COMMOTION DE L'OEIL
plet, lorsque le cristallin conserve des rapports avec la pupille , et alors tantôt il s'abaisse seulement un peu, en gardant sa position verticale, de sorte qu'à l'ouverture pupillaire correspond la partie supérieure de sa circonférence; tantôt il se porte en arrière dans le corps vitré, sans s'éloigner tout à fait du champ de la pupille ; tantôt enfin il se porte en avant et s'enchâsse dans cette ouverture. Le déplacement est complet, lorsque le cristallin n'a plus aucun rapport avec la pupille et la chambre postérieure : il passe ordinairement alors dans la chambre antérieure. Ces déplacements s'expliquent -ils par une déchirure de la capsule qui permettrait au cristallin de s'échapper, comme dans l'oijération de la cataracte , ou bien sont-ils dus à ce que la capsule, demeurée intacte, pi^rd ses connexions naturelles avec la zone ciiiaire ? Les recherches que nous avons faites sur ce sujet nous ayant montré que les connexions de la capsule avec la zone ciliaire sont beaucoup plus résistantes que la membrane elle-même , nous en concluons que les déplacements arrivent plutôt par le premier des modes qui viennent d'être indiqués.
Marche des accidents , complications , terminaisons. — L'ébranlement léger de l'œil est ordinairement sans conséquence. L'ébranlement considérable , quels que soient ses résultats immédiats , peut être suivi d'une inflammation profonde qui occupe spécialement les tissus intéressés, et cette inflammation peut se terminer par la perte de la vision , quand bien même celle-ci aurait subsisté après l'accident. Chacune des lésions que nous venons de faire connaître imprime d'ailleurs un caractère particulier à la maladie.
L'épanchement de sang dans les chambres n'entraîne le plus souvent par lui-même aucune suite fâcheuse : il se résorbe spontanément au bout de quelques jours, d'autres fois après plusieurs semaines, et, s'il n'existe pas d'autre complication, la vue peut se conserver. Il n'en serait plus de même si une inflammation interne , spécialement une iritis, s'était déclarée avant que la résorption jdu sang fût opérée : ce liquide pourrait alors agir comme corps étranger et entretenir ou même augmenter la phlcgmasie oculaire.
Le décollement et la déchirure de l'iris sont suivis d'une iritis , mais celle-ci est rarement trèsintense. Une grande différence existe en effet dans les lésions de cette membrane, suivant qu'elles sont produites par une commotion ou par un instrument qui a traversé l'enveloppe fibreuse de l'œil et donné accès à l'air extérieur. Dans ce dernier cas, les suites sont habituellement plus i
graves, parce que l'inflammation se termine plus souvent par suppuration. Dans le premier, les symptômes sont parfois tellement légers et il y a si peu de douleurs que les malades conservent à peine le souvenir de l'accident : nous avons vu plusieurs fois , à la consultation du Bureau central, des individus, porteurs de pupilles artificielles par déchirure de l'iris , qui ne pouvaient nous indiquer ni la nature ni l'époque de l'accident qui avait occasionné cette lésion.
Les déplacements du cristallin et les déchi- , rures de sa membrane u'angmentent pas non plus beaucoup l'intensité des phénomènes inflammatoires , mais nuisent d'une autre façon , en disposant les parties à perdre leur transparence au bout d'un temps plus ou moinslong. Cette lésion du cristallin forme une variété de ce qu'on appelle cataracte traumatique. On l'explique différemment suivant l'idée qu'on se fait du mode de nutrition du cristallin. Pour ceux qui pensent que la nutrition de ce corps s'accomplit au moyen du sang transporté par les vaisseaux de la cboroule et du corps vitré vers la capsule cristalline, c'est la déchirure de ces vaisseaux sous l'influence de l'ébranlement imprimé à l'œil qui est la cause du mal, la lentille ne recevant plus le liquide réparateur en quantité suffisante. Pour ceux qui croient au contraire, avec Henle , que les matériaux nutritifs , au lieu de provenir directement des vaisseaux sanguins , se dégagent tout formés des procès ciliaires et de la choroïde , le mal résulte du trouble survenu dans les connexions des parties constituantes de l'œil , trouble qui ne permet plus à ces matériaux d'arriver convenablement à leur destination. Dans l'un et l'autre cas, on ne saurait déterminer rigoureusement pourquoi ce changement dans la nutrition est suivi d'une opacité , mais on comprend qu'il doit occasionner une diminution de volume. Due troisième explication a été proposée par M. Heyfelder. Ce chirurgien suppose que, la capsule antérieure se déchirant et le liquide de Morgagni .s'épanchant, l'humeur aqueuse vient «se mettre en contact avec la lentille cristalline, qu'elle rend opaque. Il ajoute que l'humeur aqueuse peut ensuite dissoudre le cristallin qu'elle avait d'abord rendu opaque,eten conséquence procurer une guérison spontanée. On sent qu'une pareille opinion est de tous points hypothétique, mais les faits qu'elle cherche à expliquer n'en sont pas moins réels.
Les cataractes consécutives à la commotion sont ordinairement mobiles et peu volumineuses, à cause de l'évacuation du liquide de Morgagni et de l'atrophie dont nous parlions tout à l'heure. Elles n'occupent pas tout le champ pupillaire , sont quelquefois situées profondément en airière,ou au con-
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
Iraire portées en avant de manière à remplir en partie la pupille.
Dans le cas particulier où le cristallin est tombé d'emblée dans la chambre aniériture , il peut arriver, ou qu'il y cause une inflammation violente , ou qu'il s'y résorbe sur place , ou qu'il resie indéliniment dans sa nouvelle position en donnant lieu de temps à autre à des retours d'inflammation.
On a quelquefois observé, comme conséquence tardive d'une commotion de l'œil, un déplacement ultérieur du cristallin sous l'influence d'un effort léjfer ou d'une secousse peu violente. Voici en pareil cas de quelle manière les phénomènes se succèdent. A la suite d'un premier ébranlement, la capsule se déchire ou ses connexions avec les parties voisines s'affaiblissent : aucun symptôme n'indique ces désordres, et la transparence de l'appareil cristallinien se conserve. Mais plus tard, sous l'uifluence d'une nouvelle secousse, la déchirure augmente, et le cristallin quitte sa place. Ainsi s'expliquent beaucoup de déplacements de cet organe, qui paraissent au premier abord spontanés ou dus à une cause très-légère.
De tout ce qui précède, résulte que la commotion violente de l'œil expose le malade à des accidents, divers par leur nalui'e et l'époque de leur apparition, dont le plus grave est la paralysie de la réiine , et qui tous peu\ent se compliquer d'une inflammation conséculive plus ou moins violente.
Traitement. —Il consiste avant tout à prévenir et à combattre l'inflammation. Quant aux lésions diverses mentionnées dans le cours de cet article, chacune d'elles exige des soins pai'ticuliers. Tout ce qui se rapporte à la paralysie de la rétine sera exposé plus loin, à propos de l'amaurose. Le traitement de l'épanchement sanguin sera indiqué dans l'article suivant , qui traite de la contusion de l'œil ; il ne nous reste donc à parler ici que des indications fournies par les lésions de l'iris et du cristallin.
Le décollement et la déchirure de l'iris , disposant à la fois à l'hémorrhagie et à l'inflammation, rendent plus nécessaires encore l'emploi des anliphlogisiiques et des calmants , ainsi que le repos absolu de l'organe et même de tout le corps, au moins dans les pi'emiers jours et jusqu'à ce qu'on n'ait plus lieu de redouter ces deux complications. Le malade sera donc tenu couché, la lète assez élevée, dans une chambre obscure; l'œil sera couvert de compresses imbibées d'eau fraîche, souvent renouvelées; la nourriture sera réJuiie à quelques potages; et, pour peu qu'il survienne de la céphalalgie ou des douleurs .soit dans l'œil, soit
autour de l'orbite ou dans la région frontale , il sera pratiqué une ou plu.sienrs émissions sanguines, locales ou générales, et l'on administrera à l'intérieur quelque préparation opiacée.
Dans les déplacements du cristallin, la question qui se présente est celle de savoir si la lentille déplacée doit être laissée dans l'œil ou s'il vaut mieux l'extraire. Nous préférons en général , et sauf indications contraires, la laisser dans l'œil, parceque: i° s'il est vraiqu'elledevient ordinairement opaque, il est aussi d'observaiion que ce résultat n'est pas constant, et qu'elle a pu, dans certains cas , séjourner dans sa place nouvelle en conservant sa transparence et sans grand dommage pour la vision ; 2° la période d'opacité est assez souvent suivie d'un travail d'absorption, pendant lequel le champ de la pupille se nettoie, et dont l'effet est de rendre au malade l'usage de la fonction quelque temps entravée. Il y a donc avantage à attendre : cela nous parait incontestable pour les cas où la vue s'est conservée malgré le déplacement; incontestable aussi pour ceux où la vue est plus ou moins profondément troublée, car il n'est pas certain que ce trouble ne soit pas diîi à quelque autre complication, telle que la paralysie de la rétine, contre laquelle l'opération ne pourrait rien. Il y a avantage à attendre, puisque le temps dissipera ces incertitudes, éclaircira ces problèmes à la solution desquels se rattachent les vraies indications. Mais le peut-on toujours? Non, il est des circonstances où le cristallin doit être extrait. C'est lorsque sa présence dans certains points de l'œil détermine de l'irritation ou cause des douleurs trèsvives. Il y aurait alors inconvénient grave à attendre et à différer une opération qui peut soulager immédiatement le malade et conjurer le danger d'une inflammation profonde en en faisant disparaître la cause.
La position la moins défavorable que puisse prendre le cristallin déplacé est celle qui l'éloigné peu de sa position naturelle, celle par conséquent où il reste derrière l'iris. Il ne s'ensuit pas qu'on doive considérer comme absolument mauvais, et surtout comme suffisant pour indiquer une opération, le passage de la lentille dans la chambre antérieure : on a vu l'absorption du cristallin se faire dans ce lieu ; néanmoins , si on pouvait le replacer daus la chauibre postérieure, nous pensons qu'il y aurait avantage. Or on peut sans inconvénient essayer d'obtenir ce résultat en soumettant l'œil à l'action locale des préparations belladonées , qui ont , comme on le sait , pour effet de dilater fortement la pupille, et en tenant en même temps pendant plusieui'sjours le malade couché sur le dos, la tète sur le même plan horizontal que le