MALADIES DE LA GLANDE LACRYMALE
nier, présentait deux substances clans lesquelles un examen attentif fit reconnaître, d'une part, les granulations, et, d'une autre part, les conduits de la glande lacrymale. La première de ces substances paraissait en effet formée de vésicules du volume d'une tête d'épingle, d'ime couleur jaune blanchâtre, disposées par groupes, et dont la face interne était tapissée par des cellules épithélialcs qui devenaient visibles sous un fort grossissement. L'autre se décomposait en un certain nombre de canaux subdivisés , lisses, d'un rouge pâle, arrondis, ayant, après leur section, une ouverture centrale de 2 à 6 millimètres de diamètre, et présentant plusieurs dilatations en ampoule. Dans les deux autres cas, l'hyperirophie n'était point congénilale ; mais les caractères anatomiques, constatés avec le plus grand soin , furent exactement les mêmes.
Une autre variété de tumeur fort singulière , également observée dans l'épaisseur même de la glande lacrymale , se distingue par la coloration verdàtre et la consistance comme cartilagineuse du tissu malade, ainsi que par le développement simultané de tumeurs analogues à la surface de la dure-mère crânienne. Nous avons signalé déjà dans un autre endroit de cet ouvrage ( t. ii, p. 721 ) les tumeurs vertes de la dure-mère observées par MM. Bal four et Durand -Fardel : dans le cas de M.Balfour, les deux orbites étaient remplis en même temps par une substance analogue. Dans deux autres faits rapportés par Mackenzie et par Allan-Burns, on trouva les glandes lacrymales hypertrophiées et vertes , en même temps que des fongus semblables existaient sur divers points de la dure-mère. Quelques auteurs ont donné à cette forme de maladie le nom de chlorôme.
Les tumeurs solides de la glande lacrymale donnent lieu à des symptômes qui peuvent être rapportés à quatre périodes. Dans la première, il y a de l'épiphora et une sensation de chaleur à la partie externe de l'orbite , sans tumeur appréciable. Dans la seconde , une tumeur dure et bosselée vient occuper la paupière supérieure, et on observe quelques troubles dans la vision, tels que des bluettes, des étincelles, la diplopie, un affaiblissement notable. Dans la troisième , la tumeur, en se développant, chasse l'œil de l'orbite. Dans la quatrième, l'exophthalmie augmente , la vision s'altère davantage et finit par se perdre ; quelquefois l'œil s'enflamme, s'ulcère, prend l'aspect fongueux. En même temps, les parois de l'orbite sont écartées , résorbées par place , et déformées. La tumeur envoie dès lors des prolongements dans les régions temporale et frontale ; elle peut même, en détruisant la voûte orbitaire , arriver dans le crâne , et déter-
miner des accidents mortels , ainsi que Mackenzie en rapporte un exemple.
Le diagnostic n'est pas possible avant que la tumeur soit devenue palpable , et alors il reste encore à en déterminer la nature. Est-ce bien une tumeur solide, et non pas un kyste; et, dans l'hypothèse d'une tumeur solide, s'agit-il d'une simple hypertrophie ou d'une affection de mauvaise nature ? L'absence de la fluctuation indiquera une tumeur solide ; mais la présence de ce signe n'autorisera pas absolument à conclure que la tumeur est purement liquide , car il y a des productions mixtes dans lesquelles une partie est liquide et une autre partie solide. L'indolence de la tumeur, la lenteur de son développement, le bon état de la saute généi'ale , feront incliner vers l'idée d'une hypertrophie ou tout au moins d'une production de bonne ualure. Ou devra au contraire, dans les conditions opposées, redouter une altération cancéreuse.
Quoique la compression des organes voisins, la suppuration et la fonte de l'œil, soient de fâcheux accidents , la mort est rarement la conséquence de ces sortes de tumeurs , et, quand les soins de la chirurgie sont administrés assez tôt, il y a lieu d'espérer une guérison sans récidive.
L'extirpation de la tumeur est la seule ressource, et il faut la pratiquer le plus tôt possible, afin de ne pas laisser à la lésion le temps de comprimer les parties voisines, de troubler la vision, de chasser l'œil hors de l'orbite , ou d'en produire l'ulcération et la fonte purulente. L'apparition de ces accidents ne devrait pas cependant empêcher de recourir à l'opération : bien que celle-ci fût alors pratiquée avec des chances moins favorables , elle n'en serait pas moins indispensable pour arrêter les progrès du mal , et il ne serait pas impossible même que , sous son influence , l'œil reprit sa place , sa forme, son apparence et ses fonctions.
L'ablation delà glande lacrymale altérée paraît avoir été pratiquée autrefois parDaviel, et elle a été faite dans ces derniers temps en Angleterre , par MM. Todd , O'Beirn , Lawrence , et en France, par M. Jules Ç\oi[\ii,\.{Archives gén. de méd. )
Dans le fait de M. Todd, l'œil était refoulé en avant et en bas et tellement abaissé que la cornée était sur la même ligne que le bord de l'aile du nez; la vue était complètement abolie. Le chirurgien fit une incision transversale sur la paupière supérieure, se servit alternativement du manche du bistouri et de l'extrémité moussede la sonde cannelée pour décoller les adhérences de la glande, et du bistouri boutonné pour les couper. L'organe enlevé était gros comme une noix. Les suites furent simples. Lœil reprit peu à peu sa position , mais ses fonctions restèrent à jamais perdues.
MALADIES DU LAC OU SINUS LACRYMAL
Dans celui de O'BeirnJ'cxophthalmie était moins prononcée , mais la vision était double , et il n'y avait pas une appréciation exacte de la dislance. La tumeur fut enlevée comme dans le cas précédent ; elle était dure et cartilagineuse. L'œil reprit sa posilition , et la vue fut notablement améliorée.
Bans celui de Lawrence, il y avait exophihalmie , inflammation de l'œil et de la conjonctive; la cornée était terne et ulcérée dans un point. Pour enlever la tumeur, le chirurgien fit une incision transversale sur la paupière supérieure, et deux autres verticales , qui lui permirent de tailler un lambeau qu'il releva vers le front. La glande, qui était encore dure et cartilagineuse, fut enlevée entièrement. L'œil reprit sa position, la phlegmasie disparut, la cornée redevint transparente.
Dans celui de M. Gloqnet ( Archives gén. de méd., 3^ série, t. vu, p. 90), la vision, qui avait été double pendant quelque temps , ne se perdit pas entièrement. Il y avait eu récidive après une première ablation, et le malade éprouvait des douleurs lancinantes presque continuelles. L'ablation fut faite au moyen d'une incision pratiquée le long du bord orbitaire , et l'œil fut conservé avec toutes ses fonctions. On ne sait pas s'il y a eu une troisième récidive.
Lorsque la paupière supérieure a été fortement allongée , on pourrait craindre qu'elle ne restât trop longue après l'opération. Il faudrait alors en enlever une partie au moyen de deux incisions semi-elliptiques.
Il est remarquable que, dans la plupart de ces opérations , après l'ablation de la glande, l'œil du côté opéré était lubréRé et humide comme avant l'opération. Nous attribuons ce résultat, d'une part, à la sécrétion muqueuse de la conjonctive , d'autre part , à la sécrétion fournie par les glandules palpébrales qui n'avaient pas été enlevées , et dont le produit est versé par des canaux et des orifices distincts, sur lesquels l'un de nous, M.Gosselin, a appelé l'attention dans un mémoire particulier. Mais, quoique, dans l'état habituel, l'œil reste aussi humide que celui du côté opposé , il a perdu la propriété de répandre des larmes sous l'influence des émotions tristes. On a même remarqué, sur le malade de M. J. Cloquet, que le besoin de pleurer occasionnait des douleurs vives et insupportables dans l'orbite , à la place occupée autrefois par la glande lacrymale. Nous aurons occasion de faire voir, dans l'article consacré à la tumeur lacrymale , le parti que la chirurgie a su tirer de ces faits et l'application heureuse qu'elle en a fait à la thérapeutique.
B. IVlALADIES DU LAC OU SINUS LACRYMAt.
Le lac ou sinus lacrymal est celle dépression du grand angle de l'œil oii arrivent et stagnent les larmes avant de s'engager dans les points lacrymaux. Son pourtour est formé en dehors par la commissure interne des paupières, en dedans par le repli semi-lunaire de la conjonctive, et de son fond s'élève la caroncule, organe glanduleux composé d'un amas de follicules qui sécrètent une humeur visqueuse destinée à retenir les corps étrangers charriés par les larmes.
Dans celle région , s'observent deux sortes de maladies : 1° l'inflammation; 2° des tumeurs de natures diverses, comprises sous la dénomination commune à'encatithis.
Art. P''. — Inflammation.
L'inflammation n'est le plus souvent qu'une extension de la phlegmasie générale de la conjonctive ; d'autres fois, elle a son point de départ dans le sinus lacrymal lui-même et s'y localise.
Les causes les plus fréquentes en sont alors les corps étrangers, plus irritants que les poussières habituellement arrêtées dans cet endroit. Ces corps étrangers peuvent d'ailleurs être amenés par les larmes ou venir de dehors. Dans un cas rapporté par M. Cunier,c'étaituncpaillettedefer(^«nfl/ej d'oculistiqiie, t. VU, p. 9). Dans un autre, observé par M. Desmarres, c'était une pointe de marron d'Inde. On l'a vu naître aussi sous l'influence d'une irritation occasionnée par un cil détaché et engagé dans le point lacrymal supérieur, de telle sorte que sa partie libre , dirigée en bas, venait frotter contre la caroncule.
Les principaux symptômes sont : le gonflement et la rougeur de la membrane semi-lunaire et de la caroncule, suivi bientôt de l'œdème des paupières; la sécheresse d'abord, puis la sécrétion et l'écoulement sur les joues d'un liquide acre et irritant; un sentiment de tension ou même une dordeur aiguë, comparable à celle que causerait une épineou un fer rouge enfoncé dans les parties malades. La terminaison la plus ordinaire est la résolution. Il peut se faire cependant qu'il y ait suppuration, formation d'un abcès, et destruction plus ou moins complète de la caroncule.
Celte petite maladie réclame les antiphlogistiques, les réfrigérants, les purgatifs. On peut espérer de la faire avorter en employant, dès le début, la glace ou les irrigations froides. Si elle est entretenue par un corps étranger, l'extraction de