auteurs, l'art est intervenu avant que cette terminaison ait eu lieu.

Dlagnoslic. — Il se fonde sur la marche de la maladie, la lenteur de son développement, l'absence presque complète de douleurs , et la dépression avec craquement de la paroi antérieure amincie. L'inflammation de la membrane muqueuse du sinus dilaté pourrait faire penser à uu abcès , et le grand développement que prend Ij

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