‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 30 sur 177 · I. Les verrues sont de petites saillies nées de la · texte numérisé non relu

I. Les verrues sont de petites saillies nées de la

My\LADIES DES PAUPIERES.

partie laplus superficielle du derme, aplaties, quelquefois coniques , ordinairement allongées , ce qui leur a valu, de la part de Maître- Jan, le nom de verrues pendantes. On en trouve habituellement plusieurs et parfois un grand nombre sur l'une et l'autre paupières, des deux côiés ou d'un seul. Ces saillies ne gênent en rien les fonctions visuelles et ne contrarient que par la petite difformité qu'elles produisent.

Elles peuvent disparaître spontanément. Si cette disparition n'a pas lieu et que le malade préfère en être débarrassé , le meilleur mode de traitement est l'excision, que l'on pratique avec des ciseaux courbes, en saisissant préalablement le petit corps avec des pinces à grillés. C'est une opération très-simple, que cependant il vaut mieux ajourner pendant les épidémies d'érysipèle, ou lorsque les malades sont mal disposés.

II. Lespo/reaMar forment des tumeurs plus larges, moins saillantes que les précédentes , souvent fendillées à leur surface, offrant quelquefois un aspect qui a été comparé à celui de la tête du vrai thym blanc de Candie: de là nom de verrue thyinale , qui lui est donné par les anciens et encore par Maitre-Jan. Ils ne sont pas plus gênants que les verrues; mais, dans quelques cas et en particulier chez les sujets avancés en âge, la tumeur se fendille davantage, saigne de temps en temps , et devient le siège de démangeaisons ou de fourmillements : d'où le nom de fourmillière , qui a été employé autrefois. On peut craindre alors que la tumeur ne se transforme en noli me tangere.

Tant que les poireaux n'occasionnent que de la difformité , on peut les abandonner à eux-mêmes : l'opération qu'il faudrait faire pour les enlever serait un peu plus sérieuse que dans le cas précédent , et donnerait une plaie assez étendue pour que l'on put craindre un érysipèle de la face ou un renversement consécutif de la paupière. Mais , lorsque les démangeaisons arrivent, il vaut mieux ne pas attendre que la transformation en tumeur maligne ait eu lieu , et il faut débarrasser les malades à l'aide d'un caustique ou de l'instrument tranchant. Le premier de ces procédés est le moins avantageux car il serait quelquefois difficile, à cause des mouvements de la paupière , de limiter exactement à la tumeur l'action du caustique , ou bien on serait obligé d'employer un caustique trèsfaible, dont il faudrait renouveler souvent et pendant longtemps l'application. Le bistouri est plus sur et plus prompt : on circonscrit le mal entre deux incisions semi-elliptiques dirigées transversalement , afin que la cicatrice se perde dans les

plis de la paupière; puis on dissèque, en ayant soin de ne pas aller trop profondément et de ne pas entamer la conjonctive : on réunit enfin avec im ou deux points de suture ou avec desserres fines. Cette précaution n'est cependant pas indispensable : si l'on éprouve trop de difficulté à placer les moyens unissants , il vaut mieux s'en passer et laisser suppurer la petite plaie.

§ V. — Kystes dcriaoïdes on lonpes.

Ces sortes de tumeurs ne sont pas rares sur les paupières. Celles qui apparaissent sur le bord libre diffèrent de celles qui occupent l'épaisseur même de l'organe.

I. Les kystes du bord libre se présentent sous l'aspect de petites saillies grosses comme des grains de millet ou de chènevis, qui s'avancent entre les cils en proéminant plutôt du côté de la peau que du côté de la conjonctive. Quelquefois ils sont jaunâtres , parce que le liquide qu'ils renferment est séreux. D'autres fois ils sont gris ou blanchâtres , parce le contenu est de la matière sébacée plus ou moins altérée. Le nom de millet, donné par les anciens auteurs à ces kystes, s'explique par leur volume et leur couleur, qui rappellent souvent la graine de ce nom. D'autres ont trouvé une analogie avec les grains delà grêle, et ont préféré les appeler chalazions ou grêlons. D'autres encore avaient imaginé, pour les cas dans lesquels la matière sébacée est durcie et concrète, les noms de lapis palpebrarum, lithiasis. Aujourd'hui que les dénominations empruntées aux caractères anatomiques prévalent , ces expressions sont à juste litre bannies du langage habituel de la chirurgie.

L'origine de ces kystes n'est pas expliquée de la même manière par tous les auteurs. Le grand nombre, et parmi eux Scarpa , les ont regardés comme une production spéciale du tissu cellulaire de la région; mais il est beaucoup plus rationnel de les attribuer à l'oblitération du goulot d'un follicule et de les regarder comme de petits kystes dermoïdes. Cette opinion , qui ne saurait être contestée pour les cas dans lesquels le contenu est de la matière sébacée, pourrait lïètre pour ceux dans lesquels le contenu est séreux. Cette région n'est cependant pas la seule dans laquelle des follicules oblitérés peuvent fournir un liquide séreux : nous en avons vu des exemples au cuir chevelu , et l'on comprend en effet que la sécrétion puisse être modifiée par la lésion qui a été suivie de la disparition du goidot.

Cette maladie n'occasionne, dans la plupart des

KYSTES DERMOIDES.

cas, aucune douleur ni même aucune gêne. Abandonnée à elle-même, elle reste souvent stationnairc et peut même disparaître. Quelquefois cependant nous avons vu la petite tumeur s'accroître, arriver au volume d'un gros pois, et gêner davantage en se portant un peu du côlé de la conjonctive qu'elle irritait pendant le clignement.

Le trahemenl est'des plus iaciles : lorsque les malades sont ennuyés ou gênés par la présence de la tumeur, il faut l'enlever. Les parlies étant trop tenues pour que l'on puisse inciser et disséquer comme on le fait dans les autres régions, il suflit de saisir la petite saillie avec une pince à griffes ou un ténaculum et de couper en arrière de cet instrument avec de petits ciseaux courbes. S'il reste une poitiou un peu considérable du fond de la poche , on y porte de l'azotate d'argent ; mais cette précaution n'est pas habituellement nécessaire pour empêcher la récidive.

Si le malade élait trop pusillanime pour se soumettre à l'opération précédente , on pourrait recourir au pi'océdé suivant, indiqué par M. Carron du Villards (t. i"'', p. 272): on remplit de poudre de Vienne humectée la cannelure d'une aiguille à inoculation, que l'on enfonce ensuile au centre de la tumeur, en lui imprimant un mouvement de rotation.

IL Les kystes qui occupent l'épaisseur même des paupières sont formés par de petites poches, contenant de la matière sébacée plus ou moins épaisse, et dues à l'oblitération d'un follicule sébacé ordinaire ou de l'un des grains glanduleux qui concourent à la formation des glandes de Meibomius. Les parois de cette poche sont habituellement minces, et le contenu est une matière grasse semi- liquide, dans laquelle se trouvent mélangés des lamelles d'épithéiium et souvent des poils très-lins. Quelquefois les parois ont pris une grande épaisseur, et la quantité de matière .sébacée est peu abondante, ou bien cette matière est devenue très-dense. Ces dispositions expliquent la dureté que présente , en pareil cas , la tumeur.

Ces kystes peuvent se développer dans l'une ou l'autre paupière; mais la supéi'ieure en présente plus souvent que l'inférieure. Il peut y en avoir un seul ou plusieurs à la fois. Leur situalion et leurs connexions sont variables : les uns sont placés sous la peau, entre elle et le muscle orbieulaire ; les autres sont placés sous la conjonctive enire elle et le même muscle. Quelques-uns n'imt aucune adhérence importante ; d'autres adhèrent au cartilage tarse. L'origine et l'évolution de la

maladie expliquent très-bien ces variétés. Supposez un kyste formé aux dépens d'un follicule sébacé ordinaire , il sera sous-cutané, mais pourrait à la rigueur se diriger vers la conjonctive à travers les libres minces et écartées de l'orbiculaire, et même comprimer, chemin faisant, le cartilage larse, le détruire ou l'échancrer, en amenant un travail d'absorption. Supposez la tumeur formée aux dépens d'une glandule de Meïbomius , elle pourra se développer aussi bien du côté de la peau que du côlé de la muqueuse, et l'on comprend en ce cas que des adhérences puissent s'établir entre elle et le cartilage.

Boyer fait remarquer , et nos observations .sont d'accord avec les siennes, cjue les loupes de la paupièresupérieurefontplussouventsaillieducôlédela peau que du côté de la muqueuse, et que celles de la paupière inférieure s'avancent plus souvent sous la conjonctive. Scarpa a eu le tort d'établir d'une manière générale que tous les kystes des paupières proéminent sous la conjonctive : ceci est vrai pour ceux de l'inférieure ; mais, comme ceux de la paupière supérieure sont ordinairement sous-cutanés et qu'en définitive ils sont plus fréquents , la doctrine de Scarpa est inexacte pour plus de la moitié des cas.

Vétiologie est aussi obscure que celle de la plupart des loupes ; on remarque seulement que la maladie est quelquefois congénitale , et' cest particulièrement dans celte circonstance qu'elle renferme des poils.

Symptômes. — Les kystes sous-cutanés forment des saillies apparentes à l'œil, arrondies, indolentes, sur lesquelles la peau glisse avec faciliié, et qui ont une fluctuation difficile à constater, parce qu'il n'y a pas de point d'appui en arrière. Arrivés au volume d'un gros pois, ils cessent ordinairement de s'accroître, et alors trois choses peuvent arriver : ou bien ils restent indéfiniment dans le même état sans se modifier, ou bien ils diminuent peu à peu et disparaissent spontanément, ou bien leurs parois s'épaississent et ils finissent par ressembler à des tumeurs fibreuses. Il faudrait regardei' comme exceptionnels les cas dans lesquels la petite poche viendrait à suppurer. La première de ces terminaisons est la plus fréquente. La seconde s'observe plus souvent dans cette région que partout ailleurs. Scarpa et d'autres auteurs ont déclaré que la dispariiion spontanée des loupes était impossible, mais l'expérience nous a démontré que cette opinion n'est pas exacte, et Demonrs a bien dit aussi qu'il en était souvent autrement. Peut-être cependant ce dernier auteur est-il allé

MALADIES DES PAUPIERES

trop loin en disant que 25 fois sur 100 la disparilion spontanée avait lieu.

Les kystes sous-corijonctivaiix ne st voient pas toujours à travers la peau et ne se reconnaissent de ce côté qu'au moyen de la pression, qui permet de sentir un petit noyau dur, anormal ; ils devieunent cependant visibles , lorsqu'ils sont arrivés à un certain volume. Pour les bien voir, il faut renverser fortement la paupière avec un ou deux doigts, qui exercent des tractions dans le sens opposé au bord h'bre. Si les doigts glissent, on les enveloppe d'un linge sec. Lorsque la tumeur est mise à découvert, on trouve souvent la conjonctive injectée et rongea son niveau. Abandonnés à eux-mêmes, ils peuvent, comme les précédents, rester indéfiniment stalionnaires, ou bien s'épaissir et devenir comme libreux, ou enfin disparaître spontanément. La disparition peut s'opérer de deux manières, ou bien il y a ab.^orption lente de la matière contenue et diminution graduelle de la poche , comme cela arrive pour les kystes sous-cutanés, ou bien la tumeur s'ouvre du côté de la conjonctive. On voit alors apparaître sur la face interne de la paupière une saillie rouge, fongueuse , parfois légèrement bosselée , formée par la surface interne exubérante du kyste , et au centre de laquelle se trouvent une dépression et une ouverture. Cet état persiste pendant quelques semaines ; puis peu à peu les fongosités s'affaissent, la rougeur diminue, la cavité s'efface, et tout disparaît sans laisser de traces. Les choses se sont passées du moins de cette manière sur deux malades que l'un de nous a pu suivre attentivement. Il n'est pas impossible cependant qu'à la suite de cette ouverture spontanée les végétations fongueuses manquent, et que même une récidive ait lieu.

Traitement. — Comme les kvstes des paupières sont peu incommodes et qu'ils peuvt-nt disparaître sans opération , le chirurgien ne doit pas se hâter de proposer cette dernière , et surtout il ne doit pas la présenter comme une ressource absolument indispensable : car si, en temporisant, le malade voyait sa tumeur guérir, il serait disposé à accuser d'ignorance le chirurgien qui n'aurait pas prévu et indiqué la possibilité de cette terminaison. Lorsqu'après avoir exposé les chances ', douteuses, quoique réelles , d'une guérison sans opération, le malade préfère attendre, il est bon de prescrire l'u<age des résolutifs. Ce n'est pas que nous ayons une grande confiance dans leur efficacité, mais nous ue pourrions démontrer non plus qu'ils sont absolument inutiles , et leur emploi douue toujours aux malades une certaine satisfac-

tion. Les auteurs nous ont transmis beaucoup de formules de ces pommades dont les anciens étaient si prodigues dans le traitement des maladies externes. Chacun a la .sienne à laquelle il donne la préférence. .Morgagni conseille surtout l'eau régale; Maitre-Jan, l'emplâtre oxycroscum, l'emplâtre de Vigo ; Boyer, l'emplâtre de savon; M. Carron du ■N'il lards, la pommade d'hydrochlorate d'or. Aujourd'hui nous préférons de petites frictions faites matin et soir sur la fumeur avec l'onguent mercuriel ou avec une pommade d'hydriodate de potasse ou d'iodure de plomb; nous avons plusieurs fois vu disparaître des loupes à la suite de ces derniers moyens. Quoiqu'il ne faille peut-être voir là qu'une comcidence, nous les prescrivons cependant lorsque la tumeur est peu volumineuse et que les malades redoutent une opération.

Si ce traitement , continué pendant cinq ou six semaines , ne donne aucun résultat, ou lorsque les malades sont décidés à ne pas attendre, on en vient à une opération qui est presque toujours sans danger. L'incision simple suffirait à la rigueur, si le kvste était très-petit; mais, dans les autres cas et même quelquefois dans ceux-là, il y a à craindre uue récidive : il vaut donc mieux pratiquer l'ablation complète ou la cautérisation.

Jblation. On peut la faire en incisant la conjonctive ou en incisant la peau. Le premier de ces procédés a pour avantage de ne pas laisser de cicatrice apparente; mais il expose à un entropion. Le second laisse une cicatrice, mais qui est ordinairement peu visible , parce qu'elle se perd dans les plis delà région. Scarpa etMackenziesont partisans presque exclusifs du premier mode. Le plus grand nombre des chirurgiens anciens et modernes donnent la préférence à l'un ou à l'autre , suivant les cas. La règle est, suivant nous , d'opérer du côté oîi la tumeur est le plus proéminente et le plus superficielle : ce sera donc plus souvent du côté de la peau à la paupière supérieure , du côté de la conjonctive à l'inférieure.

1° Pour opérer du côté de la peau, les instruments indispensables sont : un petit bistouri convexe , une érigne , une pince à disséquer , une éponge et de l'eau. Le malade est assis et a la tète maintenue contre la poitrine d'un aide, dont l'une des mains tend la commissure externe et est prête à saisir au besoin l'érigne ou l'éponge. La manœuvre est un peu plus difficile que dans les autres régions, à cause de l'absence de point d'appui par derrière, de la mobilité de l'organe, et de la laxité de la peau. La commissure étant tendue par le doigt de l'aide , le chirurgien fixe la tumeur avec deux doigts de sa main gauche et fait une incision transversale, en prenant soin de ne pas aller

KYSTES DERMOIDES.

trop profondément, afin de ne pas ouvrir la poche. Il saisit ensuite les deux lèvres de la plaie et les dissèque. Ce temps de l'opéraiion est délicat , parce que la paupière se meut à tout moment et qu'il est difficile de l'immobiliser ; les deux mains du chirurgien étant employées pour la dissection occupent d'ailleurs trop de place pour que les doigts de l'aide puissenlctre utilisés. Une fois que la tumeur est mise à découvert, on l'accroche avec une érigne que l'on confie à l'aide , et on continue la dissection , en se servant des doigts de la main gauche pour écarter les bords de la plaie et faire saillir davantage le kyste. Au moment oii l'on arrive à la face profonde , il faut porter l'instrument avec précaution , alin de ne pas entamer la conjonctive. Si l'on trouve la poche trop adhérente au cartilage tarse, il vaut mieux en laisser une partie que d'entamer ce dernier: l'opération n'est plus alors qu'une ablation partielle. Si, dans la première incision ou pendant la dissection, l'on avait ouvert le kyste involontairement et que l'évacuation de la matière sébacée empêchât de conlinuer la dissection, il y aurait à choisir entre deux partis : ou bien saisir chacune des moitiés de l'enveloppe avec une pince, et l'enlever moitié par dissection , moitié par arrachement ; ou bien laisser le kyste en place et cautériser sa surface interne. La tumeur une fois enlevée, ou réunit avec un morceau de taftètas d'Angleterre.

Les suites sont ordinairement très-simples : la cicatrice se fait sans suppuralion , sans douleur, et sans gonflement notable de la paupière. Dans quelques cas seulement, les parties se gonflent, et la réunion se fait après suppuration. On pourrait voir, à la suite de cette opération, deux accidents exceptionnels : la perforation de la paupière , et une fistule des canaux excréteurs de la glande lacrymale. La perforation a lieu lorsqu'on a entamé la conjonctive. Celte lésion ne laisse ordinairement aucune trace ; mais , dans deux cas, cités, l'un par Lupuytren, l'autre par M. Velpeau {Dlct. de méJ., article Paupières, p. 29), la réunion ne s'est pas faite , les bords se sont cicatrisés isolément, et une ouverture est restée. La fistule des canaux excréteurs pourrait à la rigueur arriver si, la tumeur occupant la partie externe de la paupière supérieure, on avait entamé un ou plusieurs de ces conduits pendant l'opération. Nous ne pourrions en citer aucun exemple ; mais, comme on a observé cette fistule à la suite des plaies accidentelles , il n'est pas impossible qu'elle arrive après une plaie faite par le chirurgien. On évitera le premier de ces accidents, en multipliant les soins et les précautions pendant l'opération. Nous n'avous aucun moyen pour éviter le second. S'il

avait lieu , on se comporterait comme nous l'indidiqueions plus loin.

L'opération que nous venons de décrire n'a pas toujours été exécutée de cette manière. On s'est surtout préoccupé de moyens destinés à soutenir et immobiliser la paupière. Dans ce but, on plaçait autrefois en arrière d'elle une capsule en plomb ou en aigeot. Chopart et Desault se Servaient d'une plaque en or ou en cuir. D'autres ont conseillé d'introduire le doigt indicateur. Tous ces moyens ont pour inconvénient d'irriter douloureusement la muqueuse oculaire, dont on connaît la vive sensibilité , et de provoquer des efforts de contraction qui gênent l'opérateur. On peut s'en passer sans inconvénient. M. Velpeau fixe en même temps la paupière et la tumeur avec une pince à griffes implantée à travers les téguments, et il circonscrit entre deux incisions, pour l'enlever, la petite portion de peau embrassée par la pince. Enfin M. Desmarres a fait faire une pince-anneau, dont une des lames, plane, est glissée derrière la conjonctive et sert de soutien , tandis que l'autre , disposée en anneau , vient appuyer sur la peau autour de la paupière. L'usage de cet instrument est encore douloureux ; il est d'une application difficile pour les tumeurs qui ne correspondent pas exactement à la moitié de la paupière; il est enfin inutile , parce que les petites difficultés de l'opération sont liientôt surmontées par ceux qui ont assez l'habitude de la chiriu'gie pour se servir efficacement de leurs doigts et des instruments ordinaires.

2° Pour opérer du côté de la conjonctive, le malade et le chirurgien étant encore assis l'un vis-à-vis de l'autre, on saisit la paupière avec la main gauche, en plaçant le pouce sur le bord libre, et le doigt indicateur sur la peau, au niveau de la tumeur, qu'il presse et refoule. Le kyste étant ainsi rendu saillant, on incise transversalement la muqueuse, on place l'érigne que l'on confie à un aide , et on achève l'opération comme il a été dit tout à l'heure. On abandonne ensuite la plaie à elle-même, et la cicatrisation s'opère rapidement. Ce procédé est plus douloureux que le précédent, et, si l'on fait une trop large incision et que la plaie suppure, il peut y avoir consécutivement un entropion , comme M. Velpeau en a vu deux exemples (ioc. cil., p. 292). Cependant, l'opération faite par cette voie étant plus expéditive et ne laissant pas de cicatrice, il convient de lui donner la préférence dans les cas où la tumeur est sous-conjonctivale.

Cautérisation. Cette opération se compose de deux temps : 1" incision de la peau et du kyste, 2" cautérisation de l'intérieur de la poche. Pour inciser , on fixe la partie aussi solidement

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que possible, el ou y plouge la pointe du bistouri teuu en quatrième ou cinquième position, en traversant du même coup la peau et la paroi de la tumeur; on relève ensuite le manche, et on incise transversalement. Il faut avoir soin que la pointe n'aille pas assez profondément pour atteindre la conjonctive. Quelquefois, malgré la fixité donnée à la peau, celle-ci glisse sur la tumeur, et la pointe pénètre au-dessus ou au-dessous. Dès qu'on s'en aperçoit, on fixe de nouveau les téguments , ou , ce qui vaut mieux, on incise d'abord la peau et ensuite le kyste mis à découvert. Pour le second temps , on porte dans Initérieur de la poche un crayon pointu d'azotate d'argent, que Ton promène exactement sur toute sa surface interne. Il n'ya pas de réunion à faire; on place seulement un petit pansement prolecteur. Cette opération est assez douloureuse, et ses suites sont plus longues et plus compliquées que cellesde l'extirpation. Au deuxième ou troisième jour, la paupière est rouge , tuméfiée, œdémateuse, et la suppuration s'établit. Le kyste doit tomber en gangrène et se détacher, ou bien s'oblitérer par l'adhésion des boutons charnus qui y prennent naissance. Or ces phénomènes ne peuvent être accomplis qu'au bout de quinze ou vingt jours au moins. Pour ces raisons, et malgré l'appui que donne à ce procédé l'autorité de ■\laitre-Jan et de Dupuytren , nous le regardons comme inférieur à l'extirpation. Nous le réservons pour les cas dans lesquels celte dernière n'aurait pu ètie terminée heureusement , et eu particulier pour ceux dans lesquels une adhérence irop forte au cartilage tarse obligerait à laisser une portion considérable du kyste.

La cautérisation , après incision du côté de la conjonctive est encore plus désavantageuse ; car , malgré la précaution qu'indique M. Velpeau de ne lâcher la paupière qu'après avoir bien abstergé la plaie et enlevé toutes les parcelles du caustique, il est difficile que la conjonclive oculaire ne soit pas irritée très-douloureusement et enflammée par le contact de la plaie cautérisée. Sans doute cet accident n'aurait pas ordinairement de suites fâcheuses ; mais il est inutile d'y exposer le malade , puisque l'ablalion rLçft're pas cet inconvénient et est au moius aussi sûre dans ses résultais.

Ces diverses opérations, comme toutes celles c]ue l'on fait dans la région oculo-palpébrale , se compliquent souvent d'une syncope : il faut y songer à l'avance, et avoir sous la main tous les moyens propres à y remédier. Si l'on n'avait pas autour de soi assez de personnes pour donner, en pareil cas, les secours nécessaires, ce serait un motif pour opérer le malade couché plutôt qu'assis.

S'il y avait deux tumeurs sur la même paupière, ou bien une sur l'inférieure et une sur la supérieure, on pourrait sans inconvénient les opérer dans la même séance. S'il y en avait à droite el à gauche, il vaudrait mieux ne pas opérer le même jour des deux côtés, afin de ne pas priver le patient de ses deux yeux , dans le cas oîi un gonflement considérable arriverait. On pourrait d'ailleurs s'en rapporter sur ce point au désir du malade.

En résumé , l'extirpation est la méthode générale : on la fait du côté de la peau , lorsque la tumeur y proéraine le plus ; du côté de la muqueuse, lorsque la tumeur y est plus saillante. La cautérisation est réservée pour les cas dans lesquels l'extirpation ne peut êlre complète. L'incision simple, de même que l'acupuncture conseillée par Tyrrell, doit êlre rejetée à cause des récidives.

Si le kyste s'était ouvert spontanément sur la conjonctive et que des fongosités s'élevassent de son fond, une cautérisation faile de temps à autre avec l'azotate d'argent suffirait pour accélérer la guérison, qui a de la tendance à se faire spontanément.

g TI, — Tamenrs fibreuses on bypertrophiqnes.

On trouve quelquefois dans l'épaisseur des paupières de petites tumeurs dures , concrètes , qui présentent , dans leur volume cl leurs l'apporls avec la peau et la muqueuse, les mêmes variétés que les kystes sébacés. Elles sont décrites par les anciens sous le nom de chalazions, en même temps que les petites tumeurs enkystées du bord libre. Lisfranc et M. Carron du Yillards les ont considérées, dans ces derniers temps, comme des productions du tissu cellulaire, et les ont appelées tumeurs inflammaloires chroniques ou mrf«r<5ej ( Lisfranc , Clinique chirurgie. , t. i""", p. 363), tumeurs hyperlropliiques du tissu paipébrai {Cm-on du Yillards, t. i<='', p. 286).

Parmi ces tumeurs, les unes sont tout à fait pleines et formées par un tissu solide, dense, fibreux ; les autres, et celles-ci sont les plus fréquentes , ont une petite caviié dans leur intérieur. Quelquefois celte cavité aboutit à la conjonclive palpebrale par un orifice ; d'autres fois elle est fermée et contient une 1res -petite quantité de matière sébacée.

L'origine de ces tumeurs est simple, et cependant n'a pas été suffisamment indiquée. Celles qui sont pleines ont pour point de départ un orgeolet à marche lenlc, qui n'a pas suppuré et s'est terminé par induralion et hypertrophie du tissu cellulaire. Celles qui sont creuses sont formées par

TUMEURS ÉRECTILES

des follicules sébacés, dont les parois , considérablement épaissies, ont clî'acé presque entièrement la cavité. Les follicules ainsi altérés pouvant à une certaine époque s'ouvrir comme le fout les kystes ordinaires, on comprend le trajet lïsluleux qu'ont indiqué, sans pouvoir l'expliquer, Lisfranc et iU. Carron du Villards. Ces auteurs ont eu le tort de donner ce trajet comme constant ; il est au contraire exceptionnel, et nous avons eu plusieurs fois l'occasion de trouver de ces tumeurs concrètes qui n'en présentaient aucun vestige.

Le traitement est le même que celui des kystes. On essaie d'abord les résolutifs, et s'ils ne réussissent pas, on pratique l'extirpation , eu suivant les règles précédemment indiquées.

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