ÉPANCIIEMENT SANGUIN DANS LE CORPS VITRÉ
rclrait n'aurait pas';lieii,lapiipil!orf.steraitobIilérée, et alors il n'y aurait pas de cataracte pijjmcntcusc. Cette cataracte arrive aussi dans les cas où le cristallin n'est plus à sa place, c'est-à-dire à la suite de l'abaissement d'une cataracte ordinaire. M. Desmarres en rapporteun exemple. Le mécanisme de la formation est le même : la capsule, maintenue ou même refoulée par le corps vitré, doublée d'ailleurs par des couches plaslicpies, se met en contact avec l'iris, et relient son pigment lorsque rinflammation cesse.
Symptômes et diagnostic. — La cataracte incomplète n'empêche pas la vue, mais la trouble, lorsque les taches sont étendues ou multipliées. La cataracte complète, au contraire, met obstacle à la vision de la même façon qu'une autre cataracte: seulement, au lieu d'une tache blanche, on ne voit dans le champ pupillaire qu'une tache noire qui ressemble à celle de la pupille naturelle. Au premier abord, l'on croit que le malade a une amaurose, cette dernière étant caractérisée aussi par la pei'te de la vue avec conservation de la couleur noire de la pupille; mais, si l'on y regarde de près , ou peut reconnaître que la tache noire est superficielle et que le fond de l'œil n'offre pas cette teinte légèrement grisâtre que donnent la choroïde et la rétine et qu'où observe profondément toutes les fois qu'il n'y a pas d'opacité cristalline. Si l'on examine avec la bougie, on ne voit pas les trois images qu'on observe toujours dans l'amaurose. Enfin la pupille n'est pas immobile. Un malade , auquel l'un de nous a donné des soins à l'Hôtel-Dieu, avait été envoyé dans cet hôpital comme atteint d'une amaurose complète de l'œil gauche. On reconnut bientôt , à l'aide des signes précédents, qu'il ne s'agissait pas de cette affection, mais bien d'une cataracte pigmentense complète. Il fallut cependant décider, et la même question se présente dans tons les cas de ce genre, si l'on n'avait pas aH'aire à une cataracte noire. Mais, après avoir instillé de la belladone, on vit trèsbien un cercle de filaments qui se portaient de la pupille au cristallin et qui étaient à peine apparents avant l'instillation. En examinant à la loupe, on s'aperçut, d'autre part, que la surface de la tache était un peu inégale et comme pulvérulente, tandis que celle de la cataracte noire cïit été uniforme. On a donc , pour distinguer la cataracte pigmenteuse de la noire, les commémoratifs, les inégalités de la surface du cristallin , et les adhérences, qui sont d'autant plus faciles à voir que la pupille est plus dilatée.
Traitement, — Il n'y a rien à faire pour la
cataracte pigmenteuse incomplète. Pour celle qui est complète, il vaut mieux ne rien faire encore, si l'autre œil est eu bon état ; mais , lorsque ce dernier est mauvais, on doit tenter une opération , et ici il faut distinguer deux cas. Si la cataracte pigmenteuse est consécutive à un abaissement , on doit agir comme s'il s'agissait d'une cataracte secondaire ordinaire , c'est-à-dire ouvrir et déchirer la membrane avec l'aiguille , ou tâcher de l'amener an dehors avec la serrelèle, en mnllipliant les précauiions pour ne pas déchirer l'iris qui adhère toujours par quelques filaments à la capsule. Si le cristallin est à sa place normale, on doit encore se .servir de l'aiguille et pratiquer l'abaissement, lorsque l'instillation de la belladone a fait reconnaître que les adhérences ne sont pas très-nombreuses; mais, si ces adhérences paraissent tellement multipliées qu'on ait à craindre, en refoulant le cristallin, d'entraîner et de déchirer l'iris, mieux vaut essayer d'établir une. pupille artificielle latérale par excision ou même par décollement. On est eu droit d'espérer, en effet, que le cristallin n'est pas recouvert de pigment au voisinage de sa circonférence et que par conséquent il pourra laisser passer les rayons lumineux.
6® SOOS-DIVISION.
Slaladîea du corps vitré.
Les maladies du corps vitré sont l'épancheracnt sanguin , le glaucome , le synchisis. Elles ont pour caractère général d'être moins bien connues que celles des autres éléments de l'œil.
Art. P''. — Épanchement sanguin.
On a vu, à la suite des contusions de l'œil, le corps viti'é infiltré de sang dans toute son épaisseur. Cette lésion , que nous avons signalée à la page 221, n'a pas été très-spécialement étudiée, parce que, quand on la rencuutre, les autres éléments de l'œil sont tellement compromis qu'il n'y a pas de symptômes spéciaux à signaler pour le corps vitré. Mais ne peut-il pas se faire dans cet organe, et sans autre lésion, des épaucheraeuts de sang circonscrits, capables de donner lieu à un certain trouble de la vision ?
L'un de nous a eu l'occasion de trouver sur un œil qui avait été été opéré par abaissement quelque temps auparavant, une tache sanguine, large de cinq à six millimètres, qui occupait le corps vilré à la jonction de son tiers antérieur avec son tiers postérieur. Le sang qui formait celte tache n'était pas collecté, mais semblait infiltré et eu-
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
chcvclré dans les mailles de Torijane. Celle lésion avait-elle éié produite par la déchirure des vaisseaux au moment de ropératiouuudiait-ellesurvcnueconsécuiivemeul? Nous n'avons pu avoir sur ce point aucun renseignement. La vision ue s'était pas rétablie , et il est probable que l'infiltration sanguine en avait été cause, car elle se irouvait dans l'axe antéro-postérieur de l'œil. Que serait devenu plus tard le sang ? aurait-il élérésoibé, se serait-il éialé davanlage? le corps vitré aurait-il recouvré toute sa transparence ou serait-il resté jaunâtre? Il nous est impossible de résoudre ces questions.
M. James Dixon a fait connaiire dernièrement quatre cas d'épanebemeut sanguin spontané qu'il croit avoir rencontrés sur le vivant [Monit. des hôp. , 1854 , p. 578). Deux des malades avaient perdu la vue instantanément; les deux autres avaient eu un affaiblissement progressif. Dans les quatre cas, un seul œil était malade. La pupille était mobile, mais un peu moins qu'à l'état normal ; après l'avoir dilatée avec l'atropine, M. Dixon aperçut, au moyen de la loupe, une subsiance rougeàtie qui lui parut être nn caillot sanguin , et qui, d'après sa situation profonde, semblait occuper le corps vilré. L'auteur n'a pu, dans aucun des cas , vérifier cette opinion par l'examen cadavérique. Il n'a pas non plus suivi assez longtemps les malades pour savoir si la résorption s'est faite. La question des épancbements circonscrits, qu'un pourrait appeler apoplexies partielles du corps vilré, n'est donc pas suffisamment cclaircie; mais elle est assez bien posée pour que de nouvelles études anatomiques et cliniques ne tardent pas à se produire.
Art. II. — Glaucome.
Le glaucome est l'opacilé du corps vitré.
On a beancoup discuté sur la signification de ce mot et sur le siège véritable de la maladie qu'il sert à indiquer.
Quant à la signification du mot , les anciens s'en servaient pourdésigner la cécité avec une coloration verdàtre, dont ils plaçaient le siège dans le cristallin , tandis que, pour la cataracte ordinaire, le siège du mal était, suivant eux, au devant de cet organe. Depuis ladècouverle du siège véritable de la cataracte, on a conservé l'expression de glaucome, en l'appliquant à une maladie qui ressemble à la cataracte par le trouble de la vue et par la prèsenced'uue opacité dans le champ pupillaire, mais qui en diffère par la coloration verdàtre de la partie opaque, sa profondeur, et sa situation probable dans le corps vitré. C'est ainsi que le glaucome a
été compris par le plus grand nombre des auleurs depuisHaitre-Jan,qui parait avoir établi le premier celle distinction entre le glaucome et la cataracte.Tant qu'un nclit pas d'investigations anatomiques, ces idées furent acceptées ; mais, lorsque vinrent les observations de ce genre, le sujet s'obscurcit, car les autopsies, quoique peu nombreuses, donnèrent cependant des résultats assez différents les uns des autres. La première est celle que fit Marescbal, de l'Académie de chirurgie, sur un médecin nummé Bourdelot, qui avait exprimé le vœu que ses yeux, considérés comme atteints de glaucome, fussent étudiés après sa mort. Mareschal trouva sur l'œil droit le cristallin tout à fait opaque, jaune à son centre, et blanc à sa périphérie. Derrière lui, et au niveau de sa fossette antérieure, le corps vilré était opaque jusqu'à la profondeur de trois millimètres et coloré en jaune. La même lésion existait sur l'œil gauche , mais à nn degré moins avancé. De son côté, Wenzel, cilé par Boyer, a trouvé sur des individus qui étaient morts avec le glaucome, nou pas une opacité du corps vitré, mais bien une lésion de la rétine, lésion par suite de laquelle cette membrane avait pris la teinte azurée qu'on voyait dans le champ pupillaire.
Alackenzie, qui a fait plusieurs autopsies, a trouvé le cristallin couleur d'ambre ou rouge jaunâtre , sans qu'il eût perdu cependant toute sa transparence , la choroïde couleur brun clair et dépourvue de pigment , la rétine privée de sa tache jaune et de son trou central. Quant à l'humeur vitrée, il l'a vue, tantôt incolore et diaphane, tantôt jaunâtre, mais toujours plus fluide qu'à l'ordinaire. Pour cet auteur, le glaucome est donc une maladie du cristallin avec lésion de la choroïde , do la rétine, et du corps vitré. Il suppose que le cristallin et peut-être Ibumeiu' vitrée, par suite decondilions qu'il n'explique pas, décumposent la lumière, absorbent les rayons violets, bleus et rouges, et ne renvoient que les rayons jaunes et verts. C'est pourquoi le cristallin parait jaune , lorsque , retiré de l'œil , il est vu isolé , et vert, lorsque, situé eucorc dans l'œil , il est vu sur un fond coloré en jaune. Quant à la dissolution du corps vitré et à la décoloration de la choro'i'de , l'anteur ne les fait pas intervenir pour expliquer la couleur du glaucome , mais il attribue le trouble de la vision à ce que la membiane du pigment est incapable d'absorber les rayons lumineux et à ce que la lumière est mal transmise à travers un cristallin opaque.
M. Sichel attache la plus grande importance aux lésions de la choroïde , qu'il a trouvées dans plusieurs cas ; il regarde ces léjions comme le point de départ des autres. Aussi sa description
SYNCHISIS.
(lu glaucome {J anales d'octdisl. , t. v) ressemble-t-ello, beaucoup à celle que nous avons donnée de la choroïdite.
Pour nous, nous n'avons pas eu l'occasion de disséquer les yeux d'individus ayant présenlé à un haut degré la coloration verte géuéraleuient regardée comme un attribut du glaucome ; mais nous avons trouvé le corps vitré coloré d'une teinte jaunâtre bien prononcée, une fois sur un sujet atteint de cataracte, et trois fois sur des sujets qui avaient été opérés par abaissement. Cette même coloration nous a paru également évidente sur les yeux de deux chiens dont nous avions déchiré le corps vitré avec une aiguille quelque temps auparavant. Les yeux qui présentaient celte lésion oHraient-ils ou auraient- ils offert pendant la vie la couleur verte du glaucome ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre actuellement à cette question.
Des documents qui précèdent, et que noussommes les premiers à trouver insuffisants, il ressort: 1° que le corps vitré peut perdre sa transparence et devenir assez jaune pour gêner le passage des rayons lumineux; 2° que cette lésion peut exister seule, mais qu'elle coïncide le plus souvent avec une catai'acte, avec une maladie de la choroïde, ou avec une maladie de la rétine, Si donc on veut , sans trop tenir compte de la signification étymologique du mot glaucome, désigner sous ce nom l'opacité du corps vitré, on doit admettre un glaucome simple, un glaucome avec cataracte, un glaucome avec maladie.de la choroïde , et un glaucome avec maladie de la rétine.
I. Le glaucome simple est assez rare. Il peut survenir, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois, après l'opération de la cataracte , par suite du trouble nutritif qu'occasionne la déchirure du corps vitré. Ce trouble peut-il être considéré comme inflammatoire? Nous ne le pensons pas, ou , s'il eu est ainsi , l'inflammation ne se traduit que par des symptômes peu tranchés, ainsi que nous avons eu occasion de l'établir ( p. 296) dans l'article consacré aux inflammations oculo-palpébrales.
Les symptômes de l'opacité simple du corps vitré sont mal connus, et l'on ne peut guère en signaler d'autres qu'un certain obscurcissement de la vision. Peut-être y a-t il comme signe physique un changement dans la couleur de la pupille, mais le fait n'a pas encore été bien démontré, et il est probable que, s'il a lieu, ce changement doit être peu marqué et échapper facilement. Il est possibleaussi que, d'une part, le cristallin n'étant plus à sa place, et, (l'autre part, la rétine et la choroïde n'étant pas malades, les conditions optiques ucccssaires à la production de la coideur verte manquent.
Le glaucome peut-il survenir aussi indépendamment de l'opération de la cataracte et consécutivement aux ophthalmies profondes? La cbusc n'est pas impossible, mais il y a presque toujours alors une altération coiicomitanle de la rétine.
II. Le glaucome avec cataracte est celui dans lequel le corps vitré est opaque en même temps que le cristallin. Le fait de Maréchal eu est un exemple. On aurait ici les indications fournies par les trois images pour reconnaître la cataracte, et la coloration verte pour reconnaître la maladie du corps vitré. Cependant il n'y a pas de signe positif (jui puisse faire distinguer si la couleur verte est due au corps vitré trouble et vu par l'intermédiaire d'un cristallin opaque, ou si elle est due au cristallin devenu vert, ainsi qu'on l'observe dans certaines cataractes, celles que nous avons appelées vertes.
III. Le glaucome rétinien est celui dans lequel la rétine est malade et présente ime teinte verdàtre , en même temps que le corps vitré a perdu de sa transparence, et le glaucome choroïdicn celui dans lequel la choroïde a perdu .son pigment. Ces diverses lésions existent souvent simultanément, comme Mackenzie paraît l'avoir observé, et elles sont, ainsi que l'opacité du corps vitré, la suite de certaines ophthalmies profondes, de la choroïdite en particulier. La couleur verte qu'on observe en pareil cas n'est pas donnée par le coi'ps vitré luimême , mais elle est due à ce que la choi'oidc n'absorbe pas certains rayons lumineux et à ce que la rétine ne les réfléchit pas comme à l'ordinaire.
Ces deux espèces de glaucomes di lièrent du précédent en ce qu'ils s'accompagnent de perte à peu près complète de la vue.
Quelle que soit d'ailleurs sa forme, l'opacité du corps vitré est toujours au-dessus des ressources de l'art.
Art. III. — Synchisis.
On donne le nom de synchisis au ramollissement du corps vitré , et on en distingue deux espèces sous les noms de synchisis simple et de synchisis élincelant.
I. Le synchisis simple est celui dans lequel le corps vitré est devenu plus fluide, sans offrir d'autres changements dans sa composition et sa structure.
Cette lésion peut exister seule , mais , dans le plus grand nombre des cas, elle accompagne la cataracte ou se montre à la suite de l'opération
faite pour cette dernière maladie. Elle coïncide aussi quelquefois avec l'arnaurose.
Oo ne connaît pas du tout la cause qui lui doune oaissauce.
Ses symptômes sont variables. Tanlôt,et en particulier au début de la maladie, l'œil est plus dur qu'à l'ordinaire , probablement parce que riiuineur vi(rée est devenue plus abondante en même temps qu'elle est plus fluide. Tantôt , au contraire, l'œil est légèrement atrophié, et cela surtout dans les cas oii il existe d'autres lésions de cet oi'jjane. Souvent il y a tremblement de l'iris, parce que le fluide se déplace aisément et donne à l'iris une certaine impulsion. Cependant nous avons dit plus haut qu'il n'était pas certain que le tremblemcut de l'iris ne fût pas dît quelquefois à d'autres causes, à une lésion de la membrane, par exemple.
Le synchisis ne parait pas donner lieu par luimême à des troubles notables de la vision ; cependant il peut y avoir un peu de presbytie par suite de l'augmcntalion du liquide. L'affaiblissement visuel qu'on observe souvent tient aux lésions concomitantes, pailiculièrement à celles de la rétine.
Le diagnostic est difficile dans bien des cas. On doit soupçonner le synchisis, lorsque l'œil est plus dur qu'à l'ordinaire , lorscjne l'iris offre des tremblenienls, et aussi lorsqu'une cataracte est branlante ; mais la maladie existe aussi dans certains cas où aucun des signes précédents ne se rencoati-e, et alors il n'y a véritablement aucun moyen de la reconnaître.
Le traitement curalifest nul. Comme traitement palliatif, on conseillerait l'usage de lunettes à verres biconvexes s'il y avait presbylie.
II. Le synchisis étincelant est celui dans lequel le coips vitré, en même temps qu'il est plus fluide, est rempli de paillettes brillantes et étincelanles , formées par de petits cristaux de cholestérine.
Cette maladie a d'abord été observée par M. Desraarrcs, qui lui a donné le nom qu'elle porte. Elle a ensuite fait l'objet d'un travail de M. Siebel, qui en a rassemblé quinze observations [/annales d'oculislique) et a proposé de la nommer spinihéropie. M. Chassaignac a communiqué sur le même sujet une observation intéressante à la Société de chirurgie [Bulletin, t. ii , p. 164).
Elle peut, comme le synchisis simple , coïncider avec quelque autre lésion de l'œil : on l'observe spécialement à la suite de l'opéralion de la cataracte par abaissement , lorsque la vision ne s'est pas rétablie.
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
Aux symptômes que nous avons indiqués tout
a l'heure s'ajoute le suivant. Lorsqu'on examine l'œil avec attention , l'on aperçoit derrière la pupille de petits corps brillants qui semblent se déplacer : les uns sont un peu plus près, les autres un peu plus loin de la pupille; les uns se voient quand on se place à droite, les autres quand on se place à gauche; leur ensemble forme un spectacle assez curieux poiu- l'observateur.
Lorsque l\î. Desmarres observa ce phénomène pour la première fois, il l'attribua à quelque changement moléculaire dans la structure du corps vitré. M. Malgaignc, au contraire, émit l'opinion que les corps étincelants n'étaient autres que des paillettes de cboleslérine mobiles dans rhumeur vitrée, et M. Stout , de New- York , qui avait examiné longuement à l'aide du microscope à dissection la malade de H. Desmarres, arriva aussi à cette conclusion, que le scintillement était produit pardes cristaux qui pouvaient ctrecholestériques , mais sur la composition desquels il n'était pas parfaitement fixé. M. Lebert a annoncé à la Société de chirui-gie qu'il avait examiné au microscope des pailleti es semblables et qu'il les avait trouvées formées par de la cholestérine, substance qui peut se déposer dans les milieux de l'œil comme dans le liquide de l'hydrocèle et dans celui de certains kystes.
Dans le fait , unique sous ce rapport , de M. Chassaignac, les cristaux cholestériques elle scintillement occupaient la chambre antérieure et l'humeur aqueuse, et il n'y avait pas à s'y méprendre, puisque la pupille était fermée par une cataracte adhérente. Pour cet auteur, les dépôts de cholestérine se feraient donc le plus souvent dans le corps vitré , mais quelquefois par exception dans l'humeur aqueuse, peut-être même dans la cornée. C'est pourquoi il propose de donner à la maladie le nom de choleslérie du globe oculaire
Cette lésion est d'ailleurs, comme celle qui caractérise le synchisis simple , tout à fait au- dessus des ressources de l'art.
7° SOUS-DIVISION, Bînladic* de la réUnc.
Nous comprenons dans cette sous -division ! 1° l'arnaurose, quoiqu'elle se rattache assez souvent à la lésion de parties nerveuses autres que la rétine, 2° la kopiopie, 3" les mouches volantes, 4° l'héméralopie, 5" la nycfalopie, 6" l'hémiopie, et 7° riuscnsibilild de l'œil pour certaines couleurs.
AMAUROSE
Art. V'. — Jinaitrose.
L'amaurose est l'affaiblissement ou la perte de la vue, qui ne peut s'cxplii|ucr par un obstacle au passade des rayons lumineux, et qui est dû à quelque lésion de la rétine, du nci'f optique, on des parties de l'encéphale destinées aux perceptions visuelles.
La substance nerveuse qui forme la rétine est exposée à des lésions analogues à celles du cerveau; et, dans beaucoup de cas, de même que quand il s'agit du cerveau, la lésion matérielle est inappréciable ou insignifiante à côté de la gravite du trouble fonctionnel. D'ailleurs le cerveau et la rétine sont tellement rapprochés l'un de l'autre que les maladies du premier de ces organes retentissent fréquemment sur le second. Ces considérations expliquent pourquoi l'histoire de l'amaurose prosente plus d'obscurité que celle des autres maladies oculaires et pourquoi elle fournit matière ù des développements qui seraient plutôt du ressort de la pathologie interue.
Carnclères analomiqiies , — Les cas dans lesquels on a trouve des lésions bien tranchées sur les sujets qui étaient morts amaurotiques sont les plus rares. Ces lésions occupaient la rétine, le nerf optique, ou le cerveau.
1° Du côté de la réiiue, on a quelquefois constaté la décoloration de cette membrane, une teinte verte au lieu de la teinte grise normale, un ramollissement, et même une destruction plus ou moins étendue. Il est probable que si les malades succombaient plus tôt, on trouverait quelquefois dans les capillaires de cette membrane une congestion comparable à la congestion du cerveau, un épanchcment sanguin, une sorte d'apoplexie dans ses mailles, un épaississement, ou bien même quelques produits inflammatoires, tels que de la sérosité, du pus; mais ces diver.ses lésions, que l'ensemble des symptômes autorise et même oblige à admettre , n'ont pas été jusqu'à ce jour vérifiées sur le cadavre. Cela tient sans aucun doute à ce que les autopsies sont rares, à ce qu'on les fait longtemps après que les désoitlres primilifs ont disparu , et aussi à ce que les études anatomo-pathologiques sont fort difficiles sur une substance aussi délicate que l'est le tissu rétinien.
2° Du côté du nerf optique, on a souvent noté une atrophie. Mais cette lésion était-elle cause ou effet? On n'a pu bien le déterminer dans la plupart des cas. D'autres fois, l'un de ces cordons nerveux ou tous deux étaient comprimés et détruits par quelque tumeur intra-orbitaire ou intra-crà
nienne, qui s'était développée dans ces cavités uumies ou y était arrivée après avoir pris naissance dans les fosses nasales. Ou a cité des exemples de compression occasionnée par une hypertrophie de la dure-mère. La compression, au lieu d'être produite par une tumeur étrangère au nerf, peut être la conséqueuce d'une maladie de ce dernier, comme un névrôine ou une dilatation anévrysmale de l'artère centrale de la réiine, ainsi que Zinu et Mackenzie en ont observé des exemples.
3" Du côté du cerveau, on a rencontré, tantôt une congestion sanguine, tantôt un foyer apoplectique au niveau des corps genouillés ou des tubercules quadrijumeaux, tantôt un ramollissement de ces mêmes parties , quelquefois une tumeur développée dans leur épaisseur ou dans leur voisinage.
Souvent on n'a pas constaté de lésion anatoraique. Doit-on en conclure, avec beaucoup d'auteurs, qu'il n'en existait en effet aucune? N'est-il pas permis de penser aussi, ou qu'on n'a pas fait toutes les investigaiions nécessaires, les investigations microscopiques en particulier, ou que les explorations ont été rendues impossibles par la ténuité de la rétine et par l'altération cadavérique qu'elle avait éprouvée ?
L'amaurose est ordinairement double ou bioculaire. Elle peut, il est vrai, commencer par l'un des yeux et l'occuper seul pendant un certain temps , mais elle finit habituellement par envahir l'autre à son tour.
Elle n'est uni-oculaire que dans les cas où elle est causée par nue blessure et dans ceux oîi il y a compression de l'un des nerfs optiques, l'autre conservant son intégrité. Celte condition se rencontre surtout lorsqu'il s'agit d'ime tumeur de l'orbite, mais elle est plus rare dans le cas de tumeur intra-crànienne. Eu effet , pour peu que celle-ci se trouve au voisinage duchiasma, elle comprend les deux nerfs, et il en résulte uns amaurose double.
Étiologie. — Cette maladie se développe à tout âge, mais elle est plus commune chez les adultes que chez les enfants et les vieillards. On l'observe un peu plus souvent sur la fournie que sur l'homme.
Elle est traumnlique ou sponianée.
1° Les causes traumatiques sont d'abord les ébranlements de l'œil à la suite de coups portés sur la tête ou sur la région oculaire. Déjà nous nous sommes expliqués sur ce sujet à propos des plaies du sourcil (p. 124) et de la commotion de l'œil (p. 2 1 8). Sans jamais avoir constaté la lésion quise produiteo pareil cas, nous ne pouvons cepeu-
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
dant nous refuser à admettre que la rétine , après avoirété ébranlée, a pu devenir impropre à remplir ses fonctions, soit instantanément, soit à la suite de l'inflammation qu'occasionne la commotion. Viennent ensuite les blessures de la rétine par l'action directe des instruments vulnérants, après un accident ou après une opération de cataracte. Ici encore se présente la question difficile de savoir si la blessure produit une lésion instantanée, irrémédiable, ou si celle-ci n'arrive que comme conséquence de la rélinite. Si cependant on considère qu'à la suite des opérations les malades commencent par distinguer un peu et qu'ils perdent plus tard , par l'amaurose , la vision qu'ils avaient recouvrée, on en conclura que, du moinsdans ces cas, l'amaurose est produite plutôt par l'inflammatioa traumatique que par la blessure elle-même.
2" Parmi les amauroses spontanées, qui sont de beaucoup les plus communes, il en est dont les causes sont saisissables et dont la formation s'explique jusqu'à un certain point, d'autres dont l'étioîogie présente beaucoup d'obscurité.
Au nombre des premières se trouvent celles qui paraissent se développer à la suite d'une rétinile chronique ou d'une simple congestion sanguine. Les causes qui leur donnent naissance sont l'exposition Labitueile des yeux à une lumière trop vive , telle que celle du soleil , de la neige, des lampes munies d'un globe de verre , l'exposition au fioid humide. Une des causes les plus fréquentes de la congestion rétinienne est la suppression des règles, et c'est pour cette raison que les femmes sont plus exposées à l'amaurose que les hommes. Dans tous les cas qui précèdent , on dit que la maladie est congeslive ou stliénique.
Beaucoup d'individus deviennent amaurotiques après avoir présenté les symptômes d'une congestion cérébrale, passagère ou habituelle, et quelquefois en même temps ceux d'une congestion rétinienne, ce qui permet de dire qu'ils ont eu une congestion cérébro-oculaire. En pareil cas, l'amaurose est encore dite sihéniquc.
D'autres fois la maladie est symptomalique d'une bémorrhagie cérébrale ou d'un ramollissement du cerveau, qui a déiruit des parties de l'encéphale indispensables à la vision, ou bien aussi d'une lésion du nerf optique. L'étiologie n'est autre alors que celle de ces alTeclions elles-mêmes, et nous n'avons pas à nous en occuper ici. Elle peut encore cire symptomalique de certaines maladies générales dans lesquelles il y a affaiblissement de toute la constitution et notamment du système nerveux. Par exemple, elle est une des conséquences possibles de l'intoxication saturnine. Eautil l'attribuer, en pareil cas, à l'influence fâcheuse
que le plomb exerce sur le cerveau ou bien à son influence directe sur la rétine? Nul ne peut le dire. On l'a vue survenir chez les chloroliqucs , les hystériques, les épilepliques. M. Landouzy a avancé, en 1849, qu'elle se montre souvent au début de l'albuminurie. Quoique les médecins n'aient pas trouvé le fait aussi fréquent que l'avait dit M. Landouzy, il paraît néanmoins exister quelquefois. Demours et M. Bouchardat ont signalé l'affaiblissement de la vue dans le diabète. On l'observe à la [suite de la scarlatine, chez les individus affaiblis par les excès vénériens, les pertes séminales; on dit même qu'elle [peut être causée par la présence de vers dans le canal intestinal, îoute celte éliologie de l'amaurose est obscure en ce sens qu'on ne voit pas la liaison qui existe entre elle et ces diverses maladies et qu'il est, par exemple, impossible de saisir si c'est par une action surle cerveau ou sur la rétine, par une congestion ou un affaiblissement, par un excès ou un défaut de viialité des parties nerveuses, que le trouble de la vision arrive.
L'amaurose peut-elle être syphilitique? Dupuytren, Lallemand, et plus récemment i\IiM. Deval et Yvaren, rapportent des observations dans lesquelles l'amélioration ou môme la guérison obtenue après le traitement mercuriel a fait penser que la maladie avait eu cette origine. Nous pourrions nous-mêmes citer quelques faits analogues. On peut toujours se demander si, dans les cas de ce genre , il n'y a pas eu fausse interprétation et si la guérison n'a pas été due à d'autres causes ; car, dans un bien plus grand nombre de cas, le traitement mercuriel a été inutilement essayé. Si d'ailleurs il était démontré que la diathèse syphilitique peut donner lieu à l'amaurose , on ne saurait dire si c'est en modiliant directement la rétine ou en donnant naissance à quelque gomme ou à quelque exostose qui comprime le nerf au niveau du trou optique.
On a vu l'amaurose survenir instantanément, et sans qu'aucun phénomène ait pu la faire prévoir , comme dans le cas suivant. Un homme de cinquante-deux ans , pléthorique et déjà atteint d'une maladie du cœur, avait joui jusque-là d'une excellente vue. Il s'endort dans l'après-midi sur son fauteuil, et, en se réveillant au bout d'une heure, il s'aperçoit qu'il a complètement perdu la vue du côté gauche : nous trouvons en effet de ce côté une amaurose, qui depuis a lésisté à tous les moyens. Dans ces cas et dans ceux du même genre, on ne peut assigner aucune cause éloignée à la maladie, mais il est probable que sa cause prochaine a été une apoplexie de la rétine ou une apoplexie cérébrale limitée aux tubercules quadrijumeaux
AMAUROSE
et qu'en conséquence l'amaurose était encore syinploraalique.
Dans quelques cas , l'amaurose est précédée de douleurs névralgiques circumorbitaires ou intraorbilaires. M. Tavignota bien appelé l'altcntion, dans ces derniers temps, sur cette forme, qu'il appelle amaurose névralgique; mais la relation de cause à effet qu'il cherche à établir entre la névralgie et la paralysie de la rétine et l'explication qu'il donne de ce phénomène sont inacceptables. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que la cause inconnue, rhumaiismale ou autre, qui amène la névralgie exerce en même temps sur la rétine et le nerf optique une certaine action qui se traduit par l'amaurose.
La cause du mal demeure inconnue dans les cas oii l'on ne peut raisonnablement expliquer la cécité, ni par une congestion, ni par une inflammation, et dans ceux où elle n'est pas évidemment symptomalique. On suppose alors qu'il est survenu un afl'aiblissement, un engourdissement, une paralysie de la rétine ou de ses dépendances, et l'on exprime cette idée eu disant que ramauroseestrt^//i^n/(/î<e,/orpide , essentielle. Ce serait aller trop loin que daffii'mer qu'en pareil cas il n'existe pas de lésion matérielle et qu'il s'agit seulement d'un trouble foncti(innel,car on n'a pas assez étudié l'anatomie pathologique de celte maladie pour qu'on puisse être certain du fait. Il faut se contenter de dire qu'il y a alors perte de la vue , sans lésion et sans cause appréciables.
En résumant les notions que nous possédons sur les caraclères anatomiques et l'étiologie, nous arrivons à celte conclusion , qu'en tenant compte de son siège l'amaurose peut être rétinienne, optique, ou cérébrale, et qu'en tenant compte de son mode de développement , d'où résulte une manière d'être ou une nature particulière de la maladie, elle peut être sthénique, symptomatique, ou asthénique. Ces distinctions ont, comme nous allons le voir, leur utilité dans l'étude des symptômes et du traitement ; mais il n'est pas inutile d'avertir à l'avance que la distinction topographique est souvent très- difficile sur le vivant, et que la dislinclion éiiologique n'est utilement applicable qu'an début de la maladie ou du moins tant qu'elle est incomplète. Les symptômes de congestion ou d'inflammation qui caractérisent l'amaurose sthénicpie disparaissent souvent au bout d'un certain temps, et, si l'amaurose persiste, elle prend le caractère asthénique, la congestion et l'inflammation ayant produit dans les parties nerveuses de l'appareil visuel une débilitalion analogue à celle qui survient quelquefois sans cause connue.
Symptàmes. — Il importe d'étudier à part, comme nous l'avons fait pour la cataracte, les symptômes de l'amaurose conunençantc ou incomplète et ceux de l'amaurose complète.
L L'amaurose incomplète, que l'on appelle aussi ainblfopie, a des signes fonctionnels et des signes anatomiques ou objectifs.
Les signes fonctionnels présentent quelques variétés, mais consistent toujours en ccrlains troubles de la vue. Souvent le malade commence par s'apercevoir qu'il a devant les yeux comme un nuage ou un biouillard ou que les objets sont confus. D'autres fois il ne .s'aperçoit de rien, tant qu'il n'applique pas ses yeux, mais, s'il veut regarder quelque temps des objets fins, la vue se brouille et devient impossible jusqu'à ce qu'elle ait été suffisamment reposée. Ces symptômes ne sont autres que ceux de la kopiopie , dont il sera question plus loin (p. 377). Dans quelques cas, les objets ne peuvent être vus en face, mais sont bien aperçus si l'on regarde de côté, ce qui tient sans doute à ce que le centre de la rétine est seul paralysé ; ou bien on les voit doubles ; ou bien encore on les distingue pendant le jour mais point le soir, ou dans la soirée et point durant le jour. Ces divers troubles seront étudiés en délai! aux articles Diplopie, Héméralopie, et Nyctalopie.
On a vu des sujets chez lesquels le premier symptôme de l'amaurose consistait en une impossibilité de distinguer toutes les couleurs : tandis que les unes élaient perçues, les autres ne l'étaient pas , comme si la réline fût devenue d'abord insensible à certaines impressions.
Dans d'autres cas, le malade a continuellement la sensation d'objets qui n'existent pas devant lui, et en particulier celle d'une mouche noire qui augmente quand il éloigne davantage l'objet et qui se déplace avec l'œil en restant toujours dans la même position par rapport à l'axe antéro-postérieur. Quelquefois encore , s'il regarde une lumière , il croit voir une boule de feu , un soleil , ou bien, sans rien fixer, il a continuellement la sensation d'objets lumineux.
Il est des sujets qui n'épi'ouvent au début aucune douleur dans les yeux ni à la tête. D'autres ont un sentiment habituel de plénitude dans les régions oculo-palpébrales, un larmoiement et une injection de la conjonctive après la plus légère fatigue. Quelques-uns ont, à la tempe, à la joue, à la racine du nez , ces douleurs névralgiques que nous avons dit caractéi'iser certaines foimes d'amaurose. Il eu est enfin qui ont des accidents cérébraux, tels que céphalalgie, étourdissements fréquents , bourdonnements d'oreilles , difficulté pour les travaux intellectuels.
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
Ces premières sensations sont loin d'exister toujours, et, quand elles ont eu lieu, un moment arrive où elles (lisparaisseul et où il ne reste plus qu\m affaiblissement de la vision qui augmente graduellement. Le malade commence par ne plus pouvoir lire que les gros caractères et il ne peut reconnaîlre les objets fins ou mal éclairés; cependant il distingue encore les personnes et peut se conduire seul. On observe d'ailleurs quelquefois, jusqu'à ce que l'amaurose soit devenue complète, des alternatives de bien et de mal , comparables à celles que présente habiluellenient la surdité. La plupart des malades voient mieux au réveil qu'à tout autre moment , parce que la réline est bien reposée. Ils voient plus mal lorsqu'ils ont pendant quelque temps employé leurs yeux à des travaux qui exigent beaucoup d'attenlion que lorsqu'ils se sont reposés quelque temps. Tous éprouvent un soulagement notable et croient qu'ils sont guéris s'ils reposent leur vue quelques jours de suite, mais, aussitôt qu'ils reprennent leurs travaux ou qu'ils recommencent à s'appliquer, le trouble reparaît. - Les principaux symptômes objectifs sont la dilatation de la pupille, la lenteur et la diminution de ses mouvements, lorsqu'on ouvre et ferme alternativement les paupières dans un endroit biea éclairé. Ils présentent aussi quelques variétés. Il est des sujets chez lesquels la pupille oscille pendant quelques instants, c'est-à-dire se dilate et se resserre alternativement sous l'influence de la lumière ; d'auti'es chez lesquels cette ouverture se dilate seulement, et avec lenteur, au lieu de se resserrer comme dans l'état normal. Quelquefois la pupille resteordinairementserrée,tandisque la dilatation est l'état le plus habituel dans cette maladie. Il peut arriver enfin, mais cela est très-rare, qu'on ne trouve pas de changement dans les mouvements pupillaires: c'est ce qu'on observe, en particulier, dans quelques-uns des cas où , un seul œil étant malade, on l'explore pendant que l'autre est ouvert, ou bien quand on ouvre et ferme en même temps les paupières sur les deux yeux. Pour faire convenablement l'exploration dans l'amaurose unioculaire, il faut tenir fermé l'œil sain pendant qu'on examine l'œil malade.
Il est rare que la couleur de la pupille soit changée. On remarque cependant quelquefois, notamment chez les vieillards, une teinte grisâtre ou verdàtre du fond de l'œil, analogue à celle du glaucome, ou bien on observe cet aspect resplendissant dont les nuances varient suivant la direction de l'œil et auquel Béer a donné le nom à'œil de chat amauro ligne. Nous verrons plus loin que cet état du fond de l'œil existe quelquefois dans d'autres maladies que dans l'amaurose.
L'amaurose peut rester incomplète pendant un temps fort long et même guéiir sans devenir jamais complète; d'autres fois elle passe rapidement à ce dernier état.
2° L'amaurose complète a pour symptômes ordinaires la perte absolue de la vision, avec dilata lion, immobilité, et coloration noire des pupilles.
La perte de la vue est portée à un point tel que l'on ne peut distinguer le jour de la nuit. Elle donne au malade une attitude particulière et caraclérisiique. S'il marche, c'est eu tâtonnant, mais la tèle haute, les yeux tournes vers le ciel comme pour y chercher la lumière, à l'inverse du cataracte, qui marche la tête baissée et en cherchant le demi-jour. S'il est en repos, son regaiil parait fixe; les paupières sont immobiles ou bien les yeux se tournent en divers sens, sans s'arrêter sur aucun objet, comme hngaids, et dépoiu'vus de toute expression , ce qui change notablement la physionomie; la face est étonnée, comme hébétée, et le plus souvent pâle.
On observe d'ailleurs quelques variétés. Ainsi les douleurs céphaliques et oculaires , ll'injection passagère et les varicosités de la conjonctive, qui ont ordinairement disparu à cette période de la maladie, subsistent quelquefois. La pupille, au lieu d'être dilatée , peut offrir un resserrement exceptionnel , ou bien , quoique la vision soit entièrement perdue, présenter quelques oscillations sous l'influence de la lumière.
Diagnostic.
— Il comprend deux choses distinctes: 1° reconnaître l'amaurose, 2" reconnaître ses causes et sa nature.
1° L'amaurose incomplète peut être confondue avec une cataracte commençante ou avec une fausse cataracte. On la distingue de la première aux caractères suivants : la pupilli; est plus large, moins mobile, et d'une couleur plus noire. Quelquefois cependant on trouve une teinte grise qui rappelle celle de la cataracte , et c'est dans les cas de ce genre qu'on a pu ci'oire qu'on avait alîàire à une cataracte commençante , tandis qu'il s'agissait d'une amaurose; mais la teinte grise de cette dernière maladie est plus profonde et plus sombre que celle de l'opacité cristallinienne à son début, et surtout elle s'accompagne d'une diminution proportionnellement plus prononcée de la vision. La teinte gi'ise de la cataracte commençante permet encore aux malades de distinguer beaucoup d'objets, de se conduiie; l'amaurose avec teinte grisâtre ne leur permet pas d'en faire autant et s'accompagne d'ime cécité plus grande. Dans le doute , la recherche des images pourrait rendre des services (voy.p. 3 52 et 3 44). La fausse cataracte se distin-
AMAUROSE
gue facilement de l'amaurose par sa couleur blanche, sa siLuation dans le champ pupillairc, et l'atrésie concomitante de la pupille.
Peut-être arrivera-t-on à reconnaître avec les appareils de MM. Helmotz et Follin quelques lésions caractéristiques qui compléteront le diagnostic. Les résultats obtenus jusqu'à ce jour sont encore insuffisants.
Le diagnostic de l'amaurose complète est pins facile que celui de l'amaurose incomplète. On se reportera pour sou étude à ce que nous avons dit à propos des cataractes ordinaires, noire, .et pigmenteuse. Il peut être aidé par l'emploi d'un moyeu sur lequel M. Serre d'Ùzès a, dans ces derniers temps, appelé rallcntion {Académie des sciences, 1850). Dans l'élat normal, lorsqu'on exerce une pression sin' l'œil par l'intermédiaire de la paupière et qu'on la continue pendant uns ou deux minnlcs, en soulevant le doigt de temps à antre pour l'interrompre , on perçoit ordinairement , au niveau de l'endroit comprimé, une impression lumineuse faible, et, du côté opposé, une autre qui est plus vive et qui ligure un anneau lumineux, tantôt blanc, tantôt bien clair, cii'conscrivant un fond obscur oîi apparaît de temps ea Irmps une certaine clarté. La pression sur la partie siqu'rieare et interne de l'œil en fait naître plus .sûrement que la pression sur les antres points. M. Serre donne aux anneaux lumineux ainsi obtenus le nom de pliosphènes , et il appelle phosphène temporal celui qui est le résultat de la pression en dedans , nasal celui qui est le résultat de la pression en dehors , sus-orbitaire celui qui est produit par la pression en bas , sous-orbilaire celui qui est produit par la pression eu haut. Quand la rétine est paralysée , ces anneaux lumilU'ux ne peuvent être obtenus. Il y donc là, ainsi que l'avait fait remarquer anlérieurement M. Martinet, delà Creuse, un moyeiule diagnostic. H. Serre fait observer avec raison qu'il ne faut pas s'en tenir à une seule expérience et qu'on doit l'avoir répétée ti'ois ou quatre fois avant de porter un jugement. Si dans aucun cas les phosphèues ne se sont produits, il y a lieu de penser que l'amaurose existe.
Ce moyen n'est pas aussi facile à employer et ne nous paraît pas appelé à rendre autant de services que le croit M. Serre. D'abord il ne peut gnière servir dans l'amaurose incomplète , par la raison que les phosphèues se produisent encore lorsque la rétine n'est pas tout à fait paralysée. Quant à l'amaurose complète, elle a tant d'autres symptômes qui permettent de la reconnaître que celui-là ne peut être d'un grand prix. On doit savoir, d'un autre côté, que la p'upart des malades ne sont pas
en état d'analyser, comme l'a fait M. Serre, leurs sensations, de dire, par exemple, si le phosphène apparaît dans un point ou dans un autre, de savoir même s'ils le voient avec l'œil comprimé ou avec l'autre. Tous n'éprouvent pas à i'état normal les effets signalés par l'auteur: les uns voient, au lieu d'anneaux, des lueurs irrégulières; les autres ne voient que des couches noires, au lieu d'objets lumineux ; il eu est qui n'ont pas la patience de laisser continuer la pression assez longtemps. C'est pourquoi il est prudent de ne pas s'en rapporter trop facilement aux réponses qui nous sont faites. L'étude des phosphèues, si le malade s'y prenait bien , serait cependant utile dans les cas où l'ou voudrait savoir si l'amaurose complique la cataracte et le glaucome. Dans ces circonstances, en effet, les signes de l'amaurose sont souvent masqués par l'autre alïection, et, si l'on constatait bien positivement l'absence des phosphèues, ce serait une raison pour croire à l'existence de la première, sur laquelle ou n'aurait sans ce moyen de diagnostic que des notions assez vagues.
2° l'our reconnaître l'origine et la nature de la maladie, la première chose à faire est de rechercher si elle est symptoniatique. On fait donc d'abord les investigations qui sont nécessaires , et qu'il serait trop long de retracer ici, pour savoir si le malade est atteint d'albuminurie, de diabète , d'intoxication saturnine, ou des autres alTeclions sous l'influence desquelles la maladie peut se développer. On examine ensuite les fosses nasales et l'orbite pour voir s'il s'agit de quelque tumeur du nerf optique. On cherche enfin s'il y a dans les antécédents quelques raisons poiu- rapporter l'amaurose à un ramollissement cérébral, à une tumeur ci'ànienne, ou à la syphilis.
Lorsque ces investigations n'ont rien fait découvrir, ou tâche de déterminer si l'amaurose est slhénique ou asthénique. On doit soupçonner une congestion rétinienne ou cérébro-oculaire si le malade a eu une suppression d'hémorrhagie habituelle, s'il a depuis quelque temps de la céphalalgie, des étourdissements,une sensation de picotement ou de fatigue dans les yeux, s'il a quelquefois, et sans pression sur l'œil, des visions lumineuses, telles que des fdaments rouges, des globes de feu, des étincelles, si en même temps l'iris est turgescent et refoulé en avant. On penche plutôt vers une amaurose asthénique lorsqu'aucune des circonstances précédemment indiquées ne se rencontre et qu'on ne trouve pas d'autres phénomènes morbides que ceux de la diminution de la force visuelle.
Quand l'amaurose est complète, on doit encore
MALADIES nu GLOBE OCULAIRE.
faire les mêmes explorations, mais elles sont alors moins importantes, parce que, quel qu'ait été le point de départ de la maladie, dans le plus grand nombre des cas, elle présente le caractère astbénique.
Pronostic. — Celte affection est toujours trèsgrave. Quand elle commence, on peut la guérir ou eu arrêter les progrès; mais, quand elle est confirmée ou quand , malgré les traitements les plus rationnels, elle continue à augmenler, elle conduit infailliblement les malades à une cécité complète.
On peut espérer lorsqu'il est reconnu que la maladie est congestive ou inflammatoire, surtout lorsqu'elle coïncide avec la suppression des règles, ou lorsque, la prrle de la vue étant arrivée instantanément, on peut croire à quelque épancbement sanguin susceptible de se résorber.
Tant que l'amaurosc est incomplète, elle présente des altei'nalives qui doivent donner l'espoir d'une guérison. C'est surtout lorsqu'on peut soumettre les yeux au repos qu'ont lieu des améliorations, trop souvent passagères.
L'amaurosc asthénique est ordinairement incurable.
Traitement. — Tant que la maladie est incomplète, la première indication est d'éviter la fatigue des yeux, spécialement les ti'avaux d'aiguille et ceux d'borlogerie , le dessin , la lecture et l'écriture à la lumière du soir , les veilles prolongées, les fatigues et les excès de tout genre. Il ne faut jamais oublier que, quand on repose la rétine , sa pai'alysie fait moins de progrès. C'est ainsi que s'expliquent beaucoup d'améliorations, celles surtout qu'on obtient sur les individus pauvres, obligés de travailler pour vivre , et qu'on lient à l'hôpital éloignés pour quelque temps de leurs occupations. Combien de guérisons, le plus souvent temporaires, ont été dues à celte cause et attribuées à tort aux médications mises en usage!
Quand il est reconnu que l'amaurosc est symptomatique , on traite, autant que possible, l'affection dont elle est le symptôme.
Quelle que soit noire opinion louchant le caractère syphilitique de la maladie, nous n'hésitons pas à prescrire le traitement par le mercure et l'iodure de potassium toutes les fois que nous trouvons le moindre indice de syphilis constilulionnelle.
Quand il y a des signes d'inflammation et de congestion , les émissions sanguines répétées plus ou moins fréquemment suivant l'âge des malades , les purgatifs et les révulsifs sur la peau, sont parfaitement indiqués. Tout le monde a parlé de suc-
cès dus aux saignées du bras et aux applications de sangsues à l'anus ou derrière les oreilles : quoique ce résultat ait été observé surtout chez des femmes qui avaient eu une suppression brusque des règles, on peut l'obtenir aussi dans les autres cas oii il y a congestion ; cependant il ne faut pas pousser trop loin ni continuer trop longtemps les émissions sanguines, dans la crainte d'amener un état d'anémie qui favoriserait le passage à la forme asthénique. On n'oubliera pas, d'autre paît, que les amélioralions ne sonl souvent que temporaires et que les signes de la congestion peuvent reparaître quand le malade reprend sa vie habituelle.
Scarpa, qui employait les évacuants de préférence, donnait d'abord cinq à dix centigrammes de tartre stibié, puis faisait prendre, les deux jours suivants, afin de provoquer en même temps les vomissements et les garde-robes, trois doses d'un mélange fait avec trente grammes de crème de tartre et cinq centigrammes de tartre stibié que l'on divisait en six parties. Il recommençait ensuite au bout de quelques jours. Si le malade ne supportait pas bien les vomissements , il vaudrait mieux s'en tenir aux purgatifs salins, que l'on donnerait de temps en temps et dont on associerait d'ailleurs l'usage à celui des antiphlogistiqnes.
Parmi les révulsifs sur la peau, il en est un bon nombre qui ont été préconisés à certaines époques et qu'on a depuis abandonnés: tels sont les moxas au cou , au fiont , la cautérisation du sommet de la têle avec le fer rouge , les petits séions, au nombre de trois ou quatre, sur la région temporale , comme les a conseillés M. Jobert(de Lainballe), la cautérisation sous-culanée de la nuque avec la pommaiie au chlorure de zinc, vantée par M.BonneldeLyon(lhèse de.M. Philippeaux,1852). Aucun de ces moyens ne s'est généralisé, les uns parce qu'ils sont trop douloureux pour les faibles résultats qu'ils procurent, la plupart parce qu'ils ne donnent pas la guérison que leurs auteurs avaient cru obtenir, trompés qu'ils étaient par le repos simultané des yeux et attribuant à leur traitement favori l'amélioration qui était due à cette dernière influence. Les exutoires sont cependant utiles lorsqu'il reste quelques traces d'irritation ou de congestion, mais on doit donner la préférence à ceux qui ne font pas trop soufti'ir. C'est pourquoi les vésicatoires volants autour de l'orbite, les vésicatoires, ou le selon à la nuque, mérilent toujours la préférence.
Lorsqu'il n'y a aucun signe d'inflammation ni de congestion , que la santé et la conslilulion du malade ne se prêtent pas aux émissions sanguines et aux purgatifs, ou bien lorsqu'on a , pendant un temps suffisant et qui varie suivant les forces du
KOPIOPIE.
malade, eu recours inutilement à ces moyens, quand enfin l'amaurose doit être considérée comme asthénique , que doit-on faire ? Beaucoup de personnes conseillent encore les exuloires. Mais où est leur utilité? que peut-on obtenir d'une irritalion cutanée et d'une suppuration continuelle? Rien , à notre avis. L'emploi de ces moyens ne nous paraît juslifié que par l'incertitude où l'on peut être encore sur la nature de la maladie : en dehors de celte circonstance , il vaut mieux ne pas continuer cette médication et insister sur les excitants.
On peut faire porter l'excitation sur les régions voisines de l'œil avec l'espérance que cet organe y parlicipera : faire, par exemple, des frictions sur le front et les tempes matin et soir avec l'étlier sulfiirique, l'huile essentielle de menthe, le baume de Fioraventi. On a conseillé l'excitation de la plliiitaire par les sternutatoires : ainsi M. Deval fait priser de la vératrine unie au sucre candi et à la poudre de Saint -Ange ou bien un mélange de béioine, d'azaret, et d'ellébore blanc.
On peut encore diriger les excitants vers le globe oculaire, dans la pensée qu'on aura plus de chance de réveiller ainsi la sensibilité engourdie de la réline. Les vapeurs ammoniacales ont joui de la plus grande faveur : les uns ont employé de Tamffioniaque pure, les autres l'ont associée à l'axonge ou au baume de Fioraventi. Le médicament est placé dans une soucoupe que l'on fait passer devant les yeux deux à trois fois, jusqu'à ce que le malade ressente un picotement bien prononcé. On recommence d'abord deux et ensuite trois ou quatre fois dans la journée , en ayant soin de ne pas aller jusqu'à produire une inflammation. D'autres fois on s'est servi de collyres excitants , dans la composition desquels eniraient des teintures alcooliques et même de l'ammoniaque, et que l'on instillait entre les paupières.
Plus récemment , on a mis en usage la noix vomique, préparation qui, comme on sait, est un des plus puissants excitants du système nerveux , et dont il faut pour cette raison se servir avec une grande prudence, car il est impossible de limiter son action à la rétine engourdie. M. Neucourt, qui en a préconisé les effets en 1844 [Journal de chirurgie, t. ii), rapporte deux cas dans lesquels cette substance , donnée à la dose de 4 à 8 centigrammes, a paru amener l'amélioration assez prompte d'une amaurose incomplète. Il est vrai que cet auteur, comme la plupart des autres, ne tient pas assez compte du repos des yeux. D'autres ont conseillé la strychnine , en saupoudrant un vésicatoire, que l'on renouvelle tous les trois ou quatre jours, avec 1, 2, 3, et jusqu'à
b centigr. de ce médicament. Ou doit employer une dose d'autant plus faible que le vésicatoire est plus récent, parce que l'absorption y est plus .active, et s'arrêter aussitôt que le malade commence à sentir des secousses convulsives dans les membres.
Enfin l'électricilé, proposée par M. Magendie en 1820 et oubliée depuis cette époque, est conseillée de nouveau depuis quelques années par MM. Schlesinger [Annales d'oculis tique, t. ii), Sandras ( Traité des maladies nerveuses), et Deval [Traité de l'amaurose). Pour l'employer, on met sur les paupières l'éponge mouillée d'eau pure qui se trouve à l'extrémité des conducteurs de la plupart des piles dont on se sert aujourd'hui, et l'ou place l'autre conducteur successivement sur le front, la tempe, le sinciput et l'occiput, ou entre les deux lèvres, comme le conseille M. Sandras. On recommence la séance tous les deux ou trois jours, et on la continue huit à dix minutes chaque fois. Nous n'avons pas jusqu'à ce jour constaté des effets plus merveilleux de ce moyen que de la plupart des aulres; cependant il nous paraît rationnel de l'employer et même de l'associer aux deux aulres espèces d'excitants dont nous avons parlé.
Art. h. — Jffaiblissemenl de la vue ou hopiopie.
Cette maladie'était connue des auteurs du siècle dernier, qui la décrivaient sous les noms de faiblesse, A' affaiblissement , è! hébétude de la vue, de lassitude oculaire. M. Bonnet, de Lyon , a rappelé l'atlention sur elle, et l'a étudiée avec beaucoup de soin. M. Pétrequin lui a donné le nom de hopiopie, tandis que Mackenzie l'appelle asthénopie.
Elle consiste en un trouble de la vision qui arrive lorsque les malades appliquent leurs yeux pour voir de près des objets fins , tels que des points de coulure ou des caractères d'imprimerie. Ce trouble s'annonce au bout de dix ou quinze minutes, quelquefois plus tôt, par une douleur profonde dans les yeux , \\\i obscurcissement nébuleux de la vue, et bienlôt l'impossibilité de continuer à distinguer les objets. Quelques minutes après qu'on a cessé le travail, le malaise disparaît, la vision redevient bonne et facile , et continue à ne rien offrir de particulier tant qu'on ne regarde pas des objets rapprochés. Si l'on veut reprendre les occupations qui obligent à voir de près, les mêmes accidenls se reproduisent. Les symptômes n'offrent pas toujours la même intensité. Ils n'apparaissent pas nécessairement toutes les fois qu'on regarde de
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
près; plusieurs jours peuvent même se passer sans qu'on les observe. Certains sujets les éprouvent fgalement au grand jour et à la lumière ariificielle; d'autres, dans celle dernière condition senlement ; l'un de nous a donné des soins à uu tailleur, qui travaillait facilement pendant le jour , mais qui ne pouvait travailler le soir sans éprouver à tout moment les accidents de la kopiopie.
Cette affection existe rarement seule. Ellecuïacide assez souvent avec !a myopie et le strabisme. Elle peut également être l'iudice d'une aoiaurose commençante.
Éliologie. — La kopiopie se montre de préférence chez les jeunes sujets , entre dix-sept et trente ans. Les professions qui obligent à fixer continuellement des objets minutieux, telles que celles de tailleur, de couturière, d'imprimeur, ou qui obligent à lire et à écrire beaucoup, y prédisposent particulièrement.
Deux théories ont été données pour expliijuer cette affection : la première suppose, ainsi que nous l'avons élabli dans l'article consacré à la rélinite chronique , une disposition particulière de la rétine à la congestion ; la seconde , une compression douloureuse de l'œil par la contraction de ses muscles.
Dans la pensée qu'il y a une tendance à la congestion et même à l'inflammation de la rétine , on suppose que la contemplation d'objets ténus doit favoriser l'abord du sang vers les capillaires de cette membrane et produire momentanément la douleur et l'affaiblissement de la vue qui caractérisent certaines amblyopies.
Dans la supposition d'une douleur par action musculaire, on admet que les muscles, se contractant quand on veut regarder de près , compriment le globe de l'œil et obligent le corps vitré à appuyer douloureusement sur la membrane nerveuse, fatiguée d'ailleurs et plus disposée que d'ordinaire à être douloureusement impressionnée.
M. Bonnet , qui a donné ces deux théories, admet la première pour les cas dans lesquels il y a une injection habituelle de l'œil et des paupières ou de temps à autre des signes évidents d'inflammation , la seconde pour ceux dans lesquels il n'y a aucun signe d'inlîammation , et c'est celle dernière qui lui parait trouver son application dans le plus grand nombre des cas.
Nous sommes , quant à nous , ainsi qu'on a pu le voir plus haut (p. 295), partisans de la première opinion : il nous paraît en effet impossible d'admettre que les muscles de l'œ-il , quand il n'y a ni convulsiou ni spasme , se contracient assez violemment pour occasionner une pression aussi doulou-
reuse , et nous regardons la kopiopie comme une variété de rélinite ou d'amblyopie congestive.
Marche et terminaison, — Les chirurgiens de Lyon , en donnant la description de cette maladie, n'ont pas assez fait connaître sa marche et sa terminaison. Chez certains sujets , très-peu nombreux à la vérité, la kopiopie est un des phénomènes précurseurs de l'araaurose ; chez d'autres, elle est passagère et disparait au bout de quelques semaines; chez le plus grand nombre, elle coniinue pendant plusieurs années, mais s'affaiblit peu à peu et disparaît avec l'âge. L'un de nous, M. Gosselin, douue des soins à une demoiselle, acluellement âgée de vingt-sept ans, qui, à l'âge de vingt ans, eut une kopiopie des plus prononcées et des plus rebelles: aucune opération n'a été faite , et cependant la disposition des yeux à la fatigue a diminué graduellement; aujourd'hui la malade ne s'en ressent plus, lit, écrit, et travaille à l'aiguille, sans éprouver rien de semblable à ce qu'elle ressentait autrefois.
Traitement. — La première chose à faire est de reposer la vue et d'éviter, si l'on peut, les travaux qui favorisent le retour des accidents. Il est vrai que cette prescripliou , facile à faire pour les personnes aisées, est à peu près impossible pour celles que leur état fait vivre. Il faut aussi combattre l'inflammation, lorsqu'il en existe, par quelques saignées , les pédiluves et les purgatifs ; mais, si la kopiopie résiste à ces moyens , faut-il faire quelque chose de plus? MM. Bonnet et Pélrequin conseillent la section de l'un des muscles oculaires, en vue de diminuer d'auiant la pression exercée sur l'œil au moment où l'on regai'de de près. Si le malade est strabiqtie, la section de l'un des muscles droits guéi'it, disent- ils, la kopiopie en même temps que la difformité. S'il n'y a pas de strabisme, le petit oblique est celui qu'ils atlaquenl de préférence, non qu'il ail une influence spéciale sur la fatigue oculaire, mais parce que sa section est facile et n'eu! raine pas la dilToi'mité que pourrait occasionner celle d'un muscle droit. M. Bonnet rapporte, dans son Traité des sections tendineuses et musculaires, p. 294, qu'il a opéré sept malades : sur l'un d'eux , il n'a rien obtenu ; les six autres, dont cinq étaient en nu-nie temps myopes , ont paru guérir et retrouver la faculté de s'appliquer plus longtemps. M. Pélrequin cite également plusieurs exemples de guérisons observées sur des strabiques, qui, à la suite des opérations faites pour ce vice de conformai ion , ont cessé d'avoir la kopiopie. En présence de ces faits , il semble que la myotomie devrait être pra-
MYODKSOPSIE.
liquée sans hésitation clans les cas où la kopiopie empêche les malades de travailler pour vivre , et cependant nous ne conseillons pas celte opération. Paimi les faits rapportés, il faut d'abord laisser de côté ceux de M. Pélrequin , qni se rapportent à des strabisnies, et ceux de M. Bonnet, qui concernent des myopes ; car, dans ces conditions, il est impossible d'analyser rigoureusement ce qni concerne la disposition à la faiigue des yeux. Dans tous ces fails, en outre, de même que dans ceux oîi la kopiopie existait seule , rien ne prouve que le i'e|iOs auquel les yeux ont élé assujettis après l'opéralion n'a pas été la cause principale des résultats; rien ne prouve surtout que ces guérisons se sont maiulenues et que la section du muscle n'a pas eu d'autres inconvéuienls pour la vision. Il l'aut remaïquer enfin que cette opération n'a jamais eu de nombi'cux partisans. Peut-être même est-elle abandonnée aujourd'hui par ses inventeurs , car il n'en est plus question depuis plusieurs années, ni dans les recueils périodiques, ni dans les traités de pathologie.
AiiT. m. — Mfodésopsie ou mouches volantes.
L'affection désignée sous ce nom est celle dans laquelle on a devant les yeux la sensation de corps noirf- qui se déplacent à tout moment. Demours, qui en donne plusieurs observations , les décrit .sous le nom A(, filaments voltigeants.
Quelquefois on ue voit qu'un seul de ces corps; d'autres fois on croit en apercevoir plusieurs. Ils semblent occuper, non pas l'axe anloro-postérieur de l'œil, mais un des côtés de cet axe, ou bien ils .sont placés au-dessus ou au-dessous de lui. Un seul œil peut être affecté , mais le plus souvent tons deux le sont en même temps. Leur forme est variable : la plupart des malades les comparent à des mouches, quelques-uns à des filaments, à des arcs recourbés, à depetits vers, ou bien ilsdisent que ce sont des zigzags, des étoiles avec des queues. Le malade n'a pas constamment ces mouches devant les yeux : c'est surtout lorsqu'il fixe des objets qui demandent de l'attention, comme lorsqu'il veut lire ou travailler à l'aiguille, qu'elles apparaissent , et, comme , à l'instant où elles se montrent, les yeux sont en mêuie temps fatigués et quelquefois même cessent de distinguer, on peut dire qu'en pareil cas les mouches volantes coïncident avec la kopiopie ou en sont un des symptômes. L'intensité de la lumière contribue encore à leur apparition : ainsi, lorsque le malade travaille dans un endroit sombre ou le soir à la lueur d'une bougie, elles ne viennent pas ou sont beau-
coup plus obscures et moins gênantes que quand il se place devant une fenêtre ou une lampe Irèséclairée; de même, .s'il regarde le ciel, la neige, il les voit apparaître et voltiger en plus grand nombre. Leurs mouvements paraissent être en sens inverse de ceux du globe ocidaire: quand par exemple on lève les yeux pour regarder en haut, les mouches semblent descendre.
Les mouches volantes n'apportent pas de trouble l'éel dans la \ision et n'empêchent pas de distinguer les objets les plus fins, si ce n'est dans les cas où elles co'incidenl avec la kopiopie ; mais elles sont une source d'inquiétude et d'ennui, la plupart des malades se figurant que ces sensations sont le prélude d'une perte prochaine de la vue.
Il est impossible d'expliquer aujourd'hui d'une manière satisfaisante le mude de formation des mouches volantes, et les opinions sur ce sujet sont assez variées. Pitcarn ( Theor. morb. ocuU ) les explique par l'engorgement de quelques vaisseaux de la rétine. M. Sichcl les attribue, pour certains cas , à un épanchement de liquide entre la rétine et la choroïde. Demours (t. m) veut qu'elles soient causées par une lésion de l'humeur de Moi'gagni, La Eire (Jcad. des sciences, t. ix) et Leroi {Acad. des sciences, au. 1760) en placent la cause dans l'humeur aqueuse. M. Tavignot {Gaz. des hôpil., 1851) les attribue à l'absence de pigment sur quelque point de la face postérieure de l'iris et à la formation sur la rétine, d'images provenant de ces points déculorés semitransparents. Toutes ces théories s'appuient sur des raisonnements plus ou moins plausibles, mais aurune d'elles ne peut invoquer nue démonstration anaiomique : il n'a du moins été possible à aucun des auteurs précédents de montrer la lésion dont il suppose l'existence. Il est probable que, si les lésions n'ont pas été constatées, c'est parce qu'elles occupent la rétine, où il est Ires-difficile, sinon impossible, de les voir. Les mouches volantes nous paraissent dues, comme l'amanrose incumplètc et la kopiopie , à un affaiblissement de celte membrane: seulement ici l'affaiblissement, qui est produit par une fatigue, \n\c congestion sanguine momentanée, a pour caractère spécial de se déplacer et d'occuper successivement plusieurs points limités de la mendirane, de telle sorte que le filament se déplace tout simplement parce que le point momentanément insensible change lui-même à tout instant.
Les malades qui ont des mouches volantes croient souvent qu'ils ont devant la cornée un cil ou quelque corps étranger, mais le diagnostic est facilement établi par un examen altcnlif. Il importe aussi de ne pas confondre les mouclies vo •
MALADIES DU GLOBE OCLLAIRE
lantes avec les mouches fixes. Ces deruières, qui se voient quelquefois au début de l'amaurose, ont pour caractères de se trouver dans l'axe de l'œil , d'occuper toujours la même place , de former sur le papier blanc une tache noire qui s'élargit à mesure qu'on éloigne le papier, d'exister continuellement. Sous ces rapports, elles diffèrent assez des mouches volantes pour qu'on puisse les distinguer. Cette distinction est surtout utile pour le pronostic , car les mouches fixes précèdent assez ordinairement l'amaurose ou du moins annoncent une disposition à cette maladie, tandis que cela est beaucoup plus rare pour les mouches volantes, qui disparaissent presque toujours, au bout de quelques m.oisoude quelques années, sans laisser aucune trace : on cite des exemples d'individus qui les ont eues pendant vingt et trente aus saus que la vision se soit altérée autrement.
Le traitement consiste à éviter le plus possible les occasions qui favorisent le retour de ces singulières sensations, et, en particulier, l'exposition à une vive lumière : dans ce but, on peut conseiller l'usage de lunettes bleues. Il importe surtout de rassurer le moral des malades, que ce symptôme effraye toujours, et de leur persuader que toutes les médications seraient inutiles et pourraient même, si elles étaient débiliianles , affaiblir la vision sans faire disparaître les mouches.
Art. IV. — Héméralopie.
Dans cette affection , les malades voient assez bien pendant le jour et perdent plus ou moins complètement la faculté de voir aussitôt que le soleil est couché. Quelques auteurs, donnant au mot Mméralopie une acception inverse de celle qui précède, ont ainsi nommé la perte de la vision qui a lieu pendant le juur seulement. L'usage est aujourd'hui établi de réserver pour celle dernière le nom de nyctalopie et de comprendre l'héméralopie comme nous venons de le faire.
Cette maladie est irès-rare en France et dans les contrées septentrionales. On l'observe de préférence dans les régions intcrtropicales , où elle atteint surtout les Européens qui s'y transportent. Elle est en conséquence très-commune chez les matelots et chez les soldats.
Elle est endémique, souvent épidémique, sous les latitudes dont il vient d'être question, et elle l'a quelquefois été dans les pays septentrionaux. On cite en particulier une épidémie qui a reparu tous les étés pendant cinq aus dans une maison de bienfaisance de Berlin contenant cent enfants {^Archives générales de médecine , 2*^ série, t. vu). Mackenzie parle d'une autre épidémie qui
a été étudiée par .M. Hubner sur 138 soldats prussiens en garnison dans deux villages sur les bords du Rhin. On ne voit plus aujourd'hui en France d'épidémie semblable à celle qui a été observée dans le village de Saint-Martin, près La Roche- Guyon, et qui a été décrite par Chamseru dans les Mémoires de la Société royale de médecine (année 1786), ou à celle qui a été observée à Montpellier par Fouruier (t. iv du Journal de médecine). Dans notre pays, elle ne se montre guère qu'à l'éiat sporadique, et encore les exemples en sontils très-rares.
Êiiologie, — Les hommes sont plus sujets que les femmes à l'héméralopie. Les enfants et les adultes en sont plus souvent atteints que les vieillards. M. Cimier a cité quelques cas dans lesquels elle a paru être héréditaii'e ( Jnnales de la Sociélé de médecine de Gand , 1838 ). D'autres fois, elle tient à uue disposition congéniale que présentent plusieurs enfants de la même famille, sans que les parents aient été atteints eux-mêmes delà maladie.
Les sujets délicats et d'un tempérament lymphatique y sont plus exposés que les autres. On l'observe de préférence sur les individus pauvres , mal nourris : ainsi Bamfield , qui a donné une bonne description de cette affection qu'il avait observée aux Indes, et M. Goquerel, qui plus récemment a pris pour sujet de sa thèse inaugurale (I849,n° 150) l'héméralopie, dont il avait vu un grand nombre d'exemples sur le navire la Belle- Poule , font remarquer que les simples soldats et les matelots eu sont fréquemment atteints pendant que leurs ofliciers en sont exempts. Les épidémies de Berlin et des autres pays ont sévi également sur les malheureux.
Cette affection est plus fréquente pendant les temps chauds qu'en hiver.
Ses causes occasionnelles principales paraissent être les émanations marécageuses, l'exposition à l'humidité, le soir ou la nuit, après des journées très-chaudes, et surtout l'exposition au soleil ardent des régions équatoriales. On signale encore l'insuflisance des aliments, l'usage habituel de substances végétales, celui du riz en particulier. Cette influence de la mauvaise alimentaliou explique pourquoi les gens plus aisés, comme les officiers, y échappent, tandis que les individus moins bien nourris, comme les soldats et les matelots , en sont plus fréquemment atteints. L'action combinée de la nourriture et du climat fait comprendre aussi la coïucidence fréquente du scorbut avec l'héméralopie, coïncidence signalée par Rotissille-Chamseru, Bamfield, et qui, plus
IIEMERALOPIE.
récemmenl encore, a été remarquée par M. Henri Gueiieau de Mussy (thèse de M. Noël Giieueau de iMiissy; Taris, 1839).
Scarpa élablit que l'Iiéméralopie, comme l'amaurose, est souvent causée par ce mauvais élat des voies digeslivcs qu'on appelle état saburral ou embarras gastrique: les observations sur lesquelles il s'appuie sont relatives à des héméralopies sporadiques.
Symptômes, marche, terminaison. — Quelquefois la première attaque d'béméralopie a lieu brusquement. Le malade s'aperçoit à la lin du jour que sa vue s'obscurcit , que les objets lui semblent entourés. d'un brouillard; la nuit une fois venue , il ne distingue plus rien ; il se croit tout à fait aveugle, mais le lendemain matin il est étonaé de s'apercevoir que la vue est revenue. Dans un cas cité par Boycr et dans un autre de Mackenzie, celte perle instantanée de la vue s'est accompagnée d'un engourdissement et d'un affaiblissement passager des membres. D'autres fois on éprouve, pendant quelques jours et même quelques semaines, des symptômes précurseurs, de la céphalalgie, une pesanteur sur les yeux, et un simple affaiblissement, le soir et la nuit, sans cécité absolue; puis, un moment arrive où celle-ci devient complète , c'est-à-dire où, vers la fin du jour et pendant la nuit, le malade est plongé dans les plus épaisses ténèbres. Quelques-uns voient encore ua peu à une lumière arlilicielle vive, mais d'autres ne voient pas du tout. Tous sont incapables de distinguer (|uoiquece soit dans l'obscurité, lors même que la nuit n'est pas trcs-sombre et que d'autres personnes peuvent encore reconnaître beaucoup d'objets et se conduiie. Pendant le jour au contraire la vue reprend, î peu de chose près, son état normal. Durant l'accès, les deux pupilles sont dilatées , immobiles , et ne se contracieut pas ou ne se contractent que très-peu si l'on approche uiu", lumière. Dans l'intervalle des accès , la pupille reprend sa mobilité ; celle-ci diminue cependant, lorsque la cécité nocturne se prolonge quelques semaines.
La maladie ne s'accompagne ordinairement pas de symptômes généraux autres que ceux qui peuvent être causés par le découragement et l'inquiélude qu'elle donne .à la plupart des malades. M. Coqucrel fait un tableau saisissant de l'état moral fâcheux dans lequel se trouvaient presque tous les matelots de son bâtiment par la crainte qu'ils avaient de perdre tout à fait la vue.
La durée varie entre quelques semaines et plusieurs mois. La terminaison la plus ordinaire est la guérison. Dans les cas où la maladie est épidé-
mique, celle-ci n'arrive qu'au moment où la saison devient moinschaude.Biendesmaladesneguérissent qu'après leur retour dans des climats tempérés. Les récidives sont toujours à craindre. On a vu les mêmes individus être repris d'béméralopie tous les ans , à la même époque , pendant plusieurs années , et quelquefois ce retour a eu lieu chez ceux qui avaient quitté le pays où la maladie s'était déclarée, chez des soldats, par exemple, qui étaient revenus en Europe après une première atteinte. Il est rare que l'héméralopie se transforme en une amaurose coutimie et complète; on en cite pourtant quelques exemples.
L'héméralopie sporadiqiie est plus fâcheuse que l'épidémique, parce qu'elle est plus souvent le prélude d'une amaurose franche.
On ne connaît pas bien les causes anatomiques et la nature de cette affection. )\L Raige-Delorme rapporte, dans le Dictionnaire de médecine (article Héméralopie), un cas dans lequel, le malade ayant succombé à une autre affection, on trouva le névrilème du neif optique très-injecté, l'artère centrale de la rétine, dans l'épaisseur du nerf, gorgée de sang, et des snft'iisions sanguines entre la rétine et la sclérotique: mais ces lésions n'élaientclles pas dues à la maladie qui avait fait succomber ce sujet; en rencontrerait-on de pareilles dans les autres cas d'hériiéralopie ? On ne peut faire à cet égard que des suppositions. Il nous paraît rationnel d'admettre, avec Scarpa, que cette maladie est du même geiu'c que l'amaurose et qu'elle constitue une variété de paralysie de la rétine, paralysie dans laquelle cette membrane devient momentanément insensible à toute autre lumière qu'à celle du soleil.
Traitement. — Dans l'héméralopie épidémique, il faut combattre d'abord les causes qui paraissent lui avoir donné naissance, soumettre, si on le peut , le malade à un climat et à un régime alimentaire plus favorables , éviter les refroidissciuents, l'exposition au soleil pendant le jour. On emploie en outre avec avantage, dans tous les cas, les vomitifs et les purgatifs, suivant les préceptes posés par Scarpa pour cette affection comme pour l'amaurose incomplète. Bamfield a beaucoup préconisé l'emploi des vésicatoircs volants dans les régions temporales : il n'y a aucun inconvénient à les employer de concert avec les évacuants. Lorsque le scorbut existe , il faut le combattre avant d'employer les exutoires, car sa guérison suffit presque toujours pour faire disparaître en même temps la maladie des yeux, et, d'un autre côté, les vésicatoircs pourraient se transformer on ulcères scorbutiques.
L'iicratiralopie pporadiquc réclame encore plus impérieiif-cmciU les évacuanis, surloiit lorsqu'elle paraît coïncider avec l'embairas gaslriqiie. Les vésicaloires à la tempe, à la nuque, cl les divers exutoires dont nous avons parlé à propos de l'aniaiirosc, peuvent également être mis en usage. S'il y avait quelque signe de congestion cérébrooculaire, les émissions sanguines sei'aienl indiquée?.
Art. V. — Nyclalopie.
Celte maladie consiste dans l'impossibilité de voir pendant le jour, avec conservation de la vue pendant la nuit. Elle est infiniment plus rare et moins bien connue que l'héméralopie.
Il y a inie nyctalopie symptomalique: c'est celle qui accompagne la mydriase et toutes les maladies dans lesquelles la vision ne peut avoir lieu sans dilatation de la pupille. Ainsi, lorsqu'il y a mydriase, au début surtout, la vision peut être enipècliée pendant le jour par l'accès d'une trop grande quantité de lumière dans l'œil; elle a lieu le soir, au contraire, parce qu'alors l'accès d'un grand nombre de rayons luniineux est avantageux. De même, dans certains cas de laie centrale, de cataracte commençante, il peut se faire que le resserrement de la pupille, au jour, ne permette plus aux rayons lumineux de passer, tandis que sa dilatation, le soir et la nuit, permet à la vision de se faire. Ces cas sont cependant fort rares, et leur étude se rattache à celle des maladies que la nyctalopie accompagne.
Mais y a-t-il une nyctalopie idiopalhique, c'està-dire caractérisée par un affaiblissement de la rétine pendant le jour avec conservation des fonctions de cette membrane pendant la nuit ? On pourrait le croire d'après quelques faits empruntés par iVIackenzie à Ramazzini, à Gulhrie, et à Larrcy ; mais ces faits ne sont pas assez positifs et sont d'ailleurs trop exceptionnels punr qu'on puisse baser sm- eux une description régulière de la maladie.
Art. VL — Hémiopie.
L'hémiopie est un trouble fort bizarre de la vision , dans lequel on ne voit que la moitié des objets, quelquefois la moitié supérieure ou inférieure, plus souvent la moitié droite ou la gauche.
V/oUaston, qui en a été atteint lui-même et qui l'a observée sur deux autres sujets , en a tracé les symptômes et la marche ordinaire en décrivant sa propre observation ( Transactions philosophiques, 1824). Une première fois, il eut une hémiopie à la suite d'un violent exercice, et ne
voyait pas les objets placés à sa gauche : il ne lisait, par exemple, que la moitié droite d'un mot; la moitié gauche lui échappait. Cet élat dura un quart d'heure. Vingt ans plus lard , il eut une attaque semblable : seulement ce fut la moitié droite des objets qui manqua au lieu de la gauche. L'affection se dissipa d'une manière soudaine au bout de vingt minutes. Ce fait démontre donc que l'hémiopie peut être passagèie et ne pas annoncer une amaurose imminente. Dans un autre cas que Wollaslon a observé sur un de ses amis, l'hcmiopic était encore passagère, mais elle revenait assez fréquemment, toutes les fois en particulier que l'estomac était sensiblement troublé, et elle se dissipait sans laisser aucune trace. Chez im troisième malade, l'hémiopie était permanente depuis plusieurs années.
Ce trouble de la vue peut précéder on suivre une amaurose ordinaire, ainsi que M. Desmarres en rapporte un exemple.
Il est inconte-slable que l'hémiopie était due , dans les cas précédemment cités, à une paralysie de la moitié gauche ou de la moitié droite des deux rétines , et que Wollaston était autorisé ii invoquer cet argument à l'appui de sa doctrine sur la semidécussation des nerfs optiques; mais on ne peut invoquer à l'appui de la même doctrine et on est fort embarrassé d'expliquer les cas dans lesquels la rétine est paralysée dans sa moiiié supérieure ou inférieure. Il est vrai que ces faits sont extrêmement rares et que Mackenzie, qui les admet, n'en rapporte aucun exemple. L'hémiopie est donc, en définitive , une variété d'amaurose incomplète et doit être traitée comme telle.
On peut rapprocher de l'hémiopie les cas dans lesquels on ne voit que le contour des objets , le milieu échappant , et ceux dans lesquels on n'en voit que le centre. Ces troubles sont encore dus à des paralysies partielles de la rétine, qui finissent ordinairement par se généraliser.
Art . VII. — Insensibilité des yeux à certaines couleurs.
L'insensibilité de la rétine pour certaines couleurs est un des phénomènes les plus inexplicables de la pathologie de cette membrane. Il y a des sujets qui ne peuvent pas distinguer le rouge et auxquels celle couleur paraît noire ou bleue ; d'autres qui ne peuvent distinguer le vert et auxquels celtecouleur paraît grise ou jaunâtre; d'autres encore qui ne distinguent neltemcnt ni le rouge ni le vert et qui voient tous les objets en janne ou en bleu. Le célèbre chimiste Dallon était dans ce cas : dans le spectre solaire , le rouge était à
IIYDROPHTIIALMIE.
peine visible pour lui cl il n'y clisliiigiiail neltciiient que deux couleurs, le jaune et le bleu. C'est puur celte raison qu'un a donné à cotte affection le nom de daltonisme.
Le trouble visuel dont il s'agit est le plus souvent congénilal. Mackenzie rapporte un cas dans lequel il fut accidenlel; il est vrai que le malade avait en même temps une amaurose incomplète On peut donc admettre une insensibilité aux couleurs, indépendanic de cette dernière affection , et une autre qui en est symptomatique.
Le chirurgien n'a pas aulre cliose à faire , dans le premier cas, qu'à rassurer le malade; dans le second, il faut employer les moyens qui convieniicut à l'amaurose commençante.
TROIStÈME DIVISION.
Blalsiites qui iniîéreasent In totalité de t'tcll.
Nous avons à décrire ici l'hydrophthalmie, le cancer, et les ophthalmozoaires ou parasites de Tceil.
AiiT. l", — HydrophtJialmie.
On désigne sous le nom d'hydropbtbalmie un épanchement anormal de liquide, qui augmente le volume de l'œil et s'accompagne d'un trouble de la vision.
L'hydrophtalmie est partielle ou générale. L'hydrophlbalmie partielle se nomme antérieure, lorsque l'épauchement occupe les deux chambres et est produit par une augmentation de l'humeur aqueuse; postérieure , lorsqu'il est dû à la liquéfaction et à l'augmentation de l'humeur vitrée ; sous-réiinienne, lorsque le liquide s'épanche entre la rétine et la choroïde ; sotis-choroïdienne ou soiisscléroticale, lorsqu'il s'épanche entre la choroïde et la sclérotique. Dans l'hydrophlbalmie générale, l'épanchement occupe toutes ces parties à la fois ou tout au moins les deux premières.
Cette maladie est oi'dinairement de cause inconnue. Elle parait toujours être locale et ne tenir à aucune diathèse. Elle succède quelquefois à l'ophlbalmie profonde, et, plus particulièrement, à la variélé que nous avons décrite sous le nom de choroïdile.
Les symptômes fonctionnels sont , dans toutes les variétés, à peu près les mêmes. Ce sont : l°des douleurs dues à la distension de l'œil, douleurs d'autant plus vives que l'épancliement se fait plus brusquement, très-faibles et même nulles lorsque répanchement et la distension s'opèrent peu à peu ; 2" un aftaiblissemeut de la vision, et même, quand la maladie se prononce davautage, une cé-
cité complète. Soit que la même cause agisse en même temps sur la rétine et sur la séci'élion des liquides, soit que l'épanchement exerce stu' la choroïde et la rétine une compression qui gêne la circulation et amène un dérangement dans la nutrition de l'œil, il n'en est pas moins vrai que toutes les hydiophthalmies conduisent à la cécité.
Les symptômes physiques présentent des dilterenccs. Dans l'hydrophtlialraie antérieure, il y a projection en avant de la cornée et produclion d'un staphylôme pcllucide sphérique; en même temps, la sclérotique est distendue dans sa partie antérieure, unifoi'mémcnl ou partiellement, de manière à constituer l'une des variétés de slaphylômc de la sclérotique indicpiées à la page ,321. Dans l'hydrophthalmie postérieure, il y a distension uniforme de la sclérotique et des autres membranes , coloration bleuâtre par suile de l'amincissement de la première, augmentation de volume, quelquefois pi'odnclion de tumeurs staphylomateuses. Dans les hydrophthaimies sous-rétinienne et sous-choroidienne, la rétine, soulevée et repoussée en avant , vient à la rencontre du cristallin et forme une tache grise ou blanche, qui ressemble un peu à la calaracte, mais qui en dilïèie par sa situation plus profonde, la conservation des trois images, et la perle des mouvements de la pupille. Ou peut croire aussi qu'il s'agit d'un cancer de la rétine : nous indiquerons plus loin les moyens de diagnostic avec celte dernière maladie. Dans l'hydrophthalmie générale, il y a tout à la fois projection de la cornée ca avant, distension uniforme ou avec bosselures de la sclérotique , et cette augmentation du volume de l'œil qu'on a souvent appelée huphlhalmie.
Le pronostic est toujours rendu fâcheux par la difformité qu'occasionne le volume de l'œil, par la perte de la vision, et par la difliculié exlrême, sinon î'impossiliililé, d'arriver ii la guérison auti'emeut que par une extirpation partielle de l'organe.
Le traitement consiste dans l'emiiloi des révulsifs et des dérivatifs, au début, et des toniques, si le malade est affaibli. Tant qu'il n'y a pas de douleurs vives, que la difformité n'est pas trèsgrande, et que la vue n'est pas perdue, on peut ajourner une opération ; mais, lorsque le malade souffre ou que la difformité est très-considérable , on doit pratiquer la paracentèse de l'œil, au niveau de la cornée, si l'hydrophthalmie est antérieure, au niveau de la sclérotique, dans les autres cas. Malheureusement celte opération n'est le plus souvent que palliative, et ou est obligé d'y revenir piomptement parce que le liquide se reproduit. Il faut pourtant, ou s'en tenir à ce moyen, ou faire une excision de la cornée pour vider l'œil
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
et mellie à sa place im œil aililicicl. Lederûier de ces partis e^t le plus avantageux , lorsque la vue est tout à fait perdue ou que les douleurs sont trop rebelles. Le premier doit être conseillé , tant que l'œil peut encore être utilisé pour la visiou et qu"il u'cst pas trop douloureux.
Art. il — Cancer de l'œil.
Caractères analomiques, — Le cancer de l'œil se présente presque toujours sous la forme encépliatoïde, c'est-à-dire qu'il est formé par une substance grisâtre, mollasse, vasculaire,qui saigne facilement après la période d'ulcéiation. Il est à remarquer eu outre que , dans un grand nombre de cas, la moitié au moins de ceux qu'on observe , la matière encéphaloïde est mélangée avec la substance noire qui caractérise la mélanosc. L'œil est même l'organe dans lequel on observe le plus souvent le cancer mélané.
Le point de départ et le siège principal de la dégénérescence varient, et l'on peut, sous ce rapport , distinguer le cancer en extra-oculaire et intra-oculaire.
1° Le cancer extra-oculaire peut avoir son point de départ dans la conjonctive ou bien dans l'orbite, au voisinage de l'œil qui ne larde pas à être confondu avec la lumeur. Celui de la conjonctive se présente sous la foirae de tumeur pédiculée, unique ou multiple , tantôt grise ou rougeàtrc à cause de ses vaisseaux , taniôl méianiquc, faisant saillie comme uu polype à la surface de l'œil, ou bien sous la forme de lumeur lai'gement implantée sur la membrane. Celui de l'orbite peut débuter, soit par le nerf optique, soit par le lissu cellulaire. Dans le premier cas , s'il envahit une portion du nerf éloignée de l'œil , il peut s'accroitre sans englober ce dernier ; mais, lorsqu'il se développe dans la portion qui avoisine la sclérotique, il ne larde pas en s'accroissant à s'appliquer sur cette dernière , et , quand bien même il ne contracterait pas d'adhérence avec elle, il l'englobe tellement qu'on peut le considérer comme une variété du cancer de l'œil. Dans le second cas, la tumeur s'approche bienlôt de la sclérotique au point de se coufondre avec cette membrane, et conslitue encore une variété de cancer oculaire.
Les autres cancers qui naissent dans l'orbite plus loin du globe oculaire que les précédents n'appartiennent pas à ceux dont nous nous occupons, parce qu'ils restent séparés de l'œil et peuvent être enlevés sans lui : nous en ferons meniion en parlant des tumeurs de l'orbite.
2° Le cancer intra-oculaire, qui est le véritable cancer de l'œil, est assez fréquent et présente dans
son évolution deuxpériodesdislinctes. Dansla première, le tissu encéphaloïde ou mélanique est renfermé dans l'intérieur même de l'organe et apparaît à sa partie postérieure entre la sclérotique et la choroïde ou bien enlre la choroïde et la rétine. La plupart des modernes supposent qu'il a son point de départ dans cette dernière membrane et le décrivent, à cause de cela, sous le nom d! encéphaloïde de la rétine. M. Lebert fait observer avec raison que cette manière de voir n'est pas jusiifiée par les faits; car, ayant eu l'occasion d'examiner avec soin neuf cancers inti'a-oculaires encore peu avancés, il a constaté que la réiine avait disparu et que la choroïde au contraire persistait et se trouvait confondue avec la tumeur. Il est donc pi'obable que le mal se développe plus souvent aux dépens de la choroïde que de la rétine , et qu'un de ses premiers effets est d'envahir et de faire disparaître celte dernière. En se développant, le produit morbide remplit davantage et dù^tend le globe oculaire; il refoule et fait disparaître peu à peu le corps vitré et le cristallin, et arrive à l'iris, qui est refoulé également, mais ne disparait pas aussi vite. Si donc on est appelé à examiner la tumeur à cetic époque, on trouve les particularités suivantes : l'œil est augmenté de volume et bosselé; la sclérotique a conservé son aspect naturel, mais est distendue et amincie par places; la choroïde est confondue avec la production molbisse et vasculairc qui remplit le foud de l'œil ; la réiine ne se retrouve plus ; le corps vitré a disparu en trèsgrande partie; le cristallin existe quelquefois encore , mais il est appliqué contre Tiris et refoulé avec lui eu avant; la cornée est trouble; le tissu cellulaire sous-coujonctival est infiltré de sérosité. La tumeur s'approche enfin de la cornée , la traverse, et apparaît au dehors. Quelquefois, avant d'en venir là, elle s'est fait jour à travers la sclérotique, et plus spécialement à travers sa partie postérieure, qui est la plus mince : elle a dès lors une portion intra-oculaire et une portion extra-oculaire ou orbitaire.
A sa deuxième période, le cancer intra-oculaire est devenu extérieur et forme derrière les paupières une masse fongueuse, vasculaire, saignante, d'un volume quelquefois considérable. Il n'est pas impossible que cette masse envahisse les paupières elles-mêmes et se confonde avec elles.
Le cancer peut se développer en même temps à l'extérieur et à l'intérieur de l'œil. On trouve alors une masse choroïdienne et une autre sur la face externe de la sclérotique ou dans la portion du nerf voisine de l'œil. Dans ce cas, de même que dans tous cens où il y a une porlioa orbitaire, il peut arriver que celle-ci vienne con-