MALADIES DES POINTS LACRYMAUX
ce corps doit èire faite. Les abcès seront ouverts avec le bistouri.
Art. II. — Tumeurs diverses de la caroncule lacrymale, ou encanlhis.
Le mot encanlhis n'a pas, au point de vue anatomo-pathologique, une signification très-rigoureuse. Les anciens l'ont employé pour indiquer toute tumeur développée dans le grand angle de l'œil , et, le plus souvent, sur la caroncule lacrymale. Les modernes ont reconnu que celte tumeur ■peut résulter de la présence d'un kyste, d'une hypertrophie partielle de la caroncule, du développement de quelque production polypeuse, fongueuse , cancéreuse, ou mélanique de cet organe. Scarpa employa même le mot lipome pour désigner la natiue de quelques-unes de ces productions. L'exti'ème rareté de ces affections explique l'obscurité qui enveloppe encore leur histoire.
La tumeur présente des caractères variables, suivant sa nature, son ancienneté, la période de développement à laquelle elle est parvenue. On la voit ordinairement grosse comme une lentille, un pois, une cerise. Elle est cepeudaut plus grosse daus certains cas : on cite des exemples de ces tumeurs qui pesaient jusqu'à 750 grammes, et qui avaient le volume d'une orange. Purmann raconte, dans son livi'e intitulé Chirurgiacuriosa,^. 133, l'observation d'un cncanthis qui était gros comme le poing et pendait sur la joue. Scarpa fait observer avec raison que, dans ce fait, l'origine de la production morbide sur la caroncule lacrymale u'est pas démontrée par la relation de l'auteur. Quelquefois la tumeur est sessile, d'autres fois elle est pédiculée. Le plus souvent, elle n'a qu'une seule raciue sur la caroncule lacrymale et en même temps sur le repli semi-lunaire. Elle peut en avoir plusieurs, ou plutôt la racine principale peut envoyer des prolongements dans la paupière supérieure, dans l'inférieure, sur l'œil même, jusqu'au niveau de la jonction de la sclérotique avec la cornée. Sa surface est tantôt lisse, tantôt garnie d'aspérités qui la font ressembler à une niùre,oubienelleprésente des découpures ou franges. Elle est plus ou moins dure, quelquefois molle, friable et saignante.
Les symptômes principaux sont : une démangeaison , des élanceraeuts , un sentiment de gène habituel , et surtout un larmoiement , qui est dû soit à la déviai iou des points lacrymaux refoulés eu avant par la production morbide , soit à la disparition du sinus dans lequel les larmes séjournent avant de parcourir le reste des voies lacrymales. Lorsque la tumeur est un peu volumineuse, elle empêche les paupières de se rapprocher,
fait naître et entretient une ophthalraie rebelle.
En général, cette maladie n'est pas grave. Dans le cas seulement oîi la tumeur serait de nature cancéreuse , elle pourrait s'étendre aux parties voisines, à l'orbite et à l'œil, s'ulcérer, verser du sang, et occasionner en un mot la série des accidents redoutables qui caractérisent les affections cancéreuses.
Les tumeurs du grand angle de l'œil doivent en général être traitées par l'extirpation. La ligature neconviendrait que dans le cas, très-rare d'ailleurs, où la tumeur serait pédiculée et où le malade , très- pusillanime , se refuserait absolument à l'emploi de l'instrument tranchant. Quant aux caustiques, il est trop difficile de limiter leur action pour qu'on puisse sans danger les appliquer dans un voisinage si rapproché de l'œil.
L'opération est des plus simples : la tumeur, soulevée soit avec des pinces, soit avec des érignes, est disséquée à l'aide d'un petit bistouri bien tranchant et de ciseaux à pointes émoussées, pendant que de temps en temps un aide absterge le sang avec de petites éponges fixées à l'extrémité d'un long bâtonnet et nettoie la plaie en y lançant de l'eau froide à l'aide d'une petite seringue. Si la tumeur envoyait des prolongements sous la conjonctive oculaire et dans l'épaisseur des paupières, il faudrait, comme Scarpa en donne le conseil, inciser successivement et disséquer sur chacun de ces points, afin d'enlever toutes les racines du mal en ménageant autant que possible les parties importantes au milieu desquelles il s'est développé. Toutefois, si la tumeur paraissait évidemment cancéreuse, il ne faudrait pas hésiter à l'enlever dans son entier, dùt-ou pour cela emporter avec elle tout ou partie de l'organe de la vision.
Si l'on constatait, quelques jours après l'opération , la présence de fongosités qui parussent indiquer une repullulation prochaine , on les réprimerait avec le crayon d'azotate d'argeut ou de sulfate de cuivre.
Après une opération qu'on n'a pu achever qu a l'aide d'une dissection étendue, il peut arriver que la cicatrice fixe l'œil à la partie interne de la grande circonférence orbitaire. M. Riberi a cité deux exemples de ce genre dans lesquels les malades ne pouvaient porter l'œil eu dehors, et se trouvaient affectés de diplopie toutes les fois qu'ils voulaient regarder quelque objet placé de ce côté.