‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 34 sur 177 · TUMEURS DIVERSES · texte numérisé non relu

TUMEURS DIVERSES

appelle hydatides de la glande lacrymale, dénomiuation évidemment fautive , puisqu'il s'agit là, non pas d'hydatides véritables, mais de poches contenant un liquide transparent ou citrin. Nous ne connaissons qu'un seul cas d'aulopsie,qui est rapporté par Scbmidt. La tumeur occupait la partie supérieure et externe de l'orbite, répondait en dehors à la voûte orbitaire du frontal , en dedans au globe de l'œil , qu'elle repoussait , en avant à la paupière supérieure ; sa partie externe était en outre recouverte par des granulations dissociées de la glande lacrymale. Il n'est pas démontré que, dans ce cas, le kysie s'était développé dans une ou plusieurs des granulations plutôt que dans le tissu cellulaire placé à la partie supérieure et externe de l'orbite. La même incertitude se présente pour les cas qui n'ont été observés que sur le vivant. Sans doute il ne répugne pas d'admettre que des kystes puissent avoir leur origine dans les canalicules de la glande; mais encore faudrait-il que la preuve anatomique de cette origine eût été donnée pour qu'on fût autorisé à l'accepter aussi facilement que l'ont fait Scbmidt et Mackeuzie.Pour nous , sans nier absolument l'existence de ces kystes glandulaires, nous désirons pourtantque des recherches analomo-pathologiques en démontrent l'existence mieux que cela n'a été fait encore, et, jusqu'à ce que cette démonstration ait été donnée , nous conserverons des doutes sur l'origiue précise des kystes dont il est ici question.

Quoi qu'il en soit , les symptômes qu'on leur attribue sont : au début, une douleur sourde et gravative dans l'orbite; plus tard, l'impossibilité de porter l'œil en haut et en dehors, et le gonflement de la paupière supérieure) avec fluctuation; plus lard encore, le strabisme ou même l'exorbilisme, résultant de ce que l'œil est refoulé en avant et en bas. Cette exophthalmie s'accompagne quelquefois de la perte de la vision. Dans une des observations de Mackenzie, il est survenu une ophthalmie, et les désordres sont allés jusqu'à la fonte de l'œil et à la transformation fongueuse delà conjonctive. Abandonnés à eux-mêmes, ces kystes ne cessent pas de s'accroître . En conséquence , la difformité augmente, et avec elle les chances de pertes de l'œil.

L'opération la plus propre à remédier radicalement au mal serait l'ablation complète de la tumeur; mais cette opération n'est pas toujours praticable, à cause du volume du kyste, de la profondeur et de l'inextensibilité de la cavité orbitaire. Les autres méthodes opératoires à mettre en usage sont l'injection iodée et l'incision. L'injection iodée doit être employée d'abord : sa réussite n'est pas certaine, mais elle n'offre aucun inconvénient.

L'incision doit être faite parallèlement aux plis de la paupière : le liquide une fois évacué, on remplit la poche de charpie, afin de la faire suppurer. La guérison définitive n'a lieu qu'après plusieui's semaines de suppuration. Si la tumeur procminait sensiblement sous la conjonctive, pourrait-on l'ouvrir de ce côté ? Malgré le succès obtenu par Rudtorfer dans un cas rapporté en détail par Mackenzie , nous ne donnerions pas la préférence à ce procédé, car il ne permettrait pas les pansements et l'introduction journalière de la charpie qui sont nécessaires pour exciter la suppuration et empêcher l'occlusion prématurée de l'ouverture.

Art. V. ■ — Tumeurs solides , hyperlrophie, cancer, etc.

On n'a guère observé le cancer véritable de la glande lacrymale que dans les cas où il y avait eu propagation vers cet organe d'un cancer de l'œil ou de l'orbite. Dans les faits publiés comme des exemples de cancer isolé de la glande lacrymale, on n'est pas certain que la dégénérescence était réellement cancéreuse. M. Roux a depuis longtemps élevé des doutes sur la réalité de cette affection ( Mélanges de chirurgie, art. Cancer). Mackenzie a fait remarquer que les tumeurs réputées cancéreuses de la glande lacrymale ont pour caractères : 1° d'attaquer les enfants aussi bien que les adultes , 2° d'affccler rarement les ganglions lymphatiques, 3° de ne pas s'ulcérer, A" de ne pas récidiver après l'extirpation. Ce ne sont pas là assurément les caractères pathologiques des affections malignes et cancéreuses, et comme , d'un autre côté , l'anatomie pathologique des tumeurs qui nous occupent n'a pas été faite jusqu'ici d'une manière rigoureuse, il y a des doutes à concevoir sur la véritable signification des faits publiés par les auteurs sous les titres de cancer, squirrhe , engorgement cancéreux , engorgement squirrheux de la glande lacrymale. Il nous parait, quant il nous, probable que, dans la plupart de ces observations, il s'agissait, soit de l'altération aujourd'hui désignée sous le nom de tumeur libroplastique, soit d'une hypertrophie glandulaire. Du moins cette dernière lésion a-t-elle été positivement constatée depuis quelques années, et nous pourrions en citer trois exemples, l'un qui a été présenté à la Société de chirurgie , au mois d'octobre 1851, par M. Chassaignac, et les deux autres qui ont été insérées dans les Annales d'oculistique (t. xix, p. 246, et t. xxiii, p. 14G).

Dans un de ces trois cas, l'hypertrophie, observée sur un enfant de cinq ans et demi, datait de la naissance, et la tumeur, extirpée par M. Cu-

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