‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 60 sur 177 · DIFFORMITÉS DU GLOBK OCULAIRE · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS DU GLOBK OCULAIRE

A la suite de diverses altérations dans les mouvements ou dans la situation du globe oculaire , comme le nystagmus et le strabisme, qui résultent, soit des contractions désordonnées, soit de la paralysie des muscles oculaires, nous plaçons, dans ce chapitre,ladiplopie,la myopie, et la presbytie. Peutêtre ne trouvera-t-on pas cette classification trèsnaturelle, car les trois dernières affections sont plutôt des lésions fonctionnelles que des difformités. Cependant, si l'on réfléchit que ces affections se lient assez souvent elles-mêmes, soit comme effets, soit comme causes, à certains vices de conformation plus ou moins apparents de l'œil , on concevra mieux que nous ayons pu songer à rapprocher et à grouper sous un même chef des maladies qui paraissent au premier abord tout à fait dissemblables. A vrai dire, du reste, cet arrangement est loin de nous satisfaire nous-mêmes entièrement, et, si nous l'avons adopté, c'est faute d'avoir su en trouver un meilleur.

Art. I*"". — Nystagmus,

Le nystagmus consiste en une contraction désordonnée des muscles oculaires , qui imprime pendant la veille un mouvement continuel aux deux yeux. Les individus qui sont atteints de cette affection semblent ne fixer leur regard sur aucun objet, et il en résulte une difformité assez désagréable, qui est plus sensible lorsqu'une émotion quelconque intervient.

Le nystagmus peut exister sans aucune autre lésion de l'œil , et alors la vue n'est pas troublée. Nous avons vu plus haut ( p. 364 ) qu'il coïncide fréquemment avec la cataracte congéniale. Dans le |iremier cas , qui est le plus rare , le nystagmus s'affaiblit habituellement avec l'âge; dans le .second, il diminue après l'opération, lorsqu'elle réussit, mais ne disparait tout à fait qu'après quelques mois et quelques années.

C'est d'ailleurs une affection contre laquelle jusqu'ici l'art est demeuré impni^sant.

j^RT. II. — Paralysie des muscles de l'œil.

Il n'est pas certain que la paralysie des muscles de l'œil dépende jamais d'une lésion organique

propre à la Sbre musculaire elle-même, ou du moins, si la chose a lieu, ce qui n'est pas après tout impossible, elle est peu ordinaire. Rarement aussi les muscles de l'œil participent aux paralysies plus ou moins géuéralisées qui se rattachent aux altérations du cerveau et de la moelle épinière, parce que les parties de l'encéphale sujettes à ces altérations sont placées en arrière ou au-dessous de l'origine des nerfs chargés de transmettre aux muscles oculaires l'excitation cérébrale. C'est sur le trajet même des nerfs excitomoteurs que se trouve le plus ordinairement la cause matétielle des paralysies, ce que l'on comprend bien si Ton songe au nombre de ces nerfs, à leur étendue, et à leur passage au milieu de longs conduits fibreux et d'ouvertures osseuses rctrécies. Les troisième, quatrième, et sixième paires de nerfs, qui portent l'excitation motrice aux muscles de l'œil, sont d'ailleurs assez rapprochées dans certains points , assez éloignées dans d'autres, pour pouvoir être impressionnées, soit simulianénient, soit isolément. Delà des paralysies, dont les unes restent bornées aux muscles animés par une seule paire de nerfs, tandis que les autres s'étendent à deux ou à plusieurs paires , paralysies que nous ferons connaître successivement dans l'ordre et sous les titres suivants : 1° paralysie de chaque paire nerveuse; 2° paralysie simultanée de deux ou de plusieurs paires.

g fl^''. — Paralysie iJe la troisième paire.

C'est la paralysie de la troisième paire que l'on trouvele plus souvent dans la pratique, ce qui lient à quelque disposition spéciale de la troisième paire, probablement à ce qu'elle suit un trajet assez long dans un canal fibreux que lui fournit la dure-mère au niveau de la paroi externe des sinus caverneux.

Caractères analomiques. — Ilssont peu connus, parce que cette maladie ne cause pas la mort. On rapporteseulement quelques casdanslesqnels la paralysie avait été causée par une tuineur de l'encéphale qui compi'iniait le nerf dans sa portion intra-crànienne, et d'autres dans lesquels le nerf luimême était devenu le siège d'un cancer ou d'un néviùme; mais ces faits sont les plus rares, et, dans ceux cil le malade survit, dans ceux surtout oii il guérit, on ne sait pas s'il y a lésion du nerf dans sa portion inira-cràuienne, dans sa portion méningienne, ou dans sa portion oibitaire. Eu attendant que des faits positifs se produisent, il est permis de supposer que la [laralysie est due le plus souvent à un épanchement plastique ou sanguin dans le

canal de la dure-mère, ou à un gonflement du névrilème auquel celle gaine ne peut s'associer à cause de son inextensibiïité. Il y a pour nous dans ce passage du nerf à travers un canal fibreux quelque chose de comparable au trajet du nerf facial dans le canal de Fallope, condition qui explique la fréquence de la paralysie isolée et idiopathique des muscles animés par ce nerf. C'est un point que nous recommandons d'ailleurs à l'aitenlion des observateurs.

Éliologie. — Quelquefois la maladie est d'origine Iraraiiatique. M. Francès rapporte, dans sa thèse (1854, n° 64), qu'on a trouvé, d:ins le service de M. M;ilgaigne, à l'hôpital Saint-Louis, sur un malade qui était mort avec une fracture du crâne et après avoir [irésenié les syniplômes de la paralysie de la troisième paire, un caillot sanguin daits rcs;;acc inter-pédouculaire.

Lorsque la paralysie survient spontanément , elle peut être, comme nous l'indiquions tuut ii l'heure , symplomalique d'une tumeur inira crânienne ou de quelque autre lésion du cerveau qui compromet le nerf oculo-moteur commun.

Dans les cas les plus fréquents, on ne connaît pas sa cause : on l'attribue alors en général à l'influence du froid et l'on dit, à tort ou à raison, qu'elle est d'origine rhumatismale.

On a pu, dans quelques cas, l'attribuer à ime intoxication saturnine; dans d'autres, à la syphilis constitutionnelle. iM. Ricord signale depuis longtemps sa coïncidence possible avec des accidents tei'liaires. M. Gosselin a donné des soins, à l'Hôtel-Dieu, à une femme qui était affectée d'exostoses, avec douleurs ostéocopes , sur les deux jambes, en même temps que d'une paralysie de la troisième paire gauche, chez laquelle la guérison fut complète après l'administration de l'iodure de potassium pendant quatre semaines. M. Francès rapporte un cas analogue , qu'il a recueilli dans le service de M. Michon. Faut-il admettre avec ce dernier chirurgien qu'il existe, en pareil cas, une exoslose iutra-crànienne qui comprime le nerf? Nous croyons pluiùt qu'il se fait un épanchement plastique, analogue à celui des gommes,dans ie canal fibreux de la dure-mère, et que de là résuite la compre.'-sion du cordon nerveux qui amène la paralysie.

M. Marchai (de Caivi) a rapporté dans les Archives généiales de médecine (4° sénV, t. xi, p. 261 ) plusieurs faits dans lesquels la paralysie de la troisième paire a été consécutive à la névralgie de la cinquième; M. Notta signale dans un travail récent ( même joiu'ual, 5' séi-ie, t. iv, p. 290) des cas analogues; nous en avons nousmêmes observé des exemples ; mais nous n'admet-

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