‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 48 sur 177 · RÉTINITE · texte numérisé non relu

RÉTINITE

de cette importante membrane. L'observation attentive a cc'pi'iicjjnt conduit à ce résiiliat. Lorsque, dans le cours d'une kératiie ou d'une iiitis, le malade se plaint de photophobie ou de phoiopsie,on peut conduie que i'inflammaiion a gagné la tétine; et réciproquement, quand les symptômes précités sont suivis de la décoloration de l'iris, de sa propulsion en avant, de l'opacité des chambres, de la suppuration intra-oculaire, etc., on peut affirmer que l'inflammation s'est éiendue de la rétine au reste de l'œil. Telle est la fréquence de cetle extension que les symptômes qui l'indiquent ont été, par la plupart des auteurs , confondus sous la dénomination commune de rélinite avec ceux qui sont propres à l'inflammation de la membrane nerveuse: c'est là un vice d'interprétation qu'il importe de reclilier, tout en reconnaissant l'exactiiude des faits sur lesquels s'appuie la description des ophihalmologisles.

La rétinite aiguë reconnaît pour cause spéciale l'action vive et subite ou longtemps coniinnée de la lumière : ainsi, l'impression des éclairs, le passage de l'obscurité au grand joia-, un voyage dans une contrée couverte de neige, l'éclat du soleil regardé en face, l'exposition à un feu de forge, robservati(ni d'objets très-petits éclairés par les rayons lumineux concentrés au moyen d'un réflecteur. De là résulte que celte affection s'observe surtout chez les verriers, les émailleurs, les fondeurs, etc.

Si l'on est appelé avant que la faculté visuelle soit perdue ou notablement diminuée, le pronostic est grave, mais non désespéré. Si la vue est entièrement éteinte ou la pupille oblitérée, il y a peu d'espoir de laréiablir. Lorsque du pus commence à se former dans la chambre antérieure, c'est-àdire lorsqu'à la réiinile succède une inflammation interne générale et purulente, il est à craindre que l'existence même de l'œil ne soit compromise.

Le traiiement S(! compose des moyens suivants : 1" repos complet des yeux et de tout le corps, obscurité, dièie ; 2° saignée générale copieuse, plusieurs fois répétée, si l'inflammaiiim est trèsintense , et suivie bienlôt d'une application de sangsues autour de l'œil ; 3" frictions autour de l'orbite avec une pommade belladonée ou laudanisée ; 4° administration à l'intérieur de calomel et d'opium à dnses rapprochées. Nous ne dirons rien de ce qu'il convient de faire quand l'inflammation se généralise, car ce serait aborder d'avance un sujet qui se présentera plus tard.

2° Rétinite chronique. — Connue encore sous les noms àa fatigue oculaire, dt faiblesse ou ^'affaiblissement de la fue, cette maladie

s'observe sur les individus dont les occupations habituelles ont pour effet de lixer longtemps et attentivement les yeux sur les mêmes objets, comme, par exemple, les écrivains, les savants, les dessinateurs, les joailHers, les horlogers, les graveurs, etc. On la voit aussi sur les persoinies adonnées à l'ivrognerie ou à l'onanisme, ainsi que siu' les sujets pléthoriques et sédentaires.

Elle a pour symptômes une sensation de plénitude dans le globe oculaire, de sécheresse et de chaleur brûlante dans les paupières, une sensibilité morbide à la lumière, l'apparition de mouches volantes et colorétis, de spectres lumineux, le sautillement et la confnsi(m des objets regardés, qui semblent s'agiter et se mêler entre eux. Ces phénomènes s'apaisent un instant, lorsqu'on frotte les paupières, puis se reproduisent. Ils ne se développent d'abord qu'après une application ou un travail plus ou nioins prolongé; plus tard, ils paraissent aussitôt que l'organe de la vue entre en action. A ces symptômes se joignent des douleurs fi'oiitales, accom|iagnées d'élancements dans l'œil , d'étourdissement, de nausées, et de malaise général. La pupille se resserre, se déforme, et l'iris perd sa mobilité. La cornée devient luisante et s'entoure d'un cercle vasculaire, d'abord temporaire, puis permanent.

Si la maladie est soignée, elle peut guérir, s'amender ou demeurer stationnaire. Négligée, elle tourne à l'amaurose : les mouches volantes deviennent noires et fixes ; des fausses membranes se forment à la surface concave de la membrane malade et s'annoncent par l'apparition de lâches jaunâtres, etc.

La rélinite chronique est une maladie de longue dui-ée, très-fâcheuse à cause de ses suites possibles et de l'incapacité complète de travail qu'elle entraine.

Le premier point à observer dans le traiiement, c'est de prescrire le repos absolu de l'organe malade; mais combien de personnes à qui il est impossible de se condamner ainsi à une inaction absolue ! Viennent ensuite les .sangsues à l'anus, les ventouses à la nuque et aux tempes, les purgatifs, les émi tiques, et les applications locales de compresses trempées dans une infusion froide de belladone et de jusquiame. Le régime di it être modéré, et l'abstinence diis veilles, du café et des alcooliques, complète. Quelquefois on a, en désespoir de cause, obtenu du soulagement en exerçant une révulsion au moyen d'instillations d'azotate d'argent, en touchant les paupières avec le sulfate de cuivre, ou en faisant usage de la pommade au piécipité ronge. INous n'avons aucune confiance dans la section du petit oblique ou des

INFLAMMATIONS OCt^LO-PÂLFEBRALES.

inu<;cles droits conseillée par MM. Pétrequia et Bonnet, de Lyon.

Art. X. — Hyaloïdile.

Il n'est pas douteux que le corps vitré et la membrane hyaloïde ne puissent s'enflammer, et que les conséquences de celle phleguiasie ne soient, dans beaui'oup de cas, l'obscuriié plus {jrande de ce milieu par la subsiiiution d'un licjuide jaunâtre ou verdàlre au liquide transparent qui imbibe les mailles hyaloïiiiennes à l'élat normal , et dans quelques autres, l'infiltration plastique ou purulenle. L'un de nous, M.Gosselin,a démontré, dans un travail sur l'opération de la cataracte par abaissement (Mémoires de la Société de chirurgie), que, sur les chiens, la blessure du corps viti é par une aiguille à cataracte est suivie d'une inflammation oculaire et d'un trouble de l'bumeur vitrée : les choses se passent souvent de la même manière après certaines opérations avec raiguille chez rhomine. Il est vraisemblable que des lésions au;ilo iues peuvent se produire à la suite d'inflammations sponiaaées.

L'byaluïdite existe rarement seule et comme maladie indépendante; presque toujours elle complique l'iritisou figure dans les ophihalmies complexes, de sorte que, d'une part, ses symptômes sont masqués par les lésions de la cornée , des chambres ou de la capsule, et que, d'une autre pai t, il ne résulte de sa pré^euce aucune indication particulière. Aussi n'avous-uous rien à ajouter à celle simple et courte mention.

Inflamniatious complexes oa ophttaalmlca.

Les inflammations complexes ou ophihalmies, dont nous avons ailleurs (p. 245) donné la définition , sont fréquentes et survieiuient sous l'influence de causes très -variées , extérieures ou dépendant de la constitution. Nous en examinerons successivement plusieurs espèces, qui sont : 1° l'uphthalmie scrofuleuse, 2° l'ophthalmie non purulente, 3° l'ophlhalmie purulenie superficielle, 4° l'ophihalmie purulente profonde, 5° l'ophlhalmie purulente métaslatique , et 6° l'ophthalmie phlébitique.

Art. I". — Ophthalmie scrofuleuse.

Elle revêt tant de formesdifl'érenles que, pour en présenierunedescription complète, il faudrait passer en revue presque toutes les inflammations oculo-

palpébrales. Nous avons eu soin de faire remarquer, à propos de Tinflammation de chacune des membranes, l'influence souvent exercée par l'inlervenliou du vice scrofuleux : c'e.st ainsi que nous avons vu la blépharite ciliaire, la blépharite granuleuse, la conjonctivite papnleuse, et toutes les formes de la kératite, avoir fréquemment cette origine. Dans les variétés les plus simples, une seule de ces lésions constitue l'ophlhalmie scrofuleuse. Dans les variétés plus com|dexes, plusieurs exisient simultanément, et c'est à cause de celte muliiplicité de formes qu'il ne serait pas possible , à moins de tomber dans une foide de répétitions , de dérrire tous les .symptômes des ophihalmies scrufuleuses, et que les auteurs qui ont prétendu donner un tableau exact de celte maladie sont presque tous restés incomplets en ne présentant que certaines formes et négligeant les autres.

Les symptômes sont en définitive les mêmes que ceux de toute ophthalmie; seulement ils se disiinguent par une tendance prononcée à la chronicité et aux récidives et par leur coïncidence fi'équente avec les autres manifestations de la diathèse scrofuleuse.

L'un des .symplômes les plus remarquables de l'ophlhalmie scrofuleuse est la photo|ihubie. Elle n'exisie pas dans tous les cas, et l'on aurait tort de la dunner cumme paihognomonique. Elle manque en particulier dans beaucoup de blépharites et même de kéiaiites; mais elle.se rencontre .souvent à son plus haut degré d'intensité dans les cas oii les lésions sont complexes et oîi la cornée présente des ulcérations multiples: c'est alors que les enfants fuient le jour, se cachent dans tous les coins, tiennent la main ou un mouchoir appliqué sur les yeux, contractent avec énergie les paupières et tous les muscles de la face aussitôt qu'on les expose au jour, poussent des cris et se débattent au moment oîi l'on cherche à voir leurs yeux, et quelquefois ont un ectropion , lorsqu'on écarte de force les paupières. Ln autre caractère propre à l'ophthalmie scrofuleuse intense e.st la longue durée de cette photophobie et sa résistance à tous les modes de traitement.

Quand une inflammation oculo-palpébrale est reconiuie scrofuleuse, il convient de s'abslenir des émissions sanguines, l'expérience ayant prouvé que ce moyen ne réussit pas aussi bien ici que dans les autres ophihalmies; et, si l'on croyait devoir y recourir, du moins faudrait-il , vu la durée et les retours de la maladie, ne les employer qu'avec une grande modération. Lorsque l'inflammation n'est pas accompagnée de photo|ihnbie, il faut recourir aux pommades et aux collyres excitants, variant de temps à autre , lorsque les malades pa-

OPIITHALMIE PURULENTE SUPERFICIELLE.

raissent s'y êlre haliilués, ainsi qu'il arrive pour tous les ageiils thcrapeiiliriiies dans les maladies chroniques. Quand l'inflammation est accompagnée de photophobie violente , il est impossible de faire usage de collyres irritants, car l'œil ne saurait en supporter le contact ; on ne peut employer alors que l'instillation du laudanum ou du vin d'opium entre les paupières, les onciions belladunées et mercuiielli's autour de l'orbite. A peine est-il nécessaire d'ajouter qu'on doit insister sur l'usage des toniques, des préparations iodées et ferrugineuses, (l'un régime substantiel, et, en un mot, de tout ce qui constitue le traitement général anliscrofuleux.

Art. il — Ophlhalmie non purulente.

Nous appelons ainsi certaines ophllialmies dans lesquelles l'inflauimalion, paraissant occuper surtout l'iris, l'jipiiareil ciistallinieu, le corps vitré, la rétine et la choroïdi!, amène dans ces diverses parties des modilications intimes et profondes qui changent les coailitions anatomiqnes et physiologiques de l'organe oculaire et entraînent luie altération plus ou moins considérable de la vision.

La maladie est aiguë ou chi'oniqne.

Dans le premier cas, les signes fonctionnels sont ceux de toute ophlhalmie aiguë. On voit prédominer la douleur profonde, la photophobie, et les sensations lumineuses nmrbides . La vision se trouble de bonne heure et ne tarde p:is à .s'abolir entirrement. Parmi les signes anaiomiques, ceux que l'on constate sont ceux qui se rattachent à l'iriiis: l'atrésiede la pupille et ses productions pseudomembraneuses empêchent de distinguer les lésions plus profondes, et, n'étaient la douleur gravaiive iuléiienre et la perte complète de la vue, on ne soupçonnerait pas la gravité des désordres qui arrivent derrière l'ii-is. L'inflammation se termine cependant d'ordinaire parrésolution, et l'on aperçoit alors, derrière la pupille nettoyée, le cristallin devenu opaque , eu le corps vitré privé de transparence. Quelquefois la sclérotique est amincie et laisse pa.sser la choroïde; la i-étine est devenue insensible à la lumièi'e, ou bien l'œil s'est affaissé et a perdu de son voliune , par suite de la diminution des liquides , qui ne se sont pas reproduits en proportion de l'absorption qu'ils avaient subie.

Lorsque la maladie est à l'état chronique, ses princi|iaux. symptômes sont encore ceux de l'iriiis; mais ils marchent d'une manière si indolente et si insidieu.se que le malade ne s'apercevrait de rien sans l'affaiblissement de la vue, et que le chirurgien ne reconnaîtrait pas la nature inflamma-

toire du mal s'il ne constatait dans les chambres la présence des exsudations fîbrineuses.

il était nécessaire de signaler ces ophthalmies, à cause de leur terminaison par une alro|)hie de l'œil et par une séiie d'opacités dans la pupille, l'appareil cri.stallin.et le corps vitré, toutes lésions qui mettent la cécité au-dessus di;s ressources de l'art et ne permettent que rarement de la faire disparaître par l'opération de la pupille artificielle.

Art. III. — Ophthalmie purulente superficielle.

Cette ophlhalmie est caractérisée par l'abondance de la suppuration que fournit la conjonctive violemment enflammée: aus;i pourrait-on légiiimement l'appeler conjonctivite purulente. Cependant nous préférons la dénomination d'opfithnlniie purulente superficielle, parce que la cornée participe souvent elle-même à l'inflammation et à la suppuration, et que, dans bien des cas, la maladie étend ses ravages jusque dans l'intérieur de l'œil.

Cette maladie présente des variétés fondées surtout sur la différence d'origine, c'est-à-dire sur l'etiologie, ainsi que sur l'âge des sujets affectés ; mais coiimie, dans chacune de ces variétés, les lésions lijndamenlales, les .syuiplômes, la marche et le traitement ue sont pas modifiés d'une manièi'c essentielle, comme il exisie, en un mot, un type auquel toutes ces variétés peuvent être rapportées, nous ne ferons connaître celles-ci qu'aprés avoir tracé le tableau général de la maladie. Cet article se composera donc de quatre paiagraphes, comprenant: 1° l'ophihaluiie purulente superficielle en général, 2° l'ophthalniie purulente des nouveau-nés , 3" l'ophthalmie blennorrhagique, A" l'ophibalmie contagieuse des adultes.

§ %", — Opbtbalmio pnrnlento soperOclelIe en général»

L'ophthalmie purulente superficielle se présente sous la forme aiguë ou sous la forme chronique.

A. Forme aiguë. — Sous cette forme, la maladie est quelquefois sporadique. Cependant un de ses caractères les plus constants est de pouvoir se trausmetire par inocidatioii dun individu à un autre on de.se développer sous l'influence de causes atmosphériques qui sévissent à la l\)is sur un gi-and nombre de personnes , c'est-à-dire que c'est souvent une maladie contagieuse ou épidémique. Les conditions principales de sou apparition sont l'en-

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combrement et la misère. Aussi les enfants des pauvres, qui ne jouissent pas de toutes les res-

sources hygiéniques nécessaires à leur âge, y sontils très-exposés : on voit assez souvent des épidémies dans les écoles, les salles d'asile, les crèches, les salles d'hôpilaux, tandis qu'elles sont rares dans les collèges et les pensions, où les soius et l'alimentation lais>ent moins à désirer.

L'origine de l'ophthaluiie purulente est quelquefois tranmaliqiie : ainsi les plaies du globe oculaire et l'operaiiou de lacalaracie peuvent être suivies d'une suppuration de la conjonctive et de la cornée semblable à celle qui ari'ive spontanément, peut-être parce que, dans les cas de ce genre, l'aclinn de la cause déterminanie est précédée par quelque influence atmosphérique ou par une prédisposition particulière de la constiiuiion.

Symplàmes, marche, terminaison. — Les syinptÔMies peuvent être rapportés à trois périodes principales.

Dans la première, qui dure 24 à 36 heures et quelquefois deux ou trois jours, il y a inflammation , mais la suppuration n'est pas encore établie. La conjiuictive est injectée , surtout au niveau de la caioncule et du repli semi-lunaire; un liséré rouge apparaît sur le bord libre des paupières, qui ne lardent pas à se lumélîer et à rougir, sur leur face cuianée comme sur leur face uuiqueuse. Le malade éprouve des démangeai>ons, des cuissons, et, comme dans les autres o,htbalmies, une sensation de corps étranger. Le gonflement rapide des paupières est ce qu'il y a de plus caractéristique.

A la deuxième période, le gonflement des paupières et surlout de la supérieure augmente, leur couleur devient rosée, leur aspect est lisse, et les plis transversaux ont disparu. Quelques vésicules apparaissent dans les plis oculo-palpébraux, la conjonctive oculaire se boursoufle et forme un chémosis. Elle sécrète en même temps un liquide, d'abord muqueux, bientôt purulent, qui s'écoule sur la joue et au bout de quelques jours l'ii-rite et l'excorie. Comme les paupières sont ordinairement fermées tant par l'aggluiination de leurs bords libres que par leur gonflement et par le spa>me de l'orbiculaire, il en résulie que tout le liquide ne s'écoule pas : une pariie séjoiume à la surfdce de l'œil et uotam:iieut dans l'espèce de cupule circonscrite par le chémosis et par la cornée qui en forme le fond. La quantité de liquide est quel jnefois assez grande pour qu'il s'échappe en jet au moment oii l'on écarte les paupières, circonsiance dont il est bon que le chirurgien se délie, afin d'éviter une inoculation. On a vu le gangliou lym-

phatique placé au devant de l'oreille se gonfîer et devenir douloureux. La cornée est encore transpareiue; mais on ne peut pas toujours l'examiner à cause de la coniraction des paupières, ou parce que le pus qui la recouvre empêche de la bien voir. Quand on y parvient cependant , on reconnait quelquefois que la chambre antéiieure est trouble et l'iris enflammé. Dans l'œil et dans les régions voisines, se font sentir des douleurs que le malade compare à des picotements, à des élancements ou à des battements. Ces douleurs sont habituellement rémittentes , durent plu.sicurs heures de suite, puis se calment pour un certain temps. L'accès le plus violent est celui du commencement de la nuit ; il tient ordinairement le malade éveillé jusqu'à une ou deux heures du malin, et quelquefois plus tard. Lue fièvre continue peut accompagner tous ces symptômes locaux. D'autres fois la lièvre est rémittente et revient seulement au moment des accès de douleurs.

A la ti'oisième période, qui arrive du A" au %" jour et souvent plus tôt, le gonflement, le chémosis et la suppuraliim persistent. La paupière supéiieure dépasse l'inférieure et la recouvie, ou bien, à cause du gcmflement énorme de la muqueuse, un ectropion se prodtdt : il y a, de plus, infiltration purulente et ramollissement de la cornée. Quelquefois à cette époque, la suppuration devient .sanguinolente ou ichoreuse et s'accompagne de prostration et de diarrhée.

Lorsque la cornée a pris ime couleur blanche, il n'est pas toujours facile de déterminer si elle le doit à une infiltration de pus ou de lymphe plastique. Dans quelques cas elle recouvre sa transparence par la résorption du liquide interlamel- Lure. Plus souvent elle s'ouvre eu un ou plusieurs points, de telle sorte que le pus s'échappe, et que l'iris ou les couches profoudrs de la cornée se présentent à travers les ouvertures et y forment les petites tuHicurs si connues sous les noms de htralocéle , htrnie de l'iris; ou bien elle s'ulcère assez largement pour laisser sortir les milieux de l'œil, circonstance que le naïade annonce luimême en disant qu'il a .senti comme un liqidde chaud s'écouler sur la joue ; ou bien enfin elle se ramollit sans s'ouvrir, et, céiJant à la pression des liquides intérieurs, s'allonge en siaphylôme. Dausqueli-;ues cas très-rares, cette membrane semble se détacher par lambeaux, cornmesi elle était gangrenée.

La succession des trois périodes n'a pas toujours la régularité qui vient d'être indiquée. La tl'oi^ième manque quelquefois, et la maladie se termine sans que la cornée ait été prise. D'autres fois la seconde et la troisième se suivent de si près que, dès le second ou le troisième jour et aus-

OPHTHALMIE PURULEME SUPERFICIELLE.

silôt que la siippiiralion commence, on trouve la curnée blanche et ramullie et le chéniusis poité à son plus haut degré. La durée de la maladie est toujours assez luujjne : l'inflammalion, lors même qu'elle est rapidement arrivée à son apogée ou à son déclin, décroît loujonrs avec lenteur, en sorte que, dans les cas les moins malheureux, sa durée est encore de tpialreou cinq semaines.

La maladie peut se terminer pav une résoluliou complète avec conservation de la vision. D'auli'cs fois la vue est perdue, soit par une atrésie de la pu|)illeavec fausse cataracte due à Tiriiis concomitante, soit par l'opacité devenue permaueuti; de la cornée, avec ou sans staphylônie, soit parTairophie consécutive à l'évacuation des milieux de l'œil. Dans d'autres cas encore, la maladie passe à l'état clirouique.

Pronosl'tc. — Il csl très-grave, puisque la maladie enli'aine souvent la perte de la vue. Cependant, quand les deux yeux sont alteinls en même temps, il est ordinaire que l'un des deux au moins soit sauvé. Lorsque rinflammaiion aiguë n'a pas élé suivie de perforation ou d'opacité de la cornée, les lésions de l'état chronique peuvent encore, après de longues souffrances, abolir la vision. C'est à l'âge voisin de la puberté que la maladie a les suiies les plus fâcheuses. On voit, en effet, beaucoup d'enfauts conserver leuis yeux après des infl<immations suppnralives Irès-inienses, et, chez les adiilles ou les vii:illards, l'inflammaiiou est aussi moins intense et les lésions consécutives ont moins de gravité que chez les jeunes gens. Il faut cependant faire une excepiiou pour les suites de l'opération de la calai'acie: soit que la lésion Iraumalique ajoute alors au danger, soit qu'il y ait du coté de l'œil prédisposition particulière, il n'en est pas moins vrai que ro|/hthalmie piu'ulciite, quand elle se développe dans celle circonstance, est presque toujours , quel que soit l'âge du sujet , suivie de la perte de l'œil.

Traitement. — La première indication est de combattre rnergiqnement l'inflanuiiation par les antipbiogistiques et les révulsifs. Une saignée du bras et une application de sangsues doivent être faites le premier jour, et, si le malade est vigoitreux, répétées le lendemain ou le surlemleinain. Il faut en même temiis prescrire l'usage d'un collyre caustique (1 ou 2 grammes d'azotate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée). On aura soin d'en instiller trois ou quatre fois par jour avec un pinceau que l'on glissera doucement eiUre les paupières. On pourrait encore toucher avec le crayon les surfaces malades, tuais l'emploi du collyre nous

a toujours paru plus avantageux. Il faut en même temps irieltre en usage les pédilnves et les purgatifs. Le malade doit rester couché, éviter les refroidissements, et observer un régime très-sévère.

On a conseillé comme topique propre à modérer l'inflammation l'eau glacée et même la glace maintenue siu' les yeux à l'aide d'une ves.sie, mais cette application est trop douloureuse pour ([ue le malade puisse la suppoiter sans relâche : il y a donc à craindre qu'il n'en suspende l'emploi, et que, la réaction arrivant, l'inflammation ne devientie plus violente. Le remède serait alors plus nui.sible qu'utile. Une Compresse mouillée d'eau à la température de la cbaiiibre et renouvelée de temps en temps est plus convenable.

Lorsque la suppuration est établie, une seconde indication importante est d'empêcher le séjour du pus, dont la présence sur l'œil ne peut que nuire. Dans ce but, on doit faire des lavages fréquents avec un courant de liquide dirigé sur la conjonctive an moyen d'ime petite seringue que l'on introduit doucement entre les paupières. Ou pourrait encore, comme l'a fait iVI. Chassaignac à l'hùpital des Enfants Trouvés, se servir d'un tube muni d'un robinet et communiquant par une de ses extrémités avec un réservoir, ce qui permettrait de faire arriver sur l'œil une plus grande quantité d'eau , une véritable douche ; mais ou n'a pas facilement un pareil moyen à sa dispnsitiim , et deux ou trois seriuguées d'eati remplissent suffisamment l'indication, il est bon d'y revenir toutes les deux ou trois heiu'es et particulièrement avatit l'iiistillaiion du collyre au nitrate d'argent. Markenzie conseille pour les lavages la solution suivante : eau, 250 grammes; sel amirioniac, 30 centigrammes; sublimé, 5 centigrammes. Après uiu; lotion avec ce mélange, il fait instiller le collyre à l'azotate d'argent.

Pendant la nuit, on doit encore employer ces moyens, dans les moments oii le malade ne dort pas. Poin- éviter que, pendant le .sommeil, le pus .s'accnmnle entre les paupières agglutinées, il est bon d'enduire tes bords paipébraux avec une pnnimade au précipité rouge , semblable à celle dont nous avons paiie à propos des blepharites.

Lorsqu'un seul œil est pris, ou ne saurait trop multiplier les précautions pour que l'autre ne soit pas iid'ei té par le pus du premier. C'est pourquoi le nuilade doit rester couche sur le dos ou sur le côté correspondant à l'œil affecté et éviter de laver l'œil sain avec l'eau, les éponges et les linges, qui auraient servi pour l'autre.

Quand le ché.inosis est très-considérable , on conseille les .scarifications ou l'excision du bourrelet conjonctival. Pour les scarih'caliuns, ou se

INFLAMMATIONS OCULO-PALPEBRALES.

sert de ciseaux très-fiiis ou d'un bisLoui'i étroit; mais ce dernier pénètre en général plus diflicilement. L'excision se, pratique en saisissant avec des pinces une partie de la tumeur et en la coupant avec des ciseaux, et elle est répéiée sur plusieurs points et à la circonférence de la cornée. Ces deux opérations ont l'avantage ded(mner lieu à un écoulement sanguin, qui favorise le dégorgement de la conjonctive et fait cesser l'étranglement de la cornée par le bourrelet chémosique ; mais, malgré cet avantage, elles sont très-rarement applicables. Eu effet , deux ordres de faits se présentent dans la pratique : dans les uns, la photophobie et le blépharospasme sont peu marques, parce que Tinfliunniaiion n'est pas fart intense; dans Irs autres, ces deux symptômes sont très-prononcés, et ne permelleiit d'ouvrir l'œil qu'au prix de douleurs qui augmentent l'inflanmiation. Or, dans les premiers, l'incisiou et les scarifications sont inutiles, et, dans les seconds, elles sont inexécutables et |Joui'raient être dangereuses. C'est pourquoi l'on est forcé d'y renoncer dans la plupart des cas.

Lurs |ue la maladie est arrivée à sa troisième péi'iiide et qu'il re^le peu d'espoir de sauver l'œil, il n'y a plus à insister .sur les antiphlogistiques, et l'on doit s'en tenir aux narcotiques, s'il reste des douleurs, et aux toniques, si l'affaiblissement est trop considérable.

A toutes les périodes de la maladie, et lors même qu'elle est sporadique, on doit recommander aux personnes qui approchent le malade toutes les précatitious propres à prévenir la tiansmission du mal par inoculation. Ces précautions sont d'ailleiu-s trop simples pour qu'il soit nécessaire de les détailler ici.

B. Forme chronique. — On dit quel'ophthalmie purulente est à l'état chronique lorsque, Tinflammation de la conjonctive oculaire étant peu intense, celle de la conjonctive palpébrale est a.ssez prononcée et donne à la surface correspondante un aspect particulier que l'on appelle granuleux. 11 y a en même temps une sécrétion purulente peu abondante et qui souvent est tellement mélan;;ée de mucus qu'où pourrait douter de la présence du pus.

Dans le plus grand nombre des cas, l'élat chronique est consécutif à l'état aigu; mais, pendant les épidémies, on le voit souvent débuter d'emblée , et, après avoir persisté pendant un certain temps, être remplacé tout à coup par une ophthalmie aignë. M. Florio nous fait savoir que, dans les épidémies de l'armée russe en particulier, la maladie a fréquemment affecté la marche irrégulière qui vieut d'être indiquée.

Symptômes. — Les paupières sont moins gonflées et il y a moins de douleurs que dans l'ophthalmie purulente aiguë. La conjonctive oculaire est mudérément injectée, et fournit, dans certains moments, du mucus seul, et, dans d'autres, du mucus mélangé de pus , alternatives qui tiennent à des modifications correspondantes dans l'intensité de l'inflammation. Quelquefois la cornée reste saine; mais, dans la plupart des cas, elle perd de sa transparence , s'ulcère par places ou s'injecte , comme cela a lieu dans les cas de kératite vasculaire ou même de panuus.

La lésion principale consiste en un certain nombre de saillies, du volume d'une tête d'épingle , arrondies lorsque la maladie est récente, aplaties lorsqu'elle est ancienne, séparées les unes des autres par des sillons superficiels, habituellement rouges, humides et mulles comme si l'épii hélium avait disparu , parfois décolorées et plus denses. Elles occupent les deux paupières, et s'accompagnent d'un épaissis.semeut de la muqueuse qui gêue les mouvements; d'où l'ésulie que le malade, ne pouvant relever tout à l'ait la pau|iière8upérieiu'e, a l'air d'être endormi. Ces saillies sont désignées sous le nom de grnnulnlions pnlpébmles. Deux opinions ont éié mises en avant pour expliquer leur formation : dans l'une, qui a été plus particulièrement développée par Hunter (t. i"'', p. 412), on les considère comme des prodnclious nouvelles, analogues aux bourgeons charnus des plaies et résultant du travail inflammatoire; dans l'antre, on les regarde comme formées par l'hypertrophie de quelipies-uns des éléments de la conjonctive, particulièrement des papilles, qui sont plus abondantes en ces points que les follicules. On objecte à la première de ces opinions que, s'il s'agissait de bourgeons charnus, des adhérences devraient s'établir plus souvent que cela n'a lieu entre les paupières et l'œil. Il est plus pi'obable qu'il s'agit eu effet de papilles hypeilrophiées. Quoi qu'il en soit, celle modilicatiou dans la structure des paupières est d'autant plus importante à connaître qu'elle contribue à entretenir l'inflammation fie la conjonctive ocidaire et de la cornée, en fai.sant glisser sur elles une surface rugueuse et inégale, et que l'art n'eu obtient qu'avec beaucoup de peiue et de lenteur la disparition.

Traitement. — Il consiste dans l'emploi de moyens locaux propres à modifier la vitalité de la conjiinciive palpébrale, tels que les pommades au précipité ronge et au précipité blanc, les ait(mchements rép tés tous les deux ou tiois jours avec ]le ciayon de sulfate de cuivre loi'sque les granuatioQs sont très-vasculaires, avec l'azotate d'ar-

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