OBLITÉRATION , ET DÉVIATION
la communauté de leurs fonctions , que les uns sont rarement malades sans que l'altération s'éteude aux autres ; toutefois , comme la chose est possible, et que d'ailleurs il y a quelques lésions qui sont propres à chacune de ces parties , nous avons jugé utile d'exposer à part : 1" les maladies des points lacrymaux, et 2" celles des conduits du même nom.
Art. F'". — Maladies des points lacrymaux.
Les points lacrymaux peuvent être oblitérés, déviés , ou privés à un degré plus ou moins prononcé de l'espèce de tonicité ou de contraclilité qui leur est propre.
§ 1^''. — Oblitération des poluts lacryinniix.
Elle survient quelquefois apiès une inflammation simultanée des paupières et des voies lacrymales, qui a été suivie d'ulcération et de cicatrice à l'entrée d'un seul conduit ou mrme des deux conduits lacrymaux. Elle peut être produite encore par la cicatrisation de petits ulcères du bord palpébral , comme il s'en forme sln-tout dans la blépharite ciliaire , ou par des cicatrices consécutives à la brûlure et à la pustule maligne. Le même effet peut résulter de l'accumulation et du dépôt d'écaillés épidermiquesqui se détachent dans le cours de certaines bléphariies. Il est difficile, si l'on n'est pas prévenu de ce phénomène , de reconnaître la cause de l'obstruction ; mais la présence de pellicules sèches, rugueuses et ridées, doit mettre sur la voie, et, dès qu'un est parvenu à déplacer l'obstacle, on retrouve l'orifice, puis l'on peut, à l'aide d'une injection, s'assurer que celui-ci est encore libre et perméable. Si un de ces petits kystes du bord palpébral , que nous avons signalés précédemment (page 138) se développait au voisinage d'un des points lacrymaux , on comprend qu'il pourrait devenir l'occasion d'une compression d'abord, puis d'une oblitération.
Lorsqu'un seul point lacrymal est oblitéré , il n'en résulte ordinairement aucun inconvénient : tout au plus survient-il un peu d'épiphora dans certains moments où les larmes, sécrétées en plus grande abondance, ne peuvent toutes s'engager assez vite par le point lacrymal restant. Si au contraire les deux points lacrymaux sont oblitérés, un larmoiement habituel a lieu , larmoiement qui est plus prononcé à l'air et pendant les temps froids que dans les conditions opposées.
On ne peut guère remédier qu'à l'oblitération produite par les écailles épidermiques : pour cela, on enlève de temps en temps ces écailles avec la
pointe d'un in.strument aigu et on cherche à modifier la surface au moyen de pommades au précipité rouge, au calomel , ou d'altouchements avec la pierre infernale. Dans les autres cas , la lésion est incurable. On a conseillé d'inciser la cicatrice et de rétablir l'ouvertiu-e avec des corps dilatants; mais il parait très-difficile d'éviter la récidive , et d'ailleurs l'oblitération se continue presque toujours trop profondément dans les canaux eux-mêmes pour que la perméabilité puisse être rétablie. On pourrait encore songei- au procédé de M. Bowman, dont il sera question plus loin ; mais le plus souvent la maladie reste au-dessus de ressources de l'an.
s II. — néviation des points lacrymaux.
Les points laci'ymaux peuvent être déviés de leur direction dans deux sens : en arrière ou en avant. La déviation en arrière coïncide avec un entiopion général ou avec un renversement limité à la partie interne du bord libre. De même , la déviation eu avant coïncide ordinairement avec l'ectropion et tient aux mêmes causes que cette maladie, surtout à des cicatrices. Il est pos.sible cependant que la déviation se borne au point lacrymal ,>;eul , ou du moins à la petite portion du bord palpébral qui le supporte, le reste de la paupière n'ayant éprouvé aucun changement. Ce résultat s'observe quelquefois à la suite des blépharites , la cicatrice des petits ulcères entraînant l'orifice en avant ou en arrièi'e de sa situation normale. Cette disposition peut s'accompagner de la transformation en peau de la muqueuse du bord libre, ce ([ui explique le mot de cutisalion des points lacrymaux employé par M. Bowman. Cette dernière lésion n'expliquerait pas du reste, à elle seule, la perle des fonctions, et le déplacement du point lacrymal nous parait en être la cause.
Le symptôme principal de ces déviations est encore le larmoiement. Ce phénomène se produit surtout daus les déviations en avant , parce cjue les points lacrymaux ne se trouvent plus sur le trajet des larmes. Les déviations en arrière ne s'accompagnent pas aussi nécessairement de ce symptôme, les points lacrymaux entraînés en ce sens étant encore à portée des larmes et pouvant aspirer celles-ci : cependant, pour peu que la déviation soit considérable , l'orifice est obstrué parce qu'il vient s'appliquer sur l'œil.
Cette affection n'est pas grave par elle-même, et beaucoup de malades la supportent sans se plaindre; seulement elle coïncide souvent avec des restes de blépharite ou d'ophthalmie qui ajoutent leurs inconvénients à ceux de l'cpiphora.