CONTUSION DE L'OEIL
reste du corps. La même pratique devrait être suivie quaud le cristallin est reste enclavé dans l'ouverture pupiliaire, et si l'on ne pouvait parvenir à le dégager par ce moyen, peut-être devraiton voir dans la persistance de cette position une indication suffisante d'opération ; car, à supposer qu'en de telles circonstances une iritis pût être évitée, on conçoit difficilen:ent comment il ne s'établirait pas des adhérences dont la conséquence serait un rétrécissement ou même une oblitération de la pupille.
Loi'squ'on a jugé convenable de temporiser, on doit surveiller attentivement ce qui se passe dans l'œil et insister sur l'emploi des moyens propres à l'avoi'iser l'absorption ainsi qu'à prévenir des adhérences fâcheuses et le développement d'une iuflaminalion profonde. Si pourtant, au bout de plusieurs mois, la résorption du cristallin ne s'était pas opél'ée, et si sa présence donnait lieu à des phénomènes inflammatoires on à des douleurs névralgiques, il faudrait se décider à l'extraire. La même opéraiion serait indiquée dans le cas oii il serait devenu et resté opaque, comme aussi dans celui où il aurait contracté cette opacité par le fait seul de l'ouverture de sa capsule et sans avoir quitté sa place; mais ce sont là des points qui se rattachent de trop près à l'histoire de la cataracte pour en être séparés et que nous discuterons eu conséquence dans l'article consacré à l'histoire de cette importante maladie.
Art. II. — Compression.
Lorsque les yeux sont soumis à une pression prolongée, des derar)gements peuvent survenir dans leur ojgauisatiou et leurs fonctions. Les cas de ce genre sont extrêmement rares. Nous n'en connaissons qu'un seul exemple qui été cité par Béer et reproduit par Mackcnzie : il nous a paru assez curieux et assez instructif pour que nous ayons cru devoir le consigner ici sous un litre spécial. Un homme, qui jusque-là avait eu la vue très- bonne, eut tout à coup les deux yeux serrés et comprimés par la main d'un autre individu, qui voulait, en vertu d'une plaisanterie très -usitée quoique très-mauvaise, lui faire, comuie on dit, deviner qui était là. Le patient faisant effort pour retirer la main qui le gênait, l'autre appuyait davantage. Lorsqu'enliu les mains furent retirées, le malade ne voyait plus, et il resta depuis complètement aveugle.
Art. III. — Contusion.
Il y a contusion des yeux lorsqu'un corps vul-
nérant, animé d'une certaine vitesse, atteint ces organes et les blesse, sans toutefois opérer de solution de continuité, du moins dans leiu' enveloppe extérieure. Parmi les causes les plus fréquentes, il faut ranger les chocs de fragments de pierre ou de métal lancés avec force, un coup de fouet, un coup de queue de cheval, un violent coup de poing, un soufflet, etc. L'accident arrive encore assez souvent pendant les promenades ou les excursions dans les buis, lorsque celui qui marche devaut écarte une branche d'arbre, qui vient, en reprenant sa place, frapper au visage une des personnes qui se trouvent derrière.
En vertu de leur vitesse et de la manière dont ils agissent, ces corps vulnérants impriment nécessairement à l'œil un ébranlement , en sorte que les effets de la commotion se combinent habituellement avec ceux de la contusion.
Les conséquences immédiates de la contusion sont variables suivant que c'est la cornée ou la sclérotique qui a été frappée. Si c'est la cornée , elle peut avoir été érodée superficiellement : cela a lieu dans les cas, assez rares à la vérité, où les paupièi'cs ne se sont pas rapprochées assez vile pour protéger l'œil. Si c'est la sclérotique, elle est presque nécessairement protégée par les paupières : aussi l'un des premiers effets est-il l'ecchymose sous-conjonciivale, qui peut être circonscrite ou occuper toute l'étendue de la conjonctive oculaire , former un bourrelet chémosique autour de la cornée ou seulement une tache rouge peu saillante.
Que l'instrument contondant ait agi sur la cornée ou sur la sclérotique, un autre effet immédiat possible est l'épanchement de sang intra-oculaire , appelé aussi liémophthalmie. Cet épanchement peut occuper seulement la chambre antérieure : il se reconnaît alors à la présence, derrière la cornée, d'une tache rouge qui correspond à la partie inférieure et masque la moitié correspondante de l'iris. Cependant la pupille est saine, et, s'il n'y a pas d'autre complication, la vue peut encore s'accomplir. Les deux chambres peuvent êire occupées en même temps et presque entièrement remplies. Dans ce cas , comme dans le précédent , le sang est fourni par les vaisseaux de l'iris. D'aulres fuis répanchement , situé plus profondément , est placé dans le corps vitré ou même dans l'espace inlermédiaire à ce dernier et à la rétine ou à la rétine et à la choroïde. Cette lésion, désignée plus particulièrement sous le nom d'apoplexie oculaire, s'accompagne ordinairement d'une perte complète de la vision, et le diagnostic est diflicile, parce que, le fond de l'œil et la pupille conservant leur coloration noire, on ne peut savoir si la cécité
MALADIES nu GLOBE OCULAIRE.
est due à la présence du sang épanché ou bien à une amaurose.
Les autres résultats immédiats de la contusion de Fœil sont le décollement et la déchirure de l'iris, les lésions du cristallin et de sa capsule, l'amaurose. En effet si, comme nous l'avons vu plus haut, l'ébranlement transmis à l'organe par les régions voisines peut produire ces lésions, à plus forte raison seront- elles déterminées par le choc direct de l'agent vulnéraut sur le globe oculaire.
L'inflammation cjui suit les contusions de l'œil est plus grave que celle qui succède à la commotion et a plus de tendance à se terminer par suppuration. Nous avons soigné, il y a quelques mois, à l'hùpiial des Cliniques, un homme qui avait reçu un fragment de pierre sur la cornée gauche. Il eut onsécutivement nne iritis et nn hypopion pour lequel l'œil dut être ponctionné : l'œil ne s'afissa pas , et la cornée resta transparente , mais la vision fut perdue. Dernièrement encore , nous avons vu un malade qui avait une iritis et un hypopion à la suite d'une contusion de l'œil par une bi'anche d'arbre.
L'épanchement de sang dans la chambre antérieure se résorbe toujours assez rapidement quand il ne survient pas d'inflammation suppuralive. Si celle-ci a lieu, le pus et le sang se mélangent ou plutôt forment dans la chambre antérieure deux couches assez distinctes, l'une inférieure sanguine, l'autre supérieure purulente. L'épanchement de sang ne fournit par lui-même iucune indication spéciale et n'a pas besoin d'être évacué, à moins cependant que l'œil ne soit extrêmement tendu et que cette tension ne donne lieu à des douleurs violentes : une incision de quatre à cinq millimètres , faite à la partie inférieure de la cornée, sufiira alors pour prociu'cr une évacuation des chambres et une déplélion salutaire du globe de l'œil. Lorsque l'épanchement est trèsabondant, comme,par exemple, lorsqu'il remplit les deux chambres oculaires , il doit faire porter un pronostic grave ; car, si la cause vuluérante a été assez puissante pour déterminer un grand épancheraent, outre que celui-ci sera difficilement résorbé et pourra donner lieu à une sécrétion plastique , cette cause aura pu souvent aussi produire eu même temps, du côté de la rétine, des désordres qui rendent la cécité irrémédiable. Quant à l'épanchement de sang profond, il est beaucoup plus grave et semble altérer pour toujours la transparence du corps vitré : c'est cependant unpointqui u'a pas été étudié suffisamment, et sur lequel il est prudent de faire ses réserves.
Les lésions du cristallin , l'amaurose , l'atrésie consécutive de la pupille, se produisent de la
même manière qu'à la suite de la commotion, et nous u'avons rien de particulier à en dire ici.
Le traitement des contusions des yeux doit être antiphlogistique. Le repos absolu de l'organe, les saignées répétées, les réfrigérants , les purgatifs, eu formeront la base et devront être employés concurremment.
Art. IV. — Rupture.
Les contusions très - fortes de l'œil , particulièrement celles qui sont produites par une chute sur quelque objet saillant , par le choc d'un corps lancé avec violence , comme nne pierre, une balle de paume, par un coup de poing, par un coup de corne de bœuf, etc. etc. , peuvent amener la rupture de quelque partie des enveloppes oculaires. Cette rupture peut encore être causée par l'abominable pratique,usitée en certaines contrées dans les combats des gens du peuple , et qui consiste à presser fortenieiU sur l'œil des vaincus avec le pouce enfoncé dans l'orbite. Le plus souvent , la cornée et la conjonctive échappent à la rupture : la première à cause de sa résistance , la seconde à cause de sa laxité. La sclérotique, la choroïde et la rétine, sont les parties les plus susceptibles de se rompre, et cette rupture s'opère ordinairement au devant de l'insertion des muscles droits , du coté interne plutôt que du côté externe, non pas que l'œil soit là plus mince que partout ailleurs, mais probablement parce que, à cause de la disposition de l'orbite, c'est la partie externe de l'organe qui est presque toujours frappée, de sorte que, la pression s'exerçaut directement de dehors en dedans, c'est vers ce dernier point que son action se fait le plus éuergiquemeut sentir.
Lorsque la rupture correspond à la cornée, une évacuation immédiate de l'œil en est la conséquence à peu près nécessaire ; mais, quand elle correspond à la scléroticpie , c|ui est , comme on sait , doublée par la conjonctive, cette dernière membrane s'oppose à la sortie des humeurs. Voici alors ce qui se passe : si la choroïde n'est pas déchirée en même temps que la sclérotique , elle est poussée au dehors par la pression des liquides intérieurs, et forme une saillie noirâtre, sorte de staphylome , qui le plus souvent n'arrive pas à des dimensions considérables ; si elle est déchirée, ainsi que la rétine , l'humeur aqueuse et le cristallin sont expulsés à travers la déchirure et viennent s'arrêter près de la conjonctive. C'est ce déplacement que Wackeuzie décrit sous la dénomination de luxation sous-conjonclivale^àémxamdXioni laquelle nous préférons celle de déplacement sous-conjonctival du cristallin,